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mercredi 11 mars 2015

Actes antimusulmans en France : La lutte contre l’islamophobie divise la gauche


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K.F., El Watan, 9/3/2015

Nous avions écrit dans ces colonnes que l’attelage du meeting du 6 mars «contre l’islamophobie» et de la manifestation du 31 mars prochain sur le même thème était bizarrement hétéroclite, entre laïcs à la bonne conscience et groupes islamistes politiques.

Les réactions suscitées depuis le confirment. Ainsi L’Express titre-t-il : «Ce meeting contre l’islamophobie qui divise la gauche». Le rédacteur parle d’un «malaise dans les rangs de la gauche alors que certaines associations participantes sont perçues comme communautaristes et porteuses d’un islam politique».
En tout cas, la réunion a regroupé 150 personnes, selon le reportage du blog Réseau des démocrates publié sur internet. Il cite Michèle Sibony de l’Union des juifs pour la paix : «Aujourd’hui, le racisme tue des juifs parce qu’ils sont juifs. Aujourd’hui, le racisme tue et toutes les émeutes françaises dans les quartiers sont parties de la mort d’habitants de ces quartiers.
Racisme islamophobe et racisme antijuif sont les deux faces d’une même médaille.» Dans le même registre, Sihame Assbague, porte-parole du collectif Stop contrôle au faciès, devait dire : «Il n’y a pas de problème musulman en France. Pas de problème noir. Pas de problème rom. Il y a un problème français !» Pourtant, la présence des mouvements islamistes a fortement bousculé l’agenda militant à gauche de la gauche.
Ainsi, Eric Coquerel, du Parti de gauche (de Jean-Luc Mélenchon), a confié à L’Express : «Le terme d’islamophobie nous pose problème depuis plusieurs années. Dans un contexte post-attentats, il aurait fallu un appel plus large…» L’homme politique ajoute : «Les signataires nous posent problème. Il s’agit pour certains d’organisations communautaristes ou d’organisations qui ont une vision politique de l’islam.»

Pas de saucissonnage

Les écologistes d’EELV avaient, quant à eux, retiré leur signature, l’un des responsables regrettant qu’on en vienne «parfois à accepter les discours insupportables d’organisations pour qui les discriminations justifieraient quelque part la radicalisation des jeunes et in fine les attentats». Pourtant, trois responsables de ce parti ont indiqué dans une tribune citée par le Courrier de l’Atlas, que «l’écologie politique se bat contre tous les racismes, donc contre l’islamophobie et contre l’antisémitisme». «La lutte contre le racisme ne se saucissonne pas et ne se clientélise pas».
Ses divergences sont significatives du débat d’actualité en France, celui des limites de l’action solidaire humaniste lorsque des velléités religieuses prennent le dessus sur les normes antiracistes laïques. Où commence l’anti-islamophobie, et où commence l’idéologie
islamiste ? Comment ainsi ne pas être intrigué quand, comme le cite L’Express, «le collectif contre l’islamophobie en France (CCIF)…, pointe du doigt rien de moins qu’un racisme d’Etat qui ressemble à ce qu’on a vécu dans les années 30».
Enfin, l’interrogation se fait plus prégnante encore lorsque, selon l’hebdomadaire, le seul élu à prendre la parole, Abderrahmane Azzouzi, ancien adjoint au maire (SE) d’Angers, met en garde : «Si l’Etat n’invite pas les musulmans à la table de la République, attention à ce que les musulmans ne lui retournent pas un jour la table sur la tête!» 

 Prochain épisode : le rassemblement, au métro Barbès, le 31 mars à 15 h, sous le mot d’ordre «Ensemble contre tous les racismes et le fascisme. L’égalité ou rien».
K.F.

mardi 13 janvier 2015

Plus d'une cinquantaine d'actes antimusulmans recensés en France depuis l'attentat contre Charlie Hebdo

Eugénie Barbezat  L'Humanité.fr, avec AFP, 12/1/2015


Impacts de balles, inscriptions racistes... Depuis l'attentat terroriste de mercredi contre Charlie Hebdo, de nombreux lieux de culte musulmans ainsi que des personnes supposées musulmanes ont été pris pour cible en France.

afp
Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, 21 actions (tirs, grenades lancées...) et 33 menaces (lettres, insultes, etc.) anti-musulmans ont été comptabilisées depuis mercredi.
Ce décompte ne concerne pas Paris et sa petite couronne, et ne comprend pas le début d'incendie survenu dimanche soir sur le site de la mosquée en construction de Poitiers, a précisé Abdallah Zekri le président du  l'Observatoire contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman, qui se dit "scandalisé" par ces chiffres, "du jamais-vu" en moins d'une semaine.
En réaction à ces attaques, le CFCM appelle l'État à "renforcer la surveillance" des mosquées.
A titre d'exemples :
Vendredi 9 janvier, Corse Matin rapporte, photo à l’appui, qu’une tête de sanglier et des viscères ont été accrochées dans la nuit sur la porte d’entrée du lieu de prière musulman de Corte.
Dans le Pas-de-Calais, deux mosquées en chantier ont été détériorées. Des croix gammées ont été dessinées à Liévin où une tête de cochon a été trouvée, a rapporté la préfecture. A Béthune, le tag «dehors les arabes», était visible sur une palissade du lieu de culte en construction.
A Rennes, les inscriptions «Er maez» - «dehors» en breton - et «Arabes», ont été taguées à la bombe dans la nuit de jeudi à vendredi sur la façade d'un centre culturel et cultuel islamique en construction, a rapporté un responsable du centre.
La veille, un lycéen était insulté et roué de coups en marge de la minute de recueillement observée au lycée de l’Oiselet à Bourgoin-Jallieu. Il a porté plainte et bénéficie de trois jours d’ITT.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, des inscriptions racistes faisant référence à l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo étaient taguées sur la mosquée de Bayonne, rapporte Le Point.
Jeudi toujours, aux alentours de 22h, la mosquée d’Aix-les-Bains était la proie d’un incendie qui serait, lui, d’origine accidentelle, même si l’enquête est toujours en cours.]
A Villefranche-sur-Saône (Rhône), aux alentours de 6h ce matin, la vitrine d’un kebab jouxtant la mosquée de la ville était soufflée par une explosion, rapporte Le Progrès. La piste criminelle a été confirmée par une source préfectorale. Sur place, le maire de Villefranche, Bernard Perrut, a estimé que l’explosion était très certainement “liée à l’événement dramatique qui est survenu ce mercredi”, avant de déclarer: “Une telle situation est inquiétante et bouleversante et m’amène à lancer un message de cohésion, d’unité et de respect dans cette période douloureuse que traverse la France“.
La veille, aux alentours de 00h30, une explosion se faisait entendre à proximité de la mosquée des Sablons au Mans. Le lendemain matin, les policiers retrouvaient une grenade à plâtre dans l’enceinte du lieu de culte ainsi qu’une balle ayant traversé l’une des vitres. Trois autres grenades intactes seront également retrouvées, rapporte Le Maine libre.
Quelques heures plus tôt, vers 20h, à Port-la-Nouvelle (Aude), un individu tirait à deux reprises sur la porte d’une salle de prière musulmane “avec une arme de faible calibre et de petit plomb” a précisé le procureur de la République de Narbonne, David Charmatz, sans faire de victimes. L’enquête est toujours en cours.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, un suspect a été interpellé, rapporte La Nouvelle République, après avoir tagué “Mort aux Arabes” sur le portail de la mosquée de Poitiers (Vienne). L’imam de la mosquée, Boubaker El Hadj Amor, a porté plainte.
Dans une rue de Caromb (Vaucluse), une voiture appartenant à une famille musulmane a été criblée de balles, rapporte Le Figaro.