Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Algérie bouteflikée. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Algérie bouteflikée. Afficher tous les articles

dimanche 10 avril 2011

En Algérie, répression et opportunismes

La valise diplomatique
Par Ali Chibani,Le Monde diplomatique, 8/4/2011
« Maintenant que l’attention de la communauté internationale est monopolisée par la révolte des Libyens, la police algérienne accentue l’intimidation à l’égard des militants de l’opposition. » Ces propos émanent de Mme Dalila Touate, membre de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD). Agée de 35 ans, diplômée de l’université, elle fait partie des nombreuses personnes arrêtées ces derniers jours parce qu’elles exigent un changement de régime. Mme Touate a été arrêtée après avoir distribué des tracts appelant les Mostaganémois à participer à la manifestation des chômeurs à Alger le 20 mars dernier. Si, pour d’autres militants, les tracasseries policières se sont limitées à leur fichage, elle est poursuivie en justice pour « incitation à un attroupement illégal non armé » et risque jusqu’à un an de prison ferme. Elle attend avec inquiétude son procès, prévu pour le 28 avril.

 La répression des manifestants est aussi montée d’un cran depuis l’intervention occidentale en Libye. Après un sit-in organisé par les étudiants de l’université d’Oran le 6 avril, les forces de l’ordre ont été accusées, dans un communiqué de la Ligue algérienne des droits humains, d’avoir « poussé des automobilistes à emprunter les voies à travers lesquelles étaient assis les manifestants pour invoquer comme d’habitude l’incident grave ». La veille, ce sont les étudiants de Boumerdès, en Kabylie, qui ont été durement réprimés alors que les gardes communaux, qui campaient à Alger, étaient agressés par les baltagias, ces jeunes engagés par le pouvoir pour jouer les contre-manifestants.
Cette campagne d’intimidation et de répression intervient alors que le pouvoir algérien a promis des réformes politiques. Des promesses auxquelles les Algériens ne croient pas. Pourtant, quelques événements politiques récents pourraient laisser présager l’imminence d’un changement. Le premier événement vient du Maroc : l’annonce d’une réforme constitutionnelle par le roi Mohamed VI ne peut pas laisser les dirigeants algériens indifférents. Aucun des deux Etats en concurrence n’accepte d’avoir une image plus mauvaise que son voisin en matière de démocratie. Les décisions politiques marocaines impliquent nécessairement des décisions similaires, voire plus spectaculaires, en Algérie, et vice-versa.
Sur le plan national, le chef de l’Etat, M. Abdelaziz Bouteflika, a organisé des réunions secrètes avec des personnalités importantes du régime. Même si l’on ignore sur quoi ont porté ces rencontres, il semblerait que le système organise son « évolution » sans tenir compte des revendications de la population, et encore moins de l’opposition, qui réclame la dissolution de l’Assemblée nationale — dont elle boycotte les travaux — pour la remplacer par une assemblée constituante.

Quelques jours après ces réunions, M. Abdelmadjid Menasra a annoncé la création de son parti. Le fondateur du Mouvement pour la prédication et le changement (MPC) est un dissident du Mouvement de la société pour la paix (MSP), l’un des rares partis politiques, et le seul dans la mouvance islamiste, à avoir résisté à ce qui peut être analysé comme un programme d’affaiblissement des partis politiques algériens depuis l’arrivée de M. Bouteflika à la tête de l’Etat, en 1999. Bien que le MSP fasse partie de la coalition gouvernementale, il n’a pas échappé à ce programme et sa réduction à un simple sigle, pour éloigner le spectre d’un Etat islamique, semble s’être accélérée ces derniers jours.

Le dernier événement en date montrant que le régime prépare sa mue vient du premier ministre, qui s’est toujours présenté comme le meilleur et le plus fidèle soldat du président. Depuis le début des manifestations du 3 janvier dernier, M. Ahmed Ouyahia a quasiment été interdit de parole sur la scène publique. C’est à peine s’il s’est permis quelques piques ironiques à l’encontre des journalistes pendant que le ministre des affaires étrangères, M. Mourad Medelci, occupait la scène médiatique seul, ne la cédant à de rares occasions qu’au ministre de l’intérieur, M. Daho Ould Kablia. Mercredi 30 mars, M. Ouyahia a brisé le silence sur la chaîne de télévision publique A3. Il n’a pas exclu de se porter candidat aux prochaines élections et d’être ainsi un rival du chef de l’Etat, qu’il a accusé d’empêcher le changement. Le premier ministre a sans doute senti le vent tourner et compris que son éviction serait le symbole du changement en marche. Il peut cependant compter sur un parti qui lui reste pour le moment dévoué et où la sérénité semble régner, contrairement au Front de libération nationale (FLN), dont M. Bouteflika est président d’honneur et qui traverse une très longue période de crise, émaillée de violentes empoignades entre ses cadres et militants.

Le chef de l’Etat a par ailleurs confié au Conseil national économique et social (CNES) la mission d’organiser les réformes économiques, après consultation, cette fois, des acteurs politiques et économiques. Le président du CNES, M. Mohamed Seghir Babès, a annoncé dans un communiqué de presse la tenue prochaine d’« états généraux de la société civile » pour définir un programme de sortie de crise par « une transition systémique non cataclysmique ».

Pendant ce temps, l’Etat algérien accède aux revendications salariales de tous ceux qui le réclament. Ce n’est pas nouveau : en 2008 déjà, un syndicaliste rencontré à Alger assurait que « les caisses de l’Etat étant pleines, M. Bouteflika croit pouvoir stopper la lutte de l’opposition par des concessions salariales ». Cette faiblesse, les Algériens l’ont comprise, comme ils ont compris que c’est le moment ou jamais de grappiller des promotions et d’améliorer leurs conditions de travail ou leur situation sociale. Pour cette raison, le mois de mars a enregistré environ soixante-dix mouvements de grève. Même les journalistes de la très officielle agence Algérie presse service (APS) ont tenu un sit-in et les fonctionnaires du palais présidentiel ont protesté symboliquement en tombant la cravate pour exiger une hausse de leurs émoluments.

Si certains voient dans les révoltes des peuples voisins une occasion historique pour imposer le changement en Algérie, force est de constater que d’autres — le plus souvent les serviteurs du régime — cèdent à l’opportunisme. Pendant ce temps, les dirigeants s’entredéchirent pour prendre la place du chef de l’Etat, qui n’a pas dit son dernier mot… ni son premier d’ailleurs : il ne s’est toujours pas exprimé sur les événements qui secouent le pays depuis le début de l’année.
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-04-08-Algerie

mercredi 9 juin 2010

France-Algérie : Paris veut rattraper ses faux pas

Le secrétaire général de l'Elysée, de nouveau attendu à Alger.
Par Karim Aimeur 8/6/2010
Ces relations, qui ont enduré deux années de mésententes insurmontables sur le plan diplomatique, se retrouvent aujourd'hui coincées dans une impasse qui ne dit pas son nom et baignent, de ce fait, dans un climat de suspicion général. Ni l'Algérie, ni la France ne veulent assumer unilatéralement les conséquences des désaccords nés depuis au moins l'interpellation, le 14 Août 2008, puis la mise sous contrôle judiciaire, trois jours après, du diplomate algérien, Mohamed Ziane Hasseni à Paris, présumé impliqué dans l'affaire de l'assassinat de l'opposant algérien, Ali Mecili en 1987, en France. Depuis, la crise s'est installée et c'est la dégradation graduelle et totale des liens entre les deux pays. Des affaires comme, entres autres, celle des moines de Tibherine, la liste des pays à risque, la repentance et la criminalisation du colonialisme français, ont envenimé ces relations, au point où le président français, Nicolas Sarkozy, a téléphoné à son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, le priant à participer au 25e sommet France Afrique, tenu les 31 mai et 1er juin derniers à Nice.Contre toute attente, la participation de Bouteflika à ce sommet n'a rien apporté de nouveau et les horizons sont devenus plus brouillés que jamais.
C'est justement pour rattraper le temps perdu que l'Elysée veut déléguer son secrétaire général, Claude Guéant, pour chercher de nouveaux compromis du côté d'Alger et décrisper ce qui pouvait l'être dans les relations entre les deux pays.
Selon une source qui se serait confiée à TSA, Claude Guéant va notamment rencontrer le premier ministre, Ahmed Ouyahia. Un entretien avec le président, Abdelaziz Bouteflika, est également envisagé.
Deuxième visite en quatre mois
La visite du Secrétaire général de l'Elysée en Algérie intervient moins de quatre mois après sa dernière visite, infructueuse faut-il le souligner, dans le pays.
Lors de son premier déplacement à Alger, le 21 février dernier, Claude Guéant n'avait même pas été reçu par le chef de l'Etat. A cette époque, les relations algéro-françaises étaient extrêmement tendues, après les propos tenus par le ministre des Affaires étrangères de la France sur la génération de novembre.
En guise de preuve de sa bonne intention, Sarkozy avait envoyé Claude Guéant à Alger et en guise de protestation Bouteflika avait refusé de le recevoir, laissant la tâche à son premier ministre de le faire. Ainsi, le 21 février dernier, Claude Guéant a été destinataire de plusieurs demandes formulées par les Algériens, pour améliorer les relations bilatérales.
Le secrétaire général de l'Elysée avait promis d'apporter des réponses aux demandes des Algériens, qui concernent plusieurs dossiers: le cas du diplomate Hasseni, la liste noire des pays à risque terroriste, l'immigration, la libre circulation des personnes, les investissements, le Sahara occidental.
Le 20 juin prochain, les réponses apportées par Claude Guéant aux demandes algériennes seront déterminantes pour l'avenir immédiat des relations bilatérales.
Mais quel avenir peut-on concevoir, dès lors que le président français lui-même dit ne pas avoir beaucoup d'optimisme et qu'il faut encore du temps pour améliorer ces relations ?
source :La Tribune des Lecteurs, 9 juin 2010