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samedi 12 juillet 2014

Casablanca : Cette indigne et violente stigmatisation des pauvres


Yabiladi, 9/6/2014 

Avait-on besoin de recourir à la puissance des bulldozers, à la violence des matraques pour faire comprendre au petit peuple des Carrières Centrales que sa place est désormais ailleurs ? Ailleurs, c’est-à-dire loin de tout ce qui fait sa vie, depuis des décennies ! Sa vie, des vies, vécues entre voisins, entre amis, entre ennemis aussi. Des vies faites de partage comme de convoitise, faites de ce que la misère engendre de bassesses comme de grandeur.
 
Destruction du bidonville des Carrières centrales / Ph. AIC Press
 
Car, on a beau vivre dans la tôle, dans le froid coupant de l’hiver et la chaleur suffocante de l’été, cette vie qui est celle que l’on apprend dans ces bidonvilles, dont personne soyons honnêtes, ne se soucia avant mai 2003, cette vie est, en vérité, la vie sociale même.
Celle des origines, celle qui veut qu’on fera la collecte pour que la fille du voisin ait son repas de mariage, sa fête, qu’on partagera… Car on sait bien qu’on pourra aussi compter sur elle, lorsqu’il faudra enterrer un père, un frère et demander de l’aide.
On sait toujours trop bien qu’il faudra revenir un jour frapper à la porte de ceux-là mêmes, parce qu’ils connaissaient son visage, à ce frère, et connaissent donc toujours toute votre histoire, et savent donc la faire leur, lorsque le moment le commande.

Bidonvie
On sait bien, donc, que malgré les haines, les jalousies, toutes ces pathologies du quotidien, on sait bien que ce qui nous tient, ici, sur cette immense plaine de tôles, ce sont ces milliers de gestes qui forment le corps social de la vie bidonvilloise. De la Bidonvie, en somme.
Alors, avant d’organiser cette simulation ridicule d’invasion, avec hommes casqués en prime, avant de se lancer dans cette ridicule soldatesque, la clairvoyance voulait que, dans cette affaire de recasement – l’horrible mot qui signifie remettre dans une case – on se soit demandé si l’attachement de ces Marocains qu’on sort de leur masure comme on le ferait de sans papiers, oui, si leur passions pour ce lieu était liée à des murs ou de la tôle, et pas, d’abord, et surtout, à cette vie, certes, pénible, mais faisant d’eux des êtres sociaux.

Ils sont la société !
Et si ce n’est pas à cette identité qu’ils se refusent de renoncer, en ne renonçant pas à ce lieu qui les fait être ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces vieillards, et à leur manière une société, c’est-à-dire ce tout ce que l’ingénierie ne conçoit ni ne comprend. Et que la spéculation, qui se donne le nom de Modernité, méprise !
Une société.

Physiquement et symboliquement écrasée. Et qui, il faut le croire et le craindre, se souviendra longtemps que l’écrasement, aura été son lot. Alors, oui, bien sûr, certains diront que c’est ainsi, qu’il faut bien pour que les choses avancent, et qu’il faut donc que les bulldozers les précèdent. De même qu’on dira, aussi, que ces pauvres gens ne sont pas tous roses, - menteurs, spéculateurs, et pourquoi pas plus riches que vous et moi… Cette mythologie qui veut que le pauvre possède des immeubles… Quand donc finira cette stigmatisation des pauvres, en ce pays, cette affreuse désignation qui prend tant de noms, fraude, terrorisme, tcharmil, etc… 
En attendant, alors que le ministre de l’Habitat nous apprend que le Gouvernement n’a pas les moyens d’une vraie politique de la ville, il faut se souvenir que les coups que l’on donne aux déshérités finissent un jour ou l’autre, par être rendus. Par ceux qui les ont reçus. Ou par les évènements. C’est une simple question de temps.


samedi 7 juin 2014

Casablanca : Heurts entre habitants d'un bidonville et policiers



Casablanca :Heurts entre habitants d'un bidonville 



                                         et policiers

Aufait


Hommes et femmes, tous ont joué des coudes face aux forces de l'ordre. /K.Alaoui
Hommes et femmes, tous ont joué des coudes face aux forces de l'ordre. /K.Alaoui Agrandir


La descente des forces de l'ordre au bidonville Carrières centrales a été musclée, et les populations ont tenté de se défendre comme elles pouvaient. /K.Alaoui
La descente des forces de l'ordre au bidonville Carrières centrales a été musclée, et les populations ont tenté de se défendre comme elles pouvaient. /K.Alaoui Agrandir


Les habitants de Carrières centrales ont tenté, mardi, de s'opposer à une démolition de baraques par les autorités, qui comptent réussir le programme "Villes sans bidonville". /K.Alaoui Les habitants de Carrières centrales ont tenté, mardi, de s'opposer à une démolition de baraques par les autorités, qui comptent réussir le programme "Villes sans bidonville". /K.Alaoui Agrandir

Les habitants du plus vieux bidonville de Casablanca ne sont pas du genre à se laisser faire./K.Alaoui Agrandir

Les habitants du plus vieux bidonville de Casablanca ne sont pas du genre à se laisser faire./K.Alaoui
Plusieurs personnes ont été interpellées lors de la descente de police aux Carrières centrales./K.Alaoui Agrandir

Plusieurs personnes ont été interpellées lors de la descente de police aux Carrières centrales./K.AlaouiDes affrontements ont éclaté, mardi, dans le plus vieux bidonville de Casablanca entre les forces de l'ordre et des habitants s'opposant à la démolition de baraques, dans la cadre d'un vaste programme de relogement, a fait écho la presse ce mercredi.
Selon le quotidien Assabah, quatre policiers ont été blessés. Des médias électroniques ont pour leur part affirmé que plusieurs dizaines de personnes avaient été interpellées. Ces chiffres n'ont pu être confirmés, pour l'heure, auprès des autorités.
Le Maroc a entrepris depuis une dizaine d'années un programme intitulé “Villes sans bidonville”, qui prévoit le relogement de près de deux millions de personnes au total, sur l'ensemble du territoire.
À Casablanca, plus de 100.000 ménages sont concernés et, en début d'année, le taux de réalisation dépassait les 50%, un niveau toutefois inférieur à la moyenne en raison notamment de contentieux avec certains habitants sur les modalités de leur relogement.
Malgré cette contestation, des camions et bulldozers, accompagnés par des membres des forces de l'ordre, ont entrepris mardi la démolition d'une quarantaine de baraques à “Carrières centrales”, bidonville de plusieurs dizaines de milliers d'habitants, a rapporté le quotidien Al Ahdath Al Maghribiya.
Les policiers ont alors essuyé des jets de pierres et plusieurs personnes ont été interpellées, selon la même source. Des habitants ont également été touchés mais ont pris la fuite, a ajouté Assabah.
Les autorités locales ont récemment fait part de leur souhait d'éradiquer l'ensemble des bidonvilles d'ici à 2017.
aufait avec AFP



vendredi 1 mars 2013

NOUS NE T'OUBLIERONS JAMAIS JMIA AZGHAR

Par Ali Fkir
 
Mohamed, l’ainé, Zahra, et Jmia Azghar, ont vu le jour dans une baraque du plus grand bidonville de l’histoire du Maroc : «les carrières centrales», berceau de la résistance contre le colonisateur français. La mère était ouvrière dans une conserverie de poisson, le père ouvrier à la cimenterie Lafarge. Le couple s’est engagé tôt dans le mouvement national et a connu la répression. Le très jeune Mohamed va connaître sa première arrestation début des années cinquante.
Jmia nous dit qu’ils ont tous les trois « tété la mamelle de la résistance à travers leur mère Aïcha».
 
 Au lendemain de «l’indépendance» de 1956 dont les «accords d’Aix-les-Bains » (août 1955), furent le premier acte de « dépendance dans l’indépendance », première expérience mondiale du néocolonialisme, dont nous souffrons toujours aujourd’hui. Au lendemain de cette «indépendance», Mohamed participa à la création de l’UNFP (58/59), et depuis cette date Mohmed allait connaître les commissariats et les prisons du nouveau Maroc., Saïda Mnebhiahkoun, cheville-ouvrière des réseaux révolutionnaires ittihadis, rejoint la clandestinité à partir de 1969. Jmia, sa camarde, va jouer le dangereux rôle de « l’agent de liaison ».
Les 3 enfants (qui ont perdu leurs parents), furent arrêtés au lendemain du soulèvement armé de mars 1973. Ce fut pour eux la descente aux enfers ; Derb Moulay Chérif, le complexe « courfis », la prison de Ghbila pour les filles, de Kénitra pour le garçon, puis un centre clandestin par la suite en compagnie du martyr Omar Benjelloun.
 Jmia, va connaître l’enfer terrestre. Un jour, complètement déshabillée, ligotée et suspendue à la « perroquet », on amena son frère, Mohamed, puis Omar Dahkoun, on lui creva un œil : il fallait qu’elle parle ou on lui creva le deuxième….elle allait voir des détenus mourir devant elle, elle rencontra Saïda Mnebhi…
    C’est indescriptible. C’est trop horrible !
Une fois sortis de cet enfer, les trois Azghar vont retrouver la baraque, plus délabrée que jamais. La solidarité des voisins les sauva d’une mort de famine certaine. Ils résistent aux provocations policières, aux intimidations et surtout aux offres alléchantes de collaboration. Désemparée, Jmia va voir la direction de l’institution ittihadie (dar annachre, presse…). Elle fut recrutée, elle et sa sœur, par Mohamed El Yazighi : elle va toucher mensuellement 400 dh, sa sœur Zahra, 300 dh.
 Elle accueille chez elle les correspondants du Journal «ANNAHJ ADDIMOCRATI» Ali Fkir, et Abdel Malek Oumalek, fin février 2007. Son frère Mohamed, sa sœur Zahra, étaient là. Ils confirment les dires de leur soeur. Ce qu’ils ont enduré était affreux, révoltant. J’avais la gorge serrée, les larmes aux yeux, la colère me suffoquait…
Nous avons évité de publier des détails. Jmia a lu et relu l’entretien, entretien enregistré sur un magnétophone…
Dignement, Jmia nous a quittés dernièrement, tête haute. Elle n’a rien regretté. Ses prolétaires parents ne peuvent qu’être fiers d’elle.
L’Histoire officielle ignorera ces martyrEs du peuple, comme elle ignore Abdel Karim Al Khattabi, la république du Rif, les soulèvements de mars 1965…Nos « historiens » tiennent à ménager les « institutions » (hhhhhh)
Nos féministes des palaces ignorent celles qui ne font pas partie de leur gent , nos partis politiques (y compris les démocratiques) ne font pas mieux. Seul ANNAHJ ADDIMOCRAT commémore chaque année les martyrEs, Même dans ce cas là, il faut reconnaître que nous sommes loin de faire notre devoir comme l’exige l’Histoire.
Ci-joint l’entretien (en arabe) tel qu’il a été publié par le journal « ANNAHJ ADDIMOCRAT ». Témoignage poignant, ça coupe le souffle, mais ça recharge les batteries des révolutionnaires.
POUR NE JAMAIS OUBLIER LA VÉRITABLE NATURE DU RÉGIME MAROCAIN
                                Ali Fkir, le 1er mars 2013

Texte en français et l'entretien en arabe , VOIR  http://www.annahjaddimocrati.org/index.php/fr/

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