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jeudi 3 mai 2012

Interview : La sœur d’Ezzeddine ROUSSI raconte le calvaire du jeune étudiant.

Par mamfakinch, 2 mai 2012 
  Quelques heures après la sortie d’Ezzeddine, nous avons pu échanger avec la famille du jeune homme sur les mois de souffrances passés, leur ressenti aujourd’hui et le futur incertain qui se dessine pour Ezzeddine  
Mamfakinch : quel est aujourd’hui l’état de santé d’Ezzedine ? 
Jamila (la sœur d’Ezzedine) : Son état de santé s’est détérioré, il n’arrive pas a se mettre debout et est tout le temps dans une chaise roulante. Il parle très difficilement et nous avons à peine pu lui parler au téléphone depuis sa sortie. Il a confirmé qu’il est resté 20 jours avec sa main cassée sans soins, ils lui ont mis le plâtre 20 jours plus tard. Ses doigts sont toujours dans un état terrible. Nous n’avons reçu aucune aide et nous ne savons pas comment on va prendre en charge les dépenses de santé.
 Mamfakinch : Revenons un peu en arrière, vers ce douloureux jour où il a été enlevé, que s’est-il réellement passé ? 
Jamila : le jour de l’arrestation d’Ezzedine à la fac, ils ne l’ont pas simplement trainé des pieds hors de la fac: ils l’ont déshabillé. Ils l’ont fait passer presque nu le jeudi devant le souk de Taza qui est à côté de la fac. Des gens du souk peuvent le confirmer. 
 Mamfakinch : Nous avons eu des informations comme quoi, votre frère a été agressé alors qu’il était en prison, qu’en est-il ? 
Jamila: même si nous avons déposé une plainte auprès du procureur du Roi, c’est justement mon frère qu’on a accusé d’avoir agressé un prisonnier. En réalité, c’est ce dernier qui l’a violenté samedi alors que les gardiens n’ont rien fait pour le protéger. Du coup il était dans un état déplorable lundi. Nous avons donc des soupçons au sujet des motivations de ce prisonnier. Il se pourrait qu’il ait commis cette agression de manière exprès et que quelqu’un l’a poussé à le faire. D’ailleurs, le prisonnier lui a clairement signifié : « si tu n’arrêtes pas cette grève de la faim, je vais te tuer. Ça sera plus rapide puisque tu veux mourir ». Il n’y a pas de justice dans ce pays, on est parti chez tous les juges de Taza, ils nous ont tous déclaré que ce ne sont pas eux qui ont jugé mon frère et qu’ils ne l’ont même pas vu. 
Mamfakinch : Que comptez-vous faire à présent ? 
Jamila : Nous souhaitons poursuivre en justice l’Etat pour tous ces abus mais nous n’avons pas les moyens. 
Mamfakinch : Est-ce que Ezzedine va arrêter ses études ?
Jamila : Il veut continuer ses études mais son père estime que son futur est foutu dans ce pays, après ce qui s’est passé, les autorités ont la main longue et lui mettront les bâtons dans les roues. Là où il ira il aura des obstacles Nous sommes prêts à envoyer une lettre au ministre de la justice et au Roi aussi s’il le faut. 
 Déclaration d’Ezzeddine : Le lien vers la page où l’on constater la dégradation de l’état de santé de Ezzedine  :  http://youtu.be/17_BQJMKvs0

dimanche 25 mars 2012

Au Maroc, la répression est dans l’ADN du pouvoir


Par Larbi 19/3/2012
« En fin de compte, nous nous rappellerons pas les mots de nos ennemis, mais le silence de nos amis.»

On aimerait tant pouvoir passer à autre chose. En finir avec la répression et la justice arbitraire. Vivre dans un pays qui se respecte et qui garantit la liberté et la dignité de ses citoyens. Ça ne devrait pas être sourcier ! Mais voilà… au Maroc la répression est la violence de l’Etat c’est perpétuel … Comme qui dirait, ces choses-là, c’est l’ADN du pouvoir et il lui est difficile de s’en séparer.


Ezzedine, étudiant. Taza. En prison et en danger de mort.

Ezedine Erroussi est un étudiant de Taza. Arrêté en décembre dernier alors qu’il participait à une manifestation dans sa faculté pour demander l’amélioration des conditions de la vie estudiantine, il a été condamné à quatre mois* de prison ferme pour le crime d’« appartenance à une organisation non autorisée ». Ses collègues Ibrahim Saidi, Mohamed Ghaloud, Mohamed Fettal, et Mohamed Ezaghdidi ont écopé de la même peine pour le même motif.

Depuis Ezedine Erroussi, qui a témoigné sur ses conditions d’interrogatoire et de détention dans une poignante lettre, est entré dans une grève de la faim. Aujourd’hui, il est en danger de mort.
Walid Bahmane , 18 ans, lycéen. Rabat. Un an de prison ferme pour outrage au roi.

L’arbitraire dépasse, parfois, l’inimaginable. Voici Walid, un môme atteignant à peine la majorité pénale. L’histoire incroyable commence par un conflit entre deux ados, sur un ordinateur portable, un portant plainte contre l’autre pour un vol présumé. La police s’en mêle, et découvrant une page Facebook comportant une caricature du roi Mohammed VI, elle décide, toutes affaires cessantes, de traduire Walid devant le procureur pour outrage à la sacralité du roi. Et dès qu’il s’agit du roi, la machine de l’arbitraire s’emballe finissant par condamner un môme à un de prison de ferme pour outrage à la personne du roi Mohammed VI. Walid est actuellement détenu à la prison de Salé. Sa maman, de condition modeste, remue ciel et terre pour le libérer.

Abdessamad Haydour, 25 ans. Taza. Trois ans de prison ferme pour atteinte à la sacralité du roi.

Abdessamad est originaire de de Taza la ville qui a payé un lourd tribut à la répression depuis le début de l’année. Parlant pour les opprimés et les laissés-pour-compte de sa ville, emporté par l’amertume et l’émotion, il s’est laissé aller dans une vidéo postée sur youtube et a insulté le roi Mohammed VI. Sur le coup personne n’a prêté attention à l’insulte de cet enfant du peuple révolté par les conditions de vies misérables des Tazaouis. Mas rien n’échappe aux services, qui l’ont interpellé et l’ont traduit devant un tribunal pour « atteinte à la sacralité du roi ». Condamné en première instance à trois ans de prison ferme, sans défense, il a vu sa peine confirmé en appel. Trois ans de prison ferme infligés par une justice de vengeance.

Mustapha Ouchtoubane. Imider. 4 ans de prison ferme.
Connaissez-vous Mustapha Ouchtoubane ? Figure militante et acteur politique d’Imider, cette commune entrée en résistance contre les agissements de la Société métallurgique d’Imiter une sous-filiale de la holding royal SNI. La semaine dernière la Cour d’appel d’Ouarzazate a confirmé la condamnation de Mustapha à quatre ans de prison ferme pour…. vol de cuivre ! Depuis son arrestation en octobre dernier ; les habitants d’Imider manifestent régulièrement pour demander la libération du militant local et protester contre le procès fabriqué en vue de faire taire leur protestation.

Et on n'est pas au bout de nos peines. Car il ne s’agit là que de de quatre cas de jeunes hommes condamnés récemment. Et il y en a certainement beaucoup d’autres. C’est tout le drame de l’histoire politique marocaine contemporaine : le pouvoir lâche du lest, puis jugeant que l’orage est passé et qu’il n’a plus besoin d’ouverture, il reprend ses pratiques détestables de plus belle.

C’est reparti. Comme en 2003.

* D'abord à 3 mois, puis à 5 en appel... Sera-t-il encore en vie lors de sa fin de peine ? Dans 2 jours il en sera à 100 jours de grève de la faim... (ndlr)