Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Mawazine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mawazine. Afficher tous les articles

samedi 18 mai 2013

Festival Mawazine : le sud coréen PSY a annulé sa présence.....

MAROC : Le festival Mawazine invite une pléiade "d'artistes" et dépense des millions alors que la situation économique est catastrophique.
 Ça prouve une chose : c'est que tous ces "artistes", soit ne connaissent RIEN au Maroc, sauf que c'est soi-disant le plus beau pays au monde. Soit, ils n'ont aucune conscience politique et alors : Vive le boycott. Le seul qui a une conscience c'est le sud coréen PSY qui a annulé sa présence.....

lundi 6 juin 2011

Mawazine : un festival de luxe pour faire croire que tout va bien au Maroc

Le point de vue de Mohamed Lotfi
Chaque chose en son temps...!
par Mohamed Lotfi, journaliste et réalisateur radio, Tolerance.ca, 31/5/2011

Rabat (Maroc) - ''SVP, Ne racontez pas n'importe quoi!'' m’a dit la jeune femme à l’accueil des journalistes, pour ce dernier spectacle de Mawazine. Elle était en toute évidence très mal à l’aise quand j’ai évoqué la possibilité de rapporter ce que je viens de voir. ‘’J’ai reçu des ordres’’ a-t-elle ajouté.

Pourtant, d’autres journalistes passaient devant moi! La priorité allait à ceux qui avaient une qualité que je n’ai pas, celle de ne pas être marocain. Je n’osais pas lui dire que je suis aussi canadien et que je me produis à Radio Canada. J’avais pourtant montré mon badge dûment certifié par le service de presse de Mawazine.

Devant mon insistance, deux autres jeunes du service de presse sont venus confirmer cette attitude que je n’ai pas vue nulle part ailleurs à d’autres scènes de Mawazine. Devant un tel mépris, j’ai hurlé ma colère. Les quatre agents de l’ordre se sont montrés plutôt compréhensifs face à mon indignation. L’un d’eux m’a fait un clin d’œil comme pour me dire ‘’j’aurais fais la même chose à ta place’’. D’ailleurs, il n’a pas pu retenir son sourire quand j’ai lancé aux deux jeunes morveux qu’ils pouvaient bien mettre leur Chakira là ou je pense.

En fait, j’ai très vite compris qu’à la scène de Souissi, celle qui reçoit les stars occidentales de Mawazine, on fait les choses autrement. Surtout lorsqu’en avant du public, des places spéciales sont réservées à des invités spéciaux. Appelons-les par leurs noms, les hauts serviteurs du Makhzen. Ils étaient apparemment nombreux ce soir autour de la femme du Roi et ses enfants et les amis de ses enfants. J’ai moi-même croisé Benmoussa, ex ministre de l’intérieur, entouré d’une armée d’agents!

Devant une telle foule amassée à l’entrée des VIP et celle réservée aux prestigieuses personnalités, j’ai ouvert le micro avec la conviction que ma place de journaliste n’était finalement nulle part ailleurs qu’ici et là, devant ce spectacle de chaos comme j’en ai jamais vu dans un festival.

Il a suffit que je tende le micro pour que les commentaires pleuvent. Des femmes avec des enfants s’alarmaient. Une maman portant son bébé hurlait pour se frayer un chemin. J'ai dû secourir certaines à sortir du chaos.

Finalement, avec mon badge de journaliste je me suis trouvé dans la section VIP juste le temps de cueillir quelques commentaires dont le premier ‘’J’ai payé 1200 DH pour ça, pour ne rien voir’’. Effectivement, on ne voyait pas grand-chose de Chakira. Un grand espace devant la section VIP a été réservé aux forces de l’ordre, présence du Makhzen oblige.

Avant de quitter le site de la scène Souissi, j’ai fais un tour dans la section pour tous qu’un festivalier a nommé la section ‘’no body’’. Devant une foule aussi interminable, j’ai ri. J’ai pensé aux différents slogans anti-Mawazine que j’entendais dans les manifs et ce depuis des années. En ce samedi 28 mai 2011, le peuple devant la scène de Chakira, n’avait rien de tunisien ou d’égyptien, encore moins de syrien. Comme si le mouvement contestataire marocain du 20 février se passait dans une autre planète.

De toutes les critiques contre le festival Mawazine de Rabat, celle que je trouve la plus crédible, et qui mérite l’attention des tous les Marocains, notamment tous les amateurs de Mawazine, touche à sa raison d'être.

Au delà de son aspect culturel, touristique, économique et artistique, Mawazine est devenu essentiellement un évènement au service d’un régime politique. Une de ses vitrines internationales. Voilà pourquoi la scène des artistes occidentaux (Cat Stevens, Joe Cokker, Chakira, Quincy Jones ..etc) jouissent d’une attention et d’une sécurité particulière.

D’après ceux qui ont mené une campagne contre la tenue de ce festival cette année, Mawazine n’est pas un festival comme les autres. Il est dirigé et programmé par Maroc Cultures (pur produit du palais) dont le président est le secrétaire personnel du Roi. Sa façon de gérer Mawazine est à l’image du clientélisme et de la corruption qui sévissent au pays.

‘’Majidi dégage’’ est un des slogans du mouvement 20 février. Majidi est accusé par la rue de corruption. Il paraît que d’autres conseillers du Roi ont leurs propres festivals, notamment celui d’Azoulay à Essaouira. Pourquoi ce n’est pas le ministère de la Culture qui organise Mawazine ou tout autre organisme culturel de la société civile ? Peut-être parce que la démocratie au Maroc n’est pas encore un régime politique, encore moins une mentalité.

Alors qu’ailleurs dans d’autres pays arabes, les peuples payent de leurs sangs pour donner vie à la démocratie, au Maroc le régime s’active par tous les moyens à projeter une autre image du pays. Malgré un mouvement de protestation quotidienne sans précédent, le makhzen a tenu à maintenir Mawazine cette année sous prétexte que la majorité du peuple le veut. Quoi de mieux que Chakira pour amuser le peuple, le divertir, le distraire durant une heure et demi, au coût de 580 000 Euros. Et le peuple a répondu, massivement, plus de 150 mille, du jamais vu à Mawazine! Dans le contexte du printemps arabe, dans le contexte ou chaque jour au Maroc les manifestations sont réprimées dans la violence (depuis l'attentat de Marrakech, Mawazine et ses Chakira) est devenu opium du peuple.

‘’La politique c’est l’art de se servir des gens’’ disait Paul Valery. Au Maroc, la politique consiste aussi à jouer avec leurs sentiments. Offrir du Chakira au peuple et donner l’impression que tout va bien au Royaume de Mohammed VI. En d’autres temps, une autre monarchie (dont on connaît l’issue) a recommandé des brioches au peuple, en attendant le pain.

Sur le chemin du retour, un autre chaos m’attendait! Les chars. Vers 1 heure du matin, un tsunami de voitures déferlait sur toutes les routes proches du site de Mawazine. Mais le tsunami s'était soudainement stoppé pour laisser passer d’abord le cortège makhzénien. Une heure pour avancer d’un km. Des voix pestaient contre la pauvre Chakira. Des jeunes venus à pied de très loin profitaient de l’embouteillage pour quêter un peu d’argent ou une place dans une voiture pour les ramener chez-eux. Certains étaient accompagnés de leur bouteille d’alcool.

J’ai tendu le micro à l’un d’eux sans poser de questions. Il m’a demandé ‘’Combien tu me le vends?’’. ‘’Et tu feras quoi avec?’’ ‘’Je le revendrai avec un peu de profit’’, ‘’que feras-tu avec le profit?’’ ‘’Je m’achèterais de quoi bouffer’’. Son ami pas loin a réctifié ‘’De quoi boire, tu veux dire!’’.. ‘’Et Chakira dans tout ça..?’’ ‘’Choukran Chakira’’ a-t-il répondu avec son rire de saoul. Et son ami de répliquer ‘’Il n’est pas venu voir Chakira, il est venu la boire..?’’.

Arrivé à l’immeuble ou je loge, trois autres jeunes étaient couchés à l’entrée. Je me disais, il en restera peut-être ça. Des jeunes venus de très loin pour réaliser un rêve. Voir le spectacle de leur vie, avant de se coucher par terre en attendant l’arrivée du jour.

Je me suis assis près d’eux pour un moment. Le plus jeune des trois m’a regardé droit dans les yeux pour conclure notre petite discussion avec cette phrase à laquelle je ne m’attendais pas du tout : ‘’Aujourd’hui c’est Chakira, demain ça sera la révolution. Chaque chose en son temps’’.

Quand je lui ai demandé de reprendre sa phrase devant mon micro, les batteries étaient épuisées et moi aussi.

samedi 14 mai 2011

Maroc : Mawazine, le festival de monsieur le secrétaire particulier de Sa Majesté mettra-t-il le feu aux poudres ?

Par Abdelhak Serhane 13/5/2011

Alors que s'ouvre à Rabat, vendredi 20 mai, le festival musical Mawazine, l'écrivain marocain Abdelhak Serhane dénonce dans cette «Lettre à Marda» l'indécence d'une manifestation destinée à faire illusion dans un pays où sévissent une répression violente et une pauvreté diffuse.

--------------

«Il n'y a point d'honneur dans les persécutions. Il n'y reste point la plus petite parcelle de l'esprit chevaleresque, mais plutôt un délire de lâcheté (...). L'homme est plus cruel que l'animal (...), l'imagination invente des supplices parce qu'elle veut tuer quelque chose en l'autre, quelque chose qui fait honte au bourreau. » Alain, Esquisses de l'homme

A l'agent de sécurité marocain qui a levé son gourdin 
sur moi 
Monsieur l'agent,

Le langage officiel t'a baptisé Gardien de la paix, agent des Forces auxiliaires, du Corps mobile d'intervention, du Groupe d'intervention rapide... Les gens du peuple t'ont affublé de ce sobriquet Marda, devenu ton patronyme de fonction. A tous ces surnoms, je préfère Bouzriwita, car ton identité et ton existence te sont conférées par ton instrument de travail, ce gourdin dont le destin s'est confondu avec le tien. Tu es le bras de la répression, il en est l'outil.

Je t'écris cette lettre (que tu ne liras sans doute jamais) pour te rappeler ce jour sous le soleil de la nouvelle ère où tu as levé ton gourdin sur moi. C'était l'année où le Seigneur des panneaux, avec la baraka et l'appui de son roi, a détourné des hectares de terre à son profit, à des prix modiques, dont ceux des habous, puis le terrain du FUS (Fath Union Sport) en plein centre de Rabat, phagocytant l'économie du pays par de nouveaux mécanismes d'exploitation, institutionnalisant l'ère des quadras-M6-au-dessus-des-lois-accumulateurs-de-richesses-et-de-pouvoir. Ou peut-être cette autre année où Himma, lui aussi fort du soutien de son ami le roi, a créé son PAM (Parti des Attentistes Marocains) pour prendre en otage le cirque politique national, comme le RNI (Rassemblement des nationalistes indépendants) sous Hassan II ou l'UC (Union constitutionnelle). A moins que ce soit le jour où chaque petit pion de la famille El Fassi a occupé une case confortable dans l'échiquier de l'Etat, faisant échec et mat au jeu de l'égalité des chances.

Qu'importe! Le Palais reprend les mêmes pour nous réchauffer leur soupe insipide. De toutes les manières, la scène dont j'ai été témoin se répète tellement souvent qu'elle doit être devenue banale pour toi. Les années se suivent et sont plus amères les unes que les autres. Pessimiste dis-tu? Plutôt lucide. Car, je me souviens de ce jour néfaste où tu as levé ta matraque sur moi devant le Parlement. De jeunes diplômés-chômeurs étaient assis à même l'asphalte, scandant pacifiquement des slogans pour revendiquer du travail. Du travail pour vivre, entends-tu? A part le bruit des voix, tout se passait dans le calme. Puis, tout à coup, l'assaut a été donné. Et vous avez chargé, comme des forcenés, gourdin levé. Vous avez tapé dans le tas sans distinction d'âge ou de sexe sur des corps sans défense. Les cris de douleur se sont élevés. Le sang a giclé. Des corps ensanglantés ou inanimés jonchaient le sol. Les coups pleuvaient. Des insultes ordurières fusaient de vos bouches. Les rideaux des magasins furent baissés. J'assistais, éberlué et impuissant, à une scène barbare qui se déroule au XXIe siècle, dans mon pays, sous un régime monarchique constitutionnel qui crie sur tous les toits qu'il incarne démocratie, modernité et Etat de droit.
Scandalisés, des touristes étrangers ont pris des photos en souvenir de ce fameux tabassage dans le plus beau pays du monde. Et j'ai eu soudain honte d'appartenir à ce Maroc dont le régime tabasse en plein jour sa jeunesse sur le plus grand boulevard de la capitale. Pourquoi? Parce que ces diplômés-chômeurs veulent travailler. Et ils le revendiquent avant de s'immoler par le feu sous le regard indifférent des décideurs.
Je me trouvais, ce jour-là, dans l'un des lieux du déshonneur national. Dans mon désarroi, je ne t'ai pas vu venir dans ma direction. Ton gourdin s'est levé et a failli s'abattre sur moi. Je ne sais par quel miracle ton bras a suspendu son geste. Devant mes cheveux blancs, tu as peut-être pensé que je n'avais rien à voir avec ces quémandeurs d'emploi. Je n'ai vu que tes yeux, et une haine excessive dans ton regard. Haine féroce, inexplicable, cruelle, meurtrière. J'ai crié: Pourquoi tu les tapes? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait pour t'acharner sur eux? Tu aurais pu être à leur place... Tu m'as regardé avec cette même haine insoutenable et tu m'as répondu: Que veux-tu que je fasse? C'est mon travail! Puis tu es retourné frapper aveuglément ces corps sans défense, meurtris, brisés, abattus, au milieu des cris, des larmes et du sang.
Mon cher Bouzriwita, souviens-toi de ce jour damné, mais aussi de tous ces instants où ta matraque assomme les enfants de ton pays, tes compatriotes, peut-être tes voisins, les jeunes de ton quartier, tes amis, tes cousins ou tes frères et sœurs... Et le soir, quand tu vas te coucher après une journée bien remplie de coups de matraque et de brodequin, souviens-toi des cris de détresse de ces victimes dont tu viens de briser les os et lacérer les chairs. Souviens-toi du sang, des larmes des jeunes filles, des appels au secours. Quant à moi, je me souviendrai toute ma vie de ton regard rempli d'animosité et de ta réponse malheureuse. Mon travail! as-tu dit. Travail de désolation! Le plus ignoble, le plus indigne des métiers. Quand ton gourdin s'abat sur un être humain, sache que c'est sur la liberté que tu cognes, c'est la citoyenneté que tu massacres et le droit à une vie digne. Tu matraques l'espoir à la démocratie et tu prêtes ton bras à la tyrannie contre un salaire de misère afin que la loi de la jungle continue à semer la terreur dans le cœur des gens. Tu assassines l'espoir de ceux qui se battent pour toi et pour ta dignité...
Ceux que tu tabasses sont ceux-là mêmes qui te donnent ta bouchée de pain. Les bras que tu brises chaque jour, sont ces bras-là qui te nourrissent. Car les impôts c'est nous, la TVA c'est nous, le dur labeur qui enrichit nos détracteurs c'est nous. Ton salaire et l'argent qui te procure ta matraque c'est encore nous. Tous ces gens que tu pourchasses et bastonnes, chaque jour que Dieu fait, dans les rues, sur les places publiques, les avenues, devant le parlement et les ministères... ce sont eux qui te permettent de vivre et te procurent l'illusion sinistre d'une autorité que tu penses avoir.

Mais la vraie raison de cette lettre, monsieur Bouzriwita est la suivante. Du 20 au 28
mai, tu seras mobilisé pour assurer l'ordre et la sécurité pendant la Xe édition du festival Mawazine. Entre deux bastonnades, tu verras défiler des dizaines d'artistes venus du monde entier pour distraire le peuple élu qui vit dans le plus beau pays du monde dont tu fais partie. Ton fantasme s'accrochera sans doute à l'anatomie de Shakira. Tu as raison. La frustration dans laquelle on nous enferme fait de nous un peuple aux désirs refoulés. Shakira va chanter et danser pour toi et devant tes semblables. Majidi pense à vous, atténue vos malheurs une fois l'an avec cet événement éphémère. Et l'éphémère a un prix. Celui de Mawazine coûte cher, très cher.
Alors, quand tu te rinceras l'œil sur les contours sublimes de ce physique d'albâtre, demande-toi, mon cher Bouzriwita, combien Shakira est rémunérée pour venir inspirer ton inhibition? Pose-toi la question parce qu'elle en vaut la peine. C'est, pour toi, la seule question qui mérite d'être posée. Pour ce beau pays qui est le tien, la voix de Shakira va nous coûter combien à ton avis? A l'aide de ton gourdin, tu peux procéder à un calcul rapide en traçant des chiffres dans la poussière. Tu arriveras fatalement à ce résultat: il te faudra tabasser tes compatriotes pendant des siècles pour arriver à aligner la somme correspondant au cachet de Shakira pendant Mawazine. N'oublie pas d'ajouter le prix des billets d'avion, les hôtels de luxe, les réceptions, le champagne et le feu d'artifice pour la cérémonie de clôture! Shakira n'est qu'un exemple. Chaque année, ce sont plusieurs centaines de millions en devises qui partent en fumée pour que Majidi te fasse admirer ce que la planète a engendré de célébrités.
Tu vois mon petit Bouzriwita, aucune folie n'arrête ceux qui arment ton bras qui sème la terreur, tue la dignité et la liberté de tes concitoyens. Mais ils n'ont aucun scrupule à vous laisser patauger dans la pauvreté, l'ignorance et la boue des bidonvilles. Tu as fait ta grève, la rue a fait pression. L'approche de Mawazine a fait le reste. Tu es content de toi, ils ont revu ton traitement à la hausse. Le festival de monsieur le secrétaire particulier de Sa Majesté peut se dérouler dans de bonnes conditions grâce à la dextérité de tes frappes. Et pendant que tu défends les intérêts de ces gens à coups de matraque, au risque de tuer et de te faire tuer, ils continuent eux à détourner les richesses de ce malheureux pays en toute impunité et à se vautrer dans le luxe insultant des parvenus de la nouvelle ère. Ce système que tu sers aveuglement porte un nom peu glorieux. C'est un despotisme absolu où le clan tribal impose la loi du silence à la majorité.
Détrompe-toi mon petit Bouzriwita, je suis pour tous les Mawazine qu'ils veulent. Mais pas au détriment de la démocratie et de la liberté du peuple. Pas avant le bien être des populations. J'aurais honte de cautionner ce leurre pseudo-culturel qui n'a aucun sens dans un pays où plus de la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Mawazine n'a jamais été pour moi et ne le sera jamais tant que les chances ne sont pas les mêmes pour tous, que la corruption du makhzen et l'exclusion sévissent, que l'université ne produit plus que des promotions de jeunes diplômés-chômeurs, que la justice dépend de la volonté des puissants, les hôpitaux sont des mouroirs, que l'islam est instrumentalisé à des fins politiques ou mercantiles, que les enfants dorment dans les rues, que les petites bonnes sont exploitées dans des familles aisées, que la dignité des Marocains est piétinée, qu'une poignée de familles use du pays comme de son héritage.
Tu ne connais pas Franz Fanon. Ce n'est pas grave. «L'homme est aussi un non, a dit ce penseur. Non au mépris de l'homme. Non à l'indignité de l'homme. A l'exploitation de l'homme. Au meurtre de ce qu'il y a de plus humain dans l'homme: sa liberté.» Si ce festival est maintenu ce sera, à mon sens, l'expression de ce grand mépris que le système manifeste pour tous les malheurs du peuple. Des voix s'élèvent pour dire non à Mawazine. Céder parfois n'est pas une faiblesse, mais le signe d'une grande sagesse. Majidi cédera, ne cédera pas! Il est chez lui dans ce Maroc riche de ses millions de pauvres. L'obstination du Palais dans le contexte actuel risque d'être fatale. Une question capitale, décisive, inéluctable se pose: avec Mawazine, Majidi va-t-il fournir à la révolution marocaine l'étincelle qui lui manque pour mettre le feu aux poudres? La pression exercée sur Ben Ali, Moubarak, Kadhafi, Ali Abdallah Saleh, Bachar el Assad... par leur entourage pour l'emploi de la force et l'intransigeance a fini par les acculer tous, plongeant leurs pays dans l'horreur. A l'instar de tous les pays de la région, les hommes du roi sont-ils en train de conduire le Maroc vers une situation irréversible? Albert Memmi, un autre que tu dois ignorer, a dit: «Quand un peuple n'a d'autre ressource que de choisir son genre de mort, quand il n'a reçu de ses oppresseurs qu'un seul cadeau, le désespoir, qu'est-ce qui lui reste à perdre ? C'est son malheur qui deviendra courage.»

Avant de te quitter, mon petit Bouzriwita, j'ai plusieurs questions à te poser: Tu touches combien? Tu habites où? Es-tu marié? Tes enfants vont-ils à l'école? Tes parents sont-ils en vie, vieux ou malades? Ils sont comment tes fins de mois? Le bakchich que tu touches des gens humbles ne te fait-il pas honte? Tes rêves sont-ils peuplés des cris de ceux que tu saignes? Je sais. Ton pain et ton sommeil sont amers car ceux que tu démolis sont des innocents. Ton salaire aussi est amer. Ton niveau d'études et de vie! Ta famille, tes espoirs, tes projets? De ta naissance à ta mort, ton existence est à plaindre face au cachet en devises que Shakira va encaisser pour une heure ou deux sur la scène du festival Mawazine!

Ne te fie pas trop à ta force, mon petit Bouzriwita, ni à cette prétendue supériorité que tu exerces sur tes semblables. Sans ta matraque tu ne vaux pas un oignon, et avec elle, tu es trois fois rien. Car, ton lot est l'oppression. Tu vis pour opprimer tes concitoyens. Et tu vis pour être opprimé par tes maîtres. Misère est ta misère et grande est notre souffrance! Ton bras se trompe d'ennemi et d'époque. Ceux que tu tabasses sont tes doubles, tes frères jumeaux. J'espère que la prochaine fois, tu sauras utiliser ton instrument de travail à bon escient. Autrement, continue à bastonner tes compatriotes pendant les siècles à venir afin d'économiser le cachet offert par Si Mounir Majidi à l'un de ces artistes étrangers pour une performance de quelques heures. Et dans plusieurs siècles In châa Allah, quand tu auras épargné cette somme folle, alors tu pourras sortir de ton bidonville et habiter une maison confortable dans un quartier convenable, t'acheter une voiture pour emmener ta famille en vacances à Moulay Bousselham, envoyer tes enfants dans une bonne école et tes parents à la Mecque... Tu finiras ta vie très vieux et très heureux dans le plus beau pays du monde et, dans tes prières, tu béniras le système marocain qui t'a permis t'avoir ce travail, a armé ton bras d'un gourdin et a fait de toi ce cogneur et ce casseur irréductible que tu es, à la solde des tyrans.

Adieu mon petit bourreau. Je sais. Tu me l'as déjà dit. Ton travail est de cogner. Nos oppresseurs sont aussi les tiens. Ne l'oublie jamais! Tu maintiens la stabilité de leur domination sur nous et sur toi, ainsi que l'étendue de leur arbitraire! Ils ont augmenté ta solde pour que tu cognes sans ménagement sur le peuple. Alors, exprime ta gratitude à Mounir Majidi, et cogne de toutes tes forces dans le tas. Mawazine doit être une fête sans contestation ni controverse. Tu es là pour veiller au grain avec ton gourdin. Majidi a tous les droits. Majidi a tous les pouvoirs. On doit respecter de force un homme de l'importance de l'administrateur de la fortune de Sa Majesté. Nanti parmi les nantis, puissant parmi les puissants, coté parmi les cotés par la baraka de Sidna, Mounir Majidi (1) mérite bien un jubilé qui sied à son rang. Les autres aussi d'ailleurs. Le mouvement du 20 février 2011 en a enclenché les préparatifs.

(1) Mounir Majidi est secrétaire particulier et principal conseiller de Mohammed VI (NDLR).

vendredi 5 juin 2009

Rabat : 11 morts dans un concert « trop » populaire

11 personnes ont trouvé dimanche la mort dans une bousculade lors d’un concert à Rabat (Maroc). Le festival Mawazine, vitrine de la vie culturelle marocaine, soutenu à bouts de bras par le Palais royal, se retrouve embarrassé. Un début de polémique rappelle le grand écart entre les concerts réservés au « Maroc d’en haut » et ceux des milieux modestes. Ces derniers, victimes de la bousculade dans un stade bondé, paient le prix d’une insuffisante éducation aux spectacles. Une donnée que les autorités avaient oublié, derrière le prestige d’une programmation culturelle particulièrement ambitieuse.
Le concert avait déjà été déplacé, vers un stade aux plus grandes capacités d’accueil. Cela n’a pas empêché la foule, à l’issue du concert, de se ruer dans des passages trop étroits pour le flot humain. Cinq hommes, quatre femmes et deux mineurs sont morts piétinés contre des grilles. Le bilan, de 11 morts et 40 blessés, n’endeuille pas seulement la capitale marocaine.

C'est désormais la politique culturelle du royaume chérifien qui est interpellée, notamment parmi la presse indépendante. « Ce problème va au-delà de la question de l’organisation », soutient une source journalistique marocaine, contactée par Guysen.

Le stade abritait un concert de Abdelaziz Stati, un chanteur apprécié parmi les milieux populaires. « Ces gens ne voient jamais de spectacles de l’année, alors ils se ruent sur tout ce qui se présente, puis partent brusquement lorsque c'est terminé », explique cette source, qui déplore l’écart entre les « bourgeois » et le peuple, qui n’a « pas été éduqué à voir des spectacles ».

La consommation de drogues est par ailleurs largement répandue parmi ce genre de public. « Une bonne partie du public est droguée aux ‘qarqoubi’ (psychotrope très répandu dans les quartiers populaires au Maroc, ndlr) ou à la colle », ajoute cette même source.

Le désastre de ce festival contraste en revanche avec son ambitieuse dimension politique. Vaste machine au service de son directeur, Mounir El Majidi, proche conseiller du roi Mohamed VI, depuis maintenant huit ans, le festival Mawazine ne fait pas dans la demi-mesure. Une pléthore de stars sont invitées chaque année, l’édition 2009 ayant entre autres reçu Alicia Keys, Ennio Morricone, Kylie Minogue, et Stevie Wonder.

Une relative concurrence existe au Maroc entre les festivals officiels, promus par les autorités, et d’autres plus indépendants, à la programmation parfois moins politiquement correcte. La politisation de ce drame, survenu dans le très officiel festival Mawazine, était dès lors inévitable.

« Il s’agit d’un festival très particulier, voulu par le roi ; de fait les autorités sont impliquées », confirme Aïda Semlali, journaliste dans le magazine d’information indépendant Le Journal Hebdomadaire, contactée par Guysen.
Une conférence de presse sur l’accident forte de nombreux officiels a été l’occasion pour les autorités de prévenir les critiques, en rejetant la faute sur le public lui-même.

La portée politique de l’accident est ainsi minimisée par la presse officielle, notamment par Le Matin, journal du Palais royal. « Le problème n'avait aucun lien ni avec l'organisation, ni ne relevait du dispositif de sécurité mis en place à l'occasion. En fait, il s'agit, estime-t-on, du comportement d'une partie du public qui a emprunté un passage interdit », a ainsi écrit le quotidien.

L’argumentation officielle, en anticipant toute critique, les a peut-être motivés. « Tout le monde a été choqué de voir les autorités ne reconnaître pas la moindre responsabilité dans ce qui s’est passé », déclare Aïda Semlali, ajoutant « pour eux ce n’est que la faute du public ».
Au-delà du fait divers, l’accident de Rabat dresse un portrait sombre du Maroc. Un portrait dominé par le poids des inégalités sociales et l’omniprésence de la monarchie.
Source : Guysen International News (site israélien) , 26/5/2009