- Mohamed Mouloud Yeslem montre la frontière – le mur de défense marocain – qui sépare en deux le Sahara occidental. (François Musseau)
Des dizaines de milliers de réfugiés sahraouis vivent dans des
camps autour de Tindouf, en Algérie. Ils ont perdu l’espoir de revenir
un jour sur leur terre, occupée par le Maroc depuis 1975, et se sentent
oubliés. Les jeunes pourraient être tentés par le terrorisme
Cette scène du fin fond du désert frise le surréalisme. A
environ 300 mètres de la frontière – un mur uniforme de sable et de
pierre –, un artiste sahraoui enfonce dans le sol une longue rangée de
fleurs multicolores en plastique. Sa façon à lui, sans doute dérisoire,
de dénoncer l’existence de cette séparation construite dans les années
1980 par le Maroc. Il fait environ 52° en cette fin de matinée et,
recouvert d’une darâa (tunique) et d’un turban noirs, Mohamed Mouloud Yeslem (sur la photo), l’artiste en question, économise ses efforts pour confectionner sa symbolique haie florale.
Malgré la distance, on observe nettement de l’autre côté un poste d’observation tenu par des militaires marocains armés jusqu’aux dents. Impossible, de toute façon, de s’approcher davantage: le terrain est miné et hérissé de fil barbelé. Venu en jeep avec une délégation espagnole qui le soutient, l’artiste lâche: «A chaque fois que je viens ici, j’éprouve le même sentiment d’absurdité. Comment l’être humain a-t-il pu bâtir une telle balafre de haine au milieu de ce nulle part?»
De
ce côté-ci, on le dénomme le «mur de la honte». Que personne ne
s’aventure à franchir. Haut de deux mètres, il est avec ses 2720 km le
plus long du globe, seulement dépassé par la Grande Muraille de Chine.
Dans un décor de «désert des Tartares», il sépare le Sahara occidental
en deux parties très inégales: au-delà, la part du lion (80%), la partie
occupée par le Maroc depuis 1976, qui correspond en superficie à la
moitié du royaume chérifien avec son littoral très poissonneux, ses
quelques villes, ses riches gisements de phosphates et ses supposés
réserves en minéraux précieux et en hydrocarbures; en deçà, la part
ingrate (20%), un territoire inhospitalier parsemé de rares acacias, où
la vie humaine relève de l’exploit et où d’ailleurs presque personne ne
réside.
Malgré la distance, on observe nettement de l’autre côté un poste d’observation tenu par des militaires marocains armés jusqu’aux dents. Impossible, de toute façon, de s’approcher davantage: le terrain est miné et hérissé de fil barbelé. Venu en jeep avec une délégation espagnole qui le soutient, l’artiste lâche: «A chaque fois que je viens ici, j’éprouve le même sentiment d’absurdité. Comment l’être humain a-t-il pu bâtir une telle balafre de haine au milieu de ce nulle part?»

