
La
présentation du livre "le petit berger qui devint communiste".
L'activité organisée par l'AMDH, section de Mohammedia, a connu un grand
succès. Il a dépassé les attentes des organisateurs. Aussi bien par la
nombreuse assistance, que par la
qualité des présentations (faites par la militante Mounia Belkadi en
français et par Abdellatif Sardi en arabe), et des interventions de la
salle. La modération assurée par le militant Mehdi Nassi, l'organisation
de la salle ... assurée par les militants Morad Kertachi et Kerrad
Abderrahim étaient sans fausse note aucune. Plusieurs intervenantEs ont
contribué au succès de cet extraordinaire après-midi. Latifa Kandoussi,
Mohammed Moussaoui, Hsaïn, Khadija Wahid...étaient simplement
extraordinaires. Mouad El Haked, des bidonvillois, des ouvrières, des ex
prisonniers politiques, des camarades, des amis et des membres de la la
petite famille (Lahcen, Saïd, Khadija, Rabea, Rafik...),tous et toutes
étaient là. Merci tout le monde. Ali Fkir, le samedi 4 mai 2013 Voici
le texte de présentation du livre de Ali Fkir « Le petit berger qui
devint communiste », pour toute personne qui aimerait le lire ou en
avoir une idée.
- En français (Mounia): https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=2VlTC54zti8#! - En arabe (Mehdi, Sardi) http://www.youtube.com/watch?v=56DO1iBCrjE&feature=share -------------------------------

"Si
l’on sait que l’infatigable Ali Fkir, le natif de Beni Tadjit, est un
descendant d’une famille de militants de nature, de « guerriers
irréductibles » comme les a qualifiés le lieutenant colonel J. Barrère,
dans la revue historique de l’Armée en 1952, qui par leur ardeur
guerrière, ont toujours dirigé une résistance indomptable contre la
colonisation et contre le Makhzen, pour rester des hommes libres, l’on
ne va pas s’étonner de son parcours de révolutionnaire et de militant
hors pair, pour la liberté, pour la dignité et pour les droits humains.
Passer
de la vie d’un berger jusqu’à l’âge de onze ans à la vie d’un écolier
puis d’un lycéen, section mathématiques, ensuite à celle d’un élève
ingénieur ,à celle d’un professeur de gestion et enfin d’un encadreur de
stagiaires dans les différentes sections de l’économie et de gestion,
n’est pas un parcours anodin, ni habituel qu’on rencontre tous les
jours.
Un berger qui lira,
plus tard, Marx, Engels, Voltaire, Lénine, mais aussi Balzac, Zola et
Simone de Beauvoir, ce n’est pas une figure que l’on croise, chaque
jour, non plus.
Et surtout un
berger qui adhérera au Parti Communiste Marocain et qui deviendra le
premier responsable de la jeunesse communiste de la région de Meknès ;
un berger qui contribuera à la création du Mouvement Marxiste Léniniste
Marocain et de l’Organisation Ilalamam dont il sera membre de la
direction provisoire et enfin un berger qui sera emprisonné et torturé
pendant un peu plus de onze ans dans les prisons marocaines pour ses
engagements politiques.
Un
berger plein d’humanité , d’altruisme et de courage, je dirais presque
insolent, pour défendre la cause des plus faibles , des plus démunis, et
de la femme sans la considérer comme un être inférieur, en quoi que ce
soit à l’homme . Pour toutes ces raisons, et pour bien d’autres, la
commission de l’éducation aux droits humains de l’Amdh, section de
Mohammedia, a décidé de lire, de méditer , mais aussi d’inviter à lire
ce livre que je me permettrais de nommer « Mémoires d’outre Prison »
, qui trace avec vivacité, un itinéraire historique mais aussi très
lyrique, d’une époque ,ô combien marquante pour les marocains, celle des
années de plomb ainsi que les tunnels obscurs de Derb Moulay Chrif.
Ce
qui est remarquable chez l’ex petit berger, c’est son anti-sexisme
naturel, du moment qu’il a toujours été, instinctivement, indigné par la
dévalorisation de la femme, au sein de la société marocaine, due aux
dogmes religieuses et aux croyances sociales ancestrales qui réduisaient
cette dernière à un être inférieur, conçu juste pour assurer le bien
être du mâle et satisfaire ses besoins et fantaisies. Ces convictions,
il les avait adoptées avant même de découvrir la littérature des
Lumières ou la philosophie marxiste. Sa mère, à titre d’exemple,
qualifiée par lui comme « la principale force productive » était le
pivot central de la famille et sa gratification pour elle n’était pas
moindre.
D’autre part, ce
petit berger devenu, instinctivement, marxiste au fil des années, se
sentait, harmonieusement amazigh et arabe, sans complexe aucun et sans
xénophobie aucune qui l’aurait poussé à rejeter les arabes, vu ses
origines amazighes. Ce livre est donc un vrai hymne à la tolérance.
Il
retrace également le parcours du Maroc à une époque où la société
adoptait encore l’esclavagisme, le sexisme, la ségrégation en fonction
des origines, de la couleur, des croyances religieuses, si l’on
s’aventure à prétendre qu’on ne la vit plus actuellement.
Il
nous apprend, également, avec acharnement mais aussi avec optimisme,
que la misère humaine n’est pas une destinée fatale que nous devrions
subir, mais un sort injuste contre lequel nous devons lutter, au sein de
cette société capitaliste, qui gâte les uns au dépend des autres, et
que bâtir un monde meilleur est toujours possible.
L’ex
petit berger découvrira, plus tard, non avec amertume, que la figure de
Hassan II est liée au visage hideux du Makhzen et de son mépris du
peuple. Il relate certains événements gravés dans les mémoires des
marocains notamment la répression sanglante et massive de la population
rifaine en 1958. La scandaleuse prison de Tazmamart, les enlèvements,
les assassinats, les exécutions des militants les jours des fêtes
religieuses, la torture, la répression généralisée et bien d’autres
actes criminels sont des exploits barbares de ce roi tyran, que notre
petit n’a jamais pu oublier et que l’histoire populaire ,d’ailleurs,
n’effacera jamais.
L’ex petit
berger se demande, d’ailleurs, si ces crimes sanguinaires, contre
l’humanité, n’auraient pas été hérités d’un autre bourreau de la même
famille chérifienne, à savoir Ismail, qui commandait des fatwas aux
oulémas, selon ses besoins, pour exploiter les citoyens, et qui finit
par en avoir une qui lui permettait de se servir des « haratines » comme
esclaves (haratines désignait à l’époque des personnes ayant le père
blanc et la mère noire ou inversement et de vendre et d’acheter
librement les esclaves (classe constituée de père et de mère noire).
D’autre
part, je tiens également à attirer votre attention à un point qui me
paraît crucial, c’est que ma présentation ne se veut nullement une
lecture académique qui répond aux exigences de l’analyse critique, mais
tout humblement un partage d’une impression toute personnelle suggérée
par la connaissance humaine, de cet ex petit berger et surtout par la
lecture de ce livre, qui m’offrit personnellement , des moments
d’émotion forte, des sourires, des rires, des frissons mais aussi des
larmes en m’identifiant à lui à plusieurs reprises, par exemple, au
moment où il a accroché le 1e prix de l’école, lui qui ne savait ni lire
ni écrire, ni même parler arabe, jusqu’à l’âge de 11 ans ; le jour où
il a accédé pour la première fois à la maison de son institutrice
française ; le jour où il est allé avec ses camarades de classe ,tous
des enfants, réclamer le retour de l’institutrice qui était partie
allaiter son nouveau-né, geste qui leur a valu une belle raclée_falaqa_
et la corvée de cueillir les olives du jardin du caïd et celui de
l’école pendant toute une semaine ; les anecdotes très drôles ,des fois
même grotesques ,quant à l’apprentissage de l’alphabet arabe par des
ouvrières amazighes auquel il attribuait bénévolement ; les détenus
portant des uniformes de prison ne correspondant pas à leurs tailles
,ressemblant ainsi à des clowns ; mais aussi, des histoires beaucoup
moins drôles, notamment le sort de son camarade et ami du collège, Moha
Boutout, qui mourut le 1er mars 1978, dans des conditions inhumaines
dans la cellule n 55 du bagne secret de Tazmamart, pour sa participation
à la tentative du coup d’Etat du 10 juillet 1971.
Personnellement,
certains chapitres m’ont beaucoup interpellée et je m’y suis attardée
longuement, beaucoup plus que d’autres. Je citerai notamment les
chapitres intitulés « Les arrestations de 1972 », « Le regroupement », «
La grève de faim » et « 1978, l’éveil du volcan sentiment ».
En
effet, après l’arrestation de Laâbi en mars 1972 et de Abdelhamid
Amine, le 29 mai de la même année, l’ex petit berger, étant poursuivi et
recherché par la police, fugua pendant plus de 19 jours et se réfugia
chez des camarades, mais prit finalement la décision de se rendre pour
passer quelques jours en prison et puis sortir pour reprendre la lutte.
Une fois entre leurs mains, voilà ce qu’ils lui firent, je cite : « Les
tortionnaires ne perdirent pas leur temps, ils entamèrent immédiatement
la première séance de la torture : les mains ligotées autour des genoux,
la barre sous les genoux, il fut suspendu, c’est le système dit
perroquet. On vous étouffe avec des chiffons et eaux sales, des coups
sur le pied, des coups de poing, des insultes, des propos dégradants …et
puis on vous pose des questions et cela jusqu’à l’évanouissement .Vous
perdez connaissance ». Un peu plus loin, il dit « La torture est
insupportable. On peut décrire les moyens utilisés, ses formes, mais
jamais ce que ressent la victime. Impossible. C’est trop horrible. C’est
atroce. Personne ne peut décrire la souffrance, la douleur ». Ces
séances lui étaient imposées ainsi qu’à d’autres militants, évidemment,
pour dévoiler les noms des autres membres de l’organisation Ilamam.
Cependant, elles ne trouvèrent en face qu’un mutisme profond. Imaginer
l’ex petit berger , Amine, Moussaoui, Belmajdoub, El Mansouri, isolés
dans des cellules individuelles de Derb Moulay Cherif, de 2m20 sur
1m20,pendant des semaines sans visite, avec une alimentation plus
qu’infecte et un trou toujours ouvert et nauséabond, pour faire ses
besoins, des poux, des taupes et des centaines de cafards qui réclament
leur nourriture est un moment fort que t’impose la lecture de ce livre.
Mais heureusement, qu’il offre aussi d’autres moments de détente et
d’allégresse, le lecteur ne peut que partager les moments de bonheur
avec les ex prisonniers politiques, surtout au moment du rassemblement
du groupe de 1972 dans la prison de Ghbila, qui s’auto-imposèrent des
règles de conduite strictes alliant respect, solidarité et démocratie . A
la fin, on se trouve familiarisé avec presque tous les membres de ce
groupe ,de Amine et Derkaoui, les conciliateurs et modérateurs, à Hssain
,le blagueur , le chanteur, le poète, qui détestait faire le parterre
et la vaisselle ; en passant par Belmajdoub, Rahmouni et Drissi, qui
répartissaient l’alimentation arrivée dans les paniers des familles des
prisonniers et auquel l’ex petit berger rend hommage à plusieurs
passages.
Enfin, la visite
d’une belle et jeune fille ,étudiante en droit et militante de l’Unem,
que l’ex petit berger, reçut un jour en prison pour lui apporter ses
cours, envoyés par ses camarades sortis de la prison sera le dernier
évènement que je vous raconterai en vous laissant le soin de découvrir
le reste et les détails. Cette jeune fille, dite « La belle au bois
dormant » pour rester fidèle à l’appellation du berger communiste, n’est
autre que notre camarade et amie Zhor, qui deviendra sa compagne pour
la vie. Le premier baiser qu’il lui offrit et leur mariage officialisé
en prison sont à eux seuls, des moments plus que troublants.
Un
récit engagé, autobiographique ,historique et politique ,voilà ce que
c’est ,du moins pour moi, ce livre de 228 pages ,écrit spontanément ,
sans relecture, sans correction, sans censure, avec conscience et
émotion, exactement à l’image de son auteur ,que nous connaissons tous
,comme un camarade, un ami, un grand frère et un homme de cœur. Je crois
que j’ai épuisé mes mots. ! A vous mes chers amis et merci pour votre
écoute solennelle. "
Mounia Belkadi , de la commission de l'éducation aux droits humains ,l'Amdh,Mohammedia.
Remerciements d'Ali Fkir
La
présentation du livre "le petit berger qui devint communiste".
L'activité organisée par l'AMDH, section de Mohammedia, a connu un grand
succès. Il a dépassé les attentes des organisateurs. Aussi bien par la
nombreuse assistance, que par la
qualité des présentations (faites par la militante Mounia Belkadi en
français et par Abdellatif Sardi en arabe), et des interventions de la
salle. La modération assurée par le militant Mehdi Nassi, l'organisation
de la salle ... assurée par les militants Morad Kertachi et Kerrad
Abderrahim étaient sans fausse note aucune. Plusieurs intervenantEs ont
contribué au succès de cet extraordinaire après-midi. Latifa Kandoussi,
Mohammed Moussaoui, Hsaïn, Khadija Wahid...étaient simplement
extraordinaires. Mouad El Haked, des bidonvillois, des ouvrières, des ex
prisonniers politiques, des camarades, des amis et des membres de la la
petite famille (Lahcen, Saïd, Khadija, Rabea, Rafik...),tous et toutes
étaient là. Merci tout le monde.

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