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dimanche 14 septembre 2014

«Nous, de l’Unité 8200, refusons de participer aux actions d'Israël contre les Palestiniens»


 Une quarantaine d'anciens combattants israéliens d'une unité d'élite du renseignement publient une lettre de révolte contre les méthodes de l'armée.
Ce sont les refuzniks de l’Unité 8200. Un groupe d’une quarantaine d’Israéliens ayant servi dans cette unité de renseignement qui dépend d’Aman (le renseignement militaire) a rédigé une lettre, envoyée au Premier ministre, au chef de l’état-major, au commandant d’Aman et au commandant de l’Unité 8200, pour annoncer leur refus d’effectuer leur service de réserve pour des raisons morales. Ils estiment que leur travail de renseignement ne vise pas seulement à protéger des attaques contre les Israéliens mais à prolonger l’occupation militaire des Territoires palestiniens.
L’Unité 8200 est spécialisée dans les systèmes d’origine électromagnétique (Sigint) et de déchiffrement de codes. Elle récolte les informations sur les réseaux téléphoniques, Internet et enregistre les messages cryptés qui seront utilisés après analyse par les capacités de renseignement d’attaque. Elle est considérée comme une unité d’élite de Tsahal et de nombreux talents de la high-tech israélienne y ont fait leurs premiers pas.  

Voici la traduction française de la lettre :
«Nous, anciens combattants de l’Unité 8200, soldats réservistes par le passé et aujourd’hui, déclarons refuser de participer aux actions contre les Palestiniens et refuser de continuer à servir comme outils dans l’affermissement du contrôle militaire sur les Territoires occupés.  
«Il est généralement admis que la conscription dans les renseignements militaires échappe aux dilemmes moraux et contribue uniquement à la réduction de la violence et des dommages envers des personnes innocentes. Néanmoins, notre service militaire nous a démontré que le renseignement est une partie intégrale de l’occupation militaire israélienne sur les territoires.
«La population palestinienne sous régime militaire est complètement exposée à l’espionnage et la surveillance des services de renseignement israéliens. Alors qu’il existe des limitations drastiques de la surveillance des citoyens israéliens, les Palestiniens ne bénéficient pas de cette protection. Il n’existe pas de distinction entre les Palestiniens qui sont ou qui ne sont pas impliqués dans des violences. L’information qui est recueillie et conservée fait du tort à des personnes innocentes. Elle est utilisée dans le but d’une persécution politique et pour créer des divisions au sein de la société palestinienne en recrutant des collaborateurs et en entraînant des parties de la société palestinienne contre elle-même. Dans de nombreux cas, les services de renseignement empêchent les accusés de recevoir un procès équitable dans les tribunaux militaires, alors que les preuves les concernant ne sont pas révélées. Le renseignement autorise un contrôle continu sur des millions d’individus à travers une surveillance approfondie et intrusive et envahit la plupart des secteurs de la vie d’un individu. Ce qui ne permet pas aux gens de mener des vies normales et incite à plus de violence, nous distançant toujours davantage de la fin du conflit.
«Des millions de Palestiniens vivent sous le régime militaire israélien depuis plus de quarante-sept ans. Ce régime nie leurs droits fondamentaux et exproprie de larges étendues de terre pour les colonies juives qui sont soumises à des systèmes légaux séparés et différents et à l’application de lois différentes. Cette réalité n’est pas un résultat inévitable des efforts de l’Etat pour se protéger mais plutôt le résultat d’un choix. L’expansion des colonies n’a rien à voir avec la sécurité nationale. De même en est-il des restrictions à la construction et au développement, à l’exploitation économique de la Cisjordanie, à la punition collective des habitants de la bande de Gaza, et du tracé actuel de la barrière de séparation. 
«Au vu de tout cela, nous avons conclu qu’en tant que personnes ayant servi dans l’Unité 8200, nous devons assumer la responsabilité de notre participation à cette situation et qu’il est de notre devoir moral d’agir. Nous ne pouvons pas continuer à servir le système en bonne conscience, en niant les droits de millions de personnes. A cet effet, ceux d’entre nous qui sont réservistes refusent de prendre part aux actions de l’Etat contre les Palestiniens. Nous appelons tous les soldats servant dans les unités de renseignement, passé et présent, de même que tous les citoyens d’Israël, à dénoncer ces injustices et à prendre des actions pour y mettre fin. Nous croyons que l’avenir d’Israël en dépend.»



lundi 4 août 2014

Un jeune israélien appelle à la désertion


L’appel à la désertion d’un jeune Israélien
Par Udi Segal, 1/8/ 2014

Udi Segal, 19 ans : « J’appelle les soldats de base et les réservistes à refuser les ordres et à ne pas participer au massacre »
"Je m’appelle Udi Segal, j’ai 19 ans, je viens du Kibbutz Tuval au nord d’Israel, il y a quelques mois j’ai signé la lettre des objecteurs de conscience 2014 qui fut envoyée au premier ministre, à ce jour, elle a été signée par 130 déserteurs. 
Dans la lettre nous déclarions notre refus de servir dans l’armée israélienne. La principale raison est l’occupation et l’oppression continue du peuple palestinien, qui s’exprime par des allocations sociales inégales, le mépris des droits, et le meurtre continu de plus de 600 personnes dans la dernière opération à Gaza [2]. De plus, le service militaire contribue au militarisme israélien. Moi par exemple, en tant qu’homme, juif et ashkénaze [3], et donc plus susceptible d’avoir un impact sur la société israélienne et de m’en sortir, car je viens d’un milieu social dominant plus enclin au militarisme israélien, un milieu auquel je m’oppose fortement.


Même s'il n’y avait pas l’occupation, je refuserais de servir l’armée, car elle pérennise un système politique, nationaliste et capitaliste auquel je refuse de prendre part et qui ne profite qu’à quelques-uns. Je ne pense pas que l’opération militaire en cours à Gaza me protège. Les opérations militaires ne me protégeront pas, elles ne feront qu’engendrer de nouvelles opérations militaires comme ça a été le cas avec l’Opération Plomb durci [2008-2009] qui n’a fait que mener à l’Opération Pilier de défense [novembre 2012] et qui continue aujourd’hui avec l’opération Bordure Protectrice, qui elle-même mènera probablement à d’autres opérations militaires. Ce qui protégerait serait une paix juste reconnaissant l’injustice faite aux palestiniens. On ne pourra réaliser la paix tant qu’un peuple sera opprimé, occupé et entouré d’un mur. Cette population n’a pas abandonné son désir de liberté et ne se repose pas sur l’éventuelle compassion de ceux qui l’occupent, alors ne vous attendez pas à vivre en sécurité dans une telle situation. A ceux qui pensent quand même qu’ils me défendent, dans une telle situation, si le prix à payer pour la sécurité est de 600 morts à Gaza, je ne suis pas intéressé par ce genre de sécurité.
Mon refus de servir sera difficile pour ma famille. Mon frère est dans l’armée, et il pourrait être à Gaza lorsque je me retrouverai en prison, j’espère que cela ne créera pas de conflits insolubles... Et au delà de ça, à cause de moi, les gens regarderont avec méfiance mes parents et mes frères. Je pense que je contribue à la société israélienne, mais il me semble important de préciser que mon action ne s’inscrit pas dans une vision patriotique ou sioniste, mais dans une vision globale, une globalité qui inclut Israël. Je pense que l’occupation est un obstacle et qu’elle est dommageable pour les israéliens.
Beaucoup d’amis de mon âge se sont enrôlés dans l’armée. Je viens moi-même d’un milieu militariste, mon école a un des plus forts pourcentages de recrutement dans le pays [4]. Oui, il y a de nombreuses personnes qui ont arrêté de m’adresser la parole et qui m’ont mis à l’index suite à mon choix. Mais il s’agit peut-être d’un bon tri dans mes amitiés, puisque j’ai aussi des amis qui se sont enrôlés et qui sont restés à mes cotés. J’ai choisi d’aller en prison parce que malheureusement, les israéliens écoutent plus facilement ceux qui sont prêts à se sacrifier et à payer le prix. La prison va me retirer ma liberté, c’est quelque chose de difficile à appréhender car je n’ai connu jusque là que le dehors, dans une liberté toute relative. De plus, pour ceux qui refusent l’occupation, les conditions de détention peuvent être particulièrement dures, comme le montre l’exemple d’Uriel Ferera, emprisonné récemment. Il a refusé de porter l’uniforme et subit des humiliations en raison de son milieu traditionnel.
L’objectif qui sous-tend ma désertion est d’en finir avec l’occupation. Mais compte tenu de la réalité présente, ce qui importe maintenant est que les israéliens ouvrent leurs yeux, qu’ils réfléchissent au sens de l’occupation et à ce que cela signifie de servir dans l’armée, particulièrement les adolescents qui se rapprochent de la conscription.
En ce qui concerne l’opération en cours à Gaza, j’appelle les soldats de base et les réservistes à refuser les ordres et à ne pas participer au massacre."

Udi Segal.

Udi, a répondu « je refuse » à l’ordre de conscription le lundi 28 juillet à midi, accompagné d’environ 70 solidaires, juifs et arabes (dont d’autres refuzniks), tous pris à partie par une contre-manifestation de patriotes de merde rassemblés en urgence par le biais de la poubelle Facebook. Udi est actuellement retenu dans une prison militaire.
[Traduit et annoté par nos soins de l’hébreu, le 29 juillet 2014.] P.-S.
On pourra voir dans la vidéo ci-dessous, une version tronquée de cette déclaration faite le 28 juillet, avec de mauvais sous-titres anglais :
Notes
[1] Voir par exemple l’organisation Anarchists against the wall, qui n’a d’anarchiste que le nom. Ce qui n’empêche pas, par réflexe identitaire et par reconnaissance de logos, de nombreux anarchistes de les considérer comme proches. Et ce malgré leurs discours étatistes et nationalistes et leur défense inconditionnelle du drapeaux et de la nation palestinienne.
[2] Les chiffres macabres n’ont cessé d’augmenter depuis cette déclaration.( le 4/8 ils dépassent les 1700)
[3] Les ashkénazes sont les juifs originaires d’Europe de l’Est, tandis que les séfarades sont ceux d’origine nord-africaine et orientale. Les séfarades ont généralement un niveau de vie plus faible que les ashkénazes en Israël. Ils ont également eu plus de difficultés pour accéder à une egalité dans la société israélienne et à s’intégrer au soi-disant « refuge » sioniste. On notera dans les années 70, la création des HaPanterim HaSh’horim (« panthères noires »), sur le modèle du groupe afro-américain des Black Panthers. Mouvement révolté et émeutier qui finira malheureusement par se faire acheter à coup de reformes et de subventions par les politiciens et la bourgeoisie ashkenaze israélienne.
[4] Udi a passé ses premières années dans une école mixte juive/arabe où on étudiait simultanément en hébreu et en arabe, avant de se retrouver dans cette école publique réputée. Il faut savoir que l’école publique en Israël a notamment pour fonction de préparer les jeunes au service militaire.

Source : http://www.non-fides.fr/?Israel-Pal...
CAPJPO-EurPalestine
http://danactu-resistance.blogspot.fr/2014/08/un-jeune-israelien-appelle-la-desertion.html?spref=fb