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samedi 21 juin 2014

Le monde selon Benkirane


Le monde selon Benkirane

Le monde selon Benkirane

Par Abdellah Tourabi , directeur de la publication de TelQuel
20 /6/2014


« Il est difficile de parler beaucoup sans dire quelque chose de trop », répétait souvent le roi Louis XIV. Une maxime que notre chef du gouvernement doit méditer plus souvent dans ses discours et prises de parole. Lors de son intervention devant la Chambre des conseillers, et au milieu de déclarations de bonnes intentions sur la revalorisation de la pension alimentaire et la situation des veuves au Maroc, Abdelilah Benkirane n’a pas pu s’empêcher de glisser des considérations rétrogrades et farfelues sur le travail de la femme et sa place dans la famille. 
 À la tribune, c’était le chef du PJD et un homme en précampagne électorale, soucieux de flatter sa clientèle politique, qui s’exprimait. Selon lui, les femmes au Maroc « n’ont plus le temps pour se marier, devenir mère ou éduquer leurs enfants » depuis qu’elles ont quitté leurs foyers pour travailler à l’extérieur. Benkirane regrette ce qui lui semble être un âge d’or de la famille marocaine, où la femme était, d’après lui, un « astre lumineux » dévoué exclusivement à servir et entretenir son ménage.
Comme dans tout discours conservateur, Benkirane présente une vision mythifiée d’un passé qui n’a jamais existé. Les femmes heureuses dans leurs foyers, qui attendent benoîtement le retour des enfants de l’école et des maris d’une longue journée de labeur, leur servent un dîner préparé avec amour et affection, est un pur fantasme. L’histoire de la famille marocaine est faite aussi de domination masculine, de violence et surtout de dépendance économique et juridique à l’égard des hommes. Le divorce était perçu comme une honte et une femme devait subir humiliation et brimades pour ne pas vivre la disgrâce d’une répudiation. Le travail de la femme est venu justement la libérer et l’affranchir de cette dépendance, qui la réduisait au rang d’être subalterne. C’est grâce à l’accès à l’éducation et à l’emploi que les femmes marocaines affirment, tous les jours, qu’elles ne sont pas « mineures en intelligence et en piété » comme le veut une lecture dévoyée d’un célèbre hadith, souvent cité par des mâles désarçonnés et en quête d’une supériorité factice. Le travail de la femme est plus qu’une nécessité économique pour les familles, au moment où tout devient cher au Maroc, mais c’est aussi un impératif moral.
Dans le même discours, Benkirane revient à l’antienne des « valeurs étrangères » à notre identité nationale et religieuse. Selon le chef du gouvernement, la famille marocaine est menacée d’implosion par un modèle occidental importé. Sauf que sur cette question, Benkirane se trompe lourdement. Car il ne s’agit pas d’importer un mode de vie européen ou une famille made in Scandinavie, mais plutôt de valeurs universelles qui garantissent aux individus leur dignité et correspondent le mieux à notre époque. Si Benkirane se met à critiquer ces « valeurs étrangères », il doit aussi remettre en cause les notions de démocratie, de séparation des pouvoirs, de règne de la loi et de la Constitution, qui n’ont pas été le produit de notre tradition et de notre culture. « La vérité est la quête du musulman, là où il la trouve il doit se l’approprier », disait un hadith, que notre chef du gouvernement devrait également méditer.

samedi 30 novembre 2013

Ça aurait pu se passer au Maroc ...

ROMAISSA ET LIYES : Demain Brisé

Par Fateh Agrane, 27 novembre 2013

Ce poème a été rédigé d'un trait à la lecture d'une tragique nouvelle. Deux jeunes Algériens, Romaissa, dix-huit ans, et Liyes, vingt ans, se sont jetés du haut de la terrasse d’une habitation, mercredi dernier à six heures du matin, dans le quartier d’Ayouf, à la nouvelle ville de Jijel, car ils s’aimaient... Et refusaient la séparation par le mariage forcé. Les parents de la jeune fille se moquaient de cet amour pour la donner à un autre prétendant. Par désespoir, les jeunes amants ont choisi la mort. 

En cette douloureuse circonstance, je tiens à présenter, à travers ce poème, mes condoléances à tous ceux et celles de sa famille et en dehors qui ont reçu et vécu douloureusement la nouvelle du décès d’un amour qui ne désirait que vivre , que d’être rêve face à tous ceux qui ne laissent aucun espace à cette jeunesse pour s’aimer et s’épanouir.


ROMAISSA ET LIYES

Demain Brisé

Partis ainsi sans retour
La main dans la main
Brisant demain

J’aurais aimé vous connaître

O ! Débris d’amour
Barré chemin
Tragique fin

En vous renaître

Pour crier à mon tour
Face au destin
Et à vos assassins

Qu’ils sont des traîtres

Qu’ils sont désamour
Dresseurs de murs
Face aux murmures

D’un désir d’être

J’aurais aimé être filet
Et au bas du saut vous accueillir
Vous enlacer, vous embrasser
Vous faire fuir

Et disparaître

Vous parler
Bras vous ouvrir
Vous lover dans cœur
Et vous couvrir

Dans pupilles vous mettre

J’aurais aimé être jardin
Vous planter sourire
Bouture de jasmin
Dans poème à venir

En belles lettres

Vous vous êtes noués
d'amour à ne trahir
Pour conscience secouer
Quitte à en mourir

Que de se démettre

Jijel, ma chérie !
Où as-tu convolé
Tes enfants se meurent
On leur a tout volé

Veux- tu réapparaître

Venir les consoler
Ils n’ont plus peur
Et ne peuvent pleurer
Que se défenestrer
Et par feu s’immoler

Fateh Agrane
Copyright tous droits réservés
Novembre 2013

JIJEL : ville côtière de la méditerranée située à 350 km à l’est D’Alger Algérie

Source :Investig'Action