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mercredi 26 octobre 2011

"LE 89 ARABE" de Benjamin Stora et Edwy Plenel

LDH section Paris 5e/13e
Café-citoyen avec
Benjamin Stora
Historien

qui présentera son livre d'entretiens avec
Edwy Plenel

"LE 89 ARABE"

La révolution démocratique et sociale qui surgit dans le monde musulman est un événement historique et international majeur qui évoque tout autant le 1989 européen de la chute du Mur de Berlin que le 1789 de la Révolution française, ébranle en profondeur les sociétés, touche également les pays européens dont la France.

Dès 17h30 et après le débat, vente et dédicace du livre
 
 Jeudi 3 novembre 2011
de 18h à 20h
à l'Espace Saint Michel
7 place Saint Michel – métro: Saint Michel

lundi 10 janvier 2011

ÉMEUTES AU MAGHREB !

PAR LAKHDAR BELAÏD ,9/1/2011

Benjamin Stora : « Les jeunes sont rongés par un sentiment d'inutilité

 Historien et spécialiste du Maghreb, Benjamin Stora décrypte les émeutes en Algérie, et la situation du Maghreb. En Algérie, notamment depuis 1988, les violences urbaines sont devenues l'un des rares moyens d'expression d'une population poussée à bout

Historien et spécialiste du Maghreb, Benjamin Stora décrypte les émeutes en Algérie, et la situation du Maghreb. En Algérie, notamment depuis 1988, les violences urbaines sont devenues l'un des rares moyens d'expression d'une population poussée à bout.
- Les émeutes algériennes rappellent celles d'octobre 1988, qui ont amené le multipartisme. Assistons-nous à un bégaiement de l'histoire ?
« Les similitudes sont troublantes. Or, il y a des différences profondes. En 1988, la société était en effervescence, travaillée par des mouvements politiques (Ligue des droits de l'homme, mouvements berbéristes, féministe ou... islamistes). Cette effervescence a porté des coups au FLN, parti unique. Ce n'est plus le cas. Les partis et les intellectuels sont marginalisés, affaiblis. Aujourd'hui, les émeutiers n'attaquent pas que les bâtiments du pouvoir. Autre chose, l'armée semble en retrait. Pour l'instant, on ne la voit pas. Laissant le terrain à la police anti-émeute. En 1988, des centaines de jeunes avaient été tués. Il y a aussi, aujourd'hui, grâce à Internet, la possibilité de savoir instantanément tout ce qui se passe. Enfin, le pays sort d'une longue guerre intérieure entre l'État et les islamistes, épuisé.
- Il n'y a aucun point commun ?
« Ce qui perdure, c'est le sentiment que le système politique est bloqué depuis de nombreuses années. Il n'y a pas d'accession au pouvoir des nouvelles générations. En Algérie, comme en Tunisie ou au Maroc, on a aussi ce problème des diplômés chômeurs. Ce sont des jeunes de 20 à 30 ans qui, à bac + 4 ou + 5, sont en panne d'avenir. Ils voient le monde bouger, notamment les pays du Golfe, la Chine ou le Brésil et sont rongés, dans leur pays, par un sentiment d'inutilité et d'immobilisme.
- Pourtant, l'Algérie est riche. Elle n'a même plus de dette, alors que celle-ci l'étranglait en 1988...
« C'est vrai. À 90 dollars, le prix du baril de pétrole est très haut. Celui du gaz flambe. Les caisses de l'État sont pleines. En même temps, la redistribution des richesses n'est toujours pas faite. On est encore dans la situation de l'enrichissement d'une toute petite partie de la population. Dans le même temps, d'ailleurs, la classe moyenne s'appauvrit. Le seul projet politique existant semble celui de la perpétuation du régime par lui-même. »
- Les infrastructures du pays n'évoluent pas ?
« Quand on va en Algérie, on voit des modifications. Il y a eu notamment la construction de l'autoroute Est-Ouest (de la frontière marocaine à celle avec la Tunisie, NDLR). Des dizaines de milliers de logements ont aussi été construits à la périphérie des villes.
Simplement, cette apparition de l'urbanité provoque des désirs classiques : l'emploi, le logement, les loisirs. Dans les grandes villes, après 20 heures, il ne se passe rien. Il ne faut pas croire que les sociétés du Maghreb ne sont travaillées que par la religion. Elles sont pénétrées en force par une modernité dont les désirs de vie - y compris l'ascenseur social - sont frustrés. Il y a ce chiffre révélateur : dans les trois pays du Maghreb, le taux de fécondité est passé de 6-7 enfants par femme en 1975-1985 à 2 aujour-d'hui. En même temps, pour que ça change, il faut des oppositions démocratiques suffisamment enracinées dans la société. Ce n'est pas le cas. » •
Dernier ouvrage paru : « Bibliographie de l'Algérie indépendante, 1962-2010 », éd. CNRS, 2011.
http://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur_France_Monde/2011/01/09/article_benjamin-stora-les-jeunes-sont-rongespa.shtmlhttp://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur_France_Monde/2011/01/09/article_benjamin-stora-les-jeunes-sont-rongespa.shtml

vendredi 18 décembre 2009

L'islam, c'est aussi la France


De la colonisation à la quête identitaire issue de l’immigration, dans un entretien publié dans Le Nouvel Observateur, l’historien explique la naissance d’une conscience musulmane.
Historien spécialiste de l’Algérie, Benjamin Stora enseigne à l’université Paris-XIII et à l’Inalco. Viennent de paraître : Le Mystère de Gaulle. Son choix pour l’Algérie, aux Editions Robert Laffont et Les Immigrés algériens en France, une histoire politique, en poche, chez Hachette Littératures
« L’islam, c’est aussi la France »
Entretien de Marie Lemonnier avec Benjamin Stora, Le Nouvel Observateur Nº2354, 17 /12/2009
• Dans ses discours, le gouvernement tend à parler de l’islam comme d’une religion nouvellement implantée en France. Quelle est la réalité des faits ?

Soyons sérieux, l’islam a été la deuxième religion de France dès que l’Algérie est devenue française en 1830 ! Ensuite, la présence importante des musulmans en France date tout de même de 1920. La Grande Mosquée de Paris est édifiée en 1926, l’hôpital franco-musulman de Bobigny en 1935, le premier carré musulman en 1937. Ils étaient alors 100 000 sur le territoire, principalement des immigrés. Mais on ne les appelait pas des Algériens ni des musulmans, d’ailleurs on ne les appelait pas. Ils n’étaient ni français, ni immigrés, ni étrangers, ni sujets, parce que l’Algérie, c’était la France et que les « indigènes musulmans » n’avaient pas le droit de vote. Le problème de la non-visibilité de l’islam en France, c’est aussi le drame de la non-nomination des personnes. La première fois qu’on a utilisé le mot « algérien » dans l’espace public français date seulement de 1961. Malgré l’ancienneté de son histoire, on a d’abord considéré pendant très longtemps cette présence sous l’angle social. C’est-à-dire qu’on parlait de l’immigration, principalement maghrébine (Algérie et Maroc), comme d’une immigration de travail, qu’on examinait sous l’angle de la main-d’ oeuvre, de la reconstruction de la France et du logement. Cette façon de l’envisager impliquait bien sûr un retour. Le mythe du retour était du reste porté par tous, par la société française, mais aussi par les Algériens eux-mêmes, qui revendiquaient l’indépendance. A l’époque, l’islam n’était donc pas perçu comme une menace puisqu’il était en tendu pour tout le monde que les immigrés ne resteraient pas. Et au fond personne n’y a prêté attention, durant presque soixante ans.
• Comment vivaient-ils leur rapport à la religion ?
Beaucoup de ces Algériens, des années 1920 aux années 1960, étaient des ouvriers affiliés à la CGT ou au PCF, et avaient des pratiques religieuses très détachées de l’orthodoxie traditionnelle. Certains vivaient même en ménage avec des Françaises. Chacun était donc libre de pratiquer la religion comme il l’entendait. Cela se durcira pendant la guerre d’Algérie, où l’islam sera instrumentalisé par les nationalistes. Même si ceux qui militaient en Algérie se méfiaient des nationalistes émigrés, qu’ils suspectaient d’être européanisés et trop laïcisés.
• Quand passe-t-on de la précarité à l’installation définitive ?
Dans les années 1960 et 1970. Le second âge est celui de l’insertion dans la société française par les enfants, qui naissent ici. Le retour n’est désormais plus envisageable. Il s’agit de se faire admettre, de se taire peut- être aussi. C’est l’assimilation, qui signifie alors de se conformer au modèle dominant, de l’accepter tout en essayant de conserver dans la sphère intime ses pratiques religieuses, ses croyances, ses convictions politiques et l’attachement au pays natal. D’une certaine manière, cela représentait déjà une forme de progrès pour les anciens, qui avaient vécu très durement dans une ghettoïsation spatiale et sociale totale. Ce qui interpelle aujourd’hui, c’est l’effet de cette installation définitive, que l’on avait refusé d’imaginer.
• Parce que les revendications portées par les jeunes vont tout à coup les rendre visibles...
Effectivement, à partir de 1980 commence une troisième phase, qui n’est pas encore une phase de reconnaissance religieuse mais de reconnaissance politique. Les enfants de cette immigration et ses petits-enfants disent : c’est fini, nous ne repartirons pas, et nous sommes français. Ils sont devenus militants et mènent un combat citoyen pour l’égalité des droits, à travers la « marche des beurs » de 1983 ou des mouvements antiracistes. Cette bataille-là dure depuis une vingtaine d’années. Et ce n’est seulement que maintenant que la question qui se pose est celle de l’islam en France et de sa visibilité. Parce que les jeunes de cette nouvelle génération se considèrent français de manière évidente, banale, certaine, et qu’à partir de là ils se posent la question de leurs origines. Ils sont en quête de leur histoire, de leur généalogie personnelle familiale et collective. Or cette recherche vient se heurter, et même se fracasser, à la fois sur l’histoire coloniale, et donc sur l’histoire conflictuelle avec la France, la ségrégation et le racisme subis par leurs grands-parents et arrière-grands-parents, et à la fois sur l’islam. Car le rapport à l’origine passe aussi par la connaissance et la reconnaissance de pratiques cultuelles, sans quoi ce seront les courants religieux intégristes qui s’empareront du vide qu’on aura laissé.
• Vous êtes signataire de l’appel du site Mediapart « Nous ne débattrons pas », pourquoi ?
Ce sont les conditions d’organisation de ce débat qui me posent problème. Parce que cette discussion sur l’identité nationale a été décidée par le haut et non par la société, et que, dès que l’Etat veut se mêler d’écrire l’histoire à la place des historiens, il faut se méfier. En revanche, comme Jean Daniel, je suis favorable à l’ouverture d’un débat sur l’histoire de France, sur ses lumières comme sur ses ombres, afin d’intégrer dans un même récit national toutes les mémoires, y compris les mémoires blessées. Aux antipodes de la recherche de boucs émissaires.