Archives 2009-2017 du blog du Réseau de solidarité avec les peuples du Maroc, du Sahara occidental et d'ailleurs(RSPMSOA), créé en février 2009 à l'initiative de Solidarité Maroc 05, AZLS et Tlaxcala. Rejoignez-nous!
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L'enseignant belge Pierre Piccinin da Prata, kidnappé en Syrie au mois
d'avril et libéré ce dimanche, a accordé une interview à RTL-TVI ce
lundi matin. Il a indiqué que le gaz sarin avait été utilisé par les
rebelles, et non par le régime syrien.
Domenico Quirico raconte à son tour, dans Le Monde, 10/9/2013
Le journaliste Domenico Quirico, libéré de Syrie : "J'ai rencontré le pays du Mal"
Domenico Quirico, journaliste à La Stampa détenu en Syrie pendant cinq mois avec le Belge Pierre Piccinin, a regagné l'Italie lundi. Il a livré à son journal le récit de sa captivité.
Nous sommes entrés en Syrie le 6 avril avec l'accord de l'Armée syrienne libre (ASL) et sous sa protection, comme les fois précédentes. J'ai essayé de me rendre
à Damas pour vérifier par moi-même, comme je le fais toujours, les
nouvelles qui circulaient à propos de la bataille décisive de cette
guerre civile. Mais nous avons été informés qu'il fallait attendre quelques jours et c'est ainsi que nous avons accepté la proposition de nous rendre
dans la ville de Qoussair, proche de la frontière libanaise, qui était
alors assiégée par le Hezbollah, allié fidèle du régime de Bachar
Al-Assad.
Nous sommes arrivés à Qoussair avec un convoi de ravitaillement de l'ASL, un long voyage
de nuit tous feux éteints à travers les montagnes – le régime
contrôlait les routes. Nous avons été bombardés par un Mig près d'un
moulin de l'époque byzantine. Nous nous trouvions dans la vallée de
l'Oronte, un endroit où, au cours de l'histoire, les empires se sont
faits et défaits. C'est là que la bataille entre Ramsès II et les Hittites a eu lieu.
Ici, l'histoire est partout, dans chaque colline, dans chaque pierre. La
ville était déjà dévastée et détruite par les bombardements de
l'aviation alors, la nuit suivante, nous avons décidé de revenir à notre point de départ pour savoir s'il était possible de prendre la route de Damas.
L'ENLÈVEMENT Nous avons demandé à être accompagnés par des hommes de l'ASL [Armée syrienne libre]
et c'est en compagnie de deux d'entre eux, avec qui nous venions de
dîner, que nous sommes partis. Nous les pensions fiables. Mais il est
probable que ce soit eux qui nous aient trahis et vendus. Dès la sortie
de la ville, notre voiture a été stoppée par deux pick-up remplis
d'hommes masqués. Ils nous ont fait monter dans leurs véhicules, puis nous ont conduits dans une maison où ils nous ont battus. Ils se présentaient comme des policiers du régime. Les jours
suivants, cependant, nous avons découvert que c'était faux, car nos
ravisseurs étaient de fervents musulmans qui priaient cinq fois par jour
de façon savante et mélodieuse. Le vendredi, ils ont écouté le sermon
d'un prédicateur qui soutenait le djihad contre Assad. Mais ce n'est que
lorsque nous avons été bombardés par l'aviation que tout reste de doute
s'est évanoui : ceux qui nous avaient pris en otage étaient des
rebelles.
L'ÉMIR ABOU OMARLe créateur et chef du groupe de nos ravisseurs était un soi-disant émir qui se fait appeler
Abou Omar, vraisemblablement un surnom. Il a formé sa brigade en
recrutant des gens du coin, plus bandits qu'islamistes ou
révolutionnaires. Cet Abou Omar couvre ses trafics et activités
illicites d'un vernis d'islamisme et collabore avec le groupe qui nous a
récupérés ensuite, Al-Farouq. Cette faction très connue de la
révolution syrienne fait partie du Conseil national syrien et ses
représentants rencontrent les gouvernements européens. Elle a été créée
par un général rebelle qui a enrôlé ses troupes parmi les gens les plus
pauvres de Homs, les laissés-pour-compte du régime mafieux syrien.
L'Occident leur fait confiance, mais j'ai appris à mes dépens qu'il
s'agit aussi d'un groupe assez emblématique d'un phénomène nouveau et
préoccupant pour la révolution : l'émergence de bandes de malfrats,
comme en Somalie, qui profitent du vernis islamique et du contexte révolutionnaire pour s'emparer de pans entiers du territoire, rançonner la population, enlever des gens et se remplir les poches.
LE PREMIER LIEU DE DÉTENTION Au début, nous avons été détenus dans une maison de campagne aux
abords de Qoussair. Nous y sommes restés une vingtaine de jours. Puis
est survenu le premier événement terrible de ce que j'appelle la
"matriochka" de cette histoire, un événement au sein d'un autre : le
Hezbollah a attaqué les positions rebelles et la bâtisse dans laquelle
nous nous trouvions s'est retrouvée en première ligne. Elle a été
attaquée et bombardée. Nous avons alors été déplacés dans une autre
maison, à l'intérieur de la ville. Mais c'était comme si le destin
s'acharnait sur nous, ouvrant sans cesse de nouveaux scénarios
terribles, nous éloignant toujours plus de la perspective d'une
libération.
Cette maison aussi a fini par être attaquée et, durant une semaine,
nous avons été confiés à une brigade djihadiste de Jabhat Al-Nosra.
C'est le seul moment où nous avons été traités comme des êtres humains,
et même avec une certaine sympathie : par exemple, ils nous ont nourris
de ce qu'ils mangeaient eux-mêmes. Les combattants du Jabhat Al-Nosra
mènent une vie très simple. Ce sont des guerriers radicaux, des
islamistes fanatiques qui ont pour ambition de faire de la Syrie un Etat islamique et de transformer
tout le Moyen-Orient, mais en face de leurs ennemis – parce que nous,
chrétiens, occidentaux, nous sommes leurs ennemis –, ils ont le sens de
l'honneur et du respect. Al-Nosra a beau être inscrite sur la liste des
organisations terroristes dressée par les Américains, c'est le seul
groupe qui nous ait respectés. Mais nous sommes revenus aux mains d'Abou
Omar.
L'EXODE DE QOUSSAIR La ville était assiégée et se réduisait chaque jour, détruite pierre
après pierre. Au début du mois de juin, le Hezbollah était sur le point
de la prendre. L'ensemble des différentes factions rebelles (dont la katiba – l'unité – d'Abou Omar) a décidé d'enfoncer les lignes ennemies avec la population pour tenter de fuir
dans une autre partie de la Syrie. De façon incroyable, ils ont, nous
avons, réussi. Cela a été une épopée extraordinaire et terrible, avec
des hommes, des femmes, des enfants, des handicapés et des personnes
âgées marchant pendant douze heures, deux nuits consécutives, à travers
la campagne. Un groupe de cinq à six mille personnes. Tout au long de cette marche sur les cailloux, un bruit sourd
s'élevait de la foule, comme s'il ne s'agissait que d'un seul et même
corps en mouvement. Lorsque les fusées éclairantes lancées par les
soldats du régime pour permettre à l'artillerie et aux mitraillettes de les abattre
illuminaient la scène, la campagne devenait éblouissante et ces
milliers de gens se jetaient aussitôt à terre dans un silence
incroyable. Et quand les fusées éclairantes, qui descendent tout
doucement, finissaient par s'éteindre au sol, la foule se relevait comme
un seul homme, reprenant sa route en laissant derrière elle son
chapelet de morts.
PÊCHES VERTES Au bout de la première nuit, l'armée est parvenue à bloquer notre avancée et tout le monde s'est dispersé dans les vergers et les champs, sans eau ni nourriture, pour attendre une autre nuit et essayer de repartir. Il n'y avait rien à manger. Juste les pêches sur les arbres, qui, en juin, étaient encore loin d'être mûres. Nous en avons écrasé pour manger le cœur et le noyau, qui étaient assez mous. Parfois quelques vieilles figures homériques s'avançaient seules vers
les lignes de l'armée de Bachar, et elles étaient fauchées par les
mitraillettes. Mais la chose la plus extraordinaire s'est produite
lorsque, au coucher du soleil, toute cette foule s'est arrêtée pour prier. Les hommes d'Abou Omar ont croisé deux kalachnikovs à la tête du convoi des combattants pour entonner une prière guerrière. Un chant modulé s'est élevé au-dessus des champs et des bois pour demander
à Dieu la victoire et la mort de leurs ennemis. Après quoi, la foule
s'est dirigée droit vers l'ennemi, a enfoncé les lignes et, de façon
incroyable, a passé les soldats.
VERS HOMS Nous sommes descendus vers Homs depuis le haut-plateau. Je me souviens avoir
pensé que j'étais en train de rêver, tant la scène était irréelle. Nous
avancions de nuit vers cette grande ville, là où la révolution a
débuté. Une partie de la cité était déserte, déjà détruite par les
bombardements. L'autre était encore habitée, en proie à d'incessants
combats. Par un effet d'optique aussi étrange qu'incroyable, l'immense
étendue de maisons blanches se reflétait dans le ciel : une partie de la
ville, celle en ruines, avait l'immobilité et le silence d'un
cimetière, quand l'autre n'était que lumières, rafales, fusées et
bruits. Nous avons continué vers la plaine de Homs. Nous marchions entre
deux rangées de feu entourés d'ombres : les gens couraient en baissant
la tête car les mitraillettes tiraient à hauteur d'homme, nous
trébuchions sur les cadavres, jusqu'à finalement arriver
dans une petite ville de ciment, l'une de ces innombrables et affreuses
petites villes syriennes, mal construites et approximatives.
TEL ULYSSE Après cette nuit-là, nous avons été ramenés là où notre voyage avait
commencé, un peu comme dans l'Odyssée. Ulysse se dirige vers Ithaque,
aperçoit sa maison, son île, là, au loin, mais le Dieu féroce,
implacable – le destin – s'acharne et une tempête le repousse loin de
chez lui et c'est son châtiment. Il nous est arrivé la même chose. De
retour à Reabrook, la ville d'où nous étions partis, nous avons été
vendus à Al-Farouq. Le périple a recommencé parce qu'après deux jours,
ils nous ont dit que nous irions vers le Nord, à la frontière turque, et
que là, nous serions libérés. Nous avons voyagé deux nuits sur leurs pick-up à travers les
montagnes. Les chauffeurs se servaient de temps en temps de jumelles à
infrarouges pour vérifier que les militaires ne préparaient pas de
guet-apens sur la route. Après une seconde nuit de voyage et de froid
assis à l'arrière d'un pick-up, recouverts de poussière, nous avons
atteint la zone d'Idleb, où nous avons été retenus encore trois ou
quatre semaines sur une base militaire.
L'APPELPendant l'exode de Qoussair, après le premier jour de marche, Abou Omar m'a fait venir,
alors qu'il était assis comme un pacha sous un arbre, entouré de sa
petite cour de guerriers. Il voulait que je m'assois à ses côtés, dans
l'intention de fairecroire qu'il était notre ami, histoire de tromper
un peu les gens qui l'entouraient et qui se demandaient qui pouvaient
bien être ces deux occidentaux en haillons et piteux état après deux
mois de captivité. Je lui ai demandé son téléphone pour appeler la maison, lui disant que ma famille me croyait sans doute mort et qu'il était en train de détruire ma vie et ma famille. Il riait. Et il me montrait son téléphone en m'expliquant qu'il n'y avait pas de réseau, qu'on ne pouvait pas appeler. C'était faux. A ce moment-là, un soldat de l'ASL, blessé aux jambes, a sorti un
téléphone de la poche de son pantalon et me l'a tendu. C'est le seul
geste de pitié que j'aie reçu en 152 jours. Personne n'a manifesté
envers moi ce que nous appelons communément pitié, miséricorde,
compassion. Même les enfants et les vieux ont essayé de nous faire
du mal. Je le dis peut-être en termes un peu trop éthiques mais en
Syrie, j'ai vraiment rencontré le pays du Mal. Je n'ai pas réussi à appeler la maison plus de vingt secondes, et après le cri désespéré que j'ai entendu à l'autre bout du fil, on a été coupés.
LA CAPTIVITÉ Nous étions traités comme des animaux, enfermés dans de petites
pièces aux fenêtres closes malgré la chaleur étouffante, jetés sur des
paillasses, nourris de leurs restes. De toute ma vie, jamais je n'avais
ressenti cette humiliation quotidienne qui consiste à être empêché d'accomplir les choses les plus simples comme aller aux toilettes, à devoirdemander et s'entendre toujours répondre non. Je crois qu'ils éprouvaient un vrai plaisir à voir l'occidental riche réduit à l'état de mendiant.
LES TENTATIVES D'ÉVASION La première fois, à la faveur de l'assoupissement probable de notre
gardien, nous sommes sortis de la maison et nous sommes dirigés vers des
lumières, pensant qu'il s'agissait de Qoussair. Nous n'avions pas fait deux cents mètres qu'ils nous ont repris. La
seconde fois, en revanche, nous étions dans une autre ville, c'était
vers la fin de notre captivité. Nous avons profité de la distraction de
nos gardiens, quatre garçons, qui souvent ne prenaient pas garde à leurs
affaires le soir, à leurs blousons remplis de chargeurs, à leurs
kalachnikovs, qu'ils laissaient traîner près de notre pièce. Nous nous
sommes emparés de deux grenades, dans l'intention de nous en servir pour dégager la voie. Je les ai cachées sous un canapé défoncé. Nous pensions les surprendre, leur dérober un téléphone, appeler
chez nous, en Italie, pour être guidés pendant notre évasion.
Malheureusement, ou heureusement, parce que je pense qu'une telle
tentative m'aurait causé d'énormes problèmes moraux, nous n'avons pu mettre notre plan à exécution. Mais un soir où ils avaient oublié de fermer
la chaîne sur la porte de la maison, nous sommes sortis, armés de deux
kalachnikovs, et nous sommes partis vers Bab al-Hawa, à la frontière
turque. Je connaissais déjà cette zone pour m'y être rendu en janvier.
RÉDUITS À DES MARCHANDISES Nous nous sommes cachés dans une sorte de ruine dans la campagne. De nuit, nous avons essayé de traverser la frontière mais le terrain était miné. Nous avons atteint le fil barbelé et dû rebrousser chemin. A l'aide de la kalachnikov, nous avons arrêté un véhicule et demandé au conducteur de nous conduire à un village non loin de là. Mais il y avait un barrage. Ils nous ont tiré dessus, arrêtés, ramenés dans la maison où nous étions enfermés et rendus à nos geôliers pour nous punir.
Lesquels nous ont enfermés pendant trois jours dans un sorte de cagibi
avec les mains attachées dans le dos, presque pieds et poings liés.
Notre valeur n'était que marchande. Mais si on détruit la marchandise, on s'expose à ne pas en obtenir
le prix qu'on en attend. Nous avions vraiment l'impression de n'être
que des sacs de blé, des objets qui n'ont de la valeur que tant qu'ils
peuvent être vendus. Ils pouvaient nous rouer de coups de pieds mais pas nous tuer. S'ils nous abîmaient trop, ou définitivement, nous aurions perdu toute valeur marchande. L'horrible loi de l'otage.
LES CHOSES SIMPLES DE LA VIE Il y a des années, je m'étais entretenu avec Georges Malbrunot,
journaliste du Figaro qui a été sans doute l'un des otages les plus
célèbres pendant la seconde guerre du golfe. Je crois qu'il est resté
prisonnier environ quatre mois. Il racontait le dépouillement de tout ce
qui fait une personne, comme les chaussures, les vêtements... Moi, je suis resté cinq mois sans chaussures, pieds nus. Pendant cinq mois, ma vie n'a été rythmée que par le lever et le coucher du soleil. Et l'impossibilité d'accomplir toutes les choses dont la vie est faite: marcher, bouger, rencontrer des gens, écrire, lire, regarder le paysage, rêver de faire des choses que parfois ensuite on ne fait pas. Moi, pendant cinq mois, j'ai perdu tout ce qui faisait mon mode de vie, j'ai végété, au sens propre. Pendant cinq mois, ma vie m'a été dérobée, remplacée par quelque
chose d'artificiel, qui consistait pour moi à être un objet et à lutter
contre le temps. J'ai découvert le caractère extraordinaire de choses
qui semblent aussi anodines qu'un verre d'eau. Ou la contemplation du
soleil, parce que nos fenestrons étaient minuscules et que, bien
souvent, nous restions dans l'obscurité complète. Marcher, parler
avec quelqu'un qui ne soit pas toujours mon compagnon de mésaventure.
Et heureusement qu'il était là, sinon je serais devenu fou.
LES GEÔLIERS Ils appartenaient à un groupe qui se prétend islamiste mais qui, en
réalité, est composé de jeunes déséquilibrés qui sont entrés dans la
révolution parce que, désormais, la révolution, c'est ces groupes à
mi-chemin entre banditisme et fanatisme. Ils suivent celui qui leur promet un avenir, qui leur donne des armes, de la force, de l'argent pour acheter
leurs téléphones, leurs ordinateurs, leurs vêtements. La marque Adidas
est très répandue en Syrie, tout le monde porte des T-shirts Adidas, des
chaussures Adidas, on dirait presque qu'ils sont sponsorisés. Ces
jeunes gens mènent une vie communautaire, sans femme ; ils ne font rien
et passent leurs journées allongés sur des matelas à boire
du maté. Je croyais que c'était une habitude spécifique à l'Amérique du
Sud, mais c'est très courant dans certaines parties de la Syrie. Ils fument aussi des Malboro américaines importés de Turquie.
Moi qui ne fume ni ne bois, j'avais l'air plus islamique que la plupart
d'entre eux. Ils regardaient la télévision mais les informations ne les
intéressaient absolument pas. Ce qu'ils aimaient bien, en revanche,
c'était les petits films vaguement osés diffusés par la télévision
qatarie, les vieux films égyptiens à l'eau de rose des années 1950 en
noir et blanc et les spectacles de combat, le catch américain ou cette
terrible forme de lutte pratiquée dans les pays arabes où tous les coups
sont permis...
LES SIMULACRES D'EXÉCUTION Par deux fois, ils m'ont fait croire
qu'ils allaient m'exécuter. Nous étions près de Qoussair. L'un d'eux
s'est approché de moi avec son pistolet, m'a montré que l'arme était
chargée puis, mettant ma tête contre le mur, il a approché le canon de
ma tempe. Interminables instants pendant lesquels tu as honte... je me
souviens du simulacre d'exécution de Dostoïevski... il te monte une
telle colère parce que tu as peur... tu sens respirer l'homme à côté de toi, son plaisir palpable de tenir la vie d'un autre entre ses mains, de ressentir
ta peur, et c'est contre ta peur qu'alors tu enrages. C'est un peu
comme lorsque les enfants, qui sont souvent si cruels, arrachent la
queue des lézards ou les pattes des fourmis. La même férocité.
LES TRACTATIONS Pour se moquer de nous, nos geôliers nous lançaient de temps en temps "dans deux ou trois jours, peut-être une semaine, vous serez libres, de retour en Italie" pour se délecter ensuite de notre désespoir... lorsqu'ils ajoutaient Inch'Allah, leur façon à eux de mentir sans en avoir l'impression, Inch'Allah, si Dieu le veut... Ils disaient tout le temps "bukrah",
qui signifie demain... mais le lendemain, personne ne partait. Un jeu
vraiment cruel, mais les derniers temps, lorsqu'ils jouaient à ce petit
jeu avec nous, nous leur répondions à notre tour : "Inch'Allah" pour qu'ils sachent que nous avions compris. A la fin, dimanche, j'ai senti que cette fois, c'était la bonne. Nous avons traversé quasiment tout le pays, peut-être dans le but de brouiller
les pistes, jusqu'à Deir ez-Zor, dans le grand désert syrien. Nous
avons fait halte dans une ville dont je ne connais pas le nom et puis
nous sommes retournés d'où nous venions par la même route. Une sorte de
diversion. Et nous avons été libérés. Cette fois, aucun Inch'Allah qui vaille. Ils nous ont fait descendre des voitures de l'autre côté de la frontière, nous intimant de marcher. J'avoue avoir pensé qu'ils allaient nous tirer
dans le dos, il faisait sombre, c'était la nuit, dimanche avant l'aube.
J'ai songé que si j'entendais le bruit du chargeur, je me jetterais au
sol. J'étais sûr qu'il m'auraient tué, nous avions vu leurs visages,
nous connaissions leurs noms. Mais personne n'a chargé de kalachnikov.
Et j'ai entendu des voix italiennes. Inch'Allah, cette fois, c'était
bien la bonne.
LES LIVRES Je voyage toujours avec des livres,
et je leur sacrifie volontiers trois T-shirts de rechange dans mes
bagages. Cette fois, j'en avais emportés quatre. Deux d'un auteur
aujourd'hui malheureusement oublié, Erich Maria Remarque, deux titres
peut-être un peu mineurs, Un temps pour vivre, un temps pour mourir,
et Après qui raconte le retour de quelques rescapés allemands à la fin
de la première guerre mondiale. Un peu le symbole pour moi de ce chemin
du retour que je ne parvenais pas à trouver. Et puis Les Nus et les morts de Norman Mailer et Crime et châtiment de Dostoïevski. Je les ai lus et relus. Je peux vous parler
de tous les personnages, les réciter en partant de la fin. Ils ne m'ont
pas quittés, où que j'aille, et au prix d'une fatigue certaine, car ils
pesaient lourd, j'ai marché avec eux deux nuits et deux jours durant la
retraite de Qoussair. Le dernier jour, ils me les ont confisqués. Les
livres nous parlent. Mais il y a eu un long moment où ils ne me
parlaient plus, où les mots, les histoires, les personnages filaient
devant mes yeux... Si je fais d'autres voyages de ce genre, j'emporterai
toujours La Recherche de Proust, Don Quichotte de Cervantes, des livres longs, très longs... ça aide.
LA FOI Cette expérience est remplie de Dieu. Pierre Piccinin [le compagnon
de captivité de Domenico Quirico] est croyant. Je le suis aussi. Ma foi
est très simple, c'est celle de mes prières d'enfant, des prêtres que je
croisais alors, pédalant vers leurs petites paroisses chaussés comme
des ouvriers, leur sacoche attachée à leur vélo. Ils allaient porter l'extrême onction, bénir les maisons, avec la foi de Bernanos, simple mais profonde. Ma foi, c'est de me donner, je ne crois pas que Dieu soit un supermarché, où on va demander à peu de frais la grâce, le pardon, un service. Avoir la foi m'a aidé à résister. Notre histoire, c'est celle de deux chrétiens dans le monde de
Mahomet et de la comparaison entre deux fois différentes : la mienne,
simple, faite de don de soi et d'amour, et la leur, qui est faite de
rituels. J'avais aussi avec moi un de mes carnets où j'écrivais chaque
jour ce qui s'était passé. Je l'avais presque fini, il ne restait que
deux pages. Le dernier jour, ils me l'ont pris. Il m'a surtout servi à tenir le compte des mois, des jours, parce que si on perd le sens du temps, on sombre dans un puits d'où on ne ressort pas.
Domenico Quirico (traduit de l'italien par Florence Djibedjian)
Le Mouvement de la
Paix vous invite à interpeller d'urgence vos parlementaires et le Président de
la République en signant
la cyber-action en ligne.
Manifestation à
Rennes vendredi 30 août
Des rassemblements
se sont tenus à Paris, Toulouse, Marseille, Lyon, Angers, Rennes, Gap, Béziers,
Pau, Strasbourg, Quimper... et d'autres se tiendront dans les jours prochains à Caen, Bourges,
Tarbes, Saint Etienne, Morlaix...
Vous aussi,
organisez la mobilisation dans votre ville, contactez le Mouvement de la Paix au
01 40 12 09 12.
Manifestation à
Paris jeudi 29 août
Madame, monsieur,
Depuis quelques jours, la France, les
Etats-Unis, la Grande-Bretagne annoncent vouloir infliger une punition
militaire au régime de Bachar El Assad. Rajouter la guerre aux
souffrances, déjà très grandes, du peuple syrien serait une nouvelle catastrophe
et constituerait un acte grave dont les conséquences pour la région sont
incalculables.
Le Mouvement de la
Paix condamne la répression du régime de Bachar El Assad depuis plus de deux
ans. Nous condamnons fermement l'utilisation d'armes chimiques par
quelque partie au conflit. Ce sont aux inspecteurs de l'ONU de communiquer à la
communauté internationale des informations fiables sur la véracité de
l'utilisation de ces armes et les conditions de leur utilisation.
Le Mouvement de la
Paix, qui agit depuis de longs mois en soutien à la population syrienne, refuse
une intervention militaire, qui plus est en dehors de toute légitimité
internationale et sans mandat de l'ONU (voir notre communiqué). Nous refusons catégoriquement le recours à la guerre. En
Syrie comme ailleurs ce qui est nécessaire c’est la mise en place de processus
politiques de prévention et de résolution des crises avec l’objectif de la
Culture de la Paix comme socle d’une société humaine.
Une majorité grandissante de nos
citoyens est opposée à cette intervention militaire. C'est le cas également aux
USA, et en Grande-Bretagne. Nous devons nous faire entendre auprès du
gouvernement afin que l’aspiration majoritaire du peuple français soit entendue
et respectée. Le Président de la République a convoqué une session
extraordinaire du Parlement ce mercredi 4 septembre sur cet ordre du jour.
Nous vous invitons à
interpeller vos parlementaires avant mercredi afin que ceux-ci exigent un vote
du parlement et s'expriment contre une intervention militaire et pour des
solutions politiques. Nous vous demandons également de vous adresser au
Président de la République.
Le peuple Syrien a plus que jamais
besoin de vous pour éviter une aggravation de sa situation par la guerre, et
soutenir les solutions politiques. Nous demandons la reprise des accords de
Genève II avec les moyens indispensables, un cessez le feu, l’interdiction du
commerce des armes, l’aide aux victimes, l’organisation des secours et le
recours au tribunal international pour crime contre l'humanité par l'usage
d'armes chimiques.
Pour cela
:
Participez à la cyber-action en lignequi sera envoyée
en votre nom aux parlementaires de votre département ainsi qu'à l'Elysée - cela
ne prend que quelques instants;
Faites signer la
pétition autour de vous (en la téléchargeant au
format pdf ou au
format doc) et renvoyez les signatures au comité du Mouvement de la Paix de
votre département ou au siège national du Mouvement de la Paix à Saint
Ouen;
Faites suivre ce
message (en format html) à vos connaissances pour former la chaîne de
la paix.
Quoi qu'il arrive, si la guerre venait
à être déclenchée, nous vous invitons à vous rassembler le soir même à 18h30
devant un lieu symbolique de votre commune.
Le royaume du Maroc appelle la communauté internationale à intervenir
en Syrie contre Bachar el-Assad. Une réaction radicale après plusieurs
jours de mutisme.
Le communiqué officiel du ministère marocain des Affaires étrangères
publié ce jeudi est sans ambiguïté. Il appelle la communauté
internationale à adopter la solution militaire contre le régime de
Bachar el-Assad. Le Maroc condamne « le massacre ignoble commis dans la
région syrienne de Ghouta » et « prend le régime syrien pour responsable
des événements et des conséquences » relatifs au scandale des armes
chimiques.
Rabat appelle donc « la communauté internationale à œuvrer pour
trouver une solution à même de sauver le peuple syrien et lui fournir
des aides urgentes ». Le palais pousse l’ONU à donner son feu vert et se
range sans aucune hésitation du côté des Etats-Unis, de la France, de
la Grande-Bretagne ou encore de l’Arabie Saoudite.
Régime alaouite vs dynastie alaouite
Mohammed VI frappe là où ça fait mal, alors que durant plusieurs
jours aucune position officielle n’a été prise par le royaume.
L’occasion est bien choisie pour Mohammed VI qui prend avec joie sa
revanche sur la famille el-Assad devenue l’ennemie de la famille royale
depuis que la Syrie a reconnu le Polisario dès le début du conflit au
Sahara occidental. Le prédécesseur de Bachar el-Assad qui n’est autre
que son père Hafez el-Assad – arrivé au pouvoir à la suite d’un coup
d’Etat en 1970 jusqu’à sa mort en 2000 – avait même accueilli
officiellement, en 1987, le secrétaire général du Front Polisario et
président de la République arabe sahraouie démocratie (RASD), Mohammed
Abdelaziz.
Pourtant, l’arrivée du fils el-Assad au pouvoir, un an après
l’intronisation du roi alaouite Mohammed VI, laissait présager des
retrouvailles cordiales entre les deux pays. Bachar el-Assad avait été
accueilli en grande pompe par son homologue marocain en 2001, histoire
de confirmer l’apaisement des relations tendues laissées en héritage par
Hassan II et Hafez el-Assad. Le roi chérifien avait lui aussi été reçu à
Damas en avril 2005.
L’éternel combat reprend
La tombe creusée pour enterrer la discorde laissée en héritage par
les prédécesseurs de Mohammed VI et de Bachar el-Assad n’a finalement
pas été si profonde que cela. Le souverain chérifien profite du scandale
des armes chimiques qui aurait, selon Washington, été utilisées par le
régime alaouite en Syrie contre des civils pour bombarder Bachar
el-Assad.
Pour information, le Maroc est dorénavant à la tête du groupe des «
Amis du peuple syrien » puisqu’il accueillera le 12 décembre, à
Marrakech, la prochaine réunion qui devrait réunir des représentants de
plus de 70 nations.
Les groupes armés en Syrie menacent ouvertement le personnel des
Nations Unies, qui fournit l’assistance à la population, a déclaré
vendredi dernier le secrétaire général adjoint aux affaires
humanitaires, Valerie Amos.
S'exprimant
par communication vidéo lors d'une conférence de presse au siège de
l'organisation mondiale, elle a précisé que 11 membres du personnel des
Nations Unies ont été tués en Syrie.
Selon
Amos, les menaces contre le personnel humanitaire des Nations Unies «
étaient reçues de la part de groupes différents ». « Nous prenons
sérieusement ces déclarations », a déclaré le secrétaire général
adjoint.
Dans un isolement diplomatique sans précédent, souligné par le sommet
du G20, les États-Unis et la France s'apprêtent à frapper le régime
syrien.
Cette aventure s'engage sans qu'aucune réponse ne soit apportée
aux questions complexes que pose le conflit syrien, et alors que les
buts de guerre varient d'un jour à l'autre. Pour la France le but est du
déjà vu, faire diversion des problèmes d'un président en manque de
popularité à moins que 30% d'avis favorable dans les sondages. Aussi
amener le débat ailleurs que sur le bilan économique catastrophique de
la France. Ils vont nous vendre cette guerre en vantant la démarche de
frappes chirurgicales avec des bombes intelligentes. Par le passé Bush
nous a démontré que toutes les bombes sont stupides. En Irak 97% des
bombes ont manqué leurs cibles cartésiennes par un rayon d'action de 84
mètres, donc ont tué des personnes innocentes considérées comme victimes
collatérales.
Aucune personne n'est née ici ou ailleurs pour mourir,
soyons humain d’abord.
Une attaque chimique sur le front de Jobar, à l'entrée de
la capitale syrienne, cela ne ressemble d'abord à rien. A rien de
spectaculaire. A rien, surtout, de détectable. Tel est le but recherché :
lorsque les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL) les plus
avancés dans Damas comprennent qu'ils viennent d'être exposés à des
produits chimiques par les forces gouvernementales, il est trop tard.
Quel que soit le gaz utilisé, il produit déjà ses effets, à quelques
centaines de mètres seulement d'habitations de la capitale syrienne.
Au début, il n'y a eu qu'un bruit modeste, un choc
métallique, presque un cliquetis. Et dans le fracas des combats du jour
dans le secteur "Bahra 1" du quartier de Jobar, cela n'a d'abord pas
attiré l'attention des combattants de la brigade Tahrir Al-Sham
("Libération de la Syrie"). "On a pensé à un obus de mortier qui n'avait pas explosé, et personne n'y a vraiment fait attention",
explique Omar Haidar, responsable opérationnel de la brigade, qui tient
ce secteur avancé, à moins de 500 mètres de la place des Abbassides.
PAS D'ODEUR, PAS DE FUMÉE
Cherchant ses mots pour décrire ce son incongru, il le compare à "une canette de Pepsi qui tomberait par terre".
Pas d'odeur, pas de fumée, pas même un sifflement indiquant l'éjection
d'un gaz toxique. Puis sont apparus les symptômes. Les hommes toussent
violemment. Les yeux brûlent, les pupilles se rétractent à l'extrême, la
vision s'obscurcit. Bientôt, surviennent les difficultés respiratoires,
parfois aiguës, les vomissements, les évanouissements. Il faut évacuer
les combattants les plus touchés, avant qu'ils n'étouffent. De cela, les envoyés spéciaux du Monde ont été
témoins plusieurs jours d'affilée dans ce quartier à la sortie de Damas,
où la rébellion a pénétré en janvier. Depuis, l'enjeu de Jobar est
crucial pour l'ASL comme pour le pouvoir. Mais, au cours d'un reportage
de deux mois dans les environs de la capitale syrienne, nous avons réuni
des éléments comparables dans une couronne beaucoup plus large.
La gravité des cas, leur multiplication, la tactique
d'emploi de telles armes montrent qu'il ne s'agit pas de simples gaz
lacrymogènes utilisés sur les fronts, mais de produits d'une autre
classe, bien plus toxiques. Sur le front enchevêtré de Jobar, où les lignes ennemies
sont si proches qu'on s'y insulte parfois presque aussi volontiers qu'on
s'y entretue, les scènes d'attaque au gaz apparaissent ponctuellement
courant avril. Pas de diffusion massive, sur des kilomètres, mais un
usage occasionnel et localisé par les forces gouvernementales, visant
les points de contact les plus durs avec un ennemi rebelle tout proche.
Le secteur est le point d'entrée le plus en profondeur dans l'intérieur
de Damas des groupes de l'ASL. Une guerre sans merci s'y déroule.
PREMIÈRE ATTAQUE EN AVRIL
Dans le secteur "Bahra 1", l'un des plus avancés en
direction de la grande place stratégique des Abbasides, l'un des verrous
de Damas, les hommes d'Abou Djihad, dit "Arguileh" ("narguilé"), ont
subi leur première attaque de cette nature le soir du jeudi 11 avril.
Tous ont d'abord été pris au dépourvu. Ils avaient entendu parler des
"gaz" utilisés sur d'autres fronts, dans d'autres régions de Syrie
(notamment à Homs et dans la région d'Alep) au cours des mois écoulés,
mais que faire, une fois confronté au phénomène ? Comment se protéger
sans abandonner les lieux et offrir une victoire facile à l'ennemi ? "Certains
hommes ont évacué, d'autres sont restés paralysés par la panique. Mais
la position n'a pas été abandonnée. On ordonnait aux soldats montant au
front de se munir de foulards mouillés pour se protéger le visage", explique un combattant.
Dans la foulée, une poignée de masques à gaz ont été
distribués, destinés en priorité aux hommes qui tiennent des positions
fixes, là où un simple mur marque parfois la limite du territoire
rebelle. D'autres se contentent de la protection dérisoire de masques
chirurgicaux. Les hommes commandés par "Arguileh" ne sont pas les seuls à
avoir subi une attaque au gaz dans les parages. Plus près du marché à
la viande voisin, où sont stationnés des chars du gouvernement, les
"forces spéciales" des rebelles de la Liwa Marawi Al-Ghouta ont été
exposées à des concentrations – sans doute plus importantes encore – de
composés chimiques, à en juger par les effets produits sur les
combattants. Nous les retrouverons dans les heures suivantes dans les
hôpitaux, luttant pour survivre.
DES HOMMES REVÊTUS DE COMBINAISONS
A Jobar, les combattants n'ont pas déserté leurs positions,
mais ceux qui restent sur les lignes de front, pupilles rétractées, la
respiration sifflante, sont "terrorisés et essaient de se calmer par des prières",
admet Abou Atal, l'un des combattants de Tahrir Al-Sham. Un homme d'une
autre brigade est mort dans un secteur voisin. Il s'appelait Ibrahim
Darwish. Il est décédé le 18 avril. Dans la partie nord de Jobar, également visé par une attaque similaire, le général Abou Mohammad Al-Kurdi, commandant de la 1re
division de l'ASL (qui regroupe cinq brigades), affirme que ses hommes
ont vu des militaires gouvernementaux quitter leurs positions, avant que
ne surgissent des hommes "portant des combinaisons de protection chimique", lesquels auraient ensuite disposé sur le sol "des sortes de petites bombes, comme des mines", qui se seraient mises à diffuser un produit chimique dans l'atmosphère.
Ses hommes, affirme-t-il, auraient tué trois de ces
techniciens. Où sont les combinaisons de protection saisies sur les
cadavres ? Nul ne le sait… Les soldats exposés ce soir-là parlent d'une
forte panique, d'une ruée vers l'arrière. Ce ne sont pas les civils ou
les sources indépendantes qui risquent d'infirmer ou de corroborer ces
affirmations : plus personne ne vit à Jobar, en dehors des combattants
imbriqués dans les différents fronts du quartier. Cela n'empêche pas de constater l'effet ravageur des gaz
employés par le gouvernement syrien aux portes de sa propre capitale. Un
jour d'attaque chimique sur une zone du front de Jobar, le 13 avril, le
photographe du Monde a vu les combattants qui font la guerre
dans ces maisons en ruine commencer à tousser, puis mettre leurs masques
à gaz, sans hâte apparente, mais en réalité déjà exposés. Des hommes
s'accroupissent, suffoquent, vomissent. Il faut fuir immédiatement le
secteur. Le photographe du Monde souffrira, quatre jours
durant, de troubles visuels et respiratoires. Ce jour-là, pourtant, les
émanations de gaz avaient été concentrées dans un secteur voisin.
LIGNE ROUGE
Faute de témoignages indépendants, de nombreux doutes ont
plané sur la réalité de l'emploi d'armes chimiques, en général, par les
forces gouvernementales, qui en possèdent de très importants stocks,
notamment de gaz neurotoxiques, comme le sarin. Plusieurs pays : les
Etats-Unis, la Turquie et Israël, ont déclaré posséder des éléments
matériels indiquant l'utilisation d'armes de ce type, mais n'ont pas
communiqué la nature exacte de leurs preuves, ni décidé si, comme
l'avait promis le président Obama en août 2012, le recours à de telles
armes par le pouvoir de Damas constituerait le franchissement d'une "ligne rouge" susceptible d'entraîner une intervention étrangère en Syrie contre le régime. Le pouvoir accuse de son côté l'ASL d'utiliser également
des armes chimiques, augmentant la confusion. Pour se convaincre de la
réalité de l'emploi de ces composés par l'armée syrienne sur certains
fronts, il faut alors interroger les médecins qui, sur place, tentent de
soigner ou de sauver les combattants exposés à des gaz. Le 8 avril, à
l'hôpital Al-Fateh de Kafer Battna, le plus important centre médical de
la région de la Ghouta, large poche rebelle à l'est de Damas, les
médecins montrent des enregistrements, sur des téléphones, de scènes de
suffocation. Un raclement terrible sort de la gorge d'un homme. C'était
le 14 mars et, selon le personnel médical, il venait d'être exposé à des
gaz à Otaiba, une ville à l'est de la Ghouta, où le gouvernement syrien
mène depuis la mi-mars une vaste opération pour encercler les forces
rebelles et couper leur principale route d'approvisionnement.
L'un de ces médecins, le docteur Hassan O., décrit soigneusement les symptômes de ces patients : "Les
gens qui arrivent ont du mal à respirer. Ils ont les pupilles
rétractées. Certains vomissent. Ils n'entendent plus rien, ne parlent
plus, leurs muscles respiratoires sont inertes. Si on ne traite pas de
toute urgence, c'est la mort." Cette description correspond en tous
points à celles faites par les autres médecins rencontrés en l'espace
de plusieurs semaines dans les alentours de Damas. A quelques variantes
près. Selon les endroits, les combattants qui en ont été les victimes
affirment que les produits ont été diffusés par de simples obus, par des
roquettes, voire par une forme de grenade. Sur le front de Jobar, à la cinquième attaque de ce type,
le 18 avril, les combattants de l'ASL, commandés par Omar Haidar, disent
avoir vu tomber, à leurs pieds, un grand cylindre équipé d'un
dispositif d'ouverture, d'une longueur d'environ 20 centimètres.
S'agissait-il d'armes chimiques, et dans ce cas, diffusant quel type de
substances ? Pour répondre avec précision à cette question, il faudrait
établir un protocole d'enquête que les conditions du conflit rendent
difficiles. Procéder à des prélèvements sur des combattants exposés aux
émanations au point de décéder ou d'avoir été obligés d'être
hospitalisés, puis les confier à des laboratoires spécialisés à
l'étranger. Un certain nombre d'entre eux ont été réalisés et sont en cours d'étude.
UNE ÉTRANGE ROUTINE
Depuis, à Jobar, des masques à gaz ont été distribués,
ainsi que des seringues et des ampoules d'atropine, un produit
injectable qui contrecarre les effets des neurotoxiques comme le sarin.
Les médecins de la Ghouta suspectent l'utilisation de ce neurotoxique
inodore et incolore, dont l'effet coïncide avec les observations faites
sur place. Selon une source occidentale bien informée, cela n'empêche
pas le pouvoir syrien d'avoir recours à des mélanges de produits,
notamment avec des gaz anti-émeutes (lacrymogènes), pour brouiller les
pistes et l'observation des symptômes. Car l'enjeu est de taille, dans le cas où la preuve
d'utilisation d'armes chimiques par les troupes de Bachar Al-Assad
serait établie. La dissimulation est donc de rigueur. Les gaz utilisés
sur les fronts le sont de manière ponctuelle, évitant des épandages
massifs qui constitueraient facilement des faisceaux de preuves
irréfutables. Il n'en demeure pas moins que le phénomène se répète :
jeudi 23 mai, les rebelles affirment qu'une nouvelle attaque aux armes
chimiques a eu lieu à Adra, zone d'affrontements très durs entre le
pouvoir et les rebelles au nord-est de Damas.
Dans la seconde moitié d'avril, les attaques au gaz sont
presque devenues une étrange routine, à Jobar. Sur les lignes de front,
les rebelles de l'ASL avaient pris l'habitude de conserver soigneusement
leur masque à proximité. On organisait des séances de lavages d'yeux
réguliers, avec des seringues remplies de sérum physiologique. L'effet
recherché par ces attaques semblait essentiellement tactique,
correspondant à ce stade à une tentative de déstabilisation des unités
rebelles dans des quartiers où les soldats gouvernementaux ne sont pas
parvenus à les déloger, en même temps qu'un test. Si les forces armées
syriennes osent ainsi utiliser des armes chimiques dans leur propre
capitale, sans déclencher de réaction internationale sérieuse, n'est-ce
pas une invitation pour poursuivre l'expérimentation un peu plus
largement ? Jusqu'ici, les cas d'utilisation de gaz n'ont pas été
isolés. Le seul ophtalmologue de la région, formé à l'étranger, consulte
dans un petit hôpital de Sabha dont il souhaite qu'on dissimule la
localisation exacte. A lui seul, il a dénombré 150 personnes touchées en
l'espace de deux semaines. Près des zones touchées par les gaz, il a
organisé des douches pour que les combattants exposés aux produits
chimiques puissent se laver et changer d'habits pour éviter de
contaminer ensuite les personnels des centres de soins.
REMÈDE DE CHEVAL
Pour sauver les soldats dont les problèmes respiratoires
sont les plus graves, il faut les porter dans le long dédale à
l'intérieur de maisons dont les murs ont été percés, franchir les
tranchées et tunnels creusés pour éviter les tireurs ennemis, pour
arriver à une ambulance de fortune, garée sur une placette un peu en
retrait, et foncer dans des rues exposées aux balles et aux obus, pied
au plancher, pour atteindre un hôpital du front avant que les
combattants ne meurent, étouffés. A l'hôpital islamique de Hammouriya, installé dans un
hangar discret, le docteur assure, le 14 avril, avoir reçu, deux heures
auparavant, un combattant du front de Jobar, en grande difficulté
respiratoire, avec un rythme cardiaque "devenu fou". Pour le
sauver, il dit avoir effectué quinze injections successives d'atropine,
ainsi que de l'hydrocortisone. Un remède de cheval, pour un cas
désespéré.
La veille, dans la nuit, l'une des ambulances qui tentait
d'évacuer des hommes gazés a été touchée par les tirs d'un sniper. Le
chauffeur a été blessé. Le lendemain matin, les ambulanciers sont
parvenus à passer la route à vitesse maximale, sous le tir d'un tank, et
ont atteint cette zone du front, où une nouvelle nappe de produits
chimiques venait d'être répandue. "Lorsqu'on est arrivés, on a trouvé tout le monde par terre",
témoigne un infirmier d'un autre centre hospitalier de Kaffer Batna,
qui ne peut donner son nom de peur des représailles contre sa famille
installée en zone gouvernementale. Au cours de la matinée, dans la cour de cet hôpital
installé dans un parking en sous-sol pour se protéger des tirs des Mig
ou de l'artillerie gouvernementale, le chaos règne. Les soldats sont
allongés aux côtés de cinq aides soignants contaminés à leur tour à leur
contact. On n'a pas terminé le décompte des soldats, qui arrivent au
fil des transferts depuis le front, et sont déjà quinze au total. On
court dans les salles de fortune, pour distribuer l'oxygène, réaliser
des injections.
DES MÉDICAMENTS DE PLUS EN PLUS RARES
Le docteur Hassan, responsable de l'hôpital, est allongé
dans son minuscule bureau avec un masque à oxygène, tandis qu'on lui
administre de l'atropine. Il se consacrait à ces urgences depuis une
heure lorsqu'il a perdu connaissance et a commencé à suffoquer. Cet
homme lutte depuis des mois pour maintenir en activité son centre de
soins, aidé par des volontaires dont certains sont de simples lycéens,
alors que le blocus de la région par les forces gouvernementales a pour
conséquence de rendre les médicaments de plus en plus rares. Les
anesthésiques manquent, les chirurgiens improvisés en sont réduits à
utiliser des produits vétérinaires, comme la kétamine. La morphine a
disparu. Et les stocks d'atropine ne devraient pas durer très longtemps.
Le docteur a réalisé des prélèvements d'échantillons qui ont été, à
travers mille difficultés, sortis en contrebande de la région. Il faudra
encore quelques semaines pour connaître le résultat de leur analyse.
En se rendant dans huit centres médicaux de la partie est de la Ghouta, les envoyés spéciaux du Monde
n'ont trouvé que deux établissements dont les responsables médicaux
déclaraient ne pas avoir reçu de combattants ou de civils touchés par
des attaques au gaz. A Nashibiyya, les médecins ont reçu jusqu'à
soixante cas en un seul jour, en provenance du front d'Otaiba, le 18
mars. La modeste structure n'avait pas les moyens de faire face à cet
afflux, manquant en particulier d'oxygène. Il y a eu cinq morts, par
étouffement. Quelques jours plus tard, conscients de la gravité de la
situation, les médecins ont fait exhumer les dépouilles de ces victimes
en présence d'autorités locales et religieuses, et ont procédé à des
prélèvements de tissu qu'ils ont tenté d'expédier vers un pays voisin.
Certains de ces échantillons ont été confiés à un petit groupe de
combattants qui a tenté de briser l'encerclement de la région par les
forces gouvernementales. A ce jour, les médecins de Nashibiyya disent
ignorer si les prélèvements sont arrivés à bon port.
"LES MALADES DEVENAIENT COMME FOUS"
A une dizaine de kilomètres, à l'hôpital de Douma, sous
contrôle de la brigade Al-Islam, les médecins disent avoir reçu 39
patients après l'attaque chimique du 24 mars sur la ville d'Adra. Deux
hommes sont décédés dans les locaux. L'un des médecins note qu'au bout
de deux jours, "les malades devenaient comme fous". Marwane, un combattant présent sur les lieux de l'attaque d'Adra, affirme avoir vu "des roquettes arriver sur le front et dégager une lumière orange", et que, lors de son propre transfert à l'hôpital, il a vu "trois hommes mourir dans les véhicules sur la route".
Dans le contexte de chaos qui règne dans la région de la Ghouta, civils
et militaires meurent souvent avant d'avoir pu atteindre un centre
médical. Adra, Otaiba et Jobar sont les trois points où
l'utilisation de gaz est décrite par les sources locales de la région
depuis le mois de mars dans la région de Damas. Une différence émerge : à
Jobar, les produits ont été utilisés de manière plus prudente et plus
localisée.
En revanche, sur les fronts plus éloignés, comme Adra et
Otaiba, les quantités estimées par rapport au nombre de cas arrivés
simultanément dans les hôpitaux sont plus importantes.
Mais les attaques chimiques ne sont pas la seule activité
des hôpitaux de la région. Deux heures avant l'arrivée des envoyés
spéciaux du Monde, quatre enfants aux corps lacérés,
déchiquetés par des bombes de Mig, avaient été amenés en urgence à
Douma. A peine stabilisés, ils ont dû quitter l'hôpital, sans espoir
d'être évacués de Syrie. Sans doute, comme beaucoup, sont-ils morts en
route. Les infirmiers ont filmé ces corps martyrisés, ces hurlements de
douleur. "Ça, vous voyez, c'est tous les jours, et pour nous, c'est encore plus grave que les attaques chimiques : on en est arrivés là", commente, avec un regard anéanti, le médecin, qui ne peut, lui non plus, dire son nom.
Le Congo subit en ce moment un des génocides les plus meurtriers
que l’humanité ait connut, et tout ça, dans la plus grande indifférence
générale.
En effet, depuis plus de 13 ans, on dénombre plus de 6
millions de victimes. Un conflit oublié par les médias mainstream… Un scandale humanitaire
se déroule là-bas, ignoré de tous et ceux qui savent ferment volontiers
les yeux… Une honte !
Nous vous demanderons de diffuser massivement cette vidéo, car ce qui se passe là-bas doit être connu de tous ! http://youtu.be/NMtgHzXZnIg
Les Nations Unies ont appelé, dans un communiqué distribué à la
presse ce matin, à ouvrir tous les passages pour la circulation des
civils et les importations et exportations à travers la bande de Gaza.
Le porte-parole adjoint du Secrétaire général de l'ONU, Farhan Haq, dans la déclaration, que le Bureau des Nations Unies
pour la coordination des affaires humanitaires, l'OCHA, a exprimé sa
profonde préoccupation vis-à-vis des restrictions et les mesures de
sécurité imposées récemment sur le passage de Rafah entre l'Egypte et la
bande de Gaza. Farhan a ajouté que ces restrictions ont entraîné le retard de la circulation des
étudiants et des malades qui ont besoin d’être soignés immédiatement.
Elles ont aussi conduit à une pénurie des matériaux de construction, de
carburant et du matériel médical, soulignant que des milliers de
Palestiniens sont bloqués maintenant des deux côtés de la frontière
commune entre l'Egypte et la bande de Gaza. http://french.irib.ir/info/moyen-orient/item/273720-l-onu-appelle-%C3%A0-ouvrir-les-passages-de-gaza
Solidarité Maroc, Réseau de solidarité avec les peuples du Maroc, du Sahara occidental et d'ailleurs(RSPMSOA) solidmar05[at]gmail.com 17 rue Jean Eymar 05000 Gap France
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