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mercredi 14 décembre 2011

Contre les atteintes aux droits et à la dignité des personnes dans les préfectures

Communiqué de presse de la Campagne Ile de France
contre les atteintes aux droits et à la dignité des personnes dans les préfectures

Un élan de solidarité et un message clair 
aux préfectures et au gouvernement !

Les 7 et 8 décembre, c’est par centaines que des citoyens, des militants associatifs et syndicaux, des élus sont venus manifester leur solidarité avec les étrangers le long des files d’attente des différentes préfectures et lieux d’accueil des demandeurs d’asile d’Ile de France.
Dans plusieurs villes, grâce à la générosité des participants (ou d’une municipalité comme à Bobigny), un « petit déjeuner solidaire » a pu être offert à toutes les personnes qui faisaient la queue depuis des heures, certains depuis la veille, en espérant perdre le moins possible de leur journée de travail ou de cours. A Evry, Nanterre, et Paris, l’opération s’est accompagnée d’une aubade au préfet dans l’espoir que la musique adoucisse vraiment les mœurs ! A Créteil et Bobigny des travailleurs sans papiers en lutte s'étaient joints au rassemblement.

Le scandale récurrent des files d’attente

A Antony
Les manifestants ont dénoncé le scandale le plus visible : celui des files, souvent sans aucun aménagement de la zone d’attente, un accueil indigne que l’insuffisance des moyens ne suffit pas à expliquer. A Antony, ils ont mis en place et inauguré un WC public installé dans la nuit et décoré d’une pancarte « Sanisette Chez Claude », hommage modeste à celui qui décide ce qui sera ou ne sera pas « bien » pour les étrangers. Étrangement, cet équipement sanitaire indispensable et apprécié a été enlevé dans les heures qui ont suivi par la police… Là comme ailleurs, les associations, les syndicats, les élus refusent que des personnes dorment dans la rue, dans le froid pour accéder à un service public. Ils demandent à l’Etat de prendre des mesures pour que cesse cette humiliation. Ils refusent que les agents des préfectures soient instrumentalisés pour servir une politique clairement xénophobe et inhumaine. A la souffrance des étrangers s'ajoute souvent la leur.

De multiples formes de « maltraitance »
 
Au cours de ces actions, de nombreux témoignages ont été recueillis, par les militants et par les journalistes présents. Ils confirment à quel point les étrangers sont mal traités dans les préfectures : manque d’information, refus de dossiers, obligation de démarches répétitives, dossiers qui s’accumulent, délais de réponse démesurés, multiplication des titres précaires (dont le renouvellement fréquent augmente mécaniquement les files), non respect des procédures, etc.

Les effets d’une logique politique

Partout les situations humaines sont examinées au prisme des quotas, du soupçon et de la « lutte contre l’immigration » : un thème emprunté de longue date au Front National. Même les demandeurs d’asile venant de zones de conflit ou les étrangers gravement malades peinent à faire reconnaître la légitimité de leur demande. Au lieu de favoriser l’intégration et le vivre ensemble, de régulariser davantage de personnes insérées dans la société française avec des titres stables (résident = 10 ans), on multiplie les refus (OQTF) ou les titres d’un an, voire les autorisations provisoires de trois mois, parfois sans autorisation de travail. On précarise les étrangers, on encourage le travail non déclaré, on crée une somme de malheurs individuels.

Les associations et syndicats, comme les citoyens et élus qui les soutiennent, l’ont affirmé clairement : c’est aussi cette logique qu’il faut changer et c’est le message qu’ils ont porté ou qu’ils porteront lors des audiences en préfecture, mais aussi en poursuivant cette campagne,notamment, pour beaucoup d’entre eux, en défilant ensemble le 18 décembre,journée internationale pour les droits des migrants, derrière la banderole

«Assez d’atteintes aux droits et à la dignité des personnes dans les préfectures».

Paris le 14 décembre 2011

Contacts :
Jean Michel Delarbre (Resf-Ldh) : 06 89 30 86 15
David Hedrich (Dom’Asile) : 06 69 43 17 21
Agathe Marin (Cimade) : 06 42 15 77 14


Les organisations suivantes, confrontées quotidiennement aux conditions d’accueil et de traitement des dossiers réservées aux étrangers par les différentes préfectures d’Ile de France, se sont réunies le 3 novembre 2011.Elles ont fait le constat que, malgré quelques différences de pratiques constatées d’un département à l’autre, les étrangers sont traités partout de la même façon : conditions d’accueil déplorables, refus d’accès et de délivrance de dossier, délais interminables de traitement, absence d’interlocuteurs pour les associations, examens et réponses faits au mépris des droits fondamentaux, qu’il s’agisse du droit à la vie privée et familiale, du droit au travail, du droit aux soins, du droit à l’éducation ou de l’accès à la procédure d’asile.Elles sont convaincues que ce manque de considération pour les personnes reçues autant que pour les personnels chargés de l’accueil, relève d’une politique délibérée que l’insuffisance des moyens matériels et humains ne peut suffire à expliquer.Dans le cadre d’une législation de plus en plus restrictive et répressive, elle vise à limiter les possibilités d’accès au séjour, voire à déstabiliser la population étrangère, qu’elle soit en situation régulière ou privée du droit au séjour.

Les étrangers sont aujourd’hui les premières victimes, mais comme souvent, la manière dont on les traite est révélatrice des méthodes qui sont déjà appliquées à d’autres ou le seront demain, qu’il s’agisse d’étrangers ressortissants de l’Union Européenne comme les Roms de Roumanie et Bulgarie, de l’ensemble des populations précaires ou des simples citoyens.
Ce scandale doit cesser. Les services de l’Etat doivent être les garants de l’égalité entre les usagers, du respect et de l’universalité des droits fondamentaux. La loi et les pratiques doivent changer !

Les associations et collectifs signataires appellent tous ceux que révoltent ces conditions indignes d'accueil et de traitement à réagir ensemble.

A l’appel de (associations et syndicats de l’Ile de France ) :
Act Up Paris – AIDES - Amoureux au Ban Public – Appui Rwanda - ARDHIS – ATMF - Centre Anacaona des Droits humains et des Libertés des Haïtiens – CFDT – CGT - CGT Educ’action – Chrétiens & Sida - CIMADE – Collectif des musulmans de France – COMEDE – Coordination nationale des Sans Papiers - Dom’Asile – FASTI - Femmes Egalité – FERC CGT - France Terre d’Asile - FSU - GISTI – LDH – MRAP – Observatoire du Droit à la Santé des Etrangers - PAFHA – RESF – Romeurope - SAF – Sud Intérieur - Union syndicale Solidaires …

Ainsi que de nombreux partis politiques et personnalités ainsi que d’associations locales.

dimanche 10 avril 2011

En Algérie, répression et opportunismes

La valise diplomatique
Par Ali Chibani,Le Monde diplomatique, 8/4/2011
« Maintenant que l’attention de la communauté internationale est monopolisée par la révolte des Libyens, la police algérienne accentue l’intimidation à l’égard des militants de l’opposition. » Ces propos émanent de Mme Dalila Touate, membre de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD). Agée de 35 ans, diplômée de l’université, elle fait partie des nombreuses personnes arrêtées ces derniers jours parce qu’elles exigent un changement de régime. Mme Touate a été arrêtée après avoir distribué des tracts appelant les Mostaganémois à participer à la manifestation des chômeurs à Alger le 20 mars dernier. Si, pour d’autres militants, les tracasseries policières se sont limitées à leur fichage, elle est poursuivie en justice pour « incitation à un attroupement illégal non armé » et risque jusqu’à un an de prison ferme. Elle attend avec inquiétude son procès, prévu pour le 28 avril.

 La répression des manifestants est aussi montée d’un cran depuis l’intervention occidentale en Libye. Après un sit-in organisé par les étudiants de l’université d’Oran le 6 avril, les forces de l’ordre ont été accusées, dans un communiqué de la Ligue algérienne des droits humains, d’avoir « poussé des automobilistes à emprunter les voies à travers lesquelles étaient assis les manifestants pour invoquer comme d’habitude l’incident grave ». La veille, ce sont les étudiants de Boumerdès, en Kabylie, qui ont été durement réprimés alors que les gardes communaux, qui campaient à Alger, étaient agressés par les baltagias, ces jeunes engagés par le pouvoir pour jouer les contre-manifestants.
Cette campagne d’intimidation et de répression intervient alors que le pouvoir algérien a promis des réformes politiques. Des promesses auxquelles les Algériens ne croient pas. Pourtant, quelques événements politiques récents pourraient laisser présager l’imminence d’un changement. Le premier événement vient du Maroc : l’annonce d’une réforme constitutionnelle par le roi Mohamed VI ne peut pas laisser les dirigeants algériens indifférents. Aucun des deux Etats en concurrence n’accepte d’avoir une image plus mauvaise que son voisin en matière de démocratie. Les décisions politiques marocaines impliquent nécessairement des décisions similaires, voire plus spectaculaires, en Algérie, et vice-versa.
Sur le plan national, le chef de l’Etat, M. Abdelaziz Bouteflika, a organisé des réunions secrètes avec des personnalités importantes du régime. Même si l’on ignore sur quoi ont porté ces rencontres, il semblerait que le système organise son « évolution » sans tenir compte des revendications de la population, et encore moins de l’opposition, qui réclame la dissolution de l’Assemblée nationale — dont elle boycotte les travaux — pour la remplacer par une assemblée constituante.

Quelques jours après ces réunions, M. Abdelmadjid Menasra a annoncé la création de son parti. Le fondateur du Mouvement pour la prédication et le changement (MPC) est un dissident du Mouvement de la société pour la paix (MSP), l’un des rares partis politiques, et le seul dans la mouvance islamiste, à avoir résisté à ce qui peut être analysé comme un programme d’affaiblissement des partis politiques algériens depuis l’arrivée de M. Bouteflika à la tête de l’Etat, en 1999. Bien que le MSP fasse partie de la coalition gouvernementale, il n’a pas échappé à ce programme et sa réduction à un simple sigle, pour éloigner le spectre d’un Etat islamique, semble s’être accélérée ces derniers jours.

Le dernier événement en date montrant que le régime prépare sa mue vient du premier ministre, qui s’est toujours présenté comme le meilleur et le plus fidèle soldat du président. Depuis le début des manifestations du 3 janvier dernier, M. Ahmed Ouyahia a quasiment été interdit de parole sur la scène publique. C’est à peine s’il s’est permis quelques piques ironiques à l’encontre des journalistes pendant que le ministre des affaires étrangères, M. Mourad Medelci, occupait la scène médiatique seul, ne la cédant à de rares occasions qu’au ministre de l’intérieur, M. Daho Ould Kablia. Mercredi 30 mars, M. Ouyahia a brisé le silence sur la chaîne de télévision publique A3. Il n’a pas exclu de se porter candidat aux prochaines élections et d’être ainsi un rival du chef de l’Etat, qu’il a accusé d’empêcher le changement. Le premier ministre a sans doute senti le vent tourner et compris que son éviction serait le symbole du changement en marche. Il peut cependant compter sur un parti qui lui reste pour le moment dévoué et où la sérénité semble régner, contrairement au Front de libération nationale (FLN), dont M. Bouteflika est président d’honneur et qui traverse une très longue période de crise, émaillée de violentes empoignades entre ses cadres et militants.

Le chef de l’Etat a par ailleurs confié au Conseil national économique et social (CNES) la mission d’organiser les réformes économiques, après consultation, cette fois, des acteurs politiques et économiques. Le président du CNES, M. Mohamed Seghir Babès, a annoncé dans un communiqué de presse la tenue prochaine d’« états généraux de la société civile » pour définir un programme de sortie de crise par « une transition systémique non cataclysmique ».

Pendant ce temps, l’Etat algérien accède aux revendications salariales de tous ceux qui le réclament. Ce n’est pas nouveau : en 2008 déjà, un syndicaliste rencontré à Alger assurait que « les caisses de l’Etat étant pleines, M. Bouteflika croit pouvoir stopper la lutte de l’opposition par des concessions salariales ». Cette faiblesse, les Algériens l’ont comprise, comme ils ont compris que c’est le moment ou jamais de grappiller des promotions et d’améliorer leurs conditions de travail ou leur situation sociale. Pour cette raison, le mois de mars a enregistré environ soixante-dix mouvements de grève. Même les journalistes de la très officielle agence Algérie presse service (APS) ont tenu un sit-in et les fonctionnaires du palais présidentiel ont protesté symboliquement en tombant la cravate pour exiger une hausse de leurs émoluments.

Si certains voient dans les révoltes des peuples voisins une occasion historique pour imposer le changement en Algérie, force est de constater que d’autres — le plus souvent les serviteurs du régime — cèdent à l’opportunisme. Pendant ce temps, les dirigeants s’entredéchirent pour prendre la place du chef de l’Etat, qui n’a pas dit son dernier mot… ni son premier d’ailleurs : il ne s’est toujours pas exprimé sur les événements qui secouent le pays depuis le début de l’année.
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-04-08-Algerie

vendredi 10 septembre 2010

Le Coiffeur bénévole

par Djamal Benmerad, journaliste et écrivain algérien,  Bruxelles 
Un jour un fleuriste se rendit chez le coiffeur pour se faire couper les cheveux. Après sa coupe, il demanda combien il devait. Le coiffeur répondit :
 - C'est gratuit, je fais du bénévolat cette semaine.
 Le fleuriste s'en alla tout content.
Le lendemain, en ouvrant sa boutique, le coiffeur trouva à sa porte une carte de remerciements et une douzaine de roses.

 Plus tard, c'est le boulanger qui se présenta pour se faire couper les cheveux. Quand il demanda pour payer, le coiffeur lui dit :
- Je ne peux accepter d'argent : cette semaine, je fais du bénévolat.
Heureux, le boulanger s'en alla tout content, et le lendemain, déposa à la porte du coiffeur une douzaines de beignets, avec un mot de remerciements.

 Puis, ce fut le député du département qui se présenta ; et lorsqu'il voulut payer, le coiffeur lui répondit :
- Mais non, cette semaine c'est gratuit : je fais mon bénévolat ! Très heureux de cette aubaine, le député quitta la boutique.
Le lendemain, quand le coiffeur arriva pour ouvrir, une douzaine de membres du parlement attendaient en ligne pour se faire couper les cheveux gratuitement...

Voila la différence fondamentale entre les citoyens de ce pays et les politiciens qui nous gouvernent.