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samedi 25 janvier 2014

Effrayant : la grossesse et l’accouchement des adolescentes sont la cause de 70 000 cas de décès par an au Maroc.

Par Najat Faïssal, 21/1/2014
 Le mariage des mineures représente 12% des unions contractées au Maroc
mariage mineures Maroc UNFM UNFPA

Le phénomène du mariage précoce persiste et même a tendance à augmenter au Maroc

Le phénomène du mariage précoce persiste et même a tendance à augmenter au Maroc. C’est ce qui a été affirmé lors d’une rencontre organisée, samedi 18 janvier à Tanger, sous le thème «La mère-enfant, face aux défis de la grossesse chez l’adolescente».
Présidée par Cherifa Lalla Oum Kaltoum, présidente déléguée de l’Association de l’Union nationale des femmes du Maroc (UNFM), cette manifestation -qui a été initiée par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) au Maroc en étroite collaboration avec la section régionale de l’UNFM-Tanger Médina et le soutien de l’ambassade du Canada au Maroc- «vise à plaider pour mettre fin aux grossesses chez les adolescentes et au mariage d’enfants au Maroc. Cette rencontre fait partie d’une série d’activités programmées dans plusieurs villes du Royaume, et ce, en vue de sensibiliser l’opinion publique et les acteurs du développement au niveau local aux dangers résultant de ces pratiques», indique Mieko Yabuta, représentante de l’UNFPA au Maroc.
L’intervenante tient à rappeler que malgré les progrès accomplis par le Maroc dans ce domaine grâce, entre autres, à l’adoption de la nouvelle Constitution et le code de la famille, le phénomène du mariage des mineures prend des proportions inquiétantes. Juste après le mariage, «ces filles sont souvent soumises à de fortes pressions pour avoir un enfant, bien qu’elles soient, elle-mêmes encore des enfants. En témoigne le taux de fécondité des adolescentes, âgées entre 15 et 19 ans, qui demeure élevé au Maroc», précise Mme Yabuta.
Selon les statistiques émises lors de cette rencontre, le nombre de mariages des mineures au Maroc est passé de 33.253 en 2009 à 34.777 en 2010 pour atteindre plus de 39.000 en 2011. «12% des filles, âgées entre 15 et 24 ans, qui ont eu des rapports sexuels ont eu des grossesses non désirées», explique Hind Jalal, spécialiste du programme à l’UNFPA au Maroc.
Les intervenantes à cette rencontre sont convenues que les grossesses interrompent l’éducation des filles, limitent leurs opportunités économiques et leurs chances d’être autonomes. Elles ont souligné l’importance de faciliter l’accès à l’information et aux services de santé sexuelle et reproductive adaptés à leur âge qui est une condition clé pour qu’ils réalisent leurs potentiels.
«La prévention des grossesses non désirées chez l’adolescente ainsi que la résolution des problèmes qui y sont associés exigent l’application d’approches holistiques et multisectorielles», souligne Mme Jalal.
Il est à noter que les travaux de cette manifestation ont débuté par le vernissage d’une exposition de photos sous le thème «Trop jeune pour le mariage». Cette exposition de 15 jours qui traite des différents thèmes de cette rencontre, dont la grossesse et l’accouchement des adolescentes qui sont la cause de 70 mille cas de décès par an. Cette journée a aussi été marquée par la projection du film «Malak» du cinéaste marocain Abdeslam Kelai, qui traite de la grossesse chez l’adolescente.

samedi 16 mars 2013

Femmes sahraouies: L’avant-garde de l’émancipation


L’expression peuple sahraoui désigne généralement l’ensemble des personnes vivant au Sahara occidental. Cependant, elle est parfois contestée dans cette acception et est aussi utilisée pour désigner l’ensemble des peuples vivant dans le désert saharien.

Par Laetitia Grotti – Tel Quel Online, 15/3/2013

Émancipées, les Sahraouies le sont depuis des lustres. Héritières d’une société matriarcale, elles ont su conserver leurs droits bien avant la nouvelle Moudawana (droit de la famille marocain codifié en 1958). Visite guidée dans un univers profondément ancré dans le féminisme.

Ce que femme veut, Dieu le veut

« Si ta femme te dit de te jeter dans un puits, espère seulement qu’il n’est pas profond » énonce le dicton sahraoui, soulignant derechef le rôle primordial et partant, original de la femme dans ces sociétés nomades.
Certes, n’idéalisons pas ! Il existe chez les Sahraouis une image première des femmes qui est semblable à l’opinion dominante dans la plupart des cultures du monde, l’idée qu’elles sont physiquement moins fortes que les hommes. A la différence fondamentale « qu’argument est tiré de cette faiblesse pour justifier tous les moyens et les institutions capables d’assurer le pouvoir économique et social des femmes » explique l’ethnologue Hélène Claudot-Hawad.
Ce que confirme Elazza Likhili, de l’Union Nationale des Femmes Marocaines (UNFM) section Laayoune, « la femme sahraouie a toujours eu un rôle dans notre société et dans nos familles. Elle joue le rôle de l’homme dans une société nomade ». La même souligne, « qu’historiquement, la seule activité était le commerce, via les caravanes. Or, il fallait trois mois pour rejoindre Goulmime qui était le premier point commercial. Du coup, il incombait à la femme la gestion des biens et de la tente. C’est ce qui a donné sa force et son indépendance à la femme sahraouie ».
Ce raisonnement conduit à une représentation donnant au pôle féminin une nécessité vitale, image pour le moins marginale dans la pensée du monde méditerranéen. « La femme représente le chaînon stable et permanent de la communauté, le point fixe autour duquel évolue et s’agite le reste du monde » précise encore Hélène Claudot-Hawad.

Le Maroc, matriarcal jusqu’au 17ème siècle

Pour Batoul Daoudi, de la tribu des Aït Lahcen et responsable de l’Agence de développement social des provinces du sud, il faut remonter dans le temps pour comprendre cet état de fait. « N’oublions pas que jusqu’à l’arrivée des Beni Hassan au 17ème, venant d’Arabie, les tribus sahraouies, essentiellement senhaja, étaient régies selon le modèle matriarcal. Ce n’est qu’avec les Beni Hassan que les tribus basculeront peu à peu vers le modèle patriarcal, tout en gardant des caractéristiques senhajas, notamment en ce qui concerne le rôle des femmes ». Ainsi, même si la législation islamique a gagné du terrain et se trouve adoptée partout, la construction du monde autour du principe féminin résiste encore sur le plan idéologique.
Pour preuve, Salka Benabda, de l’association Basmat Al Amal, section Laayoune précise que « depuis sa naissance, la fille sahraouie est sacrée, elle est placée au centre de l’attention familiale. D’ailleurs, insiste-t-elle, les tribus les mieux cotées sont celles qui prennent soin de leurs filles ». Ainsi, toutes sont unanimes pour dire que de l’enfance à l’adolescence, la fille sahraouie est choyée et qu’une fois devenue femme, son avis est primordial. Elle est d’ailleurs consultée pour toutes les affaires du foyer comme de la tribu. Ce que relève une fois encore notre ethnologue, « dans les assises ou les conseils, qui réunissent hommes et femmes d’une même lignée, la voix féminine pèse autant et même davantage que celles des hommes. Une décision ne peut être arrêtée que si les femmes sont d’accord ».
Autant dire que la femme sahraouie jouit d’un respect, tant familial que tribal, que peuvent lui envier bien des femmes du « dakhil ». C’est, à n’en pas douter, ce qui explique l’absence quasi-totale du phénomène de la violence conjugale chez les Sahraouis, « les relations de mariage empêchent les relations guerrières entre tribus, d’où le respect envers la femme, car la violenter, reviendrait à infliger cette violence à toute la tribu » détaille Batoul Daoudi.

Le divorce, fête de la liberté des femmes

Et a contrario, c’est aussi ce qui justifie le taux si élevé de divorces dans la région. La même souligne, « la femme sahraouie quitte le foyer à la moindre injure qui touche sa dignité ou en cas d’adultère ». Loin de lui valoir l’infamie, le divorce est souvent l’occasion de faire la fête. « On signifie à l’ex-mari que ce n’est pas la fin du monde, que la vie de son ex-femme vient à peine de recommencer » explique Batoul. Pour l’anthropologue Mohamed Naïmi, cette fête symbolise également l’acquisition d’une entière liberté, « quand elle se marie, la femme passe de la tutelle du père à celle de son mari. Une fois divorcée, elle devient libre. C’est précisément ce que l’on célèbre ».

Quand le droit tribal prime sur le droit d’Etat

Du coup, nos trois amies sourient franchement quand on leur parle de la réforme de la Moudawana, visant à rendre effective l’égalité entres sexes, énoncée dans la constitution. « Dans notre société, la Moudawana n’a jamais été appliquée, ce sont les lois tribales qui prévalent » précise d’emblée Elazza Likhili. C’est sans doute ce qui explique que les concepteurs du nouveau texte se sont largement inspirés des propositions formulées par la section de l’UNFM des provinces du sud.

C’est la femme qui prend époux

A titre d’exemple, depuis toujours, la femme sahraouie est consultée pour son mariage, c’est elle qui « prend époux ». L’expression est d’autant plus explicite qu’il existe, selon l’anthropologue Mohamed Naïmi, des « tribus donatrices » de femmes. Ce qui signifie, non pas que l’on « donne » une femme à la tribu du mari mais qu’au contraire, le mariage permet de « prendre » l’homme à la tribu en question, renforçant ainsi le poids de celle dont est issue la future mariée. Pour Naïmi, les « tribus donatrices » sont celles qui dominent économiquement. Plus intimement, la tradition veut que les deux époux se vouent une vie de respect ou une séparation à l’amiable.

Pas de communauté de biens dans le mariage

D’ailleurs, en cas de divorce, la femme emporte tout : tant les biens légués par son père au moment du mariage (c’est lui qui achète tout pour que sa progéniture n’ait rien à devoir à son époux) que ceux que lui aura achetés son mari pendant l’union. La tradition veut que l’homme ajoute encore des biens pour garder de bonnes relations avec la famille de son ex-femme.

Le divorce, une simple formalité  tribale

Du coup, il est aisé de concevoir que le divorce, véritable chemin de croix des Marocaines du Dakhil, n’a jamais été vécu comme tel par nos sahraouies. D’autant qu’au sud, le moment pénible passé devant les tribunaux de famille ne représente qu’une simple formalité. « Les problèmes se règlent au sein de la tribu. Nous allons au tribunal juste pour le tampon. Il est honteux pour un homme de pousser sa femme à se présenter devant un juge pour réclamer ses droits ou ceux de ses enfants. Ces derniers sont d’ailleurs automatiquement pris en charge par la famille » ajoute B. Daoudi.

Pas de polygamie

Et la polygamie dans tout ça ? Un extra-terrestre. Le contrat de mariage des Sahraouies comprend depuis des décennies une clause stipulant que « la sabiqa wa la lahiqa, wa ida tamma dalika fa amrouha biyadiha », ce qui signifie approximativement, « ni précédente, ni suivante et si cela se passe, c’est à la femme de décider de son sort ». Voilà qui est clair.

Bouleversés par l’administration sédentaire

Lumineuse également, la conclusion de Mohamed Naïmi précisant que « les tribus sahraouies ont connu un bouleversement radical avec l’arrivée de l’administration marocaine et la sédentarisation forcée. Reste que la dimension nomade est enracinée… et non l’inverse ». Un enracinement tel, qu’il a permis le maintien d’une indéniable construction symbolique, centrée autour de la femme, pilier de la famille, de la tente, de la tribu, de l’univers.