18/12/2014
La 5e Conférence d’Alger consacrée au peuple
sahraoui et son droit à la résistance a été riche en enseignements.
Sollicité pour davantage d’éclaircissements, Oubi Bachir, ambassadeur
sahraoui au Nigeria depuis 2008, répond volontiers à toutes les
questions du journal algérien El Moudjahid . Il revient avec force
détails sur l’importance de cette manifestation à laquelle il a pris
part. Il relève les responsabilités de certains pays et institutions,
appelés aujourd’hui à revoir leurs positions pour accélérer la tenue du
référendum de l’autodétermination. Il pose un regard d’expert sur
l’avenir de la cause sahraouie en affirmant que « l’histoire n’est pas
favorable au Maroc, pas plus que ne lui est la loi.»
Dans cet entretien,
le diplomate, annonce également la tenue de deux grandes conférences
qu’abriteront respectivement Abuja et Johannesburg au cours de l’année
2015.
M. Oubi, peut-on savoir quelle est l’importance, de la tenue de la 5e Conférence d’Alger consacrée au peuple sahraoui ?
L’intitulé de cette conférence parle de lui-même : « Droits des peuples
à la résistance : cas du peuple sahraoui ». Il marque le contexte
historique de la lutte de notre peuple. Le rendez-vous d’Alger s’est
déroulé dans un contexte juridiquement clair, appuyé par des résolutions
très solides des Nations unies et du Conseil de sécurité. Il y a une
très grande littérature en la matière qui consolide les aspirations du
peuple sahraoui comme étant la dernière colonie en Afrique. Dans le
contexte actuel du conflit, il n’est un secret pour personne que le
Maroc se trouve face à des problèmes très sérieux, d’une façon très
claire, peut-être pour la première fois depuis le début des années 1990.
Le royaume est en confrontation ouverte non seulement avec les
Sahraouis et le Front Polisario, mais aussi avec les Nations unies,
l’envoyé personnel et la représentante spéciale de Ban-Ki-moon… et les
organisations humanitaires internationales. Cette attitude négative et
impulsive, on la trouve dans le dernier discours suicidaire du roi qui a
ouvert le feu sur tous les partisans de la justice, de la justesse et
du respect des droits de l’homme. Ce discours renseigne sur l’Etat
d’esprit de Mohamed VI, qui commence à vivre avec la très probable
possibilité de perdre sa guerre coloniale.
Vous dites que le contexte juridique est clair, mais ne pensez-vous pas que c’est sur ce plan qu’il faille, d’abord, avancer ?
Bien évidemment. Mais le monde n’est pas seulement « gouverné » par les
lois. Le Droit international est clair, très clair même. Toutefois,
comme vous le savez d’ailleurs, il y a des realpolitiks qui empêchent
notre lutte d’évoluer rapidement. A ces considérations, s’ajoutent les
positions de grandes puissances, comme la France. Ce pays qui est un
pays membre permanent du Conseil de sécurité a, notamment ces dernières
années, joué un rôle très négatif et a empêché les Nations unies
d’assumer leurs responsabilités. Je le répète, la base juridique était
très claire depuis le début. Maintenant, avec l’intifada de notre
peuple, le soulèvement pacifique, on a réussi à intéresser le monde à
notre sort, et notre cause est désormais discutée au sein des grandes
capitales internationales.
Néanmoins, en Europe, en dépit du travail extraordinaire
qu’effectuent parlementaires et représentants de la société civile,
notamment espagnols et français, la cause sahraouie n’est traitée dans
les médias de ces pays que d’une manière sporadique. Un paradoxe ?
Il faut être réaliste. Avant, le problème du Sahara occidental se
résumait ainsi : il n’y avait pas de guerre, pas de confrontation
directe entre les citoyens autochtones et les forces d’occupation.
Maintenant ce n’est plus le cas, l’Intifada et le soulèvement pacifique,
comme je l’ai dit, ont réussi à attirer l’attention des médias et des
missions des organisations humanitaires internationales. Je crois que,
d’une part, cette confrontation directe entre le Maroc et la communauté
internationale, et d’autre part, la résistance des Sahraouis dans les
territoires libérés et les camps de réfugiés, ont convergé et débouché
sur une solidarité humanitaire, exemplaire à travers le monde.