Ce matin de juillet, le vaste parloir de la prison de Salé, près de Rabat, a des allures de hall de gare surpeuplé. Des centaines de détenus et visiteurs échangent des nouvelles en haussant la voix, tentant de se faire entendre dans la cacophonie ambiante. Dans un angle de la pièce, plusieurs familles sahraouies boivent le thé, assises sur des couvertures disposées au sol. Parmi ces personnes, Claude Mangin, 60 ans. «La scène est un peu surréaliste», se souvient la Française venue visiter son mari incarcéré depuis six ans. Ici, Naâma Asfari et ses 22 compagnons sahraouis, militants pour l’indépendance du Sahara-Occidental, ne sont pas des quidams. Ils sont considérés comme «prisonniers politiques» et bénéficient d’un traitement plus favorable que les détenus de droits communs : cellules individuelles et quartier réservé. Naâma Asfari, condamné à trente ans de réclusion criminelle, tue les heures en lisant de la philosophie politique, en écoutant France Culture ou en cultivant le jardin. «Les détenus sahraouis sont traités plus correctement, car leur sort est pris en compte par l’ONU, mais également parce qu’ils ont mené plusieurs grèves de la faim», commente Claude Mangin, professeure d’histoire-géographie en région parisienne, désormais rompue à ce «tourisme carcéral» lors de chaque vacances scolaires.