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mardi 10 septembre 2013

Le gaz sarin aurait été utilisé par les rebelles. Récits de Domenico Quirico et Pierre Piccini, kidnapés par les rebelles


Jacob de Meknès a partagé un lien, 9/9/2013

 L'enseignant belge Pierre Piccinin da Prata, kidnappé en Syrie au mois d'avril et libéré ce dimanche, a accordé une interview à RTL-TVI ce lundi matin. Il a indiqué que le gaz sarin avait été utilisé par les rebelles, et non par le régime syrien.

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Domenico  Quirico raconte à son tour, dans Le Monde, 10/9/2013





Le journaliste Domenico Quirico, libéré de Syrie : "J'ai rencontré le pays du Mal"




Domenico Quirico, journaliste du quotidien "la Stampa", habitué des théâtres de guerre, avait été enlevé en Syrie début avril.
Domenico Quirico, journaliste à La Stampa détenu en Syrie pendant cinq mois avec le Belge Pierre Piccinin, a regagné l'Italie lundi. Il a livré à son journal le récit de sa captivité.
Lire le récit en VO sur le site de La Stampa : "Io, tra bombe, fughe e umiliazioni" (intégralité en payant)
 Domenico Quirico, journaliste du quotidien "la Stampa", habitué des théâtres de guerre, avait été enlevé en Syrie début avril.

Nous sommes entrés en Syrie le 6 avril avec l'accord de l'Armée syrienne libre (ASL) et sous sa protection, comme les fois précédentes. J'ai essayé de me rendre à Damas pour vérifier par moi-même, comme je le fais toujours, les nouvelles qui circulaient à propos de la bataille décisive de cette guerre civile. Mais nous avons été informés qu'il fallait attendre quelques jours et c'est ainsi que nous avons accepté la proposition de nous rendre dans la ville de Qoussair, proche de la frontière libanaise, qui était alors assiégée par le Hezbollah, allié fidèle du régime de Bachar Al-Assad.

Nous sommes arrivés à Qoussair avec un convoi de ravitaillement de l'ASL, un long voyage de nuit tous feux éteints à travers les montagnes – le régime contrôlait les routes. Nous avons été bombardés par un Mig près d'un moulin de l'époque byzantine. Nous nous trouvions dans la vallée de l'Oronte, un endroit où, au cours de l'histoire, les empires se sont faits et défaits.
C'est là que la bataille entre Ramsès II et les Hittites a eu lieu. Ici, l'histoire est partout, dans chaque colline, dans chaque pierre. La ville était déjà dévastée et détruite par les bombardements de l'aviation alors, la nuit suivante, nous avons décidé de revenir à notre point de départ pour savoir s'il était possible de prendre la route de Damas.

L'ENLÈVEMENT
Nous avons demandé à être accompagnés par des hommes de l'ASL [Armée syrienne libre] et c'est en compagnie de deux d'entre eux, avec qui nous venions de dîner, que nous sommes partis. Nous les pensions fiables. Mais il est probable que ce soit eux qui nous aient trahis et vendus. Dès la sortie de la ville, notre voiture a été stoppée par deux pick-up remplis d'hommes masqués. Ils nous ont fait monter dans leurs véhicules, puis nous ont conduits dans une maison où ils nous ont battus.
Ils se présentaient comme des policiers du régime. Les jours suivants, cependant, nous avons découvert que c'était faux, car nos ravisseurs étaient de fervents musulmans qui priaient cinq fois par jour de façon savante et mélodieuse. Le vendredi, ils ont écouté le sermon d'un prédicateur qui soutenait le djihad contre Assad. Mais ce n'est que lorsque nous avons été bombardés par l'aviation que tout reste de doute s'est évanoui : ceux qui nous avaient pris en otage étaient des rebelles.




L'ÉMIR ABOU OMARLe créateur et chef du groupe de nos ravisseurs était un soi-disant émir qui se fait appeler Abou Omar, vraisemblablement un surnom. Il a formé sa brigade en recrutant des gens du coin, plus bandits qu'islamistes ou révolutionnaires. Cet Abou Omar couvre ses trafics et activités illicites d'un vernis d'islamisme et collabore avec le groupe qui nous a récupérés ensuite, Al-Farouq. Cette faction très connue de la révolution syrienne fait partie du Conseil national syrien et ses représentants rencontrent les gouvernements européens. Elle a été créée par un général rebelle qui a enrôlé ses troupes parmi les gens les plus pauvres de Homs, les laissés-pour-compte du régime mafieux syrien. L'Occident leur fait confiance, mais j'ai appris à mes dépens qu'il s'agit aussi d'un groupe assez emblématique d'un phénomène nouveau et préoccupant pour la révolution : l'émergence de bandes de malfrats, comme en Somalie, qui profitent du vernis islamique et du contexte révolutionnaire pour s'emparer de pans entiers du territoire, rançonner la population, enlever des gens et se remplir les poches.

LE PREMIER LIEU DE DÉTENTION
Au début, nous avons été détenus dans une maison de campagne aux abords de Qoussair. Nous y sommes restés une vingtaine de jours. Puis est survenu le premier événement terrible de ce que j'appelle la "matriochka" de cette histoire, un événement au sein d'un autre : le Hezbollah a attaqué les positions rebelles et la bâtisse dans laquelle nous nous trouvions s'est retrouvée en première ligne. Elle a été attaquée et bombardée. Nous avons alors été déplacés dans une autre maison, à l'intérieur de la ville. Mais c'était comme si le destin s'acharnait sur nous, ouvrant sans cesse de nouveaux scénarios terribles, nous éloignant toujours plus de la perspective d'une libération.



Cette maison aussi a fini par être attaquée et, durant une semaine, nous avons été confiés à une brigade djihadiste de Jabhat Al-Nosra. C'est le seul moment où nous avons été traités comme des êtres humains, et même avec une certaine sympathie : par exemple, ils nous ont nourris de ce qu'ils mangeaient eux-mêmes. Les combattants du Jabhat Al-Nosra mènent une vie très simple. Ce sont des guerriers radicaux, des islamistes fanatiques qui ont pour ambition de faire de la Syrie un Etat islamique et de transformer tout le Moyen-Orient, mais en face de leurs ennemis – parce que nous, chrétiens, occidentaux, nous sommes leurs ennemis –, ils ont le sens de l'honneur et du respect. Al-Nosra a beau être inscrite sur la liste des organisations terroristes dressée par les Américains, c'est le seul groupe qui nous ait respectés. Mais nous sommes revenus aux mains d'Abou Omar.
 L'EXODE DE QOUSSAIR
La ville était assiégée et se réduisait chaque jour, détruite pierre après pierre. Au début du mois de juin, le Hezbollah était sur le point de la prendre. L'ensemble des différentes factions rebelles (dont la katiba – l'unité – d'Abou Omar) a décidé d'enfoncer les lignes ennemies avec la population pour tenter de fuir dans une autre partie de la Syrie. De façon incroyable, ils ont, nous avons, réussi. Cela a été une épopée extraordinaire et terrible, avec des hommes, des femmes, des enfants, des handicapés et des personnes âgées marchant pendant douze heures, deux nuits consécutives, à travers la campagne. Un groupe de cinq à six mille personnes.
Tout au long de cette marche sur les cailloux, un bruit sourd s'élevait de la foule, comme s'il ne s'agissait que d'un seul et même corps en mouvement. Lorsque les fusées éclairantes lancées par les soldats du régime pour permettre à l'artillerie et aux mitraillettes de les abattre illuminaient la scène, la campagne devenait éblouissante et ces milliers de gens se jetaient aussitôt à terre dans un silence incroyable. Et quand les fusées éclairantes, qui descendent tout doucement, finissaient par s'éteindre au sol, la foule se relevait comme un seul homme, reprenant sa route en laissant derrière elle son chapelet de morts.

PÊCHES VERTES
Au bout de la première nuit, l'armée est parvenue à bloquer notre avancée et tout le monde s'est dispersé dans les vergers et les champs, sans eau ni nourriture, pour attendre une autre nuit et essayer de repartir. Il n'y avait rien à manger. Juste les pêches sur les arbres, qui, en juin, étaient encore loin d'être mûres. Nous en avons écrasé pour manger le cœur et le noyau, qui étaient assez mous.
Parfois quelques vieilles figures homériques s'avançaient seules vers les lignes de l'armée de Bachar, et elles étaient fauchées par les mitraillettes. Mais la chose la plus extraordinaire s'est produite lorsque, au coucher du soleil, toute cette foule s'est arrêtée pour prier. Les hommes d'Abou Omar ont croisé deux kalachnikovs à la tête du convoi des combattants pour entonner une prière guerrière. Un chant modulé s'est élevé au-dessus des champs et des bois pour demander à Dieu la victoire et la mort de leurs ennemis. Après quoi, la foule s'est dirigée droit vers l'ennemi, a enfoncé les lignes et, de façon incroyable, a passé les soldats.

VERS HOMS
Nous sommes descendus vers Homs depuis le haut-plateau. Je me souviens avoir pensé que j'étais en train de rêver, tant la scène était irréelle. Nous avancions de nuit vers cette grande ville, là où la révolution a débuté. Une partie de la cité était déserte, déjà détruite par les bombardements. L'autre était encore habitée, en proie à d'incessants combats. Par un effet d'optique aussi étrange qu'incroyable, l'immense étendue de maisons blanches se reflétait dans le ciel : une partie de la ville, celle en ruines, avait l'immobilité et le silence d'un cimetière, quand l'autre n'était que lumières, rafales, fusées et bruits. Nous avons continué vers la plaine de Homs. Nous marchions entre deux rangées de feu entourés d'ombres : les gens couraient en baissant la tête car les mitraillettes tiraient à hauteur d'homme, nous trébuchions sur les cadavres, jusqu'à finalement arriver dans une petite ville de ciment, l'une de ces innombrables et affreuses petites villes syriennes, mal construites et approximatives.

TEL ULYSSE
Après cette nuit-là, nous avons été ramenés là où notre voyage avait commencé, un peu comme dans l'Odyssée. Ulysse se dirige vers Ithaque, aperçoit sa maison, son île, là, au loin, mais le Dieu féroce, implacable – le destin – s'acharne et une tempête le repousse loin de chez lui et c'est son châtiment. Il nous est arrivé la même chose. De retour à Reabrook, la ville d'où nous étions partis, nous avons été vendus à Al-Farouq. Le périple a recommencé parce qu'après deux jours, ils nous ont dit que nous irions vers le Nord, à la frontière turque, et que là, nous serions libérés.
Nous avons voyagé deux nuits sur leurs pick-up à travers les montagnes. Les chauffeurs se servaient de temps en temps de jumelles à infrarouges pour vérifier que les militaires ne préparaient pas de guet-apens sur la route. Après une seconde nuit de voyage et de froid assis à l'arrière d'un pick-up, recouverts de poussière, nous avons atteint la zone d'Idleb, où nous avons été retenus encore trois ou quatre semaines sur une base militaire.



L'APPELPendant l'exode de Qoussair, après le premier jour de marche, Abou Omar m'a fait venir, alors qu'il était assis comme un pacha sous un arbre, entouré de sa petite cour de guerriers. Il voulait que je m'assois à ses côtés, dans l'intention de faire croire qu'il était notre ami, histoire de tromper un peu les gens qui l'entouraient et qui se demandaient qui pouvaient bien être ces deux occidentaux en haillons et piteux état après deux mois de captivité. Je lui ai demandé son téléphone pour appeler la maison, lui disant que ma famille me croyait sans doute mort et qu'il était en train de détruire ma vie et ma famille. Il riait. Et il me montrait son téléphone en m'expliquant qu'il n'y avait pas de réseau, qu'on ne pouvait pas appeler. C'était faux.
A ce moment-là, un soldat de l'ASL, blessé aux jambes, a sorti un téléphone de la poche de son pantalon et me l'a tendu. C'est le seul geste de pitié que j'aie reçu en 152 jours. Personne n'a manifesté envers moi ce que nous appelons communément pitié, miséricorde, compassion. Même les enfants et les vieux ont essayé de nous faire du mal. Je le dis peut-être en termes un peu trop éthiques mais en Syrie, j'ai vraiment rencontré le pays du Mal. Je n'ai pas réussi à appeler la maison plus de vingt secondes, et après le cri désespéré que j'ai entendu à l'autre bout du fil, on a été coupés.

LA CAPTIVITÉ
Nous étions traités comme des animaux, enfermés dans de petites pièces aux fenêtres closes malgré la chaleur étouffante, jetés sur des paillasses, nourris de leurs restes. De toute ma vie, jamais je n'avais ressenti cette humiliation quotidienne qui consiste à être empêché d'accomplir les choses les plus simples comme aller aux toilettes, à devoir demander et s'entendre toujours répondre non. Je crois qu'ils éprouvaient un vrai plaisir à voir l'occidental riche réduit à l'état de mendiant.

LES TENTATIVES D'ÉVASION
La première fois, à la faveur de l'assoupissement probable de notre gardien, nous sommes sortis de la maison et nous sommes dirigés vers des lumières, pensant qu'il s'agissait de Qoussair.
Nous n'avions pas fait deux cents mètres qu'ils nous ont repris. La seconde fois, en revanche, nous étions dans une autre ville, c'était vers la fin de notre captivité. Nous avons profité de la distraction de nos gardiens, quatre garçons, qui souvent ne prenaient pas garde à leurs affaires le soir, à leurs blousons remplis de chargeurs, à leurs kalachnikovs, qu'ils laissaient traîner près de notre pièce. Nous nous sommes emparés de deux grenades, dans l'intention de nous en servir pour dégager la voie. Je les ai cachées sous un canapé défoncé.
Nous pensions les surprendre, leur dérober un téléphone, appeler chez nous, en Italie, pour être guidés pendant notre évasion. Malheureusement, ou heureusement, parce que je pense qu'une telle tentative m'aurait causé d'énormes problèmes moraux, nous n'avons pu mettre notre plan à exécution. Mais un soir où ils avaient oublié de fermer la chaîne sur la porte de la maison, nous sommes sortis, armés de deux kalachnikovs, et nous sommes partis vers Bab al-Hawa, à la frontière turque. Je connaissais déjà cette zone pour m'y être rendu en janvier.

RÉDUITS À DES MARCHANDISES
Nous nous sommes cachés dans une sorte de ruine dans la campagne. De nuit, nous avons essayé de traverser la frontière mais le terrain était miné. Nous avons atteint le fil barbelé et dû rebrousser chemin. A l'aide de la kalachnikov, nous avons arrêté un véhicule et demandé au conducteur de nous conduire à un village non loin de là. Mais il y avait un barrage.
Ils nous ont tiré dessus, arrêtés, ramenés dans la maison où nous étions enfermés et rendus à nos geôliers pour nous punir. Lesquels nous ont enfermés pendant trois jours dans un sorte de cagibi avec les mains attachées dans le dos, presque pieds et poings liés. Notre valeur n'était que marchande.
Mais si on détruit la marchandise, on s'expose à ne pas en obtenir le prix qu'on en attend. Nous avions vraiment l'impression de n'être que des sacs de blé, des objets qui n'ont de la valeur que tant qu'ils peuvent être vendus. Ils pouvaient nous rouer de coups de pieds mais pas nous tuer. S'ils nous abîmaient trop, ou définitivement, nous aurions perdu toute valeur marchande. L'horrible loi de l'otage.

LES CHOSES SIMPLES DE LA VIE
Il y a des années, je m'étais entretenu avec Georges Malbrunot, journaliste du Figaro qui a été sans doute l'un des otages les plus célèbres pendant la seconde guerre du golfe. Je crois qu'il est resté prisonnier environ quatre mois. Il racontait le dépouillement de tout ce qui fait une personne, comme les chaussures, les vêtements...
Moi, je suis resté cinq mois sans chaussures, pieds nus. Pendant cinq mois, ma vie n'a été rythmée que par le lever et le coucher du soleil. Et l'impossibilité d'accomplir toutes les choses dont la vie est faite: marcher, bouger, rencontrer des gens, écrire, lire, regarder le paysage, rêver de faire des choses que parfois ensuite on ne fait pas. Moi, pendant cinq mois, j'ai perdu tout ce qui faisait mon mode de vie, j'ai végété, au sens propre.
Pendant cinq mois, ma vie m'a été dérobée, remplacée par quelque chose d'artificiel, qui consistait pour moi à être un objet et à lutter contre le temps. J'ai découvert le caractère extraordinaire de choses qui semblent aussi anodines qu'un verre d'eau. Ou la contemplation du soleil, parce que nos fenestrons étaient minuscules et que, bien souvent, nous restions dans l'obscurité complète. Marcher, parler avec quelqu'un qui ne soit pas toujours mon compagnon de mésaventure. Et heureusement qu'il était là, sinon je serais devenu fou.

LES GEÔLIERS
Ils appartenaient à un groupe qui se prétend islamiste mais qui, en réalité, est composé de jeunes déséquilibrés qui sont entrés dans la révolution parce que, désormais, la révolution, c'est ces groupes à mi-chemin entre banditisme et fanatisme.
Ils suivent celui qui leur promet un avenir, qui leur donne des armes, de la force, de l'argent pour acheter leurs téléphones, leurs ordinateurs, leurs vêtements. La marque Adidas est très répandue en Syrie, tout le monde porte des T-shirts Adidas, des chaussures Adidas, on dirait presque qu'ils sont sponsorisés. Ces jeunes gens mènent une vie communautaire, sans femme ; ils ne font rien et passent leurs journées allongés sur des matelas à boire du maté. Je croyais que c'était une habitude spécifique à l'Amérique du Sud, mais c'est très courant dans certaines parties de la Syrie.
Ils fument aussi des Malboro américaines importés de Turquie. Moi qui ne fume ni ne bois, j'avais l'air plus islamique que la plupart d'entre eux. Ils regardaient la télévision mais les informations ne les intéressaient absolument pas. Ce qu'ils aimaient bien, en revanche, c'était les petits films vaguement osés diffusés par la télévision qatarie, les vieux films égyptiens à l'eau de rose des années 1950 en noir et blanc et les spectacles de combat, le catch américain ou cette terrible forme de lutte pratiquée dans les pays arabes où tous les coups sont permis...

LES SIMULACRES D'EXÉCUTION
Par deux fois, ils m'ont fait croire qu'ils allaient m'exécuter. Nous étions près de Qoussair. L'un d'eux s'est approché de moi avec son pistolet, m'a montré que l'arme était chargée puis, mettant ma tête contre le mur, il a approché le canon de ma tempe. Interminables instants pendant lesquels tu as honte... je me souviens du simulacre d'exécution de Dostoïevski... il te monte une telle colère parce que tu as peur... tu sens respirer l'homme à côté de toi, son plaisir palpable de tenir la vie d'un autre entre ses mains, de ressentir ta peur, et c'est contre ta peur qu'alors tu enrages. C'est un peu comme lorsque les enfants, qui sont souvent si cruels, arrachent la queue des lézards ou les pattes des fourmis. La même férocité.
LES TRACTATIONS
Pour se moquer de nous, nos geôliers nous lançaient de temps en temps "dans deux ou trois jours, peut-être une semaine, vous serez libres, de retour en Italie" pour se délecter ensuite de notre désespoir... lorsqu'ils ajoutaient Inch'Allah, leur façon à eux de mentir sans en avoir l'impression, Inch'Allah, si Dieu le veut... Ils disaient tout le temps "bukrah", qui signifie demain... mais le lendemain, personne ne partait. Un jeu vraiment cruel, mais les derniers temps, lorsqu'ils jouaient à ce petit jeu avec nous, nous leur répondions à notre tour : "Inch'Allah" pour qu'ils sachent que nous avions compris. A la fin, dimanche, j'ai senti que cette fois, c'était la bonne.
Nous avons traversé quasiment tout le pays, peut-être dans le but de brouiller les pistes, jusqu'à Deir ez-Zor, dans le grand désert syrien. Nous avons fait halte dans une ville dont je ne connais pas le nom et puis nous sommes retournés d'où nous venions par la même route. Une sorte de diversion.
Et nous avons été libérés. Cette fois, aucun Inch'Allah qui vaille. Ils nous ont fait descendre des voitures de l'autre côté de la frontière, nous intimant de marcher. J'avoue avoir pensé qu'ils allaient nous tirer dans le dos, il faisait sombre, c'était la nuit, dimanche avant l'aube. J'ai songé que si j'entendais le bruit du chargeur, je me jetterais au sol. J'étais sûr qu'il m'auraient tué, nous avions vu leurs visages, nous connaissions leurs noms. Mais personne n'a chargé de kalachnikov. Et j'ai entendu des voix italiennes. Inch'Allah, cette fois, c'était bien la bonne.


LES LIVRES
Je voyage toujours avec des livres, et je leur sacrifie volontiers trois T-shirts de rechange dans mes bagages. Cette fois, j'en avais emportés quatre. Deux d'un auteur aujourd'hui malheureusement oublié, Erich Maria Remarque, deux titres peut-être un peu mineurs, Un temps pour vivre, un temps pour mourir, et Après qui raconte le retour de quelques rescapés allemands à la fin de la première guerre mondiale. Un peu le symbole pour moi de ce chemin du retour que je ne parvenais pas à trouver. Et puis Les Nus et les morts de Norman Mailer et Crime et châtiment de Dostoïevski.
Je les ai lus et relus. Je peux vous parler de tous les personnages, les réciter en partant de la fin. Ils ne m'ont pas quittés, où que j'aille, et au prix d'une fatigue certaine, car ils pesaient lourd, j'ai marché avec eux deux nuits et deux jours durant la retraite de Qoussair. Le dernier jour, ils me les ont confisqués. Les livres nous parlent. Mais il y a eu un long moment où ils ne me parlaient plus, où les mots, les histoires, les personnages filaient devant mes yeux... Si je fais d'autres voyages de ce genre, j'emporterai toujours La Recherche de Proust, Don Quichotte de Cervantes, des livres longs, très longs... ça aide.

LA FOI
Cette expérience est remplie de Dieu. Pierre Piccinin [le compagnon de captivité de Domenico Quirico] est croyant. Je le suis aussi. Ma foi est très simple, c'est celle de mes prières d'enfant, des prêtres que je croisais alors, pédalant vers leurs petites paroisses chaussés comme des ouvriers, leur sacoche attachée à leur vélo. Ils allaient porter l'extrême onction, bénir les maisons, avec la foi de Bernanos, simple mais profonde. Ma foi, c'est de me donner, je ne crois pas que Dieu soit un supermarché, où on va demander à peu de frais la grâce, le pardon, un service. Avoir la foi m'a aidé à résister.
Notre histoire, c'est celle de deux chrétiens dans le monde de Mahomet et de la comparaison entre deux fois différentes : la mienne, simple, faite de don de soi et d'amour, et la leur, qui est faite de rituels. J'avais aussi avec moi un de mes carnets où j'écrivais chaque jour ce qui s'était passé. Je l'avais presque fini, il ne restait que deux pages. Le dernier jour, ils me l'ont pris. Il m'a surtout servi à tenir le compte des mois, des jours, parce que si on perd le sens du temps, on sombre dans un puits d'où on ne ressort pas.

A son arrivée à Rome, le reporter de la "Stampa" a confié avoir été "maltraité" par ses ravisseurs.

 Domenico Quirico (second en partant de la droite), journaliste du quotidien "La Stampa" à son arrivée à Rome. Il avait été enlevé en Syrie début avril.

Domenico Quirico (traduit de l'italien par Florence Djibedjian)


Syrie : PETITION URGENTE : Agissons pour ne pas rajouter la guerre à la guerre: pétition, rassemblement si la guerre est déclenchée



Exigeons des solutions politiques
Le Mouvement de la Paix vous invite à interpeller d'urgence vos parlementaires et le Président de la République en signant la cyber-action en ligne.
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Manifestation à Rennes vendredi 30 août
Des rassemblements se sont tenus à Paris, Toulouse, Marseille, Lyon, Angers, Rennes, Gap, Béziers, Pau, Strasbourg, Quimper... et d'autres se tiendront dans les jours prochains à Caen, Bourges, Tarbes, Saint Etienne, Morlaix...
Vous aussi, organisez la mobilisation dans votre ville, contactez le Mouvement de la Paix au 01 40 12 09 12.

Manifestation à Paris jeudi 29 août

Madame, monsieur,
Depuis quelques jours, la France, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne annoncent vouloir infliger une punition militaire au régime de Bachar El Assad. Rajouter la guerre aux souffrances, déjà très grandes, du peuple syrien serait une nouvelle catastrophe et constituerait un acte grave dont les conséquences pour la région sont incalculables.
Le Mouvement de la Paix condamne la répression du régime de Bachar El Assad depuis plus de deux ans. Nous condamnons fermement l'utilisation d'armes chimiques par quelque partie au conflit. Ce sont aux inspecteurs de l'ONU de communiquer à la communauté internationale des informations fiables sur la véracité de l'utilisation de ces armes et les conditions de leur utilisation.
Le Mouvement de la Paix, qui agit depuis de longs mois en soutien à la population syrienne, refuse une intervention militaire, qui plus est en dehors de toute légitimité internationale et sans mandat de l'ONU (voir notre communiqué). Nous refusons catégoriquement le recours à la guerre. En Syrie comme ailleurs ce qui est nécessaire c’est la mise en place de processus politiques de prévention et de résolution des crises avec l’objectif de la Culture de la Paix comme socle d’une société humaine.
Une majorité grandissante de nos citoyens est opposée à cette intervention militaire. C'est le cas également aux USA, et en Grande-Bretagne. Nous devons nous faire entendre auprès du gouvernement afin que l’aspiration majoritaire du peuple français soit entendue et respectée. Le Président de la République a convoqué une session extraordinaire du Parlement ce mercredi 4 septembre sur cet ordre du jour.
Nous vous invitons à interpeller vos parlementaires avant mercredi afin que ceux-ci exigent un vote du parlement et s'expriment contre une intervention militaire et pour des solutions politiques.
Nous vous demandons également de vous adresser au Président de la République.
Le peuple Syrien a plus que jamais besoin de vous pour éviter une aggravation de sa situation par la guerre, et soutenir les solutions politiques.
Nous demandons la reprise des accords de Genève II avec les moyens indispensables, un cessez le feu, l’interdiction du commerce des armes, l’aide aux victimes, l’organisation des secours et le recours au tribunal international pour crime contre l'humanité par l'usage d'armes chimiques.

Pour cela :
  • Participez à la cyber-action en ligne qui sera envoyée en votre nom aux parlementaires de votre département ainsi qu'à l'Elysée - cela ne prend que quelques instants;
  • Faites signer la pétition autour de vous (en la téléchargeant au format pdf ou au format doc) et renvoyez les signatures au comité du Mouvement de la Paix de votre département ou au siège national du Mouvement de la Paix à Saint Ouen;
  • Faites suivre ce message (en format html) à vos connaissances pour former la chaîne de la paix.
Nous comptons sur vous.
Le Mouvement de la Paix
www.mvtpaix.org
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Cette Cyber-Action du Mouvement de la Paix contre l'intervention armée en Syrie est soutenue par les

Le 02/09/2013

Madame, monsieur,
Chère amie, cher ami,

Nous vous remercions pour votre engagement et votre mobilisation.

Nous vous invitons à rester vigilant et à poursuivre l'action collective à nos côtés :

  • en téléchargeant cette lettre (au format pdf) pour la faire signer à votre entourage

Quoi qu'il arrive, si la guerre venait à être déclenchée, nous vous invitons à vous rassembler le soir même
à 18h30 devant un lieu symbolique de votre commune.

Encore merci de votre engagement,

Le Mouvement de la Paix
























Mohammed VI "bombarde" Bachar el-Assad


Par Enoch El Fassi (Afrik.com),1/9/2013

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Le royaume du Maroc appelle la communauté internationale à intervenir en Syrie contre Bachar el-Assad. Une réaction radicale après plusieurs jours de mutisme.
Le communiqué officiel du ministère marocain des Affaires étrangères publié ce jeudi est sans ambiguïté. Il appelle la communauté internationale à adopter la solution militaire contre le régime de Bachar el-Assad. Le Maroc condamne « le massacre ignoble commis dans la région syrienne de Ghouta » et « prend le régime syrien pour responsable des événements et des conséquences » relatifs au scandale des armes chimiques.
Rabat appelle donc « la communauté internationale à œuvrer pour trouver une solution à même de sauver le peuple syrien et lui fournir des aides urgentes ». Le palais pousse l’ONU à donner son feu vert et se range sans aucune hésitation du côté des Etats-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne ou encore de l’Arabie Saoudite.

Régime alaouite vs dynastie alaouite
Mohammed VI frappe là où ça fait mal, alors que durant plusieurs jours aucune position officielle n’a été prise par le royaume. L’occasion est bien choisie pour Mohammed VI qui prend avec joie sa revanche sur la famille el-Assad devenue l’ennemie de la famille royale depuis que la Syrie a reconnu le Polisario dès le début du conflit au Sahara occidental. Le prédécesseur de Bachar el-Assad qui n’est autre que son père Hafez el-Assad – arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat en 1970 jusqu’à sa mort en 2000 – avait même accueilli officiellement, en 1987, le secrétaire général du Front Polisario et président de la République arabe sahraouie démocratie (RASD), Mohammed Abdelaziz.
Pourtant, l’arrivée du fils el-Assad au pouvoir, un an après l’intronisation du roi alaouite Mohammed VI, laissait présager des retrouvailles cordiales entre les deux pays. Bachar el-Assad avait été accueilli en grande pompe par son homologue marocain en 2001, histoire de confirmer l’apaisement des relations tendues laissées en héritage par Hassan II et Hafez el-Assad. Le roi chérifien avait lui aussi été reçu à Damas en avril 2005.

L’éternel combat reprend
La tombe creusée pour enterrer la discorde laissée en héritage par les prédécesseurs de Mohammed VI et de Bachar el-Assad n’a finalement pas été si profonde que cela. Le souverain chérifien profite du scandale des armes chimiques qui aurait, selon Washington, été utilisées par le régime alaouite en Syrie contre des civils pour bombarder Bachar el-Assad.
Pour information, le Maroc est dorénavant à la tête du groupe des « Amis du peuple syrien » puisqu’il accueillera le 12 décembre, à Marrakech, la prochaine réunion qui devrait réunir des représentants de plus de 70 nations.
Enoch El Fassi (Afrik.com)

URL courte: http://www.demainonline.com/?p=27275

Des rebelles syriens menacent le personnel de l'ONU, 11 travailleurs tués




 

Des rebelles syriens menacent le personnel de l'ONU, 11 travailleurs tués

Par La Voix de la Russie, 7/9/2013

 Les groupes armés en Syrie menacent ouvertement le personnel des Nations Unies, qui fournit l’assistance à la population, a déclaré vendredi dernier le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Valerie Amos.

S'exprimant par communication vidéo lors d'une conférence de presse au siège de l'organisation mondiale, elle a précisé que 11 membres du personnel des Nations Unies ont été tués en Syrie.
Selon Amos, les menaces contre le personnel humanitaire des Nations Unies « étaient reçues de la part de groupes différents ». « Nous prenons sérieusement ces déclarations », a déclaré le secrétaire général adjoint.

Syrie : une escalade aveugle vers la guerre

Par M. Kaddouri, fb
Dans un isolement diplomatique sans précédent, souligné par le sommet du G20, les États-Unis et la France s'apprêtent à frapper le régime syrien. 
Cette aventure s'engage sans qu'aucune réponse ne soit apportée aux questions complexes que pose le conflit syrien, et alors que les buts de guerre varient d'un jour à l'autre. Pour la France le but est du déjà vu, faire diversion des problèmes d'un président en manque de popularité à moins que 30% d'avis favorable dans les sondages. Aussi amener le débat ailleurs que sur le bilan économique catastrophique de la France. Ils vont nous vendre cette guerre en vantant la démarche de frappes chirurgicales avec des bombes intelligentes. Par le passé Bush nous a démontré que toutes les bombes sont stupides. En Irak 97% des bombes ont manqué leurs cibles cartésiennes par un rayon d'action de 84 mètres, donc ont tué des personnes innocentes considérées comme victimes collatérales.
 Aucune personne n'est née ici ou ailleurs pour mourir, soyons humain d’abord. 
Ceci étant dit je n'approuve aucuns clans dans ce conflit, les deux sont des débiles et des criminels de guerre, pour moi le droit de tuer n'existe pas.
Au nom de la vie, faites le geste de partager pour dénoncer ces manipulations répétitives de l'opinion publique pour ne pas être complice de cette guerre. Partagez svp, merci, et lisez :
  http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/09/07/syrie-francois-hollande-s-adressera-aux-francais-en-fin-de-semaine-prochaine_3472988_3218.html#xtor=AL-32280270

Damas il y a 3 mois déjà : Guerre chimique en Syrie


 Le Monde : 4/6/2013

Une attaque chimique sur le front de Jobar, à l'entrée de la capitale syrienne, cela ne ressemble d'abord à rien. A rien de spectaculaire. A rien, surtout, de détectable. Tel est le but recherché : lorsque les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL) les plus avancés dans Damas comprennent qu'ils viennent d'être exposés à des produits chimiques par les forces gouvernementales, il est trop tard. Quel que soit le gaz utilisé, il produit déjà ses effets, à quelques centaines de mètres seulement d'habitations de la capitale syrienne.
Au début, il n'y a eu qu'un bruit modeste, un choc métallique, presque un cliquetis. Et dans le fracas des combats du jour dans le secteur "Bahra 1" du quartier de Jobar, cela n'a d'abord pas attiré l'attention des combattants de la brigade Tahrir Al-Sham ("Libération de la Syrie"). "On a pensé à un obus de mortier qui n'avait pas explosé, et personne n'y a vraiment fait attention", explique Omar Haidar, responsable opérationnel de la brigade, qui tient ce secteur avancé, à moins de 500 mètres de la place des Abbassides.
PAS D'ODEUR, PAS DE FUMÉE
Cherchant ses mots pour décrire ce son incongru, il le compare à "une canette de Pepsi qui tomberait par terre". Pas d'odeur, pas de fumée, pas même un sifflement indiquant l'éjection d'un gaz toxique. Puis sont apparus les symptômes. Les hommes toussent violemment. Les yeux brûlent, les pupilles se rétractent à l'extrême, la vision s'obscurcit. Bientôt, surviennent les difficultés respiratoires, parfois aiguës, les vomissements, les évanouissements. Il faut évacuer les combattants les plus touchés, avant qu'ils n'étouffent.
De cela, les envoyés spéciaux du Monde ont été témoins plusieurs jours d'affilée dans ce quartier à la sortie de Damas, où la rébellion a pénétré en janvier. Depuis, l'enjeu de Jobar est crucial pour l'ASL comme pour le pouvoir. Mais, au cours d'un reportage de deux mois dans les environs de la capitale syrienne, nous avons réuni des éléments comparables dans une couronne beaucoup plus large.
La gravité des cas, leur multiplication, la tactique d'emploi de telles armes montrent qu'il ne s'agit pas de simples gaz lacrymogènes utilisés sur les fronts, mais de produits d'une autre classe, bien plus toxiques.
Sur le front enchevêtré de Jobar, où les lignes ennemies sont si proches qu'on s'y insulte parfois presque aussi volontiers qu'on s'y entretue, les scènes d'attaque au gaz apparaissent ponctuellement courant avril. Pas de diffusion massive, sur des kilomètres, mais un usage occasionnel et localisé par les forces gouvernementales, visant les points de contact les plus durs avec un ennemi rebelle tout proche. Le secteur est le point d'entrée le plus en profondeur dans l'intérieur de Damas des groupes de l'ASL. Une guerre sans merci s'y déroule.
PREMIÈRE ATTAQUE EN AVRIL
Dans le secteur "Bahra 1", l'un des plus avancés en direction de la grande place stratégique des Abbasides, l'un des verrous de Damas, les hommes d'Abou Djihad, dit "Arguileh" ("narguilé"), ont subi leur première attaque de cette nature le soir du jeudi 11 avril. Tous ont d'abord été pris au dépourvu. Ils avaient entendu parler des "gaz" utilisés sur d'autres fronts, dans d'autres régions de Syrie (notamment à Homs et dans la région d'Alep) au cours des mois écoulés, mais que faire, une fois confronté au phénomène ? Comment se protéger sans abandonner les lieux et offrir une victoire facile à l'ennemi ? "Certains hommes ont évacué, d'autres sont restés paralysés par la panique. Mais la position n'a pas été abandonnée. On ordonnait aux soldats montant au front de se munir de foulards mouillés pour se protéger le visage", explique un combattant.
Dans la foulée, une poignée de masques à gaz ont été distribués, destinés en priorité aux hommes qui tiennent des positions fixes, là où un simple mur marque parfois la limite du territoire rebelle. D'autres se contentent de la protection dérisoire de masques chirurgicaux.
Les hommes commandés par "Arguileh" ne sont pas les seuls à avoir subi une attaque au gaz dans les parages. Plus près du marché à la viande voisin, où sont stationnés des chars du gouvernement, les "forces spéciales" des rebelles de la Liwa Marawi Al-Ghouta ont été exposées à des concentrations – sans doute plus importantes encore – de composés chimiques, à en juger par les effets produits sur les combattants. Nous les retrouverons dans les heures suivantes dans les hôpitaux, luttant pour survivre.

DES HOMMES REVÊTUS DE COMBINAISONS
A Jobar, les combattants n'ont pas déserté leurs positions, mais ceux qui restent sur les lignes de front, pupilles rétractées, la respiration sifflante, sont "terrorisés et essaient de se calmer par des prières", admet Abou Atal, l'un des combattants de Tahrir Al-Sham. Un homme d'une autre brigade est mort dans un secteur voisin. Il s'appelait Ibrahim Darwish. Il est décédé le 18 avril.
Dans la partie nord de Jobar, également visé par une attaque similaire, le général Abou Mohammad Al-Kurdi, commandant de la 1re division de l'ASL (qui regroupe cinq brigades), affirme que ses hommes ont vu des militaires gouvernementaux quitter leurs positions, avant que ne surgissent des hommes "portant des combinaisons de protection chimique", lesquels auraient ensuite disposé sur le sol "des sortes de petites bombes, comme des mines", qui se seraient mises à diffuser un produit chimique dans l'atmosphère.
Ses hommes, affirme-t-il, auraient tué trois de ces techniciens. Où sont les combinaisons de protection saisies sur les cadavres ? Nul ne le sait… Les soldats exposés ce soir-là parlent d'une forte panique, d'une ruée vers l'arrière. Ce ne sont pas les civils ou les sources indépendantes qui risquent d'infirmer ou de corroborer ces affirmations : plus personne ne vit à Jobar, en dehors des combattants imbriqués dans les différents fronts du quartier.
Cela n'empêche pas de constater l'effet ravageur des gaz employés par le gouvernement syrien aux portes de sa propre capitale. Un jour d'attaque chimique sur une zone du front de Jobar, le 13 avril, le photographe du Monde a vu les combattants qui font la guerre dans ces maisons en ruine commencer à tousser, puis mettre leurs masques à gaz, sans hâte apparente, mais en réalité déjà exposés. Des hommes s'accroupissent, suffoquent, vomissent. Il faut fuir immédiatement le secteur. Le photographe du Monde souffrira, quatre jours durant, de troubles visuels et respiratoires. Ce jour-là, pourtant, les émanations de gaz avaient été concentrées dans un secteur voisin.

LIGNE ROUGE
Faute de témoignages indépendants, de nombreux doutes ont plané sur la réalité de l'emploi d'armes chimiques, en général, par les forces gouvernementales, qui en possèdent de très importants stocks, notamment de gaz neurotoxiques, comme le sarin. Plusieurs pays : les Etats-Unis, la Turquie et Israël, ont déclaré posséder des éléments matériels indiquant l'utilisation d'armes de ce type, mais n'ont pas communiqué la nature exacte de leurs preuves, ni décidé si, comme l'avait promis le président Obama en août 2012, le recours à de telles armes par le pouvoir de Damas constituerait le franchissement d'une "ligne rouge" susceptible d'entraîner une intervention étrangère en Syrie contre le régime.
Le pouvoir accuse de son côté l'ASL d'utiliser également des armes chimiques, augmentant la confusion. Pour se convaincre de la réalité de l'emploi de ces composés par l'armée syrienne sur certains fronts, il faut alors interroger les médecins qui, sur place, tentent de soigner ou de sauver les combattants exposés à des gaz. Le 8 avril, à l'hôpital Al-Fateh de Kafer Battna, le plus important centre médical de la région de la Ghouta, large poche rebelle à l'est de Damas, les médecins montrent des enregistrements, sur des téléphones, de scènes de suffocation. Un raclement terrible sort de la gorge d'un homme. C'était le 14 mars et, selon le personnel médical, il venait d'être exposé à des gaz à Otaiba, une ville à l'est de la Ghouta, où le gouvernement syrien mène depuis la mi-mars une vaste opération pour encercler les forces rebelles et couper leur principale route d'approvisionnement.
L'un de ces médecins, le docteur Hassan O., décrit soigneusement les symptômes de ces patients : "Les gens qui arrivent ont du mal à respirer. Ils ont les pupilles rétractées. Certains vomissent. Ils n'entendent plus rien, ne parlent plus, leurs muscles respiratoires sont inertes. Si on ne traite pas de toute urgence, c'est la mort." Cette description correspond en tous points à celles faites par les autres médecins rencontrés en l'espace de plusieurs semaines dans les alentours de Damas. A quelques variantes près. Selon les endroits, les combattants qui en ont été les victimes affirment que les produits ont été diffusés par de simples obus, par des roquettes, voire par une forme de grenade.
Sur le front de Jobar, à la cinquième attaque de ce type, le 18 avril, les combattants de l'ASL, commandés par Omar Haidar, disent avoir vu tomber, à leurs pieds, un grand cylindre équipé d'un dispositif d'ouverture, d'une longueur d'environ 20 centimètres. S'agissait-il d'armes chimiques, et dans ce cas, diffusant quel type de substances ? Pour répondre avec précision à cette question, il faudrait établir un protocole d'enquête que les conditions du conflit rendent difficiles. Procéder à des prélèvements sur des combattants exposés aux émanations au point de décéder ou d'avoir été obligés d'être hospitalisés, puis les confier à des laboratoires spécialisés à l'étranger. Un certain nombre d'entre eux ont été réalisés et sont en cours d'étude.

UNE ÉTRANGE ROUTINE
Depuis, à Jobar, des masques à gaz ont été distribués, ainsi que des seringues et des ampoules d'atropine, un produit injectable qui contrecarre les effets des neurotoxiques comme le sarin. Les médecins de la Ghouta suspectent l'utilisation de ce neurotoxique inodore et incolore, dont l'effet coïncide avec les observations faites sur place. Selon une source occidentale bien informée, cela n'empêche pas le pouvoir syrien d'avoir recours à des mélanges de produits, notamment avec des gaz anti-émeutes (lacrymogènes), pour brouiller les pistes et l'observation des symptômes.
Car l'enjeu est de taille, dans le cas où la preuve d'utilisation d'armes chimiques par les troupes de Bachar Al-Assad serait établie. La dissimulation est donc de rigueur. Les gaz utilisés sur les fronts le sont de manière ponctuelle, évitant des épandages massifs qui constitueraient facilement des faisceaux de preuves irréfutables. Il n'en demeure pas moins que le phénomène se répète : jeudi 23 mai, les rebelles affirment qu'une nouvelle attaque aux armes chimiques a eu lieu à Adra, zone d'affrontements très durs entre le pouvoir et les rebelles au nord-est de Damas.
Dans la seconde moitié d'avril, les attaques au gaz sont presque devenues une étrange routine, à Jobar. Sur les lignes de front, les rebelles de l'ASL avaient pris l'habitude de conserver soigneusement leur masque à proximité. On organisait des séances de lavages d'yeux réguliers, avec des seringues remplies de sérum physiologique. L'effet recherché par ces attaques semblait essentiellement tactique, correspondant à ce stade à une tentative de déstabilisation des unités rebelles dans des quartiers où les soldats gouvernementaux ne sont pas parvenus à les déloger, en même temps qu'un test. Si les forces armées syriennes osent ainsi utiliser des armes chimiques dans leur propre capitale, sans déclencher de réaction internationale sérieuse, n'est-ce pas une invitation pour poursuivre l'expérimentation un peu plus largement ?
Jusqu'ici, les cas d'utilisation de gaz n'ont pas été isolés. Le seul ophtalmologue de la région, formé à l'étranger, consulte dans un petit hôpital de Sabha dont il souhaite qu'on dissimule la localisation exacte. A lui seul, il a dénombré 150 personnes touchées en l'espace de deux semaines. Près des zones touchées par les gaz, il a organisé des douches pour que les combattants exposés aux produits chimiques puissent se laver et changer d'habits pour éviter de contaminer ensuite les personnels des centres de soins.

REMÈDE DE CHEVAL
Pour sauver les soldats dont les problèmes respiratoires sont les plus graves, il faut les porter dans le long dédale à l'intérieur de maisons dont les murs ont été percés, franchir les tranchées et tunnels creusés pour éviter les tireurs ennemis, pour arriver à une ambulance de fortune, garée sur une placette un peu en retrait, et foncer dans des rues exposées aux balles et aux obus, pied au plancher, pour atteindre un hôpital du front avant que les combattants ne meurent, étouffés.
A l'hôpital islamique de Hammouriya, installé dans un hangar discret, le docteur assure, le 14 avril, avoir reçu, deux heures auparavant, un combattant du front de Jobar, en grande difficulté respiratoire, avec un rythme cardiaque "devenu fou". Pour le sauver, il dit avoir effectué quinze injections successives d'atropine, ainsi que de l'hydrocortisone. Un remède de cheval, pour un cas désespéré.
La veille, dans la nuit, l'une des ambulances qui tentait d'évacuer des hommes gazés a été touchée par les tirs d'un sniper. Le chauffeur a été blessé. Le lendemain matin, les ambulanciers sont parvenus à passer la route à vitesse maximale, sous le tir d'un tank, et ont atteint cette zone du front, où une nouvelle nappe de produits chimiques venait d'être répandue. "Lorsqu'on est arrivés, on a trouvé tout le monde par terre", témoigne un infirmier d'un autre centre hospitalier de Kaffer Batna, qui ne peut donner son nom de peur des représailles contre sa famille installée en zone gouvernementale.
Au cours de la matinée, dans la cour de cet hôpital installé dans un parking en sous-sol pour se protéger des tirs des Mig ou de l'artillerie gouvernementale, le chaos règne. Les soldats sont allongés aux côtés de cinq aides soignants contaminés à leur tour à leur contact. On n'a pas terminé le décompte des soldats, qui arrivent au fil des transferts depuis le front, et sont déjà quinze au total. On court dans les salles de fortune, pour distribuer l'oxygène, réaliser des injections.
DES MÉDICAMENTS DE PLUS EN PLUS RARES
Le docteur Hassan, responsable de l'hôpital, est allongé dans son minuscule bureau avec un masque à oxygène, tandis qu'on lui administre de l'atropine. Il se consacrait à ces urgences depuis une heure lorsqu'il a perdu connaissance et a commencé à suffoquer. Cet homme lutte depuis des mois pour maintenir en activité son centre de soins, aidé par des volontaires dont certains sont de simples lycéens, alors que le blocus de la région par les forces gouvernementales a pour conséquence de rendre les médicaments de plus en plus rares. Les anesthésiques manquent, les chirurgiens improvisés en sont réduits à utiliser des produits vétérinaires, comme la kétamine. La morphine a disparu. Et les stocks d'atropine ne devraient pas durer très longtemps. Le docteur a réalisé des prélèvements d'échantillons qui ont été, à travers mille difficultés, sortis en contrebande de la région. Il faudra encore quelques semaines pour connaître le résultat de leur analyse.
En se rendant dans huit centres médicaux de la partie est de la Ghouta, les envoyés spéciaux du Monde n'ont trouvé que deux établissements dont les responsables médicaux déclaraient ne pas avoir reçu de combattants ou de civils touchés par des attaques au gaz. A Nashibiyya, les médecins ont reçu jusqu'à soixante cas en un seul jour, en provenance du front d'Otaiba, le 18 mars. La modeste structure n'avait pas les moyens de faire face à cet afflux, manquant en particulier d'oxygène. Il y a eu cinq morts, par étouffement. Quelques jours plus tard, conscients de la gravité de la situation, les médecins ont fait exhumer les dépouilles de ces victimes en présence d'autorités locales et religieuses, et ont procédé à des prélèvements de tissu qu'ils ont tenté d'expédier vers un pays voisin. Certains de ces échantillons ont été confiés à un petit groupe de combattants qui a tenté de briser l'encerclement de la région par les forces gouvernementales. A ce jour, les médecins de Nashibiyya disent ignorer si les prélèvements sont arrivés à bon port.

"LES MALADES DEVENAIENT COMME FOUS"
A une dizaine de kilomètres, à l'hôpital de Douma, sous contrôle de la brigade Al-Islam, les médecins disent avoir reçu 39 patients après l'attaque chimique du 24 mars sur la ville d'Adra. Deux hommes sont décédés dans les locaux. L'un des médecins note qu'au bout de deux jours, "les malades devenaient comme fous". Marwane, un combattant présent sur les lieux de l'attaque d'Adra, affirme avoir vu "des roquettes arriver sur le front et dégager une lumière orange", et que, lors de son propre transfert à l'hôpital, il a vu "trois hommes mourir dans les véhicules sur la route". Dans le contexte de chaos qui règne dans la région de la Ghouta, civils et militaires meurent souvent avant d'avoir pu atteindre un centre médical.
Adra, Otaiba et Jobar sont les trois points où l'utilisation de gaz est décrite par les sources locales de la région depuis le mois de mars dans la région de Damas. Une différence émerge : à Jobar, les produits ont été utilisés de manière plus prudente et plus localisée.
En revanche, sur les fronts plus éloignés, comme Adra et Otaiba, les quantités estimées par rapport au nombre de cas arrivés simultanément dans les hôpitaux sont plus importantes.
Mais les attaques chimiques ne sont pas la seule activité des hôpitaux de la région. Deux heures avant l'arrivée des envoyés spéciaux du Monde, quatre enfants aux corps lacérés, déchiquetés par des bombes de Mig, avaient été amenés en urgence à Douma. A peine stabilisés, ils ont dû quitter l'hôpital, sans espoir d'être évacués de Syrie. Sans doute, comme beaucoup, sont-ils morts en route. Les infirmiers ont filmé ces corps martyrisés, ces hurlements de douleur. "Ça, vous voyez, c'est tous les jours, et pour nous, c'est encore plus grave que les attaques chimiques : on en est arrivés là", commente, avec un regard anéanti, le médecin, qui ne peut, lui non plus, dire son nom.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/visuel/2013/06/04/sur-le-front-de-damas_3423103_3218.html?p=1

lundi 9 septembre 2013

Congo : Un massacre se déroule en ce moment dans l’indifférence générale

Le Congo subit en ce moment un des génocides les plus meurtriers que l’humanité ait connut, et tout ça, dans la plus grande indifférence générale. 

En effet, depuis plus de 13 ans, on dénombre plus de 6 millions de victimes.
Un conflit oublié par les médias mainstream… Un scandale humanitaire se déroule là-bas, ignoré de tous et ceux qui savent ferment volontiers les yeux… Une honte !

Kivu-occupe21
Nous vous demanderons de diffuser massivement cette vidéo, car ce qui se passe là-bas doit être connu de tous ! http://youtu.be/NMtgHzXZnIg

L'ONU appelle à ouvrir les passages de Gaza

    Par IRIB-7/9/2013

    Les Nations Unies ont appelé, dans un communiqué distribué à la presse ce matin, à ouvrir tous les passages pour la circulation des civils et les importations et exportations à travers la bande de Gaza.
    Le porte-parole adjoint du Secrétaire général de l'ONU, Farhan Haq, dans la déclaration, que le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, l'OCHA, a exprimé sa profonde préoccupation vis-à-vis des restrictions et les mesures de sécurité imposées récemment sur le passage de Rafah entre l'Egypte et la bande de Gaza.
    L'ONU appelle à ouvrir les passages de GazaFarhan a ajouté que ces restrictions ont entraîné le retard de la circulation des étudiants et des malades qui ont besoin d’être soignés immédiatement. Elles ont aussi conduit à une pénurie des matériaux de construction, de carburant et du matériel médical, soulignant que des milliers de Palestiniens sont bloqués maintenant des deux côtés de la frontière commune entre l'Egypte et la bande de Gaza.
     http://french.irib.ir/info/moyen-orient/item/273720-l-onu-appelle-%C3%A0-ouvrir-les-passages-de-gaza

    dimanche 8 septembre 2013

    Titres des articles publiés sur SOLIDMAR du 1er au8/9/2013

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