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dimanche 18 août 2013

Commentaires supplémentaires d'Ibnkafka sur le droit de grâce et la réforme judiciaire


Le journaliste Alae Bennani m’a interviewé avec des questions portant notamment sur la grâce royale, la Constitution et le code pénal – extraits:
4) Vous en pensez quoi de la dernière affaire #DanielGate relative à la libération d’un pédophile irako-espagnol à l’occasion de la fête du trône? Qui est responsable de cette « erreur » à votre avis?  
Une marque d’incompétence tout à fait remarquable, qui révèle que nos institutions sont, au sommet, pas plus compétentes que la mouqata’a de base. Les faits ne sont pas encore tout à fait connus, avec des versions divergentes, mais le cabinet royal a sans doute un rôle déterminant, même si je trouve l’opinion extrêmement clémente avec Benkirane, qui a contresigné la grâce et qui aurait dû, lui, s’assurer que le dossier était présenté de manière professionnelle. Il a failli, et ce n’est pas une excuse qu’on ait failli au dessus de lui.

5) En tant que juriste, quelles sont les étapes de la rédaction de la liste de la grâce royale? Qui la rédige, qui l’approuve?
Cf le dahir de 1958 – une commission des grâces présidée par un représentant du ministère de la justice examine les demandes et établit la liste, libre ensuite au chef de l’Etat d’approuver ou non les noms qui y figurent.

6) Nous aimerons avoir EN BREF votre avis sur la nouvelle constitution, les éléments qui vous gênent…
Ca demanderait trop de développements. Globalement, elle est mal rédigée du point de vue de la technique juridique, avec des failles étonnantes. D’autre part, des parties entières tiennent plus de discours de fin de banquet que d’un texte juridique. Ceci étant, certains changements auront sans doute un effet systémique dont on ne se rend pas encore compte – je pense à la disposition faisant du chef du parti arrivé premier aux élections premier ministre. Mine de rien, cela impose une évolution vers un poids accru à la personnalité du chef des principaux partis, cela tend à écarter les chefs falots, à privilégier des chefs de parti pouvant être écoutés de la population, et cela devrait surtout faire comprendre à l’électeur que lorsqu’il vote pour son député, il désigne également un PM. Peut-être cela lui fera comprendre qu’il ne doit pas seulement désigner une super-assistante sociale ou voter en fonction des bakchichs reçus – mais peut-être suis-je trop optimiste.

7)  Qu’en est il du code pénal marocain? Quels sont les articles de loi qui vous semblent désuète voire même moyenâgeux ?
Le code pénal marocain n’est pas la plus mauvaise de nos lois, même si il est partiellement désuet. Le code de procédure pénale est beaucoup plus attentatoire aux libertés d’un grand nombre de marocains que le code pénal. Mais pour rester dans la question posée, si j’étais ministre de la justice je soumettrais un projet de loi abrogeant les sanctions pénales pour des relations sexuelles consenties et non-tarifées entre adultes -de sexe opposé ou non-  dans la sphère privée – il est aberrant de maintenir ces dispositions. Je dépénaliserai également de manière urgente la possession de cannabis pour usage personnel, en attendant un débat sur la dépénalisation totale en faveur de laquelle je suis. Je tâcherai également de dépénaliser le plus possible les infractions réprimées par le Code de la presse, notamment les articles 38 et 41 relatifs aux « lignes rouges ». En parallèle je modifierai le code de procédure pénale pour soumettre la garde à vue à la présence de l’avocat, du moins pour les crimes et délits, réduire de manière draconienne les cas permettant la détention provisoire, et rendre l’emprisonnement beaucoup plus difficile pour les infractions non violentes (toute contrainte sexuelle est bien évidemment violente) ou ne portant pas atteinte à la moralité publique (corruption, concussion, détournement de fonds, infractions électorales).
   8) L’article 58 de la constitution dit que « Le roi    exerce le droit de grâce…. »  Vous en pensez quoi?
Il ne devrait plus l’exercer. Ce devrait être dévolu au Premier ministre (si le fétichisme est trop fort, on pourrait dire que le PM exerce le droit de grâce au nom du Roi, et permettre au Roi de proposer des grâces), selon une procédure révisée, transparente et contraignante, dans laquelle les victimes et leurs ayants-droit seraient pleinement impliqués. Mais il ne faut pas se leurrer: notre système judiciaire est pourri jusqu’à l’os, on ne peut s’attendre à des miracles pour ce segment de la chaîne judiciaire qu’est la grâce si le reste est corrompu.
Suite, avec des questions personnelles, ici.

Aïda Alami a sinon écrit un article sur la réforme judiciaire au Maroc dans le contexte de DanielGate pour Al Jazeera English, où je suis cité:
But Ibn Kafka, a prominent Moroccan blogger who writes on the legal system, believes there can be no quick fixes to the issues facing the country’s judiciary. The system, he says, needs to rebuilt from scratch. "Pardons come at the end of the judicial chain, and if the rest is corrupt and ineptly managed, there’s no reason for pardons to function spotlessly," he said.
Ibn Kafka argues that change can only come from the bottom, namely from the people protesting on the streets. "Civil society needs to keep up the pressure and come forward with concrete proposals, or else we’ll end up like in June 2011, with a mediocre constitutional text being rammed down our throats," he said, referring to a new constitution that was adopted to stall "Arab Spring" protests in the country.
Le reste est ici.

dimanche 5 février 2012

Mohamed VI libère 458 prisonniers mais garde Rachid Niny en prison

Par Badr Soundouss, demainonline, 4/2/2012

Rachid Niny, victime d'une vengeance royale ?

Rabat.- On vient de l’apprendre, le roi Mohamed VI vient de gracier à l’occasion de la fête du mouloud 458 personnes. Une fournée dont fait partie l’ancien champion du monde de boxe thaïe Zakaria Moumni. Sept militants fiévristes et le syndicaliste Seddik Kabbouri ont également été libérés.

Selon son bon plaisir le sultan a gracié dans la foulée trois prédicateurs salafistes, Hassan Kettani, Mohamed Rafiki, alias Abou Hafs et Omar Haddouchi qui avaient été condamnés en septembre 2003 à respectivement 25, 20 et 30 ans de prison ferme pour « endoctrinement, association de malfaiteurs et atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat. »
Ces condamnations avaient eu lieu après les attentats de mai 2003 à Casablanca, qui avaient fait 45 morts, dont 14 kamikazes, et dont les auteurs intellectuels, selon l’actuel chef du gouvernement Abdelilah Benkirane (du temps où il était dans l’opposition…), ne se cachent pas dans Al Qaïda ou dans le mouvement salafiste.

Benkirane a insinué à plusieurs reprises, en privé et en public (voir les vidéos accrochés sur le site du PJD), que les véritables auteurs de ces attentats sont à chercher du côté de certains cercles proches du pouvoir. Il visait sans le nommer Fouad Ali El Himma, le conseiller en eaux troubles du roi.

Après la fête de ces libérations, vient l’incompréhension. Pourquoi l’ex-directeur du quotidien Al Massae, Rachid Niny, n’a pas été libéré ? Es-ce que le patron de la DST, Abdellatif Hammouchi, qui est à l’origine de l’incarcération du journaliste, ainsi qu’El Himma dont l’implication dans une affaire de corruption avait été révélée par Al Massae, sont derrière cette hargne royale ?

Est-ce une vengeance ? Mais une vengeance pourquoi ? Niny a pourtant toujours défendu la monarchie. Et il s’en prenait souvent, de manière véhémente, à ceux qui s’attaquaient au roi ou à la monarchie.

Lors de sa première interview à la chaîne qatarie Al Jazeera après sa nomination, l’actuel premier ministre avait déclaré qu’il avait demandé à plusieurs reprises au roi de de libérer Niny. En vain, avait-il soupiré.

Badr Soundouss

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2 commentaires:
Républicain, 5 février 2012 - 4 h 14 min
Mohamed VI libère 458 prisonniers ! Ah oui ?

On peut se demander quelle sorte de jouissance perverse cela procure t-il à un tyran, qui doit se prendre pour un petit dieu ? Incarcérer qui bon lui semble et libérer qui bon lui semble !
Seuls des fous et des obsédés peuvent ressentir de telles basses satisfactions au moment de leur jouissance, étant donné que leurs cerveaux sont dégénérés.

Le droit de grâce dont dispose un Président dans le monde civilisé, est une prérogative que lui accorde la loi. Il est obligé d’en user avec une grande circonspection. Le despote du Maroc peut ordonner d’arrêter ou de libérer n’importe qui, selon ses caprices. Il n’ y a rien que puisse lui accorder la loi. C’est à dire qu’il est la loi et le droit au Maroc. C’est lui, par la force des centres de torture, par des polices brutales, bornées et corrompues qu’il utilise pour mater la population.

Les incarcérés de Momosix , dans des conditions barbares, ne le sont pas parce qu’ils sont accusés d’avoir été à l’origine de la mort de 45 personnes.
Il se fiche totalement du nombre de Marocains tués de quelque façon que ce soit, du moment qu’il ne s’agisse pas de ‘ Moulay Toto’ ou de ‘ Lalla Tata ‘. Comment réagit-il aux naufragés du détroit de Gibraltar ? Aux immolés par le feu ? A ceux qui crèvent debout, accotés toute leur vie aux poteaux de ‘ ras derb’ ? Ces gens-là ne représentent rien pour lui. Est-ce qu’ils votent pour qu’il reste vautré dans sa luxure ? Non. Ils n’ont pas ce droit et ils ne l’auront jamais, pense t-il. Eh bien, mon lourdaud, ce droit va s’imposer par la force de la révolution. Une force qu’aucune police corrompue ne peut vaincre ou arrêter.
C’est la force du peuple, qui prend conscience de sa suprématie sur le despote, usurpateur du pouvoir et kidnappeur du peuple marocain, et de toutes les richesses de son pays.
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Yan Umazigh, février 2012 - 6 h 50 min

Deux jeunes étudiants militants amazighs croupissent depuis je ne sais combien d’années dans une prison glauque de Meknès. Leur procès a été une absurdité monumentale. Aucune preuve n’a été fournie contre eux. Ils ont été condamnés sur des présomptions juste parce qu’ils étaient des militants amazighs. Leur embastillement injuste a toutes les allures d’une vengeance des plus minables. En fait, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une vraie parodie de justice.

Devant une telle injustice, des manifestations parfois spontanées ont eu lieu pratiquement dans toutes les régions du Maroc et même dans le monde pour exiger leur libération immédiate. Mais le régime haineusement amazighophobe de Rabat n’en absolument cure. En fait, il fait toujours la sourde oreille là il sent la moindre odeur amazighe. (...)