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jeudi 20 septembre 2012

RSF : Maroc 138 sur 179 dans le dernier classement mondial

Reporters sans frontières

  • Superficie : 446 550 km2 (sans le Sahara occidental)
  • Population : 34 343 219 (sans le Sahara occidental)
  • Langue : arabe
  • Chef de l’Etat : Roi Mohammed VI, depuis juillet 1999
La liberté de la presse semble avoir perdu au cours de ces dernières mois le terrain difficilement gagné entre la fin du règne d’Hassan II et le début de celui de Mohammed VI.

Certes, une presse indépendante existe, et le nombre de titres a considérablement augmenté au cours des dernières années, permettant l’émergence d’un certain pluralisme. Par ailleurs, un processus de libéralisation de l’audiovisuel est en cours depuis 2005, avec la création de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA). Si les débuts ont suscité de nombreux espoirs, la deuxième vague de licences attribuées le 23 février 2009 a déçu en matière d’avancée du pluralisme de l’information audiovisuelle, tant le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA) s’est montré frileux. En effet, seules quatre nouvelles radios, multirégionales et thématiques, ont reçu leur autorisation. Aucune nouvelle radio généraliste et d’information, ou chaîne de télévision privée.

Si les journalistes peuvent aller loin dans leurs critiques, les « lignes rouges » édictées par le Palais et connues de tous ne doivent être franchies : la religion, le roi et la monarchie, la patrie et l’intégrité territoriale ne sauraient être mis en cause. Par ailleurs, des peines de prison pour délit de presse existent toujours dans le code de la presse (article 41). Ce dernier, considéré comme vague et trop répressif, constitue une épée de Damoclès pour les journalistes. Le projet de réforme de ce code est en discussion depuis trois ans.


Pendant les sept premiers mois de l’année 2009, les autorités marocaines ont fait de l’arme financière le moyen privilégié de représailles contre les médias les plus audacieux. La presse marocaine était alors davantage menacée par les amendes exorbitantes infligées aux rédactions que par les peines de prison. Mais la célébration du dixième anniversaire de l’arrivée sur le trône de Mohammed VI, en juillet, a consacré un changement d’attitude des autorités, qui se sont crispées sur les ’lignes rouges’, revenant à des méthodes de répression plus violentes, avec la multiplication des procès et des condamnations à des peines de prison.
TelQuel, Nichane, Al-Jarida Al-Oula, Akhbar Al-Youm, Al-Michaal, Al-Massae, Le Journal hebdomadaire… ont tous fait les frais de ce revirement du Palais. Et pour la première fois depuis 2008, la justice marocaine a prononcé des peines de prison ferme à l’encontre de journalistes. Ainsi, Driss Chahtane, directeur de publication d’Al-Michaal a été condamné à un an de prison ferme en octobre 2009.

Alors que la blogosphère marocaine est reconnue pour son dynamisme, 2008 avait vu la première condamnation d’un blogueur. Le 8 septembre,
Mohamed Erraji avait en effet été condamné pour avoir publié un article sur le site hespress.com, intitulé “Le roi encourage le peuple à l’assistanat“, critiquant la politique sociale de Mohammed VI, avant d’être acquitté en appel pour “vice de forme“.

Si, en 2008, les autorités avaient voulu faire de Mohamed Erraji un exemple pour dissuader les blogueurs de critiquer le roi sur la Toile,
El Bachir Hazzam a été la principale victime de la répression en 2009. Ce blogueur a été condamné, le 15 décembre 2009, à quatre mois de prison ferme pour “diffusion de fausses informations portant atteinte à l’image du royaume concernant les droits de l’homme“, alors même qu’il s’est contenté de poster un communiqué, déjà public, sur la répression exercée par les forces de l’ordre lors de manifestations étudiantes dans le sud du Maroc. Au cours de ce procès, le propriétaire d’un cybercafé, Abdullah Boukfou, a quant à lui écopé d’un an de prison ferme pour avoir diffusé des informations relatives aux manifestations et pour "possession de publications incitant à la haine raciale".

Quant aux journalistes étrangers, ils peuvent avoir des difficultés pour renouveler leur accréditation, notamment lorsqu’ils abordent le sujet du Sahara occidental. Ainsi le photojournaliste espagnol,
Rafael Marchante, correspondant de l’agence Reuters au Maroc depuis 2006, s’est vu refuser son accréditation le 20 mars 2009, en raison d’un « comportement professionnel non conforme à la législation nationale en vigueur », pour reprendre les termes du ministère de la Communication. Les autorités marocaines sont revenues sur leur décision le 2 avril 2009.

Enfin, les autorités marocaines s’arrogent le droit de censurer certaines publications étrangères si leur contenu vient à déplaire. Ainsi, le numéro du Monde daté du 4 août 2009, publiant le sondage sur le bilan des dix ans de règne de Mohammed VI (sondage qui avait causé l’interdiction de
TelQuel et Nichane), a été interdit de distribution. Les autorités ont par la suite bloqué la distribution du numéro du Monde daté du 22 octobre 2009, dans lequel figurait une caricature de la famille royale jugée “irrespectueuse“. La distribution du quotidien espagnol El Pais, daté du 26 octobre, a également été bloquée.

jeudi 16 décembre 2010

Maroc - Développement : L’enfant, est l’avenir de l’homme

Par SELMA TANNOUCHE BENNANI, Le Soir-échos, 15/12/2010
The African Child Policy Forum vient de publier son nouveau rapport sur le bien-être des enfants africains. Petite enfance, santé, éducation et protection sociale : le carré gagnant.
Le Maroc en retard en matière d’éducation et de santé.
Freud affirmait que tout se joue avant l’âge de six ans. Le dernier rapport de The African Child Policy Forum portant sur « le bien-être des enfants africains » semble défendre une thèse similaire. L’étude, qui est réalisée tous les deux ans par ce centre panafricain, dresse l’état des lieux de la situation des enfants en Afrique, avant de donner une série de recommandations aux gouvernements de ces pays, dont le Maroc. Les enfants représentent en effet 48% de la population africaine, et comme un enfant ne peut pas plaider pour la défense de ses droits, c’est aux gouvernements de lui réserver la part qui lui est due. Seulement, se fixer des buts comme les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ne suffit pas. Il faut se donner les moyens d’y parvenir. Et comme débloquer des fonds constitue l’un des plus efficaces, c’est donc naturellement que « budgétiser pour les enfants » a été choisi comme thème dudit rapport.
Pour assurer un bien-être durable à l’enfant, il faut agir dès le plus jeune âge. Les gouvernements peuvent y parvenir en mettant en place des programmes de développement de la petite enfance (DPE). Les enfants qui en bénéficient ont ainsi « de meilleures opportunités d’accès aux services de santé, réussissent mieux à l’école, ont des taux d’abandon scolaire plus bas et ont plus de chances d’obtenir des revenus élevés en tant qu’adultes ». Seulement, les données de l’Unesco pour l’année 2010 révèlent que seuls 20 pays (dont l’Égypte, le Sénégal et la Guinée) sur 52 disposent de programmes visant les enfants de moins de trois ans. Le Maroc ne fait pas partie de la liste, même s’il se distingue lorsqu’il s’agit d’éducation préprimaire, avec un taux net d’inscription qui gravite autour de 50%. Pourtant, un bon rapport coût-efficacité de ces programmes sur le long terme a été identifié. En d’autres termes, lorsque l’on «mise» sur un enfant, « le retour sur investissement » est souvent très satisfaisant. Pour rappel, les DPE regroupent, en plus de l’éducation préprimaire, plusieurs aspects comme la nutrition, l’hygiène, les services liés à la récréation et les soins de santé.
Les dépenses en santé sont en souffrance
Investir dans la santé des enfants est d’ailleurs un point critique de la budgétisation, mis en valeur par le rapport, le bien-être d’un enfant passant nécessairement par sa bonne santé. «La perte de santé pour les enfants est la perte du potentiel cognitif et physique, et entraîne par conséquent la baisse des performances à l’école», stipule le rapport. Aujourd’hui, l’investissement en santé gravite autour de 9%, moyenne du continent africain, ce qui est encore très bas. Lorsque l’on jette un coup d’œil au pourcentage de chaque pays, on tarde d’ailleurs à apercevoir le Maroc, situé en bas du classement du continent. Le Royaume ne consacre, selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) datant de 2008, que 6,2% de son PIB aux dépenses de santé, loin derrière l’Algérie (10,7%) et la Tunisie (8,9%). En plus de la santé, un enfant ne peut se passer d’éducation pour toucher du bout du doigt le concept composite de «bien-être». Pour rappel, 164 gouvernements ont adopté la Déclaration de l’éducation pour tous de Dakar, en l’an 2000. Celle-ci prévoyait d’augmenter les budgets alloués à l’éducation pour qu’ils atteignent 7% du PIB en 2005, puis 9% en 2010. Aujourd’hui, seuls 6 pays dont la Tunisie ont atteint les fameux 7% en 2005, et le Maroc, avec ses 5,5%, est loin d’en faire partie. Ainsi, si avancées il y a, elles restent encore assez lentes. Sans parler du déséquilibre existant entre éducation primaire et secondaire, qui «doit être traité pour que la main-d’œuvre de l’Afrique ne soit pas piégée dans des emplois subalternes qui ont peu d’avantages». En somme, en investissant dans le bien-être des enfants, c’est sur l’ensemble du développement que les pays africains investissent. Rien de tel pour revigorer un essor qui peine à prendre de la vitesse.
http://www.lesoir-echos.com/2010/12/15/developpement-l%E2%80%99enfant-est-l%E2%80%99avenir-de-l%E2%80%99homme/