« L’annonce de la reprise des travaux du
projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes à moins d’un mois du début de
la conférence de Paris est pour le moins inopportune », juge Nicolas Hulot, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, dans une tribune à Mediapart.
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J’ai une exigence, celle de la vérité. Une liberté, celle de mes mots. Une volonté, celle de tout faire pour que la COP21 soit un succès.
L’annonce de la reprise des travaux du projet d’aéroport à
Notre-Dame-des-Landes à moins d’un mois du début de la conférence de
Paris est pour le moins inopportune. Serait-ce lié à des considérations
électorales ? N’est-ce pas un peu dérisoire devant les enjeux ? Mais,
quoi qu’il en soit, profitons de ce dernier épisode pour se poser les
bonnes questions et trouver collectivement les bonnes réponses.
Il faut trouver une solution.
Vieux de plus de 40 ans, ce projet de nouvel aéroport est vicié,
gangrené. Il porte en lui les racines de la discorde. Jamais il ne se
fera dans les conditions actuelles. Si les affrontements reprennent, il
n’y aura que des perdants, chez les « pour » comme chez les « contre ».
Que se passerait-il si la situation dégénérait ? N’aurait-on donc pas
tiré les enseignements de la mort de Rémi Fraisse à Sivens ?
NDDL n’est pas l’alpha et l’oméga de la réussite de la COP21, mais un
geste de l’État sur ce dossier serait un superbe symbole. Un gage de
l’exemplarité du pays qui, en choisissant d’accueillir la COP21, a pris
une responsabilité historique. La COP21 nous oblige à la cohérence entre
les déclarations sur le climat et les actes politiques. Elle accélère
même ce besoin de cohérence. La France a acté des avancées, n’en
déplaise à ceux qui voudraient faire croire que rien ne bouge : fin des
subventions à l’export au charbon, mise en place d’une contribution
climat énergie (22 €/tCO2 en 2016), début du rattrapage fiscal entre
l’essence et le gasoil, positions volontaristes sur la taxe sur les
transactions financières ou le prix du carbone en sont autant
d’exemples. Mais il faut faire plus. La COP21 a besoin de symboles et
NDDL pourrait être un l’entre eux. Pourquoi s’enfermer dans un choix
déraisonnable ? Le progrès vaut aussi par des renoncements et des
acquiescements.
Il faut trouver une sortie par le haut, penser différemment, sortir
des clivages. C’est aussi une question de démocratie et de choix.
N’ayons pas peur de le dire : les alternatives n’ont pas été
suffisamment considérées par l’État et la transparence n’a jamais été la
règle sur ce dossier. Y compris aujourd’hui, où, malgré la demande de
la commission d’accès aux documents administratifs, certains d’entre eux
censés apporter des éléments sur l’intérêt du projet ne sont toujours
pas rendus publics. Et alors même que le gouvernement finalise une
réforme ambitieuse de la démocratie environnementale.
L’État peut et doit reprendre la main et trouver des solutions qui ne déshonorent personne.
Jamais il n’a été démontré que la construction de ce nouvel aéroport
était la meilleure option. Ne faudrait-il pas commencer par cela ? Ce
serait peut-être même, pour les porteurs du projet, la meilleure
solution pour assurer qu’il se fasse !
Je n’ai pas changé d’avis sur l’opportunité de construire un aéroport
à Notre-Dame-des-Landes. Je continue à penser que ce serait une
mauvaise décision en termes d’argent public (rien que la route pour
aller à l’aérogare couterait 100 millions d’euros), de préservation des
terres agricoles (1600 hectares menacés), de lutte contre les
changements climatiques.
Mais, si les conditions d’une remise à plat du
projet et de l’étude sérieuse de ses alternatives étaient réunies, menée
par des experts indépendants, mobilisant la parole et l’expertise
citoyenne, autour d’un comité de concertation accepté par toutes les
parties, je n’aurais aucun mal à en accepter les conclusions. Les
parties prenantes pourraient aussi s’y engager.
L'Etat peut et doit faire un geste à NDDL. Le Président de la
République et le Premier ministre ont les cartes en mains. Ils peuvent
décider, d’une simple phrase, d’apaiser les tensions en confirmant que
les travaux ne commenceront pas tant que tous les recours – y compris
les procédures d’appel – ne seront pas épuisés. Ils peuvent aussi
décider, de faire de l’étude des alternatives au projet de nouvel
aéroport un symbole de la cohérence pour la COP21 et la démocratie
environnementale. Il était de mon devoir, de ma responsabilité, de leur
rappeler.