Moi
aussi j’aurai aimé écrire « je suis Abdellah….Et je rêve d’une école
publique et de qualité pour tout le monde ». Sauf que pour
l’enseignement au Maroc, ce n’est pas un souhait ou un rêve qu’il faut,
mais un miracle. Un immense miracle, comme dans les films, où les morts
ressuscitent et la vie revient à un corps immobile. Car l’école publique
au Maroc est morte depuis des années et plus aucune force ne peut la
remettre sur pied.
J’appartiens à ces dernières générations, qui ont
fait leur scolarité dans un système public affaibli, mais qui
fonctionnait encore. Il y avait des enseignants qui croyaient à leur
mission, et les bancs de l’école étaient fréquentés, sans distinction,
par des enfants d’ouvriers, de fonctionnaires, de riches commerçants, de
vendeurs ambulants…etc. Nous parlions le même langage, faisions les
mêmes devoirs et entretenions les mêmes rêves…Les établissements privés
étaient réservés aux cancres, chassés de l’école publique à force de
redoubler. Nous les regardions avec le mépris des anges observant Satan
refoulé du paradis.

