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L’Association de Défense des Droits de l'Homme au Maroc (ASDHOM) exprime sa totale solidarité avec les 15 ouvriers de la société Domaines Agricoles, ex Domaines Royaux, à Dakhla, licenciés abusivement depuis août 2010. Les ouvriers agricoles sont en sit-in ouvert, jour et nuit, devant les locaux de l’administration de la société à Rabat après avoir observé 5 mois de sit-in devant la délégation du travail à Dakhla sans aucune réaction de la société. Ils ont été licenciés pour s’être organisés au sein de la Fédération Nationale du Secteur Agricole, syndicat affilié à l’Union Marocaine du Travail (FNSA/ UMT).
L’ASDHOM apporte son soutien infaillible à la caravane de solidarité avec ces ouvriers, organisée par la FNSA/UMT et qui partira du siège de l’UMT de Rabat, le lundi 2 janvier 2012, à partir du 9h, pour rejoindre les ouvriers sur lieu de sit-in à Casablanca.
L’ASDHOM dénonce l’exploitation des ouvrier(e)s agricoles et dénonce leurs conditions inhumaines de travail.
Elle condamne l’atteinte au Code du travail marocain dont sont victimes en particulier les ouvrier(e)s agricoles et ce, malgré ses insuffisances de base (Salaires très bas, durée de travail supérieure à la moyenne nationale, 48 heures par semaine en moyenne pour les ouvriers agricoles, recours au travail non déclaré, etc.)
L’ASDHOM dénonce le non-respect du droit syndical. Les autorités marocaines se mettent toujours du côté des employeurs en mettant à leur disposition les forces de l’ordre et les tribunaux pour condamner les salariés syndiqués en vertu de l’article 288 du Code pénal, lequel article viole le droit de grève et porte atteinte à la liberté syndicale des ouvrier(e)s.
L’ASDHOM considère que les revendications des ouvrier(e)s agricoles sont légitimes et que l’Etat marocain doit respecter ses engagements en la matière notamment les conventions fondamentales de l’Organisation Internationale du Travail qu’il a ratifiées.
L’ASDHOM apporte son soutien à la caravane organisée par le FNSA/UMT de Rabat et se dit solidaire du combat que mènent les ouvrier(e)s agricoles pour l’amélioration de leurs conditions de travail.
Elle fait porter la responsabilité de la dégradation des conditions des ouvrier(e)s agricoles et l’exploitation accrue dont ils souffrent aux responsables de l’Etat marocain.
Paris, le 1er janvier 2012
Le Conseil d’administration de l’ASDHOM
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Campagne de lutte pour dénoncer la discrimination juridique à l'égard des ouvrier(e)s agricoles
Par JAITE Mohamed, pour le bureau des Amis de l'AMDH-Paris, 1/1/2012
Les ouvrier(e)s agricoles (FNSA/UMT) entament une campagne de lutte pour dénoncer la discrimination juridique à leur égard et les conditions de travail inhumaines, et ont organisé un sit-in national à Rabat le 15 Décembre 2011
Dans le cadre de sa lutte continue pour éradication de l’exploitation, de la marginalisation et de la discrimination juridique contre la classe ouvrière agricole au Maroc, et suite à son engagement de principe et sa participation aux larges protestations ouvrières et populaires que connait la Maroc, initié principalement par le mouvement du 20 février et catalysé par les révolutions et les changements en cours dans la région du Maghreb et du Moyen Orient, et en parallèle avec la commémoration de la Journée Mondiale des Droits de l’Homme,
La Fédération Nationale du Secteur Agricole (UMT) entame une campagne de lutte, du 3 au 15 Décembre 2011 pour protester contre l’exploitation accrue, les conditions sociales et économiques déplorables vécues par les ouvriers (es) agricoles et la discrimination juridique dont ils font toujours l’objet.
Cette campagne se fait en deux phases :
1 – Des protestations aux niveaux régionaux du 3 au 14 Décembre 2011 : Chaque section locale ou régionale fixera son programme d’action qui contiendra le port du brassard, organisation des sit-in le jour du repos hebdomadaire, ou la fin de la journée du travail et même à l’intérieur des exploitations…
2 - Un sit-in national le 15 Décembre 2011 devant les sièges du ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Emploi à Rabat.
A travers cette campagne, les ouvrier(e)s agricoles veulent dénoncer la réalité de leur extrême pauvreté et le bafouement de leurs droits élémentaires
1. Au niveau du salaire : le salaire minimum légal dans l’agriculture est de 60,63 dirhams par jour (5euros), c’est-à-dire 1576 dirhams par mois(140euros), les jours de repos n’étant pas payés (contre 2431 dirhams pour l’industrie et le commerce soit 230euros).Il faut noter que les syndicats ont réussi, grâce à leurs luttes et aux luttes populaires, à obtenir une augmentation de 15% du salaire minimum lors du dialogue social du 26 avril 2011, et que la FNSA/UMT a mené un grand combat pour aboutir à un accord pour unifier le salaire minimum dans tous les secteurs sur 3 années (1/3 par an). Mais nous estimons, à cause des manœuvres de l’Etat et de son protégé patronat agricole, que cet accord ne sera effectif que par une lutte acharnée et continue.
2. Au niveau du nombre d’heures de travail : les ouvrier(e)s agricoles selon le code du travail sont sensés travailler en moyenne 48 heures par semaine contre 44 heures dans l’industrie et le commerce. Mais dans la pratique, ils travaillent plus de 10 heures par jour et dans des conditions très dures (dans les abri-serres à forte humidité et des températures élevées, utilisation des pesticides sans protection...)
3. Concernant les déclarations à la Caisse National de Sécurité Sociale.
Le nombre des salariés agricoles déclarés à la CNSS représente à peine 6% du total des assurés (l’effectif des ouvriers agricoles est estimé à 1 000 000). Ce qui prive la grande majorité d’entre eux de toute couverture sociale et des allocations familiales, et permet aux patrons agricoles de piller des milliards de dirhams par an.
4- Généralisation de la flexibilité du travail par le recours intensif aux entreprises d’emploi temporaire qui sape toute relation de travail stable et les acquis relatifs à l’ancienneté.
5. Le non-respect du droit syndical. Dans la majorité des cas, les ouvrier(e)s syndiqués sont licenciés dès la formation de leur bureau syndical, de même les délégués des salariés sont les premiers victimes (chez ZNIBER et les DOMAINES ROYAUX par exemple) et les autres qui rentrent en grève de solidarité sont également renvoyés à leur tour .Alors que Les autorités se mettent toujours du côté des patrons agricoles et mettent à leur disposition les forces de répression et les tribunaux pour condamner les grévistes, en vertu de l’article 288 du Code pénal. Cet article réprime le droit de grève par le biais de la soi-disant entrave à la liberté du travail .
6. Le transport des ouvrier(e)s agricoles vers les exploitations se fait par des vieux véhicules (remorques, pick up entassés) sans assurance mettant leurs vies en danger, et des accidents souvent mortels se produisent régulièrement dans beaucoup de régions, et avec une complicité totale des autorités qui ne bougent pas le pouce envers ce genre de transport illégale.
7. L’Etat veille à « exporter » les femmes rurales et celles des quartiers marginalisés à travailler dans des champs de fraises en Espagne avec des conditions semblables à celles de l’esclavagisme qu’on croyait aboli dans les pays du Nord.
Ce ne sont ici que quelques aspects des conditions d’oppression et d’exploitation des ouvrier(e)s agricoles, et dont la responsabilité incombe au gouvernement qui veut garantir aux grands capitalistes agricoles une main d’œuvre servile et bon marché , pour soi-disant encourager l’investissement. Notons dans ce carde que le patronat agricole est exonéré d’impôt en bénéficiant, en plus, des milliards de dirhams de subventions et des facilités d’acquisition des terres agricoles.
Nous militant(e)s de la Fédération Nationale du Secteur Agricole (UMT) lançons un appel à tous et toutes les démocrates et défenseurs des intérêts de la classe ouvrière pour se mobiliser dans une vaste campagne de dénonciation de ces violations flagrantes des droits humains.
Nous appelons également tous les réseaux de solidarité ouvrière et rurale, tant à l’échelle régionale qu’internationale, à participer à cette initiative militante, à la faire connaître et la médiatiser largement, et développer des formes de solidarité concrètes.
M. Jaite