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jeudi 5 avril 2012

Contre la circulaire Guéant : notre matière grise est de toutes les couleurs !

Ils sont étrangers, sont venus étudier en France, souvent avec talent, allaient créer leur entreprise, participer à la recherche française ou avaient une promesse d’embauche dans une entreprise française … et ne peuvent plus le faire. Ils rentreront chez eux, et il est peu probable que l’envie les reprenne un jour de venir voir en France s’il y fait bon vivre. La raison de ce divorce ? Une circulaire, publiée en mai dernier par notre ministre de l’Intérieur, Claude Guéant pour mettre en oeuvre la politique anti-immigration de Nicolas Sarkozy.
La circulaire du 31 mai 2011 rappelle explicitement que « le nombre d’étrangers entrant en France pour motif professionnel (…) doit diminuer ». Pour cela, il ne doit plus être accordé « aucune facilité particulière dans l’examen de la procédure de délivrance d’une autorisation de travail » aux étudiants étrangers. Il est donc plus difficile pour les étrangers ayant étudié en France d’obtenir après leurs études une autorisation de travail. Il sera aussi plus difficile de venir étudier en France, et déjà des doctorants se voient refuser le renouvellement de leurs titres de séjour. Le message de la circulaire est clair : étranger, ne viens pas étudier chez nous, et n’espère pas trouver un emploi au terme de tes études. Employeur français, tu n’embaucheras pas d’étranger. Peuple de France, tes dirigeants veillent sur tes emplois ! Préférence nationale ! La France aux Français !
Nous protestons de toutes nos forces, avec le Collectif du 31 mai, pour le retrait de cette circulaire. Il est temps de rappeler que l’idée qu’elle véhicule est aussi mensongère que dangereuse. Dire que l’embauche d’un étranger prend l’emploi d’un citoyen français, c’est faux ! C’est un mensonge éhonté ! Un diplômé étranger travaillant en France, c’est quelqu’un qui paye ses impôts en France, qui consomme en France, qui achète en France, qui soutient l’emploi et la consommation en France. S’il devient chef d’entreprise, c’est quelqu’un qui embauche en France. S’il retourne dans son pays, c’est quelqu’un qui sait que la France est ouverte sur le monde et développe avec la France les échanges, le commerce. La France gagne à recevoir des étudiants étrangers. Les étudiants étrangers ne sont pas une menace pour la France, ils sont une chance. Les universités le savent très bien : la France doit recevoir plus d’étudiants étrangers. C’est aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie et maintenant même en Chine, que les étudiants étrangers apportent leur créativité, leur savoir-faire, leur énergie, leurs découvertes et leurs dépôts de brevets.
Nous demandons l’abrogation de la circulaire Guéant, moralement méprisable, économiquement suicidaire. Nous appelons les chefs d’entreprise comme les universitaires à soutenir publiquement cette demande. Nous prenons l’engagement de soutenir les actions du collectif du 31 mai dans son combat contre des mesures dont l’absurdité le dispute à l’indignité, et de parrainer les diplômés étrangers en les aidant concrètement dans leurs démarches dans les préfectures, à les protéger, à faire tout ce qui est en notre possibilité pour qu’ils puissent rester dans notre pays et lui apporter leur richesse, car la matière grise est de toutes les couleurs.   


















mardi 27 décembre 2011

France : Etudiants étrangers diplômés: des projets de vie menacés


Par Adlène Djekkiref, Mediaparet, 24/12/2011

En attendant début 2012 et un nouveau texte sur le droit de travail des étudiants étrangers promis vendredi 23 décembre par Claude Guéant, une circulaire continue à priver les étudiants étrangers diplômés d'une autorisation de séjour pour travailler en France après leurs études. Adlène Djekiref, étudiant algérien, dénonce ici l'injustice de cette mesure, alors que la préfecture a donné un avis négatif à son dossier ce 21 décembre.
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Témoignage :Je suis un étudiant algérien, âgé de 24 ans et arrivé en France le 25 août 2009, je m'étais inscrit en première année de Master à l'université d'Angers, une année réussie qui m'a permis d'avoir accès à une formation très sélective en Master 2 à l'université d'Angers en partenariat avec l'ESSCA (école de commerce).
Cette formation est unique en France. Aucun autre établissement ne la propose, ce qui fait que nous sommes en moyenne 20 étudiants par an à détenir ce diplôme Master 2 en "Yield Management et marketing des services".
J'ai obtenu mon diplôme en août dernier avec mention très bien (17 de moyenne). A la fin de mon stage, le cabinet de conseils où j'ai effectué mon stage m'a proposé un CDI que j'ai accepté bien entendu.
Claude Guéant
A cet effet et en ma qualité d'étudiant étranger, j'ai déposé une demande de changement de statut le 25 août 2011 à la préfecture d'Angers... Mon dossier a été transféré à la direction de travail du Maine et Loire qui a émis un avis favorable (j'ai eu la chargée de mon dossier par téléphone qui dit avoir trouvé mon dossier «plus que parfait»). Une réponse a été transmise à la préfecture le 15 octobre 2011.
Après quatre mois d'attente, j'apprends le 21 décembre par téléphone que ma demande a été rejetée car la préfecture dit avoir mené une enquête sur les salaires: ils trouvent que je suis assez mal payé. C'est faux car je touche 30.000€ par an, ce qui est largement supérieur au minimum légal exigé par loi. En plus, l'enquête sur les salaires relève de la compétence de la direction du travail et non pas de la préfecture.
Aujourd'hui, je suis potentiellement expulsable car je vais pas tarder à recevoir la décision écrite ainsi qu'une obligation à quitter le territoire...
Dernières infos: j'ai présenté avec mon dossier une attestation signée par ma fac attestant que la formation que j'ai suivie est unique en France et que toutes les semaines je reçois en moyenne trois offres d'emploi dans ma spécialité puisque ma spécialité est à la limite de la pénurie !!!
Malheureusement mon employeur commence à perdre patience car ça fait cinq mois qu'il attend mon embauche et je ne peux pas être à 100% de mes capacités en étant perturbé par tout cela... La France appartient aux Français OUI, non pas à un individu.


samedi 17 décembre 2011

Doctorante canadienne expulsable : la France maltraite les étudiants étrangers

Tribune

Par Laurent Willemez, Sociologue, rue 89, 13/12/2011

Il y a quelques jours, la préfecture de police de Paris est encore une fois intervenue dans le cursus universitaire d'une étudiante, en prenant une décision brutale et inadmissible.
Émilie, doctorante en sciences sociales et canadienne doit renouveler chaque année son titre de séjour ; début novembre 2011, elle s'est vue notifier un refus de renouvellement assorti d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sous trente jours, au motif de « progression [in]suffisante » dans ses études depuis son entrée en France.

C'est donc un agent préfectoral qui juge de la pertinence du travail mené par nos étudiant-e-s, en licence, en master comme en doctorat. C'est pourtant là l'une de nos missions. Comment cet agent pourrait-il connaître les conditions objectives de réalisation d'un doctorat en sciences humaines et sociales (SHS), particulièrement en sociologie ?
Que sait l'agent préfectoral des exigences d'un doctorat ?

Nous, enseignants-chercheurs qui avons effectué nous-mêmes un doctorat, savons que la durée des thèses en sciences sociales excède très souvent les trois années prévues par la réforme du LMD (micence-master-doctorat).

Les études s'allongent encore plus lorsque l'on doit trouver des revenus pour les financer et vivre ; or, le nombre d'allocations et de contrats doctoraux ne cesse de diminuer, dans le secteur SHS en particulier, tandis que les exigences pour ceux et celles qui veulent poursuivre une carrière académique en termes d'investissement scientifique collectif et de publication augmentent.

Cet agent qui a refusé la présence d’Émilie sur le territoire, et parmi nous comme collègue, sait-il que sa participation à des contrats de recherche comme à la vie de son laboratoire et de son université, ainsi que la rédaction de ses communications et publications prennent du temps et font partie de ce que l'on attend désormais d'un-e doctorant-e ?

Un objectif quantitatif à atteindre

Certainement pas, cela n'est pas son métier ; par ailleurs, cet agent répond aux exigences de son ministère : faire diminuer le nombre d'étrangers sur le territoire national. Afin d'atteindre cet objectif quantitatif, les conditions de vie et d'études des migrant-e-s en général, sont aggravées, le contrôle et la répression à leur égard durcis.

Aussi, le cas d’Émilie n'est ni unique ni exemplaire ; il s'ajoute à la longue liste de nos étudiant-e-s et de nos collègues malmené-e-s par les services de l'Intérieur français. Nos étudiant-e-s sont de plus en plus nombreux, à être sommés de quitter le territoire français, placés en centre de rétention, expulsés, alors qu'ils devraient travailler leur exposé, réviser en vue de leur partiel, rédiger leur mémoire ou encore accomplir leur stage.

En amont, des prétendant-e-s (hors Union européenne) aux études en France voient leurs demandes de visa déboutées par des services consulaires français, voire des agences privées (à qui cette tâche a été externalisée) : ainsi, des étudiants acceptés par les enseignants chargés de sélectionner des candidats dans certaines formations, ne rejoignent pas leurs camarades en septembre.

Désormais, avec la circulaire Guéant, nos étudiant-e-s diplômé-e-s de l'enseignement supérieur français pourront se voir refuser un emploi, au nom d'une odieuse priorité nationale.

De plus en plus difficile de faire venir nos collègues

Enfin, il est de plus en plus difficile de faire venir nos collègues étrangers (professeurs, chercheurs) invités : certains sont refoulés à l'aéroport ! Dans le même temps, certain-e-s de nos collègues, titulaires mais étrangers, sont l'objet de tracasseries administratives.

Ces traitements inégalitaires entre étudiant-e-s et enseignant-e-s français et étrangers sont contraires aux exigences de notre mission d'enseignement et de recherche publique. En outre, ils interviennent massivement au moment même où les pressions et injonctions au « rayonnement scientifique » de la France, à l'excellence de ses formations et de ses recherches, au développement de partenariats avec l'étranger n'ont jamais été aussi fortes !

Mais comment tisser des relations avec des universités et centres de recherche étrangers, quand leurs étudiants, leurs enseignants sont maltraités en France ? Comment poursuivre la tradition intellectuelle française, nécessairement ouverte et en lien avec le reste du monde, dans ce climat hostile et délétère ?
 
Laurent Wauquiez doit agir

Nous dénonçons vigoureusement la politique de lutte contre l'immigration menée par le gouvernement ! Nous refusons de déléguer à des agents préfectoraux consulaires, le suivi et l'évaluation de nos étudiant-e-s ! Nous voulons l'égalité de traitement pour tous nos étudiant-e-s et collègues étrangers et nationaux ! Nous voulons exercer notre métier avec nos collègues et étudiant-e-s étrangers, comme nous l'avons toujours fait.

Nous demandons à notre ministre de tutelle Laurent Wauquiez d'interpeller le gouvernement sur la politique de lutte contre l'immigration, qui entraîne des situations insupportables au sein de nos établissements.

L'Association des sociologues enseignants du supérieur (Ases)