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mercredi 18 mars 2015

ECHEC DU DIALOGUE ENTRE LES DEUX PARLEMENTS LIBYENS RIVAUX AU MAROC



Une déculottée royale

Decrease fontL'Expression - Le QuotidienPar
Le souverain marocain qui rêvait de briller sous les feux de la rampe avait surtout pour objectif de court-circuiter les négociations de paix inter-libyennes qui se tiennent à Alger comme ce fut le cas pour le Mali.
La fête gâchée de Mohammed VI. 
Les deux Parlements libyens rivaux ont décidé de ne pas s'asseoir autour de la table des négociations. Tout était fin prêt pour faire de Skhirat le lieu qui devait marquer le réveil de la diplomatie marocaine. Cette station balnéaire proche de Rabat, fut en 1971 le théâtre du premier coup d'Etat contre feu Hassan II. Un peu comme pour conjurer le sort, réécrire l'Histoire. Celle du règne sanglant du monarque disparu. Celle des disparitions forcées, de la torture. Celle du tristement célèbre bagne de Tazmamart d'où l'on n'avait aucune chance d'en ressortir vivant, et lorsque c'est par miracle le cas, on en porte les traces pour le restant de ses jours. Les deux Parlements libyens rivaux ont décidé de ne pas s'asseoir autour de la table des négociations. Skhirat continuera à symboliser la chape de plomb qui s'était abattue sur le peuple marocain et la tentative avortée de renverser le trône qui a été réprimée dans le sang. Le souverain marocain qui rêvait de briller sous les feux de la rampe avait surtout pour objectif, de court-circuiter les négociations de paix inter-libyennes qui se tiennent à Alger, comme ce fut le cas pour le Mali. Dans ses tentatives effrénées à vouloir à tout prix essayer de briser la dynamique dans laquelle s'est engagée l'Algérie à promouvoir la paix au Maghreb, au Sahel mais aussi à travers le monde par le biais du dialogue, le pouvoir marocain a fini par se casser les dents au moins à deux reprises (règlement des conflits malien et libyen). Que cachent ces manœuvres royales? Le Maroc qui a fait de la question du Sahara occidental une affaire de vie ou de mort est mis sous pression à un peu plus d'un mois (fin avril) du vote d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité qui prolongerait le mandat de la Minurso (Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental). Les succès de la diplomatie algérienne qui soutient le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui dans le cadre de la loi et de la légalité internationale donnent du plomb dans l'aile à la position marocaine qui ne jure que par son plan d'autonomie, pour trouver une solution définitive au conflit sahraoui. 
Ce n'est aussi que dans la perspective de maintenir le Sahara occidental sous sa coupe, qu'a été organisé à Dakhla le Forum de Crans Montana. Un rendez-vous que l'Algérie a appelé à boycotter et qui a obtenu un large écho. L'Union africaine, l'Union européenne, l'Unesco, toutes les instances de l'Organisation des Nations unies, la Grande-Bretagne, les associations de défense des droits de l'homme et de nombreux autres pays y ont adhéré. C'est cette force de frappe et ce punch retrouvés de la diplomatie algérienne, que craint aujourd'hui le pouvoir marocain qui perd la tête. «La détermination du Royaume du Maroc est inébranlable, face aux gesticulations déplacées, agissements improductifs et joutes verbales infructueuses auxquels l'Algérie nous a habitués», avait déclaré le chef de la diplomatie marocaine, Salah Eddine Mezouar, le 4 août dernier, dans un entretien au journal Aujourd'hui le Maroc. Mais c'est surtout, le soutien et la confiance sans faille que lui apportent les grandes puissances dans sa quête à faire taire les armes, à travers la planète que lui envie et redoute à la fois Mohammed VI. Parmi elles, figurent les États-Unis et la France, alliés traditionnels du Royaume. Lui feront t-ils défaut à l'occasion de la nouvelle résolution que doit voter le Conseil de sécurité pour prolonger la mission de la Minurso au Sahara occidental? Rendez-vous à la fin du mois d'avril...

samedi 25 janvier 2014

Le conflit du Sahara : le Maroc et le casse–tête Maghrébin

Le conflit du Sahara :  le Maroc et le casse–tête Maghrébin   / Pedro Canales
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki Moonavec son envoyé special Christopher Ross Alifpost-Pedro Canales - 20 يناير، 2014 
 
Le diplomate américain Christopher Ross, Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, dans le conflit au Sahara occidental, veut réussir là où son compatriote James Baker a échoué. Ross cherche une formule pour faire avancer les négociations et sortir de l’impasse un conflit de faible intensité et secondaire pour la communauté internationale, mais qui constitue néanmoins  un facteur potentiel de déstabilisation et une menace pour la sécurité dans la région de la Méditerranée occidentale.

Ross veut à tout prix réunir directe et officiellement, autour de la table de négociations, les deux protagonistes du conflit, à savoir  le gouvernement marocain et le Front Polisario. Ce ne serait pas la première fois que les deux parties se rencontrent, car ils l’ont fait régulièrement depuis le milieu des années 1990, mais cette fois-ci le diplomate tient à conférer à la rencontre  un caractère officiel.
En fait, Christopher Ross a plusieurs objectifs. Amener d’abord le Front Polisario à sortir de l’ambiguïté qu’il utilise vis-à-vis de l’opinion publique internationale en parlant de la « République arabe sahraouie démocratique  RASD». Ross voudrait que le Polisario apparaisse sous son vrai visage politique, celui d’un  mouvement  indépendantiste qui représente une frange importante  de la population sahraouie et qui  conteste au Maroc la souveraineté sur le Sahara occidental.
En deuxième lieu, Ross vise également à ce que le gouvernement marocain donne une légalité à sa rencontre avec l’autre partie au conflit, le Front Polisario.  Pour cela, il doit cesser de traiter ce dernier de qualificatifs  diffamatoires tels que «mercenaire», «groupuscule manipulé par  Alger», «gang séparatiste» et autres termes insultants.  Après tout, le Maroc et le Polisario sont considérés par les Nations Unies depuis le cessez-le feu proclamé dans la région en 1991, comme les deux parties en conflit.
La non-participation de l’Algérie et de la Mauritanie dans ces futures négociations directes parrainés par Ross, a ses avantages et ses inconvénients pour chacune de deux parties. Ainsi, la délégation marocaine peut traiter directement avec le Polisario, sans la crainte que les autorités d’Alger exercent une quelconque influence ou dictent dans les couloirs à leur  «protégé» la conduite à tenir. Rabat de ce fait montrerait publiquement qu’elle accepte de négocier avec les représentants d’une partie importante de la population sahraouie  qui conteste la souveraineté marocaine et veut l’autodétermination. Juridiquement,  cela revient à admettre l’existence politique d’un mouvement qui aspire à l’indépendance, et qui a son prolongement naturel dans le territoire du Sahara occidental.
La formule des négociations directes, en l’absence de l’Algérie et de la Mauritanie, comporte aussi des avantages pour le Front Polisario, en particulier celui  de la recherche d’une solution au conflit, à moyen et à long  terme, qui soit  fondée uniquement sur les intérêts de la population sahraouie, qu’elle soit résidente au Sahara ou dans les camps de Tindouf.  Aux yeux du monde, les leaders du Polisario ne seront plus perçus  comme de simples guérilleros mais en tant  qu’«hommes d’État ».
Si le Maroc  accepte le principe des négociations directes officielles, il admettra en même temps la légitimité de l’autre partie, le Front Polisario, qui à son tour doit  se débarrasser de son bouclier protecteur, la RASD. Certains pays comme le Panama, le Paraguay et l’Ile Maurice ont retiré dernièrement leur reconnaissance diplomatique à la RASD, ce qui ne constitue en réalité ni un triomphe pour Rabat ni une défaite pour le Polisario. Il s’agit plutôt d’une mise en conformité avec la réalité telle qu’elle est reconnue par l’ONU. D’ailleurs, aucun de ces pays, ni ceux qui les ont précédés dans cette démarche, n’a retiré sa reconnaissance du Front Polisario, mais seulement de la RASD, qui est plutôt une fiction proclamée dans les camps de Tindouf, et qui a échoué à être acceptée par les organisations internationales, à l’exception de l’Union Africaine. De même, elle n’a pas pu arracher une reconnaissance d’aucun membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, ni de l’OCDE.
Le Front Polisario gagnerait en confiance et crédibilité auprès d’une population soumise à un exil lacérant, s’il acceptait les conséquences qui découlent de cette situation, et  se débarrassait d’une «bureaucratie administrative», qui jouit de privilèges dont ne peut rêver le citoyen sahraoui ordinaire.  Ce sera aussi l’occasion pour le Front d’ouvrir les vannes de la démocratisation et du rajeunissement de ses structures.
De son côté, le  Maroc doit également faire son aggiornamento et accepter que le fait de gérer le territoire n’est pas suffisant pour gagner le cœur de ses habitants. Aucune formule de solution adoptée par les parties, maintenant ou dans l’avenir, ne sera viable que si elle emporte l’adhésion massive des populations concernées.
Les autres parties concernées directement ou indirectement, comme les États-Unis, l’Espagne, la France, l’Union Européenne, l’Algérie et la Mauritanie, peuvent soutenir ou non les accords qui seraient  conclus entre Rabat et le Front Polisario, mais ces accords ne seront possibles toutefois que si la population elle-même les adopte.
En un mot, le conflit du Sahara a surtout besoin d’une bonne dose de confiance et d’enthousiasme. Malheureusement, les doses actuelles de ces ingrédients sont bien maigres.

Pedro Canales est un  journaliste espagnol qui a travaillé longtemps comme correspondant en Algérie puis au Maroc de grands médias espagnols, dont El Pais et La Razon.
Traduction en Français : Ahmed Benseddik