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mardi 30 juin 2015

Cannabis : Pays-Bas, Espagne, Maroc, le trio de tête

Par Ristel Tchounand, yabiladi 27/6/2015
Avec les Pays-Bas et l’Espagne, le Maroc continuera d’être le principal pays de départ/transit du cannabis dans le monde, prédit l’Office des Nations Unies sur la drogue et le crime (ONUDC) dans son dernier rapport qui passe en revue l’évolution du phénomène. Détails.
« Les Pays-Bas, le Maroc et l'Espagne ont été mentionnés dans les saisies de drogues simples comme les principaux pays de départ ou de transit du cannabis durant la dernière décennie », affirme l’Office des Nations Unies sur la drogue et le crime (ONUDC) dans son rapport mondial 2015 sur la drogue paru ce vendredi 26 juin.
Estimant qu’il est possible d’observer des modifications dans les itinéraires du trafic de drogue dans les prochaines années, en raison de la montée de l’Albanie et l’Argentine, l’instance onusienne s’attend tout de même à ce que le Maroc, l’Espagne et les Pays-Bas restent –à court terme au moins- les principaux maillons de la chaine. Ces trois pays « continuerons de l’être quand on considère les tendances observées sur la période 2010-2014 », affirment les auteurs du rapport.
En termes de culture du cannabis, l’instance onusienne n’est pour l’instant pas en mesure de déterminer la superficie mondiale. « L’herbe de cannabis est cultivée dans presque tous les pays du monde », justifie le rapport. Il semble que la non-déclaration des superficies par certains pays rende la tâche difficile. Mais les choses sont différentes quand il s’agit de la production de résines de cannabis. Elle « est limitée à quelques pays en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Ouest », relèvent les auteurs du rapport, précisant que le Maroc reste n°1 en se référant à ses 47,196 ha de culture de cannabis déclarés en 2013.
 Bond de 31% des saisies de résine en Afrique du Nord
Cependant, bien que le Maroc -l’une des principales plaques tournantes du trafic de cannabis dans le monde selon l'OICS- ait diminué sa surface cultivée de 9,24% entre 2012 (52 000 tonnes) et 2013 et enregistré une baisse des saisies de résines 107 tonnes en 2013 contre 137 tonnes en 2012, le phénomène prend de l’ampleur en Afrique du Nord. En effet, les quantités interceptées dans la sous-région ont grimpé de 31%, en raison des augmentations en Algérie voisine (212 tonnes en 2013 contre 157 en 2012) et en Egypte (84 tonnes en 2013 contre seulement 12 tonnes en 2012). A noter dans les précédents rapports des instances onusiennes, les autorités égyptiennes ont signifié à plusieurs reprises que les résines de cannabis saisies en Egypte proviennent majoritairement du Maroc. Idem pour l’Algérie où sont désormais saisies « plus grandes quantités annuelles ».
L’ONUDC félicite les efforts engagés par le Maroc pour amoindrir l’intensité de la culture et du trafic du cannabis sur et via son territoire, en témoigne la baisse des cultures en 2013 et les multiples arrestations de narcotrafiquants à l’aéroport Mohammed VI de Casablanca notamment. Toutefois, les données de l’année 2014 n’étant pas encore officiellement disponible, il faudra attendre pour juger de la dernière évolution du phénomène au royaume.


mercredi 17 juin 2009

Redouane Lemhaouli va être jugé par la justice néerlandaise

Les autorités néerlandaises ont décidé de poursuivre en justice Redouane Lemhaouli, ancien commissaire de police de Rotterdam. En juillet dernier, le fonctionnaire d’origine marocaine a été démis de ses fonctions car soupçonné “d’avoir transmis des informations issues des registres de police au gouvernement marocain entre 2006 et mai 2008”.
Deux personnes en poste à l'ambassade du Maroc aux Pays-Bas avaient été rappelées par Rabat après des protestations du ministre néerlandais des Affaires étrangères à ce sujet, qu'il avait qualifié d'"affaire fâcheuse".


L’espion de sa Majesté

L’affaire du “Policier de Rotterdam”, commissaire néerlandais d’origine marocaine, accusé d’espionnage en faveur de Rabat, inquiète l’importante communauté marocaine des Pays-Bas.

Redouane Lemhaouli n'a rien d'un James Bond. À 38 ans, dont près de la moitié dans les rangs de la police, ce Néerlandais d’origine marocaine symbolisait l’intégration réussie. Dans la ville portuaire de Rotterdam, il formait aussi de jeunes immigrés marocains pour intégrer le staff de l’aéroport. Et pourtant. celui qui se faisait appeler “Ré” serait un espion au service du royaume chérifien. C’est ce qu’a avancé, il y a près de quinze jours, la télévision publique hollandaise.

Tout commence le 15 septembre, la très populaire émission Nova relatait l’histoire, étouffée par les autorités, de ce commissaire renvoyé en juillet dernier pour “manquement grave à ses devoirs”, soupçonné d’avoir livré des informations confidentielles aux services secrets marocains et il ne serait pas le seul . D’autres fonctionnaires de police ont affirmé aux médias locaux avoir été également approchés par les “services” marocains. C'est le cas de Fouad El Haji, aujourd'hui conseiller municipal du Parti travailliste à Rotterdam, qui a confié avoir été sollicité, à son tour, par les services secrets marocains. Selon lui, des parlementaires et des élus locaux sont régulièrement contactés dans le même sens. “Et certains auraient même accepté l’offre”, déclare-t-il, sans donner de noms.

Un choc pour les MRE
“Cette révélation a été un choc pour la communauté marocaine. Avec le nouveau règne de Mohammed VI, l’ouverture du dossier des années de plomb, on ne croyait plus au contrôle policier des MRE. On imaginait plus le Maroc en train d’embaucher des gens pour vérifier les secrets de ce pays”, analyse Jamal Ryane, militant associatif aux Pays-Bas. Sur fond de tensions raciales et religieuses, l’inquiétude s’accentue chez les quelque 300 000 ressortissants marocains à mesure que la polémique enfle. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Verhagen, a été interpellé au Parlement quelques jours plus tard sur le sujet. Il a confirmé le licenciement de Lemhaouli, ajoutant que “des explications ont été demandées au Maroc” et que, en réponse, deux diplomates en poste à l’Ambassade de La Haye “ont été rappelés il y a des mois par le gouvernement marocain”. Mais le Parlement néerlandais ne s’en satisfait pas, réclamant davantage de détails sur l’enquête toujours en cours, pour déterminer l'identité des personnalités concernées et les informations transmises à Rabat. Pour calmer le jeu, le ministre des Affaires étrangères néerlandais déclare donner “une importance particulièrement grande” à cette affaire. Les couloirs de l’ONU ont dû lui donner l’opportunité de s’entretenir avec son homologue Taïb Fassi Fihri, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, pour préparer le débat à l’Assemblée nationale néerlandaise prévu dans les jours à venir. Du côté marocain, l’affaire ne semble pas prendre autant d’envergure au sein du gouvernement. Une rencontre entre les deux ministres des Affaires étrangères ou le rappel des diplomates restent des “questions techniques” sans commentaires pour Khalid Naciri, le porte-parole du gouvernement.

Du pain bénit pour l’extrême droite
“L’affaire du policier va compliquer la vie de la communauté marocaine. Elle va être utilisée par les partis politiques pour faire passer la proposition de loi interdisant la double nationalité”, prédit Jamal Ryane. La polémique est en effet du pain bénit pour l’extrême droite locale. Le leader populiste, Geert Wilders, a affirmé, avant ces révélations, que la double nationalité des hauts fonctionnaires et de certains membres du gouvernement d'origine étrangère pouvait poser des “problèmes de loyauté”. Car nombre de néerlandais d’origine marocaine ont accédé à des responsabilités administratives ou politiques. Ahmed Aboutaleb, secrétaire d’Etat à la Justice, possède par exemple un passeport rouge et un passeport vert. Quatre députés ont également une ascendance marocaine. Le Parti travailliste avait d’ailleurs débattu de la compatibilité du mandat de Khadija Arib, députée néerlandaise, avec son rôle de membre du CCDH, dépendant de l’Etat marocain. Le texte, proposé par l’extrême droite au printemps, est actuellement dans le circuit législatif et devrait être voté avant la fin de l’année. L’objectif des élections européennes, en juin 2009, participe à la surenchère du leader populiste. De quoi dégrader davantage les relations entre le Maroc et les Pays-Bas.
Source
Tel Quel n°340, Oct. 2008