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lundi 20 mars 2017

Le Maroc sans gouvernement ? Le FMI assure le job jusqu’en 2021

par Salaheddine Lemaizi CADTM 20/3/2017

 

Essaouira, Maroc ( CC - Flickr - Juan Antonio F. Segal )

Dans la lutte des places, en cours, pour la formation du prochain gouvernement marocain, la politique économique du pays pour les cinq prochaines années semble décidée d’avance par le FMI. A ATTAC Maroc, nous refusons cette servitude économique volontaire.
Le Maroc est sans gouvernement depuis plus de cinq mois. Les tractations pour la formation du prochain exécutif sont au point mort. Le Parti justice et développement (PJD) [Islamiste, pro-monarchie], est sorti vainqueur des élections législatives du 7 octobre 2016. Depuis ce jour-là, ce parti fait face à un chantage de la part de partis affiliés au Makhzen |1|. Pendant que les négociations s’enlisent, un acteur habitué aux situations de crise politique s’immisce dans la gestion économique du pays. Le Fonds monétaire international (FMI) s’offre un boulevard pour « accélérer le rythme des réformes structurelles ».
Aidé par un ministre des Finances par intérim |2| aligné sur les positions du FMI et de la Banque mondiale et un directeur de la Banque centrale, artisan de l’ajustement structurel permanent au Maroc depuis trois décennies |3|, ainsi que par la haute technocratie du département des Finances, le FMI obtient gain de cause sur quasiment toutes ses demandes. Ainsi tout le processus de démocratie électorale se trouve vidé de son sens. Avant d’analyser le contenu de ce programme, deux remarques s’imposent sur le manque de transparence du Maroc et la nature anti-démocratique du FMI.

Sur l’absence de transparence gouvernementale
À travers le suivi de la relation FMI-Maroc depuis quatre ans par ATTAC Maroc |4|, nous ne pouvons qu’être scandalisés par le manque de transparence des autorités marocaines sur ce dossier. Au moment de la signature de la première Ligne de précaution et de liquidité (LPL) en juillet 2012, les représentants de l’État marocain ont nié s’être engagés sur des réformes précises. Or, ils seront démentis par leur partenaire, le FMI. L’institution financière publiait la lettre d’intention signée par le ministre des Finances marocain et le directeur de la banque centrale, mentionnant des engagements chiffrés sur quatre ans |5|.
Précisons que le LPL n’est pas un prêt mais simplement « une assurance contre les chocs externes » destinée aux pays « dont l’économie est foncièrement solide et qui ont fait leurs preuves en appliquant une politique économique avisée, mais qui restent exposés à certains facteurs de vulnérabilité », selon le FMI. Ce que ne dit pas cette institution c’est que cette assurance comprend deux niveaux de conditionnalités et a couté aux contribuables 540 millions de DH (dirham marocain) en quatre ans |6|, sans que le Maroc ne reçoive un seul dirham.
Dans un pays qui respecte ses citoyens et leur intelligence, le minimum aurait été de publier ces informations sur les sites officiels marocains, accompagné d’une traduction de ce document vers l’arabe, langue officielle du pays. Au lieu de cela, l’État marocain préfère la stratégie de l’autruche.

De l’anti-démocratique FMI
Il ne faut pas se leurrer non plus sur la nature du FMI. Cette institution est le contraire d’une institution démocratique. « Le FMI s’est vu adjoindre un mode de fonctionnement proche de celui d’une entreprise » |7|, décrivent Damien Millet et Éric Toussaint. Entre les État-actionnaires du FMI les rapports de force sont fortement déséquilibrés. Les États-Unis disposent, à eux seuls, de 17 % des droits de vote au sein du Conseil d’administration du FMI, contrôlant de facto cette institution et ses choix. Ce pouvoir est démesuré si on le compare à celui des Pays en voie de développement dont les droits de vote sont ridiculement réduits eu égard à la taille des populations qu’ils représentent (voir graphique ci-dessous). Les réformes apportées à cette répartition des votes n’ont pas changé l’ADN anti-démocratique du FMI. 

Lire l'article : http://www.cadtm.orghttp://www.cadtm.org/Le-Maroc-sans-gouvernement-Le-FMI/Le-Maroc-sans-gouvernement-Le-FMI

samedi 28 juin 2014

« MarocAfric » ou l’investissement marocain en Afrique subsaharienne (Cadtm)


25 juin par i Salaheddine Lemaiz militant à ATTAC-CADTM Maroc, 25/6/2014
 
Le régime marocain et son réseau d’hommes d’affaires affichent un appétit pour les marchés africains.
 
Ils sont en train d’exporter leur « savoir faire » dans la prédation des richesses au-delà des frontières marocaines.
Cet intérêt retrouvé pour « l’africanité » du Maroc donne lieu depuis des mois à des torrents de débats et de publica- tions qui reproduisent avec complaisance ce discours monnayé à coup de publicité et de chèques de sponsoring. Ainsi, un vocabulaire de circonstance émerge : « L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique », « la coopération Sud-Sud », « un partenariat win-win », « l’esprit du partage marocain », « Casa, hub africain ». Ce florilège d’expressions dissi- mule mal les vraies raisons de l’intérêt pour un continent qui n’a jamais suscité un engouement particulier de la part de la classe politique marocaine et encore moins des milieux d’affaires. Cet intérêt se résume en deux mots : sous-impérialisme et business.


Ce texte tente d’apporter une lecture critique à la nature des relations économiques entre le Maroc et l’Afrique. Dans un premier temps, nous allons dresser le tableau des échanges entre le Maroc et les autres pays du continent. Puis, nous allons placer cette « offensive » marocaine dans un cadre international, pour ensuite expliciter les implications internes de ces investissements marocains. En conclusion, nous monterons les contradictions flagrantes du Maroc sur ce sujet.


Le roi et « ses amis »


« La coopération entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne a été marquée dans un premier temps par l’implication des entreprises publiques marocaines dans la mise en œuvre de projets d’infrastructures, assainissement, électrification, gestion des ressources en eau et irrigation », note le Ministère des finances marocain. Ainsi, l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE) marocain est présent dans 15 pays africains. Sa branche d’eau a remporté en 2007 le marché de la gestion déléguée de l’eau potable et de l’assainissement au Cameroun.


« Cette coopération a connu, dans un deuxième temps, l’association du secteur privé qui est actuellement présent dans des domaines variés (mines, tourisme, télécommunications, banques, habitat social…) », explique le Ministère des finances. Ceci se traduit aujourd’hui par la présence de quatre catégories d’acteurs. Le premier est la SNI, le holding royal. Sa banque AWB est présente dans 11 pays africains, Managem, sa société d’extraction minière exploite des mines d’or au Soudan, en Ethiopie, au Congo Brazzaville, en Mauritanie et au Gabon et des mines de cuivres et de cobalt en RDC.


Le deuxième groupe d’acteurs rassemble des entreprises publiques qui investissent sous l’ordre du pouvoir politique. Dans un pays où la séparation entre argent public et privé est floue, ces investissements directs étrangers (IDE) du Maroc font partie aussi de la première catégorie. Dans cette liste, nous classons la Banque centrale populaire (BCP) qui détient 7 banques africaines, l’Office chérifien des phosphates (OCP) qui commence à exporter ses engrais en Afrique subsaharienne, Royal air Maroc (RAM) avec ses 30 lignes aériennes dans les capitales de l’Afrique et ses 15 bureaux de représentation de la compagnie. Dans cette catégorie, il faut ajouter l’ONEE et la CDG, banque publique d’investissement qui s’intéresse également au continent noir.


Pour le troisième type d’acteurs, nous trouvons les grandes entreprises ou filiales de multinationales présentes au Maroc bénéficiant des réseaux politico-affairistes entre la monarchie et les régimes d’Afrique subsaharienne. Citons la banque BMCE omniprésente à travers la Bank of Africa dans 20 pays. Maroc Telecom est un autre acteur de premier plan dans la « MarocAfric ». Cette ex-filiale du français Vivendi, aujourd’hui détenue par les Emiratis d’Etissalat, est devenue un des géants des télécoms en Afrique. Elle contrôle 12 entreprises de télécom. Ajoutons également Saham Finances, spécialiste de l’assurance présent dans 19 pays, Cema-Bois de l’Atlas présente au Gabon et détenue par le groupe de Karim Lamrani, ex-premier ministre sous Hassan II, les sociétés de promotion immobilière et de BTP (Addoha, Alliances, SOMAGEC, etc…).


Enfin, la dernière catégorie d’acteurs comporte des entreprises de taille moyenne qui investissent en Afrique subsaharienne dans le secteur des nouvelles technologies (M2M, HPS, IB Maroc, CBI, GEMADEC, etc.) ou de l’industrie pharmaceutique (Sothema, CooperPharma). Ces entreprises bénéficient également des « réseaux » marocains, mais elles sont moins favorisées que les trois premiers types d’acteurs gravitant autour de la « galaxie royale ». Malgré ces quelques différences, tous ces agents économiques convergent vers un même but : tirer le maximum de profit de l’Afrique subsaharienne.

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http://revolutionarabe.over-blog.com/article-marocafric-ou-l-investissement-marocain-en-afrique-subsaharienne-cadtm-123994627.html