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mercredi 31 août 2016

30 août 2016 sit in des familles des disparus politiques marocains

imageKénitra, le 30 août 2016
 Les familles des disparus politiques marocains ont organisé un sit in devant la sinistre prison centrale de Kénitra (Maison Centrale) par où sont passés des milliers de prisonniers politiques sous le "protectorat" français et surtout sous le règne de Hassan II le tyran. Des dizaines de militants ont été exécutés, d'autres ont été enlevés de la prison et restent jusqu'aujourd'hui sans nouvelles tel le cas de Ouazzane Belkacem.
 
Les victimes de la répression du régime ont envoyé des messages très significatifs aussi bien au régime qui fait tout pour taire la vérité qu'aux institutions "représentatives" (???!!!!)qui cautionnent par leur mutisme cet entêtement makhzenien.
Visionnons et écoutons les vidéos. Bien sûr les slogans ne font pas l'unanimité, mais ils reflètent les convictions des victimes et des familles. 
Ce sit in devant ce bagne est une première au Maroc. Des dizaines de victimes sont venues de toutes les régions du Maroc. Les paysans, artisans et nomades de Khénifra n'ont pas manqué ce rendez-vous historique.
Ali Fkir 
1-https://youtu.be/tX2XVO93GBc
2-https://youtu.be/bUm2s_0YwJA
3-Familles des disparus politiques marocains le 30 août 2016







vendredi 13 juin 2014

Abderrahmane Boujedli on « death row », le couloir de la mort à la prison Kenitra.







Par Luk Vervaet
Deuxième partie : death row



Abderrahmane Boujedli (photo) est né au Maroc le 5 mars 1970.
Avec ses parents, il s'installe en France dans les années 80. Un jeune sans histoires. Une scolarité normale. Devenu mécanicien, il travaille depuis l'âge de 18 ans. Et pour répondre aux stéréotypes  de nos jours : le jeune Abderrahmane n'a jamais eu de problèmes avec la délinquance, ni avec la justice ou la police.
Il a 24 ans quand sa vie va basculer pour toujours.
En été 1994, il part au Maroc pour y passer des vacances et revoir la famille restée au pays. Il y sera arrêté pour « atteinte à la Sûreté Nationale », accusé d'avoir participé à un transport d'armes de la France vers l'Algérie via le Maroc et de faire partie du « groupe de Fès ».
Ce qui suit est digne d'un scénario américain.

Death row

D'abord il y a la peine. À l’âge de 25 ans, il est condamné en 1995 à la réclusion criminelle à perpétuité pour « association de malfaiteurs ».
Ensuite, il y a l'incarcération en isolement et puis le couloir de la mort, le « death row », bien connu dans sa version américaine par toutes les personnes engagées dans la défense des droits de l'homme du monde entier. Condamné à perpétuité, n'ayant commis aucun crime de sang, il est mis à l'isolement pendant 1 ans à la prison de Ain Kadouss à Fès. Il est ensuite transféré à la prison de Salé - à l'isolement pendant encore 1 ans. Après une grève de la faim pour dénoncer sa situation, il est transféré à la prison centrale de Kénitra. Avec les autres du « groupe de Fès », Kamel Benakcha (Franco-Algérien) et Abdeslam Garouaze (Marocain), il purge sa peine depuis près de 20 ans dans le quartier des condamnés à mort de la prison de Kénitra, bien qu'ils n'ont jamais été condamnés à mort.

Des conditions inhumaines.

Les conditions de détention dans l'ensemble de la prison de Kenitra sont très difficiles. Elles ne cessent de se détériorer au gré des changements de direction pénitentiaire. Mais ce n'est encore rien comparé aux conditions dans la quartier de la mort où on n'a droit à rien.
Sa famille essaie de visiter Abderrahmane régulièrement. Mais les difficultés sont nombreuses, et parfois insurmontables. Les visites, lorsqu'elles sont autorisées, sont limitées à une ou deux heures tout au plus. Et ce, après plusieurs heures passées à attendre, en hiver, sous le vent, la pluie ou le soleil en été... Ils interdisent à la famille de lui fournir des denrées alimentaires basiques, comme des pommes de terre, haricots, lentilles ou navets… Lorsque l’on demande la raison de cette interdiction : la réponse est invariable : il s’agit de la décision du directeur.
En mai 2013, une commission de parlementaires est venue inspecter la prison de Kénitra. À cette occasion, Abderrahmane a rédigé un courrier (remis en main propre par sa mère à Khadija Rouissi, députée, vice-présidente de la Chambre marocaine des représentants, coordinatrice, du réseau des parlementaires marocains contre la peine de mort et ancienne conseillère au sein de l’Instance Équité et Réconciliation) mais aucune réponse ne lui a été apportée. Cette commission a remis un rapport accablant sur les conditions désastreuses de détention des prisonniers - manque d'hygiène, de soin, nourriture immangeable, traitement cruels, inhumains et dégradants...

La mort de son père et de sa mère

Le 4 juillet 2006, le père d'Abderrahmane meurt. Malgré les demandes répétées, il lui a été refusé de participer aux funérailles.
Huit ans plus tard, le 11 février 2014, la maman d'Abderrahmane meurt. C'est un coup terrible : c'était elle qui le faisait tenir en lui rendant visite dès qu'elle le pouvait. Abderrahmane, soutenu par l'association marocaine des droits de l'homme (Abdelilah Ben Abdeslem), fait une demande auprès de l'administration pénitentiaire afin de pouvoir être présent à l'enterrement au Maroc (demande faite le mercredi 12 février pour l'inhumation qui a lieu le lundi 17 février).
La famille part de la France au Maroc pour inhumer la maman. Ce sera sans Abderrahmane. Comme ce fut le cas pour son père, la réponse à sa demande de pouvoir être présent fut négative sans explication.

Des détenus politiques

Reconnu comme détenu politique par les organisations des droits de l'homme, Abderrahmane fait la demande, en septembre 2012, de rencontrer Juan Mendez, le rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, qui visite alors les prisons marocaines. Cela lui a été refusé.
Plusieurs courriers ont été envoyé au CNDH (Comité National des Droits de l’Homme), mais pas de réponse non plus.
À plusieurs reprises, le ministre de la Justice marocaine, M. Ramid, a été contacté, mais jamais de réponses non plus.

La volonté politique affichée du Maroc de poursuivre les réformes de ses institutions de défense des droits de l'Homme et des libertés, de réinsertion sociale pour qu'elles bénéficient aux victimes des atteintes aux droits de l'Homme et aux libertés doit être suivie de mesures immédiates.

Il est grand temps de briser le silence sur le sort de ces jeunes qui ont passé la moitié de leur vie dans les conditions de Guantanamo, de les sortir de la marginalisation et de leur situation de vulnérabilité et de les réintégrer comme membres actifs dans la société.


Prochain article : le rapport de la commission parlementaire sur la prison de Kenitra

samedi 21 décembre 2013

MONDE ARABE : Le palmarès des prisons de l’horreur

De l’Irak au Maroc, le site libanais Raseef22 dresse un portrait des geôles arabes les plus atroces
Les pays arabes ont en com­mun leurs prisons, où se retrouvent indistinctement criminels et opposants politiques. Voici un passage en revue des pires d’entre elles.

La prison de Kadhimiya, Irak. La prison d’Abou Ghraib avait attiré l’attention du monde entier [après la publication de photos montrant des soldats américains en train de torturer des prisonniers irakiens en 2004]. Pourtant, la prison de Kadhimiya, dans la banlieue de Bagdad, est pire. The New York Times disait que c’était “l’endroit où disparaissent les Irakiens”, et selon Navi Pillay, chargée des droits de l’homme pour l’ONU, les prison­niers y sont traités comme des animaux dans un abattoir. Quelque 1 400 condamnés à mort y attendent en effet leur exécution. L’Irak est un des pays au monde qui prononcent le plus de condamnations à mort.

La prison de Tora, Egypte
“Si vous voulez un interrogatoire discret, envoyez le prisonnier en Jordanie. Si vous voulez qu’il soit torturé, envoyez-le en Syrie. Si vous voulez qu’il disparaisse, envoyez-le en Egypte”, disait Robert Baer, ancien agent des services du renseignement américain. Il pensait à la prison de Tora, dans la banlieue du Caire. Depuis son ouverture, en 1928, elle a accueilli les opposants de tous les régimes. L’ancien président Hosni Moubarak [renversé par la révolution du 25 janvier 2011], ses deux fils Gamal et Alaa ainsi que de hauts responsables de son régime y sont également passés, avant qu’elle n’accueille aujourd’hui son successeur, Mohamed Morsi [destitué par l’armée le 3 juillet]. Moubarak se plaignait des conditions sinistres qu’il avait à y endurer. Pourtant, il ne pouvait pas faire semblant de les découvrir.

La prison de Jaw, Bahreïn
Bahreïn détient le record mondial de prisonniers par tête d’habitant. Et, selon le Centre bahreïni pour les droits de l’homme, c’est aussi le pays qui comprend la plus grande proportion de prisonniers politiques. La plupart d’entre eux croupissent à Jaw, dans la capitale, Manama, y compris des enfants de moins de 15 ans, en violation des chartes internationales.

La prison de Roumieh, Liban
Le ministre de l’Intérieur libanais Marwan Charbel lui-même estime qu’on ne devrait pas “retenir des gens dans un endroit pareil”. “Si nous ne disposons pas d’endroit approprié, alors il faut les libérer.” A défaut, a-t-il ajouté, “il vaut mieux les condamner à mort”. Roumieh abrite environ 3 000 prisonniers, le double de sa capacité d’accueil. La plupart sont des islamistes. Il y a eu des révoltes à répétition contre les conditions effroyables. En 2012, 4 pri­­sonniers sont morts quand les forces de l’ordre ont réprimé un soulèvement. La même année, 3 prisonniers islamistes se sont enfuis, et il a fallu un mois entier avant que les gardiens se rendent compte de leur disparition.

La prison de Kenitra, Maroc
La prison de Kenitra, à 25 kilomètres de la capitale, Rabat, est la plus grande du pays et celle qui abrite le plus grand nombre de condamnés à mort. L’ONG américaine The Avocats for Human Rights estime que la situation y est, “au mieux, catastrophique”. L’ONG y a également observé l’angoisse extrême qui est le syndrome des condamnés à mort souffrant de l’incertitude quant au moment et aux circonstances de leur mort.

La prison de Palmyre, Syrie
A partir de 1979, le régime syrien y envoie les prisonniers politiques “de première catégorie”. Selon Amnesty International, elle est synonyme “de sauvagerie, de désespoir et d’inhumanité”. Même le bâtiment “semble avoir été dessiné afin d’infliger un maximum de souffrances, d’humiliations et de peur”. Le pire épisode eut lieu en 1980, après la tentative d’assassinat de l’ancien président Hafez El-Assad. Les forces armées avaient alors reçu l’ordre d’exécuter tous les occupants. Le nombre exact de victimes n’est pas connu.—