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jeudi 17 décembre 2015

COP21. Valls coincé par Cohn-Bendit sur Notre-Dame-des-Landes







LE PLUS. Manuel Valls versus Daniel Cohn-Bendit. C'était le duel du jour, ce mardi matin en direct sur Europe 1. L’ancienne figure des Verts au Parlement européen a invité le Premier ministre a renoncer au chantier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes pour offrir un symbole concret et très français à la Cop21. En vain. Retour sur cette passe d'armes, avec notre chroniqueur Olivier Picard.

Édité par Sébastien Billard  Auteur parrainé par Aude Baron


Manuel Valls dans le studio d'Europe 1, le 1er décembre 2015 (capture d'écran).

Ce fut plus qu’une turbulence dans la matinale d’Europe 1 "spéciale Manuel Valls". Un crash.

Au lendemain de l’ouverture de la COP21, l’occasion était trop belle pour Daniel Cohn-Bendit, chroniqueur maison, de placer le Premier ministre face à ses responsabilités sur le dossier Notre-Dame-des-Landes : Manuel Valls n’avait-il pas répété, à plusieurs reprises, la détermination du gouvernement à mener à bien le projet d’aéroport du Grand Ouest (entre Nantes et Rennes) qui déchaîne la colère des écologistes depuis des années ?

Des déclarations à la limite de la provocation au moment où le PS tentait laborieusement de constituer des listes communes aux régionales avec ses frères et sœurs ennemi(e)s d’EELV.

Le feu vert administratif donné le mois dernier aux défricheuses chargées d’ouvrir une voie aux travaux a entraîné un logique carton rouge des écologistes de la majorité, pour une fois d’accord entre eux pour se rebeller contre l’incroyable obstination de Matignon.

Dany "ne comprend pas" cet acharnement

Ce mardi matin, "Dany" est donc reparti bravement à l’assaut avec les solides arguments contre "l’Ayraultport" (l’ancien Premier ministre était son grand promoteur) qu’il ne cesse de répéter avec constance, et depuis des mois, à l’oreille sourde du pouvoir.

Pourquoi s’accrocher à ce "Toutankhamon de l’aménagement du territoire", imaginé au temps du plan des années 1970…  pour faire voler Concorde de Nantes à New York ? C’est de l’ordre de l’irrationnel. Dany "ne comprend pas" cet acharnement anachronique.

Pourquoi déployer tant d’énergie politique pour un chantier qui va ravager un espace naturel exceptionnel au nom d’une ambition de développement aérien non seulement dépassée mais qui, aussi, défigure les horizons du développement durable ? Pourquoi cette contradiction au moment même où la France organise le plus grand rassemblement de l’histoire pour l’avenir de la planète ?

Ce mardi matin, en direct, Cohn-Bendit, délibérément positif, a proposé au Premier ministre de saisir l’occasion offerte par la COP21 pour renoncer solennellement à la funeste entreprise qui va, immanquablement, ravager un milieu jusque-là préservé. Une porte ouverte formidable pour faire entrer un peu de soleil réconfortant sur le gris paysage du futur climatique.

Inflexible, Valls a fait du Valls

L’espace d’un instant, on a rêvé que le chef du gouvernement de la France allait profiter de ce grand courant d’air frais et se libérer, à la façon d’un personnage de Cabu, de toutes ses anciennes certitudes.

Qu’il allait se laisser emporter par le vent de l’audace. Qu’il allait, enfin, retrouver un peu de légèreté dans cette atmosphère si lourde, et faire une croix verte sur les ailes noires des avions doublement carbonifères.

Mais non. Inflexible, Valls a fait du Valls. Il a tenté une contre-offensive avec un argumentaire fatigué : l’aéroport de Nantes est déjà saturé, urbain et il provoque une pollution sonore continue sur toute l’agglomération nantaise. Pas faux, bien sûr, mais pas convaincant : il faudrait, si on le comprend bien, régler des nuisances environnementales urbaines au prix d’un désastre écologique rural.

Pour faire bonne figure, et dans la panique il a aussi avancé que les "petits aéroports" bretons seraient fermés au profit d’un seul grand, comme si c’était une bonne nouvelle : Quimper et Lorient, notamment, vont apprécier...

Des airs de ministre de l’ère pompidolienne

La démonstration a donc explosé en vol en répandant des ondes négatives immédiatement perceptibles à l’oreille. Dany a bien essayé, jusqu’au bout, de sauver Manuel de ce piqué en vrille, en invoquant l’efficacité, prouvée, de l’interconnexion TGV avec Paris et même la solution démocratique : un référendum régional… En vain.

Le Premier ministre a jugé que le processus démocratique était déjà largement suffisant… On aurait cru entendre un ministre de l’industrie de l’ère pompidolienne. Que dire de plus, sinon qu’on est triste ?

vendredi 6 novembre 2015

Notre-Dame-des-Landes : ayons le courage d’en sortir par le haut

Les invités de Mediapart
Tribunes, points de vue et libres opinions des invités de la rédaction de Mediapart.

« L’annonce de la reprise des travaux du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes à moins d’un mois du début de la conférence de Paris est pour le moins inopportune », juge Nicolas Hulot, président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, dans une tribune à Mediapart.
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J’ai une exigence, celle de la vérité. Une liberté, celle de mes mots. Une volonté, celle de tout faire pour que la COP21 soit un succès.
L’annonce de la reprise des travaux du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes à moins d’un mois du début de la conférence de Paris est pour le moins inopportune. Serait-ce lié à des considérations électorales ? N’est-ce pas un peu dérisoire devant les enjeux ? Mais, quoi qu’il en soit, profitons de ce dernier épisode pour se poser les bonnes questions et trouver collectivement les bonnes réponses.

Il faut trouver une solution. 
Vieux de plus de 40 ans, ce projet de nouvel aéroport est vicié, gangrené. Il porte en lui les racines de la discorde. Jamais il ne se fera dans les conditions actuelles. Si les affrontements reprennent, il n’y aura que des perdants, chez les « pour » comme chez les « contre ». Que se passerait-il si la situation dégénérait ? N’aurait-on donc pas tiré les enseignements de la mort de Rémi Fraisse à Sivens ?
NDDL n’est pas l’alpha et l’oméga de la réussite de la COP21, mais un geste de l’État sur ce dossier serait un superbe symbole. Un gage de l’exemplarité du pays qui, en choisissant d’accueillir la COP21, a pris une responsabilité historique. La COP21 nous oblige à la cohérence entre les déclarations sur le climat et les actes politiques. Elle accélère même ce besoin de cohérence. La France a acté des avancées, n’en déplaise à ceux qui voudraient faire croire que rien ne bouge : fin des subventions à l’export au charbon, mise en place d’une contribution climat énergie (22 €/tCO2 en 2016), début du rattrapage fiscal entre l’essence et le gasoil, positions volontaristes sur la taxe sur les transactions financières ou le prix du carbone en sont autant d’exemples. Mais il faut faire plus. La COP21 a besoin de symboles et NDDL pourrait être un l’entre eux. Pourquoi s’enfermer dans un choix déraisonnable ? Le progrès vaut aussi par des renoncements et des acquiescements.
Il faut trouver une sortie par le haut, penser différemment, sortir des clivages. C’est aussi une question de démocratie et de choix. N’ayons pas peur de le dire : les alternatives n’ont pas été suffisamment considérées par l’État et la transparence n’a jamais été la règle sur ce dossier. Y compris aujourd’hui, où, malgré la demande de la commission d’accès aux documents administratifs, certains d’entre eux censés apporter des éléments sur l’intérêt du projet ne sont toujours pas rendus publics. Et alors même que le gouvernement finalise une réforme ambitieuse de la démocratie environnementale.

L’État peut et doit reprendre la main et trouver des solutions qui ne déshonorent personne.
Jamais il n’a été démontré que la construction de ce nouvel aéroport était la meilleure option. Ne faudrait-il pas commencer par cela ? Ce serait peut-être même, pour les porteurs du projet, la meilleure solution pour assurer qu’il se fasse !
Je n’ai pas changé d’avis sur l’opportunité de construire un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Je continue à penser que ce serait une mauvaise décision en termes d’argent public (rien que la route pour aller à l’aérogare couterait 100 millions d’euros), de préservation des terres agricoles (1600 hectares menacés), de lutte contre les changements climatiques.
 Mais, si les conditions d’une remise à plat du projet et de l’étude sérieuse de ses alternatives étaient réunies, menée par des experts indépendants, mobilisant la parole et l’expertise citoyenne, autour d’un comité de concertation accepté par toutes les parties, je n’aurais aucun mal à en accepter les conclusions. Les parties prenantes pourraient aussi s’y engager.
L'Etat peut et doit faire un geste à NDDL. Le Président de la République et le Premier ministre ont les cartes en mains. Ils peuvent décider, d’une simple phrase, d’apaiser les tensions en confirmant que les travaux ne commenceront pas tant que tous les recours – y compris les procédures d’appel – ne seront pas épuisés. Ils peuvent aussi décider, de faire de l’étude des alternatives au projet de nouvel aéroport un symbole de la cohérence pour la COP21 et la démocratie environnementale. Il était de mon devoir, de ma responsabilité, de leur rappeler.