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jeudi 15 janvier 2015

L’enfance misérable des frères Kouachi


Ce n'est pas du misérabilisme, c'est la dure réalité. A lire.

Par Eloïse Lebourg (Reporterre), 15/1/2015

Quelle était l’enfance de Chérif et Saïd Kouachi, les deux hommes qui ont assassiné les journalistes et les policiers à Charlie Hebdo ? Une enfance misérable, de père absent et de mère prostituée, dans un immeuble populaire du 19e arrondissement de Paris. Evelyne les a connus, elle témoigne. Un document exclusif de Reporterre

Elle en rêvait, de son logement social. Elle pose donc meubles, enfants, mari, dans un F4 du 156 rue d’Aubervilliers, à Paris. Avec son CAP de comptabilité, Evelyne s’en va chaque matin travailler tout près de la cité, en plein 19e arrondissement. Nous sommes dans les années 1980. La mixité sociale n’est encore qu’une théorie, un concept.
« Ici, nous vivions entre pauvres. Et encore, la plupart des gens, une fois passées quelques années, partaient ailleurs. Le quartier craignait vraiment. Nous avons décidé de rester pour changer notre environnement nous-mêmes, nous les locataires du 156. Nous voulions sauver notre quartier. »

Un enfant comme les autres
Alors, Evelyne crée des associations. L’une d’elles, Jeunes et locataires, voit le jour dans les années 1990. Son but est de sortir les enfants, de leur faire découvrir autre chose « que le ghetto ». Son association est une des rares à traverser le temps, elle existe pendant plus de dix ans. Elle parvient à dégoter quelques subventions, alors elle prend la main des gamins du quartier et les emmène ailleurs. Un goûter dans un parc, une sortie dans un beau quartier de Paris, et même un jour : Eurodisney.
On la prévient, dans la bande des enfants, l’un est particulièrement coquin, voire turbulent. Il s’appelle Chérif. Il se balade toujours avec son grand frère Saïd, plus discret. À croire que le plus petit est l’aîné. Saïd pleurniche tout le temps, et suit toujours son cadet. Evelyne surveille le cadet « comme du lait sur le feu ».
« J’adorais cet enfant. Il suffisait qu’on le cajole, qu’on le prenne dans les bras pour qu’il se calme. Moi, je l’ai trouvé touchant, ébahi comme tous les autres par la bande à Mickey. » Un enfant comme les autres, qui croit en la magie de Disney, et qui se calme dès qu’on l’apaise. « On les emmenait au cinéma, Chérif adorait y aller. »

lundi 12 janvier 2015

«J'ai vécu un moment incroyable» : le face à face du gérant de l'imprimerie avec les frères Kouachi


VIDÉO - Pendant une heure, Michel Catalano a vécu au plus près des deux terroristes. Avec sang froid, il a soigné l'un d'entre eux, avant d'être autorisé à repartir.

«J'ai vécu une expérience surréaliste», explique samedi Michel Catalano, encore sous le choc. La veille, le gérant de l'entreprise CTD a passé une heure avec les frères Kouachi, les deux terroristes responsables de la tuerie de Charlie Hebdo. Vendredi matin, un peu avant huit heures, il a entendu sonner à la porte. «Je ne me suis pas inquiété, car j'attendais un fournisseur», raconte-t-il. Lorsqu'il descend, il entend que des hommes parlent avec son chef d'atelier. «Là, j'ai vu qu'ils avaient une kalachnokov et un lance-roquette. Immédiatement, j'ai dit à Lilian d'aller se cacher.» Le jeune graphiste de 26 ans, employé dans l'entreprise depuis son bac, s'exécute. Alors que les deux hommes montent les marches, Michel décide d'aller à leur rencontre. «J'ai vécu un moment incroyable. Je leur ai offert un café dans mon bureau et nous avons discuté.»
Les deux hommes sont déterminés, mais pas violents. «À aucun moment ils n'ont été agressifs», insiste Michel Catalano. Ils lui conseillent même d'appeler les gendarmes pour leur dire qu'ils sont là, avec lui. Les deux hommes vont descendre une première fois devant l'entrée, à l'arrivée du fournisseur. «Je leur ai demandé de le laisser partir», ce qu'ils acceptent sans problème. Puis ils remontent en laissant la porte ouverte. «C'est là où j'ai eu une réaction bizarre, je leur ai dit que j'avais le chauffage qui tournait», se souvient-il. Lorsque les gendarmes arrivent, «les frères leur font signe de ne pas tirer, tant que je ne suis pas à l'abri», explique-t-il. Puis les coups de feux claquent. Les deux frères remontent. L'aîné, Saïd, est blessé au cou. «Je lui ai fait un pansement», explique Michel Catalano.

«Ne vous inquiétez pas, on vous laissera partir»

À aucun moment les frères Kouachi ne l'ont considéré comme un otage, assure Michel Catalano. «Ils m'ont dit “Ne vous inquiétez pas, on vous laissera partir.”» Après avoir demandé pour la troisième fois s'il pouvait s'en aller, le plus jeune des deux, Chérif, finit par accepter. L'homme lui conseille de faire attention en sortant à ne pas se faire «allumer» par les gendarmes. Pris en charge par le GIGN, le gérant leur dit que Lilian est toujours caché dans l'entreprise. Commence alors une attente extrêmement éprouvante pour lui. «S'il lui était arrivé quelque chose, je m'en serais voulu toute ma vie.» À 17 heures, c'est le soulagement général. L'assaut a été donné, Lilian est sain et sauf, les deux terroristes ont été abattus. «Je suis heureux qu'il s'en soit sorti, c'était le plus important», insiste-t-il.
En fin de soirée, la famille Catalano a pu se retrouver dans sa maison située dans un quartier résidentiel de la périphérie de Dammartin. «Lorsqu'il est rentré à la maison hier soir, on ne s'est rien dit», raconte son fils Valentin. «On s'est juste pris dans les bras, et on s'est dit que nous nous aimions.» Apprenti dans l'entreprise de son père, il a eu la chance de ne pas y être ce vendredi, puisqu'il était à l'école. «Je ne sais pas comment Lilian a fait pour s'en sortir», note-t-il. Les deux jeunes hommes se connaissent depuis «tout petits». Valentin décrit Lilian comme un garçon «très posé, très artiste et très professionnel». Il n'a pas encore eu l'occasion de revoir son ami. «Je préfère le laisser se reposer pour l'instant.»

samedi 10 janvier 2015

Les Pieds Nickelés chez Charlie-Hebdo

blog de Ayman El Kayman, 8/1/2015

Chronique satirique hebdomadaire sur l'actualité de la Galaxie

À l'horreur légitime, la réponse proposée est, comme d'habitude, l'union nationale, de Mélenchon à Le Pen, en passant par Sarkozy et Hollande. Les bouffeurs de curés envoyés mercredi dans un autre monde par les frères Kouachi ont bien du se marrer en entendant le glas sonner depuis les tours de Notre-Dame et d'autres cathédrales de la douce France, fille aînée de l’Église. Le Papa Francisco n'a plus qu'à engager le processus de béatification.
 

Restons sérieux et posons quelques questions de bon sens sur l'horrible massacre de Charlie-Hebdo. On nous dit qu'il a été commis par deux terroristes professionnels, qui se sont comportés de manière techniquement impeccable. Première question : vous êtes un terroriste professionnel, vous vous embarquez dans une opération de commando avec armes, cagoules et gilet pare-balles. Et vous emportez avec vous votre carte d'identité ? Vous quittez la première voiture que vous avez utilisée pour continuer votre fuite. Et vous "oubliez" votre carte d'identité dans cette voiture ? On croit rêver, ou avoir affaire à un scénario de Pieds Nickelés, version 2015, revue par Luz et ses copains. Ça ne vous rappelle rien ? Moi, si : les fameux passeports de certains terroristes du 11 Septembre retrouvés intacts dans les décombres de Ground Zero. Ou encore la voiture louée par les hommes censés avoir commis les attentats du 7 juillet 2005 à Londres, et payée avec une vraie carte de crédit permettant de les identifier immédiatement.
Chérif Kouachi, le "petit" des deux frères, était plus que "connu des services de police" : il avait été emprisonné, jugé, condamné, de nouveau arrêté, détenu, jugé, bénéficié d'un non-lieu. Bref, il était dans les petits papiers des services de renseignement depuis 10 ans. Pourquoi a-t-on cessé de le surveiller, et quand ? Manuel Valls a eu une phrase pour le moins étonnante jeudi matin : «Ces individus étaient sans doute suivis mais il n’y a pas de risque zéro».
Deux autres questions viennent à l'esprit : où est passé le chauffeur de la voiture qui a conduit les deux tueurs sur le lieu du crime, pour ensuite repartir sur un scooter ? Comme apparemment, l'opération n'était pas conçue comme une opération-suicide - un "aller-simple" sans retour -, le chauffeur aurait du logiquement attendre le retour de ses acolytes pour repartir avec eux.
Et enfin : et si la carte d'identité de Saïd Kouachi retrouvée dans la voiture n'était qu'un leurre destiné à mettre les chasseurs sur une fausse piste ?
Ces questions en appelleraient beaucoup d'autres, mais chaque chose en son temps. Attendons l'issue de la chasse à l'homme lancée tout azimut. De deux choses l'une : ou bien les frères Kouachi sont pris vivants, ou bien ils sont abattus au bout de la traque. Dans ce dernier cas, ils emporteront leur secret dans la tombe, comme tant d'autres avant eux, de Khaled Kelkal à Mohamed Merah. Dans le premier cas, on finira, peut-être, par connaître les dessous de cette affaire. Je dis bien "peut-être", car, comme le montrent d'autres affaires, les procès de terroristes survivants permettent rarement d'établir la vérité sur les agissements de ceux qui tirent les ficelles du terrorisme.
En attendant, il serait peut-être bon que ceux et celles qui, en France, ont exprimé leur émotion interpellent le ministre de l'Intérieur sur ce qui s'apparente à de la négligence criminelle dans la "protection" de Charlie-Hebdo.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’Esprit soit avec vous !

…et à la prochaine !