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vendredi 24 avril 2009

Le Maroc exporte les outils de la répression en Mauritanie / Mohamed Ayache

par Mohamed Ayache, Bellaciao, 15-04-2009
Selon le journal digital mauritanien "Taqadoumy", un cargo en provenance du Maroc est arrivé au port autonome de Nouakchott, le 7 avril dans la soirée. La cargaison a été déchargée puis expédiée directement vers l’école de police, à Tevragh Zeïna, quartier résidentiel de la capitale mauritanienne.

Il s’agit de véhicules légers, de bus de transport des troupes et des personnes interpellées lors des manifestations, ainsi que de tubes capables de produire un puissant jet d’eau afin de disperser les foules. Ce matériel, don du Maroc, est destiné à renforcer la capacité des forces de police, à contenir les mouvements de masse.

Rappel des faits : Le 6 août 2008, le président démocratiquement élu en Mauritanie a été destitué après avoir démis de leurs fonctions certains hauts gradés. Ces derniers, moyennant un coup d’état, ont formé un Conseil Supérieur d’Etat placé sous les ordres du Général Mohamed Ould Abdelaziz.

Trois jours après le putch, le roi Mohamed VI dépêchait à Noukchott Mohamed Yassine Mansouri, directeur de la DGED et annonçait la mise en place d’une cellule de crise comprenant des représentants de la sécurité territoriale et les ministères de l’intérieur et des affaires étrangères pour suivre l’évolution de la situation en Mauritanie.

Au même temps, un éditorial du journal officiel du palais, Le Matin, dans son édition du 06/08/2008, faisait des louanges aux putschistes et critiquait le gouvernement renversé : " La stabilité et la sécurité de la Mauritanie... Ce qui pourrait s’apparenter éventuellement, chez d’aucuns, à un mot d’ordre de circonstance, voire à un slogan, est plus que jamais aujourd’hui l’objectif proclamé de hauts officiers qui viennent de changer le cours des choses et le mouvement de l’histoire dans ce pays frère et proche de nos cœurs.

Patriotes attachés à l’unité nationale de leur pays et à sa stabilité, soucieux également de préserver la dignité de leur peuple, ils n’ont eu de cesse de prévenir et d’alerter le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi à la fois sur la dérive d’un pouvoir de plus en plus émollient et au bord d’être miné par le népotisme. Les patriotes mauritaniens qui viennent de prendre en main le destin de leur pays, fidèles à l’éthique du service de l’Etat et de ses institutions démocratiques, soucieux de préserver la stabilité et le bonheur du peuple mauritanien continueront à compter sur le soutien du Maroc, de ses institutions, de son gouvernement et de son peuple frère."

Ces faits ont poussé beaucoup de mauritaniens à penser que le Maroc se trouvait derrière ce putsch et voyaient déjà des "tajines" et des babouches à Nouakchott. Surtout si l’on tient en compte que le royaume chérifien a toujours observé une certaine réserve vis-à-vis des différents régimes qui se sont succédé en Mauritanie depuis le renversement d’Ould Daddah.

La première tentative de renversement de Ould Haïdallah, le 16 mars 1981, orchestrée par l’Union pour une Mauritanie démocratique, trouve son appui au Maroc. Les putschistes se sont rendus en Mauritanie, via le Sénégal, avec des passeports marocains et des armes transférées sous protection diplomatique. Durant l’ère Ould Taya (1984/2005), les relations ne se sont guère améliorées, l’ancien président reprochant à Hassan II son soutien au Sénégal dans le conflit frontalier qui opposait les deux pays. Le défunt roi avait alors qualifié la Mauritanie de “pays voisin” et le Sénégal de “pays ami”.

Pour rappel, le président sénégalais a changé sa position vis-à-vis des putschistes grâce à l’intervention du roi Mohamed VI. Mais le grand mystère reste la volte-face du Président Sarkozy par rapport aux évènements mauritaniens. Le 27 mars 2009, à Niamey, conférence de presse conjointe avec son homologue nigérien, à la question : "La France a-t-elle été assez ferme contre les putschistes de Nouakchott, et ceux-ci n’ont-ils pas donné l’exemple à Bissau, à Conakry et à Tananarive?", Sarkozy a répondu : «Ce n’est pas une question, c’est une fresque ! [...] Sur la Mauritanie, vous connaissez bien cela, est-ce qu’on a souvent vu un coup d’Etat, sans manifestation et sans protestation, si ce n’est celle de la France? Lorsque le Président, démocratiquement désigné, a été retenu, je l’ai appelé, moi-même. J’ai exigé qu’il soit libéré, mais force est de constater qu’il n’y a pas eu un député, un parlementaire qui a protesté et qu’il n’y a pas eu de manifestation»... Et de cette façon, le président français s’est éloigné de la position défendue par l’ONU, l’Union Africaine et l’Union Européenne, lesquelles ont congelé toute sorte de coopération avec la Mauritanie, coopération qui ne pourra reprendre "sans retour à l’ordre constitutionnel".

Cinq mois plus tôt, très exactement, le vendredi 17 Octobre 2008 ; Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la Coopération, déclarait, à Radio France Internationale, trois jours avant la première réunion de consultations, au titre de l’article 96 du traité de Cotonou, entre les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (les A.C.P.), d’une part, et l’Union européenne, d’autre part, réunion que celui-là va présider, puisque la France est en charge de la présidence de l’U.E., du 1er Juillet au 31 décembre 2008, : "Même en Mauritanie, les collectifs les plus attachés aux droits de l’Homme ne demandent pas, d’une manière ferme et définitive, le retour du président déchu [...] Tout le monde, aujourd’hui, dit quasiment : il faut trouver la solution d’un retour à la Constitution, puisque c’est absolument impératif, mais personne ne dit : Abdallahi doit être remis sur son siège".

Avec cet aide octroyé aux putschistes, Le Maroc, royaume despotique connu, exporte ce qu’il maîtrise et connaît le mieux : Les outils de la répression. A cela s’ajoute le rapport d’Amnesty International Amnesty International, accusant le pouvoir mauritanien de recourir à la torture comme unique méthode d’investigation. Selon ce texte détaillé, les sévices et la pression physique sont devenus encore plus fréquents depuis le putsch d’août 2008. L’enquête précise que certains prisonniers sont brutalisés par des officiers marocains, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. L’adage arabe dit : "La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle possède". Dans ce cas, elle a donné répression et torture.

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