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mardi 27 octobre 2009

Maroc: le quotidien espagnol El Pais à son tour interdit


(AFP) –26/10/2009

RABAT — Le quotidien espagnol El Pais a annoncé lundi que sa distribution avait été bloquée dimanche au Maroc pour avoir publié des caricatures de la famille royale marocaine, une mesure qui avait déjà frappé la semaine dernière son confrère français Le Monde.
"L'édition de ce quotidien repren(ait) une caricature diffamatoire diffusée récemment. Il a été bloqué à l'aéroport de Casablanca", a confirmé à l'AFP une source officielle marocaine.
"Le Maroc est un royaume démocratique, comme le royaume d'Espagne. Il ne peut tolérer la diffamation de ses institutions", a ajouté ce responsable sous couvert de l'anonymat.
El Pais, le plus important quotidien généraliste espagnol, a pour sa part précisé qu'il avait été accusé par les autorités marocaines d'avoir "attenté à l'institution monarchique" au Maroc, pour avoir reproduit samedi ces dessins, qu'avait déjà publiés Le Monde.
Il s'agit d'un dessin du caricaturiste du Monde Jean Plantu et d'un autre dessin qu'avait publié fin septembre le dessinateur marocain Khalid Gueddar dans le journal marocain Akhbar Al Youm.
La Fédération des associations de journalistes espagnols (FAPE) a "déploré" lundi soir à Madrid dans un communiqué cette interdiction, jugeant "lamentable que le ministère marocain de la Communication opte pour la censure" et menace le "pluralisme de l'information" au Maroc.
Le groupe espagnol Prisa, qui publie El Pais, participe au capital du Monde à hauteur d'environ 15 %.
Outre le journal El Pais, les autorités marocaines ont bloqué la distribution du Monde, qui a publié, dans ses éditions datées des 22, 23 et 24 octobre, des caricatures également jugées "irrespectueuses" de la famille royale.

lundi 19 octobre 2009

La liberté de la presse bafouée au Maroc : Khalid Gueddar devant la "justice"

par CATHERINE GRACIET,19/10/2009

Le caricaturiste de Bakchich Khalid Gueddar est jugé au Maroc lundi et vendredi pour un dessin représentant le prince Moulay Ismaïl. Il risque entre 3 et 5 ans de prison. Un épisode qui s’inscrit dans une vague de muselage de la presse.


Nous y voilà. Lundi 19 octobre, à 9h00, le caricaturiste de Bakchich Khalid Gueddar devait être jugé pour « outrage à l’emblème du royaume », en l’occurrence le drapeau marocain. Puis rebelote le 23 octobre. Cette fois, il comparaîtra devant la justice pour « manquement au respect dû à la famille royale ». La cause de ce harcèlement judiciaire sans précédent : un dessin paru dans le quotidien Akhbar Al-Youm qui représente le cousin du roiMoulay Ismaïl sur fond de drapeau marocain.


Le directeur de ce quotidien, Taoufiq Bouachrine, sera également jugé aux côtés de Khalid Gueddar. Les deux hommes risquent entre trois et cinq ans de prison. Pour un dessin ! Une peine privative de liberté doublée d’un risque de faillite personnelle puisque le prince Moulay Ismaïl réclame des dommages et intérêts « évalués à trois millions de dirhams ». Soit 270 000 euros. Soit 83 ans de salaire moyen marocain.


NOUS SAVONS…


Mais à Bakchich, nous ne sommes pas dupes. Nous savons pertinemment que le Palais royal fait payer à Khalid Gueddar la BD sur le roi Mohammed VI qu’il a publié sur notre site web. « M6, le roi qui ne voulait plus être roi ». Jet-ski, boîtes de nuit, virées shopping à Paris, c’est un Mohammed VI haut en couleur et attachant que Khalid caricaturait avec le talent qu’on lui connaît. Ce crime de lèse-majesté risque de lui coûter cher.


L’interrogatoire fleuve que lui a infligé la DST marocaine à la fin septembre trahit le vrai motif des poursuites contre Khalid : la moitié des questions portait sur Bakchich, ses fondateurs, ses journalistes, ses actionnaires, sa BD royale. Autant de réponses qui figurent sur notre site web…


Se connecter de temps à autre sur Bakchich.info permettrait d’apaiser quelques doutes et de ménager bien des susceptibilités. Khalid Gueddar ne s’acharne pas sur Mohammed VI. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, les présidents américains George W. Bush et Barack Obama, la chancelière allemandeAngela Merkel, la reine d’Angleterre Elizabeth II, pour ne citer qu’eux, sont également caricaturés par le même Khalid.


LE MAROC, UN ROYAUME EN RÉGRESSION


Hélas les procès contre Gueddar et Bouachrine ne sont qu’un épisode parmi d’autres. Tous s’inscrivent dans une vague de muselage sans précédent de la presse depuis l’avènement de Mohammed VI sur le trône alaouite en 1999. Drôle de façon d’inaugurer la seconde décennie de son règne.


Depuis la semaine dernière, le Maroc ne peut plus se vanter de n’avoir ni journaliste embastillé ni prisonnier d’opinion. Sans parler du fait que le grand argentier de sa majesté et glouton porte-monnaie royal, Mounir Majidi, en profite pour faire main basse sur les distributeurs de journaux…


Khalid Gueddar n’est pas le seul journaliste à être victime de répression. Loin de là. Le 15 octobre, le directeur du journal Al-Michaal, Driss Chahtane, a été condamné à un an de prison ferme. Les deux journalistes Rachid Mahamid et Mustapha Hayran à trois mois fermes. Leurs crimes ? Avoir commenté un communiqué du Palais royal indiquant que le roi serait absent quelques jours pour raison médicale. En l’occurrence à cause d’une « infection à rotarovirus », un terme que tout journaliste digne de ce nom se doit d’expliquer à ses lecteurs.


Le directeur du journal Al-Jarida Al-Oula, Ali Anouzla, risque également gros. A cause aussi d’un article sur la santé de Mohammed VI, il est accusé du « délit de publication, avec mauvaise intention, de fausses informations, d’allégations et de faits mensongers ».


Autre titre de presse, autre punition. En fin de semaine dernière, les comptes bancaires du Journal Hebdomadaire ont été saisis. Le pêché de ce titre phare de la presse francophone ? Avoir été définitivement condamné le 30 septembre dernier par la Cour suprême du Maroc à 250 000 euros d’amende pour un article de 2005 mettant en cause l’objectivité d’un rapport d’un obscur centre de recherches belge sur le conflit du Sahara occidental. Le Journal Hebdomadaire était à l’époque dirigé par Aboubakr Jamaï qui avait préféré s’exiler aux Etats-Unis pour sauver la publication. Mais ce grand éditorialiste qui n’hésite pas à fouetter de sa plume le roi et son shadow cabinet reprend du service dans le Journal…


SONDAGE INTERDIT


On peut aussi citer les malheurs, cet été, des hebdomadaires Tel Quel et de son pendant en arabe Nichane. Tous les exemplaires de leur dernier numéro avant la période estivale ont été saisis et détruits par le ministère de l’Intérieur. Ils ont eu l’outrecuidance de publier en partenariat avec le quotidien français Le Monde un sondage sur la personne du roi. Un sondage dithyrambique pour Mohammed VI puisque 91 % des Marocains le plébiscitaient.


Mais son trône de droit divin, sa personne et sa royale famille demeurent des lignes rouges absolues. Khalid Gueddar risque d’aller en prison pour avoir essayé de les faire reculer avec des dessins.