Pour la journée internationale de la
liberté de la presse, samedi 3 mai, ONG et syndicats ont dressé un
bilan négatif de la situation au Maroc. Mustapha El Khalfi a réagi…
sélectivement.
A l'occasion de la journée
internationale de la presse, les ONGs internationales ont présenté leurs
rapports et classements 2014 de la liberté des médias dans le monde.
Des rapports loin d'être flatteurs pour le Maroc. Et le classement annuel sur la liberté de la presse de l'ONG américaine, Freedom House, a même fait réagir le gouvernement marocain…
Il faut dire que si le Maroc y gagne 7 places par rapport à l'année
dernière, il reste néanmoins classé 147e sur 197 pays. Une place loin
d'être honorable. Et l'ONG, qui prend en compte trois critères -liberté
légale, politique ou économique- ne prend pas de pincettes et place
carrément le royaume parmi les pays où la presse n'est pas libre,
"malgré une légère amélioration".
Khalfi dénonce
Cette "amélioration" n'est pas suffisante pour le porte-parole du
gouvernement et ministre de la Communication, Mustapha El Khalfi qui a
dénoncé, lors d'un point presse vendredi 2 mai dernier, un classement
"inéquitable" et qui ne "reflète pas la réalité de la liberté de la
presse au Maroc".
Ce qui indigne le plus le ministre? C'est que des pays comme la Tunisie
(112e), mais aussi l'Algérie (127) ou encore le Nigeria (106) sont mieux
classés que le Maroc! "Certains pays qui ont connu des arrestations de
journalistes, saisies de journaux et fermetures de portails web, ainsi
que d'autres qui sont instables", sont mieux classés que le Maroc "qui
n'a pas enregistré de telles décisions" a déclaré El Khalfi, choisissant
notamment d'oublier la fermeture de Lakome et l'arrestation de Ali
Anouzla…
Le Maroc est classé 136e sur 190 pays par RSF ©RSF
Une indignation sélective...
Le porte-parole a continué en mettant en avant les progrès du pays: "le
Maroc a tranché sur la question de la reconnaissance juridique de la
presse électronique comme il a fixé des critères fondés sur la
transparence, l'impartialité et le pluralisme pour ce qui est du soutien
à la presse écrite". Enfin, il a remarqué que l'adaptation de l'arsenal
juridique régissant le secteur de la presse aux nouvelles dispositions
constitutionnelles est une "priorité pour le gouvernement".
Mais Mustapha El Khalfi n'a pas commenté le dernier rapport de la célèbre ONG Reporters sans frontières (RSF), qui classe pourtant lui-aussi le Maroc derrière l'Algérie, la Tunisie et le Nigéria, à la 136e place sur 190 pays…
De même, il ne s'est pas indigné du rapport annuel sur la liberté de la
presse du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM). Lors de la
conférence de presse de présentation, le président du SNPM, Younès
Moujahid, a notamment critiqué le bilan législatif "négatif" du Maroc,
puisque ni le code de la presse et de l'édition, ni le statut du
journaliste professionnel n'ont été promulgués.
Quant au projet de loi sur l’accès à l’information, "nous avons
travaillé sur ce sujet avec nos partenaires, notamment Transparency
Maroc, et je peux vous affirmer que ce projet est creux, car il ne
précise pas les garanties de la transparence et les mécanismes de
pratique de ce droit" a déclaré Moujahid.
Agresser les photographes: un "sport pour les forces de l'ordre"
Il a ensuite dénoncé les agressions répétées des forces de l’ordre
contre les journalistes et notamment les photographes: "Ça devient comme
un sport que pratiquent les forces de l’ordre à chaque évènement".
Enfin, il était impossible de ne pas évoquer le cas du directeur du site
Lakome, Ali Anouzla poursuivi l’année dernière dans le cadre de la loi
antiterroriste pour avoir publié un article dans lequel un lien menait
vers… un blog où était postée une vidéo d'AQMi appelant au jihad au
Maroc.
Un Code de la presse contourné
Le président du SNPM a déploré que la justice n’ait été ni "indépendante
ni intègre" dans cette affaire. Une affaire doublement inquiétante pour
le syndicat, car même si le nouveau Code de la presse ne comportait
pas de peines privatives de liberté, la justice pourrait néanmoins
continuer à avoir les "coudées franches" en recourant au Code pénal ou à
la loi antiterroriste pour mener des poursuites contre les
journalistes…
Younes Moujahid a rappelé que la garantie de l'indépendance de la
justice constitue un préalable essentiel à toute réforme législative
afin de "ne pas vider de sa substance toute loi éventuelle".
http://www.h24info.ma/maroc/politique/tirs-groupes-contre-le-muselage-de-la-presse-au-maroc/22700?utm_medium=email&utm_campaign=Newsletter+du+5+mai+2014&utm_content=Newsletter+du+5+mai+2014+CID_6e0ed8aabf70ef579601b7dbdbe96a3b&utm_source=Emailing%20BDD%20H24&utm_term=Tirs%20groups%20contre%20le%20muselage%20de%20la%20presse%20au%20Maroc