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jeudi 21 août 2014

Israel interdit à Amnesty International et à Human Rights Watch d’entrer à Gaza


CAPJPO-EuroPalestine, 18/8/2014
   
 

Ces deux organisations, qui voulaient conduire une enquête indépendante sur les combats entre Israel et la résistance palestinienne à l’intérieur de la bande de Gaza, se sont fait barrer la route par Israël.
Ces deux ONG ont demandé à Israël l’autorisation d’entrer dans la bande de Gaza depuis le 7 juillet.
La première excuse avancée a été que la frontière d’Erez était fermée et qu’aucune autorisation n’était accordée jusqu"’à nouvel ordre, ce qui est faux, indique Amira Hass dans Haaretz.
Puis l’administration israélienne des territoires palestiniens occupés a ensuite déclaré qu’aucune des ces deux ONG n’était enregistrée en tant qu’association humanitaire auprès du ministère israélien des affaires sociales.
Les deux organisations souhaitaient envoyer des experts militaires ayant des connaissances sur les différents types d’armes et de munitions, afin d’évaluer les affirmations palestiniennes et israéliennes concernant les combats.
Ce qui est particulièrement important quand on sait que des preuves physiques telles que les cratères provoqués par l’impact de missiles ou les traces de munitions disparaissent rapidement après les combats.
Ces deux ONG qui ne peuvent être accusées de parti pris vu les rapports qu’elles ont publié par le passé, mettant y compris en cause le Hamas, sont pourtant interdites d’entrée à Gaza par Erez depuis 2006 en ce qui concerne les enquêteurs de Human Right Watch et 2012 ceux d’ Amnesty International.
Amnesty International a demandé à plusieurs ministres des affaires étrangères européens de soulever ce problème dans leurs échanges diplomatiques avec Israël. Aucune réponse à ce jour.
http://www.haaretz.com/news/diploma...
CAPJPO-EuroPalestine

mercredi 13 août 2014

Un feu vert européen pour tuer, détruire et pulvériser Gaza


ah
 Amira Hass
Par son silence continu, l’Allemagne officielle collabore avec Israël dans son trajet de destruction et de mort, contre le peuple palestinien de Gaza. L’Allemagne n’est pas seule — le silence de l’Autriche est aussi assourdissant.
 
En fait, qu’est-ce qui distinguent ces deux pays ? Au deuxième ou troisième jour de la guerre, la chancelière Angela Merkel n’était pas la seule à se déclarer du côté d’Israël. L’Union européenne toute entière a soutenu Israël et son droit “à se défendre”.
Certes, la France et la Grande-Bretagne se sont quelque peu tortillées de gêne la semaine passée, en émettant quelques faibles sons de protestation. Mais la déclaration originelle de l’UE, le 22 juillet, résonne encore. Elle accusait le côté subissant le siège prolongé d’Israël de causer l’escalade. Le côté qui, malgré toutes les déclarations européennes sur son droit à l’auto-détermination et à un état indépendant en Cisjordanie et à Gaza, est encore sous occupation israélienne depuis 47 ans.
Les états membres de l’UE et, évidemment, les États-Unis ont donné à Israël le feu vert pour tuer, détruire et pulvériser. Ils ont fait porter le blâme sur les personnes qui lançaient les roquettes, les Palestiniens. Les roquettes perturbent l’”ordre” et le “calme”, mettant en danger la sécurité d’Israël, qui est si faible et si vulnérable, toujours attaquée sans raison aucune.
Fondamentalement, les États-Unis et l’Europe approuvent le statu quo, dans lequel la Bande de Gaza est coupée de la Cisjordanie. Le siège israélien de Gaza et l’oppression palestinienne en Cisjordanie sont le calme, l’ordre et la sécurité d’Israël. Quiconque ose violer cela doit être puni. Dans leurs déclarations passionnées sur le droit d’Israël à se défendre, les responsables européens ont oublié de mentionner le droit des Palestiniens à la sécurité et à la protection contre l’armée israélienne.
L’Europe et les États-Unis n’ont pas donné à Israël le feu vert pour l’escalade —pour détruire, tuer, et infliger des souffrances à une échelle sans précédent [dans le conflit] — au moment où les hostilités en cours ont éclaté. Ils l’ont déjà donné en 2006, quand ils ont été le fer de lance du boycott contre le gouvernement de Hamas, élu par un vote démocratique.
Même alors, ils ont choisi de punir collectivement l’entière population palestinienne occupée, sans tenir compte de la raison principale pour laquelle cette organisation avait obtenu la majorité : le régime palestinien favori que l’Europe avait encouragé —l’Autorité palestinienne (AP). Ce régime reste terni par deux maux : la corruption et l’échec de sa tactique diplomatique à atteindre l’indépendance.
La conduite de l’AP a conduit à une situation dans laquelle les négociations, un empressement à obtenir un accord de paix avec Israël et même l’opposition à un combat armé pour des raisons morales et pratiques sont devenus synonymes de l’enrichissement d’un petit groupe —parallèlement à un mépris cynique pour les droits et les conditions de vie de la majorité de la population.

Ni calme, ni ordre

On peut comprendre que les experts israéliens de la sécurité interprètent constamment de travers les courants tant publics que souterrains qui traversent la société palestinienne, et qui constamment détruisent le “calme”. Les cerveaux de ces experts ne sont pas programmés pour comprendre que le calme et l’ordre qu’ils sont supposés préserver ne sont ni le calme, ni l’ordre.
Il y a deux semaines, Jacob Perry, un chouchou du public et une figure clé du documentaire “The Gatekeepers” a dit qu’il espérait que les forces de sécurité seraient capables de contenir les dernières vagues de manifestations en Cisjordanie.
“Ces manifestations sont mauvaises pour eux et pour nous”, a déclaré l’ancien chef du service de sécurité du Shin Bet à sa manière typiquement paternaliste. Et certes l’armée, qui n’a pas attendu son conseil, continue de tuer des manifestants qui ne mettent pas en danger les vies des soldats. Ils le font chaque semaine, et en blessent des douzaines d’autres (deux de plus ont été tués ce week-end). Même après 47 ans, les responsables de la sécurité n’arrivent pas à comprendre que l’oppression ne conduit pas à la soumission. Au mieux, elle retarde une confrontation bien plus sanglante — comme ce qui arrive en ce moment à Gaza.
Mais les experts européens, les aides humanitaires, les diplomates, les conseillers civils et militaires, et toutes les leçons accumulées pendant les nombreuses années de colonialisme ? On aurait pu penser que tous ces gens, tous ces événements, auraient empêché l’Europe de faire une erreur aussi flagrante en 2006, d’où ont découlé toutes les escalades, trempées dans le sang palestinien.
Le boycott de Hamas, qui est de fait un boycott politique de tout le peuple palestinien dans les territoires occupés, a encouragé le Fatah et le président de l’AP Mahmoud Abbas à retourner les résultats des élections par des moyens non-démocratiques. Le boycott et le mépris occidental pour le résultat des élections ont seulement aiguillonné Hamas vers des voies extrêmes et désespérées, en en faisant un martyr et une alternative respectable dans l’opinion publique.
En fait, ce n’était pas une “erreur”, mais bien une décision consciente. Les pays européens et les États-Unis sont prêts à investir des milliards de dollars dans les territoires palestiniens pour la reconstruction des décombres créés en utilisant des armes américaines, et probablement européennes. Ces dollars traitent les désastres humanitaires causés par l’occupation israélienne.
L’Europe et les États-Unis sont prêts à subventionner des tentes, de la nourriture et de l’eau pour domestiquer un pouvoir que ces dons mêmes tiennent en captivité. Les dirigeants [associés à ce pouvoir] alors promettent de ne pas rompre le calme et l’ordre. Ni la justice, ni les droits des Palestiniens ne sont chers à l’Occident, mais le maintien de la “stabilité”.
L’Allemagne et l’Autriche sont particulièrement remarquables. Grâce à elles, flotte l’impression que l’Union européenne soutient particulièrement Israël à cause de ses sentiments de culpabilité pour le meurtre des Juifs européens sous l’occupation allemande et de son engagement moral envers le dérivé direct de ce chapitre de l’histoire, l’état d’Israël.
Protégés qu’ils sont par l’Holocauste, il n’y a aucun besoin de discuter les intérêts occidentaux, qu’ils soient américains ou européens. Ceux-ci incluent le contrôle direct, par des agents de confiance, des ressources en pétrole et en gaz, la protection des marchés et la sauvegarde de la “sécurité” d’Israël comme puissance occidentale, perçue comme une entité stable qui peut contenir et contrecarrer les changements dans la région.
Si la sécurité des Juifs du Moyen-Orient était au centre de l’intérêt des pays européens, en particulier l’Allemagne et l’Autriche, ils ne continueraient pas à subventionner l’occupation israélienne. Ils ne donneraient pas à Israël un feu vert permanent pour tuer et détruire.
Traduction: Catherine G. pour l’Agence Média Palestine

lundi 30 novembre 2009

"Un échec remarquable pour un journaliste" – Discours de remerciement pour la remise du Prix du Courage en journalisme 2009

par Amira  HASS. Traduit par Isabelle Rousselot. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala


Fondation internationale des Femmes dans les Médias


Permettez-moi de commencer par une rectification. Quelle impolitesse, penserez-vous avec raison, mais vous savez, de toute façon, nous les Israéliens, nous sommes pardonnés pour des fautes bien pires que l'impolitesse.

Ce qui est généreusement récompensé aujourd'hui par la Fondation internationale des Femmes dans les Médias comme la réussite de ma vie* doit être rectifié. Car c'est un échec. Rien de plus qu'un échec. L'échec d'une vie.

D'ailleurs, quand on y pense, la partie "ma vie" est tout aussi discutable : après tout, mon engagement dans le journalisme ne représente qu'un tiers de ma vie.

Et si quand on parle de "ma vie", cela vous donne l'impression que je vais bientôt prendre ma retraite, alors cette impression doit également être corrigée. Je n'ai pas l'intention d'arrêter de si tôt ce que je fais.

Qu'est ce que je fais ? On définit en général mon activité comme celle d'une journaliste spécialisée dans les questions palestiniennes. Mais en fait, mes reportages traitent de la société et de la politique israéliennes, de la Domination et de ses intoxications. Mes sources ne sont pas des documents secrets et de fuites de comptes-rendus de réunions de gens avec du pouvoir et au pouvoir. Mes sources sont les voies publiques par lesquelles les gens asservis sont dépossédés de leur droit à l'égalité en tant qu'êtres humains.

Il y a encore tant à apprendre sur Israël, sur ma société, et sur les décideurs israéliens qui inventent des restrictions comme, par exemple : les étudiants originaires de Gaza ne doivent pas étudier dans une université palestinienne de Cisjordanie située à à peine 70 Km de leur domicile. Une autre interdiction : les enfants (de 18 ans et plus) ne doivent pas rendre visite à leurs parents à Gaza si leurs parents vont bien et sont en bonne santé. S'ils étaient à l'agonie, les responsables israéliens respectueux des ordres, leur permettraient d'aller les voir. Si les enfants ont moins de 18 ans, la visite aurait été autorisée. Mais, d'un autre côté, des parents au second degré ne sont pas autorisés à rendre visite à des frères et sœurs à Gaza, qu'ils soient mourants ou en bonne santé.
C'est une question philosophique intéressante, pas seulement journalistique. Réfléchissons : en quoi est-ce si dérangeant, pour le système israélien, que des pères ou des mères soient ou non en bonne santé ? Qu'est ce qui est si inquiétant dans le fait qu'un gosse choisisse et reçoive une meilleure éducation ? Et ce ne sont que deux exemples de la longue, longue liste des interdictions dictées par Israël.
C'est pareil quand j'écris sur le territoire palestinien de Cisjordanie, qui est progressivement décimé et fragmenté. Il ne s’agit pas seulement des individus privés de leur propriété familiale et de leur moyen de subsistance ; il ne s’agit pas seulement des opportunités de plus en plus réduites des individus confinés dans des enclaves déconnectées et surpeuplées. Il s'agit en fait de parler des compétences des architectes israéliens. C'est un moyen d'apprendre comment l'aménagement israélien sur le terrain contredit les proclamations officielles, un phénomène qui caractérise les actions de tous les gouvernements israéliens, d'hier et d'aujourd'hui. En résumé, il y a assez à faire pour me tenir occupée encore une seconde vie, et au minimum pour tout le reste de ma vie.

Mais, comme je l'ai dit, la vraie rectification se trouve ailleurs. Nous ne devrions pas parler ici de réussite mais plutôt d'échec.

C'est d'avoir échoué à ce qu'Israël et le public international utilisent et assument les termes et les mots corrects qui reflètent la réalité. Pas la langue de bois qui a fleuri depuis 1993 et a été clairement imposée et répandue par ceux qui y ont intérêt.

La terminologie du processus de paix qui a pris le pouvoir, brouille la perception des processus réels qui se produisent : un mélange spécial d'occupation militaire, de colonialisme, d'apartheid, d'autonomie palestinienne limitée dans des enclaves et de démocratie pour les Juifs.

Ce n'est pas mon rôle en tant que journaliste, de faire admettre à mes compatriotes israéliens et juifs que ces procédés sont immoraux et dangereusement imprudents. C'est mon rôle cependant, d'exercer le droit de liberté de la presse afin de fournir des informations et de les diffuser aux gens. Mais comme je l'ai découvert avec douleur, le droit de savoir ne signifie pas un devoir de savoir.

Des milliers de mes articles et x millions de mots se sont évaporés. Ils ne peuvent pas rivaliser avec le langage officiel qui a été volontiers adopté par les médias et qui est utilisé afin de travestir la réalité. Le langage officiel qui encourage les gens à ne pas savoir.

Et pour un journaliste, c'est vraiment un échec remarquable.

* L’expression anglaise pour « récompense pour services rendus » est « lifetime achievement award », littéralement « récompense pour la réussite d’une vie » [NdE]


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Palestine Think Tank et Tlaxcala.
Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à 
contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es.



Source : "A remarkable failure for a journalist"-2009 Courage in Journalism Award Acceptance Speech
Article original publié le 20.10.2009
Sur l’auteure

Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala
, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure, la traductrice, le réviseur et la source.
URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9235&lg=fr