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vendredi 8 avril 2016

LETTRE DE NAAMA ASFARI écrite le 06.04.2016

LETTRE DE NAAMA ASFARI écrite le 06.04.2016

Garde ton calme.
On a besoin de préserver nos énergies dans des moments pareils.
On suspend la grève mais pas le combat car ce n'est pas le nôtre c'est notre combat à tous.
Pas seulement celui des sahraouis mais celui de tout le monde et des marocains eux mêmes.
C'est une cause de justice et de liberté, de dignité.
A une cause juste il faut des avocats compétents.
Je viens de rencontrer les avocats amis: Me Boukhaed et Bazaid.
Ils sont convaincus que les procédures juridiques dans un état d'occupation c'est juste pour gagner du temps.
Juridiquement dans des affaires de droit commun cela ne peut pas dépasser un an alors que pour ceux de Gdeim Isik ils ont la demande de cassation depuis trois ans. La réponse de Sabar du CNDH a été : la question est purement et simplement politique.
Les avocats sont dans leur rôle mais je leur explique que nous sommes dans notre rôle, on fait que l'occupant ne soit pas laissé dans le vide. Nous devons tous, Prisonniers, Militants du territoire occupé, Militants sahraouis en exil et notamment en Europe, nos amis dans le monde, tous ensemble on doit saisir le moment pour plus de pression sur l'occupant mais aussi sur ses complices, les deux gouvernement impérialistes, néocolonialistes - La FRANCE ET L'ESPAGNE.
 
Les avocats européens qui vont arriver aujourd'hui* sont nos avocats, ils sont les ambassadeurs de leurs peuples, mais aussi leurs représentants légitimes comme nous sommes aujourd'hui les représentants de notre peuple.
Le combat pour des grandes valeurs est le combat de tous mais aussi le devoir de tous et les premiers sont les peuples des pays démocratiques quoi que ce mot soit devenu un gros mot.
Pardon pour l 'expression.

Le monde globalisé est devenu un théâtre de non droit, de non justice mais la question qu'on doit tous se poser : c'est la responsabilité de qui?
  Aujourd’huinous sommes comme des dizaines de prisonniers politiques sahraouis, je pense notamment Yahia Mohamed Elhafed, Daoudi Mbarek, Labsir Salah (qui se trouve depuis 10 jours en cachot à la prison de Ait Malol parce qu'il a demandé à être isolé des prisonniers de droit commun.
Je pense à tous les autres prisonniers sahraouis dans les prisons de l'occupant. Mais aussi aux prisonniers politiques au Maroc et partout dans le monde, en Palestine où l'occupation israélienne est de même nature que l'occupation marocaine au Sahara occidental.

C'est pour tout cela qu'on voulait profiter de cette suspension de la grève pour dire haut et fort qu'il n'y aura pas de suspension de la lutte pour la liberté de notre peuple, de tous les peuples.
Pas de suspension du combat pour la dignité de tous les êtres humains dans ce monde injuste. Que tout le monde doit prendre ses responsabilités et pour ce qui nous concerne l'ONU et principalement les membres du Conseil de Sécurité. Nous sommes des détenus civils d'un territoire non autonome.
Aucun des pays des cinq membres du conseil de sécurité ne reconnaît au Maroc la souveraineté sur le Sahara occidental.
Le FRONT Polisario notre seul représentant est un mouvement de libération nationale et a adhéré aux 4 Conventions de Genève.
Le Maroc aussi est adhérent de ces Conventions.
La MINURSO mission de l'ONU a eu pour objectif principal le référendum d’autodétermination qui reste pour le monde entier la base sur laquelle tous les pays colonisés ont eu leur indépendance et la liberté de leurs peuples.

Notre territoire est la dernière colonie en Afrique.
La 4e commission de l'ONU examine tous les ans la situation.
Le SG de l'ONU Mr BAN KI MOON a eu en Algérie et dans les territoires libérés de LA RÉPUBLIQUE SAHRAOUIE, le courage de dire la vérité, ce que les autres ne disent pas officiellement.
La paix et la sécurité dans la région du Maghreb passe, par la force des choses, et avec une vision réaliste et même pragmatique où tout le monde trouve sa place même les deux anciennes puissances coloniales, doit passer par un règlement de la question sahraouie, et une solution garantissant notre droit inaliénable à l'autodétermination et l'indépendance.
Condamnés de 20 ans à la perpétuité nous sommes inflexibles quant à l'objectif de notre peuple et à la libération totale de notre terre.
Nous n'attendons rien de ceux qui contribuent à l'humiliation de notre peuple.
Notre peuple est exemplaire.
Notre organisation est unique dans la légitimité des moyens utilisés pour notre combat national.
Que la pression ne cesse pas jusqu'à la liberté totale.
Merci infiniment.

*Arrêtés et renvoyés par la police marocaine avant d'arriver à Salé2 (ndlr)

mercredi 16 décembre 2015

AI publie une lettre d'Ali Aarrass envoyée depuis sa cellule


DR
L'ONG Amnesty International (AI) a rendu publique sur son site, une lettre d'Ali Aarrass envoyée depuis le centre de détention de Salé. Dans cette missive, Ali Aarrass parle des choses qui le motivent à supporter sa situation.
En premier lieu sa famille constitue sa première motivation. « Je me retrouve toujours seul dans cette cellule parce que je suis détenu sous un régime de haute sécurité, qui implique mon isolement permanent. Il n’y a jamais rien pour se distraire. Pourtant j’arrive à vivre tout en espérant le meilleur que je puisse avoir dans cette prison : l’appel téléphonique à ma famille, entendre leur voix, m’assurer qu’ils vont bien, échanger des rires avec eux.... C’est mon oxygène », peut-on lire sur la lettre.
Autre source de motivation, les courriers reçus de partout. « Il y a les quantités de courriers que je reçois de partout, grâce à Amnesty International. C’est mon baume au cœur! Mon énergie! Les journées sont interminables mais tant que je suis conscient, je prends le dessus et je résiste à tout », ajoute-t-il. Tout en évoquant ses cauchemars quotidiens pendant la nuit, Ali Aarrass dénonce également les mauvais traitements et la torture  dans son centre de détention. « Je suis encore sous le traumatisme dû à la torture et aux mauvais traitements vécus depuis bien trop longtemps, qui perdurent. La journée j’arrive à surpasser mes peurs, mais pendant mon sommeil mon subconscient prend le dessus et contre cela je ne sais rien faire », dénonce-t-il.
Devant son constat personnel, Ali Aarass se réfugie dans la prière mais aussi dans le soutien des défenseurs des droits de l'Homme qu'il exhorte à continuer leur combat. « On a beau me dire que tout le soutien l’extérieur ne servira à rien, je reste persuadé que c’est faux. Parce que même si je ne retrouvais pas ma liberté avant la fin de cette peine injuste, je peux vous garantir que le travail des défenseurs des droits de l’homme nous fait le plus grand bien! », a-t-il fait savoir.

samedi 7 décembre 2013

Hommage à Mandela adressé du fond de sa cellule n°28, par notre ami Marwan Barghouti

Du fond de sa cellule n°28, notre ami Marwan Barghouti, nous adresse spécialement un texte en hommage à Nelson Mandela

Blog Mandela Barghouti
« Votre pays est devenu un phare et nous, les palestiniens, nous hissons les voiles pour atteindre ses rivages »
Durant toutes les longues années de mon combat j’ai eu l’occasion à maintes reprises de penser à vous, cher Nelson Mandela. Et encore plus depuis ma propre arrestation en 2002. Je songe à un homme qui a passé 27 ans dans une cellule, en s’efforçant de démontrer que la liberté était en lui avant qu’elle ne devienne une réalité dont son peuple allait s’emparer. Je songe à sa capacité à défier l’oppression et l’apartheid, mais aussi à rejeter la haine et à placer la justice au dessus de la vengeance.

Combien de fois avez-vous douté de la victoire au bout de ce combat ? Combien de fois vous êtes vous demandé vous-même si la justice pourrait s’imposer? Combien de fois vous êtes vous interrogé sur le silence du monde ? Combien de fois vous êtes vous demandé si votre ennemi n’allait jamais pouvoir devenir votre partenaire ? A la fin vous ferez la preuve de cette volonté implacable qui fera de votre nom l’une des plus brillantes références pour la liberté.

Vous êtes beaucoup plus qu’une inspiration. Vous aviez bien compris le jour où vous êtes sorti de prison que vous n’étiez pas seulement en train d’écrire l’histoire mais que vous contribuiez au triomphe de la lumière sur la nuit. Et vous êtes alors resté humble. Et vous portiez une promesse bien au-delà des frontières de votre pays, la promesse que l’oppression et l’injustice seront vaincues et que sera ouverte la voie de la liberté et de la paix. Au fond de ma cellule, je me rappelle sans cesse cette démarche et je poursuis moi-même cette quête, et tous les sacrifices deviennent supportables dans la seule perspective qu’un jour le peuple palestinien puisse accéder aussi à la liberté, à l’indépendance et que ce pays puisse vivre finalement en paix.

Vous êtes devenu une icône. Ce qui a permis l’éclat de votre cause et son rayonnement sur la scène internationale. L’universalité pour contrer l’isolation. Vous êtes devenu un symbole pour tous ceux qui croient que les valeurs universelles sur lesquelles vous fondiez votre combat pouvaient rassembler, mobiliser, pousser à l’action. L’unité est la loi de la victoire pour les peuples opprimés. La cellule exigüe et les heures de travail forcé, la solitude et l’obscurité ne vous auront pas empêché de regarder au-delà de l’horizon et de faire partager votre vision. Votre pays est devenu un phare et nous, les palestiniens, nous hissons les voiles pour atteindre ses rivages.
Vous disiez: « Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas  complète car il lui manque la liberté des palestiniens.» Et depuis l’intérieur de  ma cellule, je vous dis que notre liberté semble possible parce que vous avez atteint la votre. L’apartheid n’a pas survécu en Afrique du sud et l’apartheid ne survivra pas en Palestine. Nous avons eu le grand privilège d’accueillir en Palestine, il y a quelques mois, votre camarade et compagnon de lutte, Ahmed Kathrada, qui a lancé, à la suite de sa visite, la campagne internationale pour la libération des prisonniers palestiniens de leurs  cellules où une part importante de l’histoire universelle s’écrit, démontrant que les liens avec vos combats sont éternels.

Votre capacité à constituer une figure unificatrice et à conduire le mouvement depuis l’intérieur de la prison, d’être confiant dans l’avenir de votre peuple alors que vous étiez vous-même privé de la capacité de choisir votre destin, constituent les marques d’un dirigeant exceptionnel et d’une véritable figure historique. Je salue le combattant de la liberté, le négociateur et faiseur de paix, le commandant militaire et l’inspirateur de la résistance pacifique, le militant infatigable et l’homme d’Etat.

Vous avez dédié votre vie à la cause de la liberté et de la dignité, de la justice et de la réconciliation, de la paix et de la coexistence. Beaucoup maintenant honorent votre lutte dans leurs discours. En Palestine nous promettons de poursuivre le combat pour nos valeurs communes, et d’honorer votre combat pas seulement par des mots, mais aussi en dédiant nos vies aux mêmes objectifs. La liberté, cher Madiba, l’emportera et vous y avez contribué au plus haut point en faisant de cette idée une certitude. Reposez en paix et Dieu bénisse votre âme insoumise.

Marwan Barghouti, Prison Hadarim, cellule n° 28
 http://patrick-le-hyaric.fr/du-fond-de-sa-cellule-n28-notre-ami-marwan-barghouti-nous-adresse-specialement-un-texte-en-hommage-a-nelson-mandela/