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mardi 26 août 2014

La grève de la faim comme arme: expérience de 1972/73





Extrait du livre "Le petit berger qui devint communiste" (Ali Fkir 2013) Pour le prisonnier, la grève de la faim est l'une de ses armes de résistance/lutte : arme d'une offensive (planifiée) politique, une (ultime)arme  de défense contre l’agression/l'étouffement
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"La grève de la faim 
Que devait être le rôle d’un militant après son arrestation ?  
– Premièrement : résister à la torture et ne rien donner aux tortionnaires. Certes, c’est difficile. Ceux et celles qui n’ont jamais été torturés croient que c’est simple.
Pour résister, il faut être armé de l’idée que pratiquement c’est possible, et être convaincu que quelques soient les moyens utilisés par les tortionnaires, il ne faut rien lâcher. Il en va de la vie de militants et de l’avenir de l’organisation.  
– Deuxièmement : refuser de répondre aux juges sans la présence des avocats.   
– Troisièmement : garder sa dignité en prison. Ne pas toucher aux drogues, ne pas être tenté par l’homosexualité, ne pas établir des relations « douteuses » avec l’administration. Etre animé par les valeurs communistes telles la solidarité, l’honnêteté, la simplicité, l’objectivité, la démocratie, mettre la cohésion du groupe et son intérêt au-dessus des tentations individualistes. La force d’un groupe c’est tout d’abord sa cohésion face à l’ennemi. Sa faiblesse ne peut être que le résultat des dissensions internes, des dérives individualistes.
– Quatrièmement : être mobilisé quotidiennement pour se défendre contre les abus de l’administration et pour élargir le champ des acquis. Mais attention, les gardiens ne sont pas tous de mauvais matons. D’après l’expérience de 11 ans et 13 jours de prison, l’ex petit berger classe les gardiens en 3 catégories : celles des « affairistes », celle des sympathisants et celles des fascistes.
Comme dans toutes les prisons du monde, les « affairistes » peuvent vous rendre n’importe quel « service » contre du fric. Ils sont les plus nombreux.
Les fascistes sont généralement peu nombreux mais redoutables.  Ils sont totalement déshumanisés et sans pitié aucune. Ce sont généralement des chiens dressés à la « Pavlov ».
Dans toute prison se trouvent des sympathisants des causes justes, des enfants du peuple qui n’ont pas totalement renié leurs origines sociales.
Comment « infiltrer » ce monde de matons ? Au sein du groupe de « 1972 », des camarades « spécialisés » ont pu établir des « relations d’affaires » avec des gardiens, avec des trafiquants de « droit commun » (et ce malgré notre isolement). D’autres militants avaient pu dénicher des sympathisants. Je reviendrai par la suite sur le « réseau » de sympathisants démantelé en 1975.
Quant aux fascistes, il n’y a pas d’autres moyens que l’engueulade, la pression à l’intérieur et à l’extérieur de la prison. Il faut rendre la vie difficile au fasciste par un harcèlement quotidien tout en évitant de provoquer la « solidarité matonnière ». Le plus dur (à éviter) est de dresser tous les gardiens contre vous. Au sein de tout groupe de prisonniers politiques, vous pouvez trouver des gens qui ont divorcé avec leurs idées, qui peuvent accepter de jouer « l’indic/mouchard » au profit de l’ennemi, des individus qui enfreignent la « règle de conduite » établie par le groupe. Le groupe de l’ex petit berger n’a jamais connu ce genre de dérive. Vous pouvez trouver aussi des personnes qui n’ont aucune considération pour le groupe ni pour l’intérêt général, des personnes qui jouent au « trouble-fête », qui peuvent créer des incidents « gratuits » qui engagent (par solidarité) tout le groupe dans une « guerre » qu’il n’a pas choisie. Le groupe a toujours des priorités, une stratégie et des tactiques pour les objectifs fixés. Comme dans la lutte des classes à l’échelle du pays, la lutte à l’intérieur de la prison suppose une stratification des priorités, des objectifs, une stratégie, des tactiques,…    
- Cinquièmement : contribuer de l’intérieur de la prison au combat national contre l’ennemi. C’est la tâche principale de tout groupe de prisonniers politiques.
Cette tâche nécessite toute « une logistique » : un tissu de réseaux clandestins à l’intérieur de la prison, à l’extérieur, au sein des familles, au sein des amis et sympathisants, à l’étranger, sans parler du plus important : le lien avec l’organisation (ou les organisations) révolutionnaire(s).
C’est dans ce cadre que le groupe décida en septembre 1972 de préparer une grève de la faim, une grève essentiellement politique.
La préparation a pris plus de deux mois. Pourquoi tout ce temps-là ? Il fallait :   
- Fixer les objectifs qui étaient de deux types : les objectifs politiques d’ordre général et les objectifs relatifs à la situation du groupe à l’intérieur de la prison.
Il fallait faire connaitre le mouvement marxiste-léniniste marocain et ce au niveau national et international, dévoiler le visage répressif du régime, encourager la résistance populaire en général, le combat du mouvement marxiste léniniste en particulier, arracher, en tant que prisonniers politiques, des acquis à l’intérieur de la prison.
- Se mettre d’accord sur les conditions de l’arrêt de la grève.
- Constituer le « Comité de négociation » et le « Comité médical ». Amine Abdelhamid représentait les militants d’ILAL AMAM et ses sympathisants dans le premier Comité et le docteur Jamal Belakhdar dans le deuxième.  
- Rédiger des communiqués et les faire sortir de la prison.  
- Etablir des contacts, des réseaux aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.
- Et enfin décider du moment opportun pour «lancer l’attaque ».
Le groupe était scindé en deux, groupe d’ILAL AMAM et sympathisants et groupe LINAKHDOUM ACCHAÂB plus Anis Balafrej et ses trois jeunes camarades.
Donc il fallait discuter au sein de chaque groupe puis discuter groupe à groupe, et ce n’était pas chose aisée.
Un matin de la mi-novembre 1972 (je ne me rappelle pas le jour exact), à l’ouverture des cellules, les militants sortirent tout ce qu’ils avaient comme provisions, sauf toutefois le sucre et l’eau, remirent au chef du quartier la lettre relative à la grève de la faim. Les matons furent ébahis. C’était la première grève de la faim collective au Maroc. Du jamais vu, du jamais entendu.
Riposte immédiate de l’administration : fouille minutieuse, isolement du groupe.
Au Moyen orient, notamment au Liban et dans les camps de refugiés palestiniens, en France, au Maroc bien sûr,… les familles des prisonniers politiques, les camarades, les sympathisants, les progressistes, les démocrates entrèrent en action.
Au Maroc, la jeunesse universitaire, les lycéens, des artistes, des avocats, des démocrates se mobilisèrent. Hassan II ne s’attendait pas à cela. L’événement a été soigneusement bien préparé grâce à certains militants qui avaient la responsabilité de la « logistique communicative » et à des familles tels Laâbi et Jocelyne, Amine et sa famille (plusieurs « relais »), Assidon et sa famille et amiEs, Kamal Lahbib et Leila,… l’organisation ILAL AMAM (à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc), le Front démocratique de la libération de la Palestine (FDLP),… des avocats tels que Omar Benjelloune, Abderrahim Berrada, Idbelkacem, Abderrahim Jamaï, Ben Amre,…
La grève de la faim est dure, très dure, surtout les premiers jours. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que la grève de la faim est une arme de lutte choisie consciemment, avec conviction et ce dans des conditions particulières.
Le groupe avait décidé d’éviter des pertes humaines. La grève entamée était une grève politique. Il n’était pas question de perdre un camarade. Le groupe était contre des suicides gratuits. Le mouvement communiste mondial était toujours contre le suicide, contre des actes individuels tel le terrorisme.
Il n’était pas question de demander la « libération », mais exiger un procès public afin de s’exprimer, un procès qui ne pouvait être qu’inique dans les conditions qui prévalaient au maroc qui vivait sous un régime tyrannique. Le verdict, les condamnations, le nombre d’années de prison étaient choses secondaires pour les militants. Le procès devait être une tribune pour dénoncer le régime, une occasion pour parler de ses repères idéologiques, expliquer son programme politique,…
Le groupe s’était fixé un minima pour arrêter la grève de la faim. On savait d’avance que l’Etat concèderait ce minima. Une fois le politique (propagandiste) réalisé, la grève devrait cesser. Le Comité de dialogue était mandaté pour cela.  
Après 32 jours de grève, les négociateurs arrachèrent le minima fixé d’avance et même un peu plus. Les prisonniers politiques marxistes-léninistes arrêtèrent leur mouvement à la veille du 31 décembre 1972.


Ils allaient passer un mois (de convalescence) dans un hôpital de Casablanca, un mois de « récréation ». Les militants engagés (sentimentalement) retrouvèrent leurs « élues », les « libres », comme l’ex berger, avaient l’occasion de « flirter »,... Les jolies filles aux blouses blanches étaient généreuses avec cette « nouvelle race de politiques ».
http://alifkir.blogspot.com/

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