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mardi 4 octobre 2011

Tous contre l’impunité en Algérie -Marche pour les disparus

Par Ayad Ahram, Secrétaire général de l’ASDHOM, 4/10/2011

L’ASDHOM soutient la Coalition d’associations de victimes des années 1990 en Algérie dans sa quête de la vérité et dans son combat contre l’impunité.

L’ASDHOM appelle à marcher avec la Coalition pour les disparus en Algérie  
 Samedi 8 octobre 2011 à 15h
Paris  Métro Belleville

Tous contre l’impunité en Algérie
Marche pour les disparus 

A l’appel de la Coalition d’associations de victimes des années 1990

La Coalition d’associations de victimes des années 1990 - le Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA), Sos Disparus, Djazairouna, Somoud - appelle à une manifestation pour la Vérité et la Justice, le samedi 8 octobre 2011, à Paris. Dans le contexte des révolutions du monde arabe, la Coalition réaffirme que la lutte contre l’impunité est partie intégrante de celle pour le changement et la démocratie. 

Dans les années 1990, notre pays a connu une guerre sanglante menée par les groupes armés islamistes contre la société, qui a causé des centaines de milliers de victimes. Les citoyens non armés et sans protection de la part de l’Etat ont été la cible principale d’assassinats, tortures, disparitions, viols collectifs et massacres.

Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Etat a mené une répression massive et aveugle contre la population, avec son lot d’arrestations arbitraires, exécutions extrajudiciaires, tortures et disparitions forcées. 8000 personnes ont « disparu » après avoir été arrêtées par les forces armées de l’Etat. Aucune enquête n’a jamais été menée pour retrouver ces disparus, ni les personnes enlevées par les groupes armés islamistes. 

Depuis le milieu des années 1990, les victimes de violations des droits de l'Homme et leurs familles  s’insurgent, et revendiquent Vérité et Justice pour pouvoir se reconstruire. Inévitablement, elles assortissent leur lutte au combat pour l’émergence d’un Etat de droit, démocratique et respectueux des droits de l’Homme, ayant la volonté de faire la lumière sur les crimes qui pèsent encore lourdement sur la société algérienne et hypothèquent toute véritable réconciliation. 

Depuis la fin des années 1990, différentes amnisties, promues par le président Bouteflika avec la bénédiction du Haut Commandement militaire, ont été adoptées : d’abord, la Concorde civile en faveur des membres des groupes armés  islamistes ; ensuite, la Charte dite « Pour la paix et la réconciliation nationale » qui, tout en rééditant l’amnistie de ces groupes, assure, depuis son entrée en vigueur en 2006, l’immunité juridictionnelle des agents de l’Etat et menace d'une peine d'emprisonnement ceux qui critiquent cette « solution ». 

Avec cette Charte, qui prône l'oubli et consacre l'impunité tant des groupes armés islamistes que des agents de l’Etat, le régime espère solder le passif humain du conflit des années 1990 par des indemnisations financières et ignore la revendication de Vérité et de Justice des familles de disparus et de victimes du terrorisme.

En faisant table rase du conflit des années 1990, le régime interdit l'établissement des responsabilités individuelles dans les violations des droits de l'Homme, ainsi que tout débat public sur la responsabilité politique des uns et des autres dans le déclenchement du conflit et son déroulement. Il espère ainsi se perpétuer en toute quiétude, fort du ralliement de nombre de ses anciens ennemis armés, pendant que la société algérienne tente d’écrire son histoire dans le noir et se débat pour établir la Vérité. 

Aujourd'hui, des associations de victimes de terrorisme (Djazaïrouna, Somoud) et des associations de familles de disparus (Sos Disparus, CFDA), prenant conscience que leur cible commune n’est autre que l’impunité, sont parvenues à transcender les clivages des années 1990, caricaturaux et révolus, pour faire front commun contre le système imposé par la dictature pour annihiler tout espoir de changement. 

La Coalition qu’elles ont créée appelle à se mobiliser pour faire tomber les lois scélérates sous la pression de la société, comme ce fut le cas en Argentine, où les familles de disparus et les victimes de la dictature ont été soutenues par la société civile et les forces vives du pays qui, faisant abstraction de tout autre clivage, ont refusé l’injustice ; grâce à cette mobilisation, les lois d’amnisties dans ce pays, dites « Point final », ont fini par être abrogées. 

Les révolutions tunisienne et égyptienne montrent qu’une dictature ne résiste pas à la volonté d’un peuple uni et conscient de ses droits. Les procès des dictateurs de ces pays et de leurs soutiens témoignent de l’aspiration à la Vérité et à la Justice. Le refus d’impunité, exprimé implacablement par la société, est le pas inévitable de toute marche vers la démocratie.

LE CHANGEMENT ET LA DEMOCRATIE PASSERONT PAR LA VÉRITÉ ET LA JUSTICE

Pour soutenir et signer la déclaration, merci d’envoyer vos nom, prénom, qualité en tant que signataire, à l’adresse mail suivante : cfda@disparus-algerie.org

Premiers soutiens de :
Associations Amusnaw, Collectif femmes du "printemps noir", Congrès mondial Amazigh, Groupe BEZZZEF, Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH), Manifeste des libertés, Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), Tharwa N'Fadhma N'Soumeur
Lahouari Addi (sociologue), Louisa Aït Hamou (universitaire et militante droits des femmes) Sanhadja Akrouf (militante associative), Zineb Ali Benali (professeur des universités),  Tewfik Allal (militant associatif), Youcef Ben Brahim (militant droits de l'homme, membre de la CNCD), Madjid Benchikh (ancien Doyen de la Faculté de droit d'Alger, ancien Président de la Section algérienne d'Amnesty international), Mustpaha Benfodil (écrivain journaliste) Ali Bensaad (enseignant chercheur CNRS), Mostefa Bouchachi (président de la LADDH), Adnane Bouchaib (secrétaire général Somoud), Aimen Boudellaa (médecin, bénévole Sos Disparus), Radia Boudissa (militante associatif) Hassiba Boumerdassi (avocate), Omar Bouraba (gérant),  Mouloud Boumghar (professeur droit public), Ali Brahimi (député de Bouira non incrit), Houria Chafaï Salhi (professeur d'université à la retraite), Ourida Chouaki (militante droits de l'Homme), Kaddour Chouicha (enseignant universitaire, Oran), Ahmed Dahmani (enseignant chercheur), Habiba Djahnine (réalisatrice), Daho Djerbal (université Alger II), Lalia Ducos (militante algérienne), Nassera Dutour (porte-parole CFDA), Samir El Hakim (comédien) Nabil Farès (écrivain, psychanaliste), Kader Fares Affak (comédien militant), Abdelwahab Fersaoui (président RAJ), Fouad Hassam (membre du Bureau de la LADDH, Oran), Marieme Helie Lucas (sociologue), Ghazi Hidouci (ancien ministre) Dalila Iamarene (militante droits des femmes), Cherifa Kheddar (présidente de Djazaïrouna), Feriel Fatès Lalami (militante féministe), Nasr Eddine Lezzar (avocat), Abdelhamid Mehri (ancien ministre du GPRA et ancien secrétaire général du FLN), Ali Merabet (président Somoud), Tarik Mira (député de Bejaïa non inscrit), Faroudja Moussaoui (militante droits de l'homme, vice présidente du CMA), Karim Natouri (enseignant université de Bejaïa, faculté de droit, président de bureau de Bejaia de la LADDH), Djaffar Ouali (LADDH section de Saida), Fatma Oussedik (sociologue), Nourredine Saadi (écrivain, juriste), Mohamed Salem Sadali (Secrétaire général du Syndicat Autonome des Travailleurs de l'Education et de la Formation (SATEF), Leïla Sebbar (écrivaine), Sid Ahmed Semiane (auteur, photographe), Yacine Zaid (syndicaliste autonome, membre du conseil national de la LADDH, président de bureau de wilaya de Laghouat)
 

dimanche 13 février 2011

Algérie : Marche du 12 février - Dernières nouvelles

 Les marcheurs du 12 février arrêtés et battus

Par Lova,Traduit par Suzanne Lehn,12/2/2011
Les manifestants pour la démocratie ont déjà fait tomber deux dictateurs, en Tunisie et en Egypte, mais les autorités algériennes ont jusqu'à présent limité avec succès les rassemblements qui ont débuté sitôt après les révoltes tunisiennes début janvier 2011.
Manifestations en Algérie, source : album facebook de RCD Algérie
Des vidéos de milliers de manifestants ont été mises sur You Tube et facebook. Celle-ci, mise en ligne le 12 février vers midi montre les arrestations de plusieurs activistes alors que les forces de police se heurtent aux manifestants au milieu des slogans :(voiryoutube)
Des photos de blessés ont aussi commencé à faire surface comme celle-ci des ecchymoses au front du député algérien Derguini Boubekeur :
Le député algérien Derguini Boubekeur blessé pendant les manifestations - page facebook RCD Algérie
Les blogueurs et utilisateurs de twitter en Algérie ont mis en ligne de nombreuses informations sur les manifestations.
Ainsi, Nidhal du blog Algérie-politique écrit le 11 février :
Alger. 19h00. Des dizaines de policiers anti émeutes ont encerclé le siège régional du RCD à Didouche Mourad à Alger.
C'est clairement les révolutions en Tunisie et Égypte qu'avaient à l'esprit les Algériens.
Un chômeur de 36 ans s'est immolé par le feu et est mort dans la ville d'El Oued, dans l'est, rapporte Algérie Politique :
Ce vendredi, un chômeur de 36 ans qui s'était immolé par le feu dans la ville d'El Oued, à l'extrême est de l'Algérie, a succombé à ses brûlures. Lotfi Maamir, père de six enfants, est mort au service des grands brûlés de l'hôpital de Douera, dans la banlieue sud-est d'Alger, selon cette source. Il s'agit du quatrième décès par immolation enregistré en Algérie depuis la mi-janvier.
Au moment où Moubarak était chassé en Egypte, le blogueur algérien Djazair avant tout n'a pu s'empêcher d'évoquer les matchs de football litigieux entre Egypte et Algérie l'an dernier, qui avaient conduit à de violents affrontements, et a mis en ligne ce dessin :
Le caricaturiste algérien Dilem réagit au renversement de Moubarak via Djazair avant tout
Des manifestations analogues ont lieu à Oran selon des informations en temps réel sur plusieurs blogs.
Un utilisateur de Facebook met en ligne cette mise à jour sur la marche du 12 février :
Les jeunes envoyées par la police pour agresser les manifestants se sont retournés contre leurs sponsors. Ils se sont mêlés aux manifestants pour scander Bouteflika dégage. Ils expliquent leur retournement par le fait qu'ils ont été manipulés
Ce billet est aussi disponible en:
繁體中文 · 阿爾及利亞:2月12日抗爭引發暴力
简体中文 · 阿尔及利亚:2月12日抗争引发暴力
English · Algeria: Protesters at #Feb12 March Arrested, Beaten
/http://fr.globalvoicesonline.org/2011/02/12/57102/

samedi 12 février 2011

Vive tension sociale au Maroc


La fonction publique était en grève hier et appelle à « un changement urgent »

Par Merzak Tigrine, 10/2/2011
Outre l’appel, sur Facebook, à une grande marche pour le 20 février prochain, suivi par celui de l’association Justice et Bienfaisance, pour un “changement urgent”, le Maroc a été secoué, hier, par une grève des personnels des différents départements ministériels, des collectivités locales et autres établissements publics. Des avertissements à accélérer les réformes promises.
Pour protester contre la dégradation du pouvoir d'achat, l'échec du dialogue social depuis 2008 et les tergiversations du gouvernement dans l'application de ses engagements relatifs à la suppression des échelles de un à quatre, les personnels de différents départements ministériels, les collectivités locales et les établissements publics marocains soumis au statut de la Fonction publique, ont observé, hier, une grève qui a été suivie d’un sit-in devant le siège du ministère de la Modernisation des secteurs publics. C’est à l’appel de l’Union syndical des fonctionnaires, affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT) que cette action a été décidée. Elle revendique notamment une augmentation générale des salaires, la suppression des échelles de un à quatre dans les collectivités locales et les établissements publics et une promotion exceptionnelle des fonctionnaires depuis 2003. Elle réclame aussi le respect des libertés syndicales.
Pour rappel, les fonctionnaires des collectivités locales marocaines avaient observé, fin janvier, une grève de vingt quatre heures en signe de rejet d’une décision unilatérale prise par le ministère de tutelle de promulguer des décrets relatifs aux statuts spéciaux pour certaines catégories de fonctionnaires. Dans cette ambiance de protestation sociale, le mouvement islamiste Justice et bienfaisance, considéré comme l'un des plus importants du Maroc, avait appelé lundi à un “changement démocratique urgent” et à “l'établissement de mécanismes mettant fin à l'autocratie”.
Cet appel intervient après celui du “mouvement du 20 février, le peuple veut le changement” et du “Mouvement de liberté et démocratie maintenant”, ainsi que d’autres groupes qui opèrent de façon similaire à ceux des internautes tunisiens et égyptiens avec les conséquences que tout un chacun connaît. “Nous appelons tous les Marocains à manifester le 20 février pour la dignité du peuple et pour des réformes démocratiques”, indique la “plate-forme” de ce groupe créé sur Facebook.
Quant au texte publié par l’association Justice et Bienfaisance, sur son site internet, il “salue les manifestations en Tunisie et en Égypte” et appelle “à un changement fondamental démocratique urgent (...) afin d'instaurer une véritable séparation des pouvoirs”. “Des millions de Marocains souffrent de la pauvreté et du manque. Il est injuste que la richesse du pays soit accaparée par une minorité”, souligne le mouvement. “Nous demandons aux autorités de mettre un terme à la “benalisation” que connaît le Maroc et à crédibiliser les institutions constitutionnelles”, précise encore Justice et Bienfaisance.
Dans le même ordre d’idées, le commissaire européen chargé de l'Élargissement, Stefan Füle, a estimé que le Maroc doit veiller à ce que les bénéfices du développement économique “soient partagés par tout le peuple marocain”, en évoquant les “leçons” des événements de Tunisie et d'Égypte. Soulignant que sa visite au Maroc intervenait quelques semaines après la révolte tunisienne qui a chassé l'ex-président Ben Ali et tourné l'attention sur la région du Maghreb, Füle a souhaité que les autorités marocaines “avancent davantage” sur la voie des réformes qu'elles ont engagées. Il a notamment cité les domaines de “l'éradication de la pauvreté, du développement social (...) des réformes démocratiques, de la liberté d'expression et de la réforme de la justice”, lors d'un point de presse commun avec le chef de la diplomatie marocaine Taieb Fassi Fihri.
Évoquant les “leçons à tirer” de ce qui vient de se passer en Tunisie, Stefan Füle a souligné que le “développement ne devrait jamais sous-estimer les aspirations légitimes des jeunes à accéder au travail et à la liberté d'expression”. Il a aussi insisté sur l'importance d'éviter un écart trop important entre développement économique et développement humain et social. Le commissaire européen a indiqué avoir souligné, lors de ses entretiens à Rabat, “l'importance de veiller à ce que les bénéfices du processus de réforme soient partagés par tout le peuple marocain”.
http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Merzak.Tigrine.100211.htm
http://www.fischer02003.over-blog.com/article-vive-tension-sociale-au-maroc-67028384.html
http://www.convergencedesluttes.fr/index.php?post/2011/02/12/VIVE-TENSION-SOCIALE-AU-MAROC

Après Moubarak

Après Moubarak
Le 11 février 2011, le peuple égyptien a écrit une nouvelle page de son histoire millénaire en obtenant enfin le départ de l'invraisemblable dinosaure autiste qui lui tenait lieu de Raïs. La Révolution égyptienne n'est pas finie pour autant. Il lui reste maintenant à continuer le travail de nettoyage en se débarrassant du système mis en place par la mafia militaro-bureaucratique. Il lui faudra mobiliser toutes ses ressources d'intelligence, de courage et de clairvoyance. La Longue Marche continue, et elle est semée d'embûches .
En attendant, les regards sont tournés aujourd'hui vers Alger, où les apprentis-sorciers du RCD ont mis en route un processus qui risque fort de leur échapper et de les dépasser. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
 APPEL À LA MARCHE DE SOUTIEN
 Par Saïd Yanis, 11/2/2011
Nous, citoyennes, citoyens, associations, avons créé en France un Collectif d'Algériens en soutien à la lutte en Algérie pour le changement et la démocratie.
Notre Collectif exprime son soutien à la marche nationale pacifique à laquelle a appelé la « Coordination nationale pour le changement et la démocratie » qui s'est constituée à Alger le 21 janvier 2011. Cette marche nationale pacifique doit avoir lieu le 12 février à Alger.  
Nous faisons nôtres ses mots d'ordre :
- le changement et la démocratie
- la levée immédiate de l'état d'urgence
- la libération des détenus des émeutes
- l'ouverture des champs politique et médiatique
- le travail et la justice sociale
- une Algérie démocratique et sociale

Nous appelons à un rassemblement de soutien,
le même jour qu'à Alger
samedi 12 février 2011, à 14 heures
place de la République, à Paris
Pour vous joindre à cet appel : soutien.algerie@mailfr.com
PREMIERS SIGNATAIRES
Associations et groupements
Algérie pacifique, Association pour l'égalité devant la loi (APEL), Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie (CFDA), Initiatives de femmes pour la citoyenneté et les droits universels (WICUR), Mouvement pour les droits et libertés, Numidie, Pluri-elles Algérie...
Membres individuels du Collectif et leurs amis
Lhaouari Addi, Zahra Agsous, Sanhadja Akrouf, Fatiha Alaudat, Tewfik Allal, Samia Allalou, Salima Amari, Nadia Ammour, Samia Ammour, Samir Arjoum, Leïla Babès, Sidi Mohamed Barkat, Mansour Belgi, Fatima Bellili, Leïla Benallègue, Nedjma Benaziza, Aïcha Bendouba-Touati, Ali Bendris, Mohamed Benrabah, Ali Bensaad, M. Bouchachi, Linda Bougherara, Mouloud Boumghar, Omar Bouraba, Nordine Chabane, Amel Chekkat, Louiza Chennoub, Baroudia Cheqqat, Fanny Colonna, Ahmed Dahmani, Ziyad Demouche, Hacina Deramchi, Lalia Ducos, Samir El Hakim, Nabile Farès, Fatiha Ferchouche, Mohammed Gaya, Faïza Ghozali, Nassima Guessoum, Gyps, Rabah Hahad, Fatima Halassi, Mohammed Harbi, Naoual Harkat, Khadra Hessas, Sabrina Hessas,Nadia Kaci, Aissa Kadri, Omar Kasmi, Omar Kezouit, Naïma Kitouni, Fahima Laïdoudi, Feriel Lalami-Fates, Mehdi Lalloui, Djaffar Lesbet, Sherazad Louanchi, Denis Martinez, Salim Meftah, Yahia Mekhiouba, Leïla Marouane, Samy Mebarky, Samia Messaoudi, Djedjiga Metahri, Nadir Moknèche, Aïcha Moumène, Khadidja Naga, Abdenour Ouyahia, Nejma Dounia Rahal, Saïda Rahal-Sidhoum, Rihanna, Nourredine Saadi, Safi Saidi, Salim Samai, Nadia Sbihi, Hafida Seklaoui, Brahim Senouci, Djohar Sidhoum-Rahal, Slim, Karim Bey Smail, Meriem Souidi, Wassyla Tamzali, Omar Tibourtine, Karim Tinsalhi, Nesroullah Yous,Samir Zouaou
Sont solidaires de cet appel, les organisations suivantes
Association des communistes unitaires (ACU), Association du Manifeste des libertés (AML), Association des Marocains en France (AMF), Association de Parents et Amis de Disparus au Maroc (APADM), Association Amitié Solidarité avec le peuple algérien (ASAPA), Association des travailleurs maghrébins en France (ATMF), Association des Tunisiens en France (ATF), ATF-Paris, Association marocaine des droits de l’homme (AMDH-Paris), ASDHOM, Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP), Comité indépendant contre la répression des citoyens iraniens (CICRCI), Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie (CRLDHT), Congrès mondial amazigh (CMA), Ettajdid, Europe Ecologie – Les Verts (EELV), Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR), Forum Femmes Méditerranée, Ligue de défense des droits de l'homme en Iran (LDDHI), Ligue des droits de l’homme (LDH), le-militant.org, Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Parti communiste de France (PCF), Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), Parti de Gauche (PG), Parti Socialiste (PS), Society for Threatened Peoples (Allemagne),SOS Sexisme, Union juive française pour la paix (UJFP)

mardi 1 février 2011

Algérie : «Le 12 février, nous marcherons»

Par Madjid Makedhi, 1/2/2011


Le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh), Mostefa Bouchachi affirme que la marche du 12 février prochain est maintenue quelle que soit la décision de la wilaya d’Alger et du ministère de l’Intérieur. Il dénonce, dans ce sens, l’interdiction des manifestations à Alger qui, selon lui, ne repose sur aucun texte réglementaire. 

- Le ministre de l’Intérieur vient de réaffirmer l’interdiction des marches dans la capitale. Il anticipe déjà sur la marche à laquelle a appelé la Coordination nationale pour le changement et la démocratie. Qu’en pensez-vous ?
Il n’y a aucun texte de loi qui interdise une marche dans n’importe quelle wilaya, qu’elle soit Djelfa ou Alger. Toutes les wilayas du pays sont des wilayas d’Algérie. De ce fait, le système politique, représenté par un groupe de ministres, ne peut pas demander à des jeunes, nés et grandis sous état d’urgence, de présenter leurs revendications de manière pacifique. Et quand des partis politiques, des syndicats et des associations demandent une autorisation d’une marche pacifique, on leur dit que c’est interdit. Le ministre de l’Intérieur, et à travers lui le régime, continue d’interdire aux Algériens d’exprimer pacifiquement leurs revendications économiques, sociales et politiques. De plus, je crois que l’état d’urgence, instauré peut-être pour lutter contre la violence politique et le terrorisme durant les années 1990, est exploité, aujourd’hui, contre le peuple algérien pour l’empêcher d’exprimer son point de vue par rapport au régime.

- Le ministre de l’Intérieur affirme une nouvelle fois que «l’état d’urgence n’influe pas sur l’activité des partis politiques et des associations». Concrètement, comment le maintien de l’état d’urgence empêche-t-il l’opposition et les organisations autonomes de faire leur travail ?
Le régime algérien est autoritaire. Il s’appuie sur l’état d’urgence pour empêcher le peuple algérien d’exprimer son point de vue. Parallèlement, ce régime agit hors la loi et le maintien de l’état d’urgence illustre parfaitement cette situation. Je voudrais rappeler à monsieur le ministre de l’Intérieur que durant ces dix dernières années, on a interdit la création d’associations et de partis, on a interdit les marches et tous les rassemblements, même dans des salles. L’état d’urgence et toutes les lois ont été mis en place pour neutraliser le peuple algérien et permettre, ainsi, au régime de gérer le pays en méprisant les aspirations de la population à plus de liberté, de démocratie et de justice sociale.

- On a l’impression que le pouvoir a réussi, à travers la répression et l’état d’urgence, à décourager même les militants politiques les plus téméraires…
Il n’y a pas de doute que le régime politique algérien a exploité la violence des années 1990 pour faire peur aux Algériens. De plus, il a utilisé tous les moyens pour porter atteinte à la crédibilité des partis politiques et à celle des organisations de la société civile. Conséquence : quand les jeunes nés sous l’état d’urgence se sont révoltés à Bab El Oued, ils n’ont trouvé aucune société civile pour les encadrer et cela a engendré des dépassements. Cette situation devra être assumée par le régime, dont l’action n’était pas de construire une société et un Etat, mais de neutraliser le peuple et de l’isoler. Et cela, en utilisant les mêmes procédés. Aidé par les recettes pétrolières et gazières, le régime achète au prix fort son maintien. Le plus important, pour lui, est d’assurer sa survie au détriment du peuple. Ce qui s’est passé au début du mois de janvier dernier est très minime, comparé à ce qui s’est passé dans le pays, durant les quatre dernières années. Les manifestations et les protestations éclatent dans toutes les wilayas, mais elles n’ont pas le même écho que les dernières émeutes. Le peuple algérien exprime également son sentiment d’injustice à travers la harga (émigration clandestine), l’immolation par le feu. Ce sont des messages adressés aux autorités. L’immolation par le feu n’a pas commencé en Tunisie. En 2003, un jeune Algérien s’est immolé par le feu à l’intérieur de la Maison de la presse, à Alger, pour dénoncer l’injustice dont il était victime. Donc, les Algériens ne se révoltent pas uniquement pour des problèmes économiques et sociaux. Ils le font aussi pour exiger plus de liberté et de justice. 

- Le régime refuse de comprendre tous ces messages ou essaye de leur donner une autre interprétation qui l’arrange mieux. Comment expliquer cette attitude ?
Le régime sait qu’il est dictatorial. Les aspirations de la population sont le dernier de ses soucis. Il croit qu’avec le recours à la répression, en renforçant ses mécanismes tels que la bureaucratie, l’instrumentalisation de la justice et les services de sécurité, il finira par contrôler la situation. Il dépense beaucoup d’argent pour acheter le silence du peuple. Aujourd’hui, cette politique s’est avérée vaine. Le régime a compris qu’il n’a aucune légitimité populaire et qu’aucune institution ne représente réellement le peuple. Il est conscient de tout cela, mais il s’obstine à diriger le pays selon la même logique adoptée depuis l’indépendance. Je pense qu’il a reçu tous les messages qui lui sont adressés et je souhaite qu’il accepte de réviser sa stratégie. Il faut qu’il accepte le passage à une transition démocratique, dont les mécanismes doivent être minutieusement étudiés et débattus.
Il y a deux choix : soit attendre une révolution comme celles de la Tunisie et de l’Egypte pour faire tomber le régime ; soit opter pour la sagesse et faire preuve de beaucoup de nationalisme dans la démarche pour le changement du système. C’est ce que proposent actuellement les organisateurs de la marche du 12 février prochain.
- Le ministre de l’Intérieur vient de rappeler que les marches sont interdites à Alger en anticipant sur l’action de la Coordination pour le changement et la démocratie…
La majorité des membres de la Coordination qui ont pris part à la dernière réunion ont décidé de formuler une demande d’autorisation de cette marche pour respecter les procédures légales. Mais nous allons marcher avec ou sans autorisation. Telle est la décision de la Coordination. Nous ne pouvons pas accepter des lois arbitraires décidées par les autorités qui ne cessent de trier les textes législatifs à appliquer et de passer sous silence le reste. Je rappelle qu’il n’y a pas de loi interdisant les marches et que l’état d’urgence est anticonstitutionnel. Un régime qui ne respecte pas ses propres lois est un régime déficitaire.

- Pensez-vous que la démarche de la Coordination aboutira à des résultats concrets, alors que certains de ses membres n’arrivent pas à dépasser leurs querelles partisanes ?
Il faut rappeler que l’idée de la création de cette coordination a germé suite aux dernières émeutes. A la Laddh, nous nous sommes réunis et nous avons dit qu’il fallait encadrer la manifestation de la jeunesse pour éviter les dépassements qui légitimeraient la violence du pouvoir. Nous avons décidé d’assumer nos responsabilités pour protéger les biens publics et privés et donner une image civilisée de la protestation en Algérie.
Des syndicats se sont joints à nous et nous avons signé un communiqué commun. Suite à cela, nous avons organisé une réunion à laquelle nous avons convié tous les partis de l’opposition. Nous avons appelé, à l’issue de cette réunion, à une marche pacifique pour demander la levée de l’état d’urgence et le changement du système. Nous ne voulons pas un remaniement du gouvernement qui serait synonyme d’un changement à l’intérieur du système. Ce n’est pas le gouvernement qui prend les décisions. Notre appel n’était pas destiné uniquement à l’opposition, mais également au régime. L’Algérie n’est pas prête à vivre d’autres violences politiques. La violence produira un système politique similaire à celui que nous dénonçons aujourd’hui.

- Le FFS et l’association RAJ se sont retirés de la Coordination. Ne pensez-vous pas que cette division de l’opposition sert beaucoup plus le régime ?
Le FFS est l’un des rares partis à avoir milité pour la démocratie depuis 1962. Il est l’un des rares à avoir inscrit dans son programme la lutte pour la levée de l’état d’urgence et le changement du système. Je respecte la position des amis du FFS, qui ont d’autres moyens de lutte. Mais toutes les formes de protestation ont un seul but : briser le statu quo. Chaque parti a le droit de choisir ses moyens de lutte et ses stratégies.

- La Tunisie, l’Egypte et d’autres pays moyen-orientaux connaissent actuellement des révoltes populaires. Comment expliquer ce réveil des peuples de la région ?
En Tunisie, le système était fermé. Le peuple tunisien s’est levé contre la dictature et les problèmes sociaux, tels que la corruption, le chômage… La révolution en Tunisie est celle du peuple. Contrairement à ce que pensent certains analystes, les puissances étrangères n’ont pas été les instigatrices de cette révolution. Au contraire, ces dernières préfèrent les dictateurs qu’elles gèrent à leur guise. C’est le cas aussi en Egypte. Ces révolutions sont celles des peuples et elles dépassent les partis et les sociétés civiles. La révolution en Tunisie peut influer sur toute la région. Mais il faut être prudent. Il faut encadrer ses révolutions pour produire des systèmes démocratiques.

- Les mêmes conditions qu’en Egypte et en Tunisie existent en Algérie. Selon vous, la révolution à la tunisienne peut-elle se reproduire en Algérie ?
Il est vrai que la corruption a touché toutes les institutions jusqu’au sommet de l’Etat. Les libertés sont inexistantes et la rue a déclaré son divorce avec le système. Donc on a les mêmes données. Mais pour parler de révolution, je pense qu’il faut prendre en considération la particularité du système algérien, qui est compliqué.
Le gouvernement n’est pas la source de décision. Le président n’est pas également le seul à prendre les décisions. Il y a des centres de décision invisibles qui décident ou qui participent à la prise de décision. Et quand le vrai pouvoir est invisible, la réussite de la révolution devient difficile. En outre, le régime algérien a adopté la politique de «diviser pour régner» ; il a divisé le peuple algérien. C’est pour cela que nous devons rester prudents. Nous avons la responsabilité de mener une révolution pacifique pour protéger l’Algérie en tant qu’Etat. Le régime, l’opposition et le peuple algérien doivent s’entendre sur une période de transition qui sera gérée par des gens crédibles. Je pense que c’est la voie à suivre pour en finir avec ce système qui dure depuis 1962.