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jeudi 5 mars 2015

Compte-rendu de la soirée consacrée aux micros-crédits au Maroc du 24 février 2014 organisée par Solidarité Maroc 05 à Gap.

  Par Marie-Hélène, secrétaire de Solidarité Maroc 05
 
Environ une trentaine de personnes étaient présentes et attentives à cette soirée où Souad, une Marocaine militante d’Attac Maroc, nous a présenté son film sur la caravane internationale  où des femmes originaires de Belgique, du Benin, du Sénégal, du Cameroun, d'Argentine, du Burkina Faso...etc.sont venues soutenir les femmes de Ouarzazate, parler du micro-crédit et des dangers que cette tromperie représente.
On  a pu voir dans ce petit film combien de femmes se sont laissées "avoir" par les micros-crédits qui leur étaient proposés afin de concrétiser des petits projets (genre élevage de poules ou de lapins...)et gagner de l’argent. . Projets qui, n'ayant pas abouti pour la plupart,  les ont plongées dans une misère  plus grande et dans l'impossibilité de rembourser  les traites des micros-crédits alourdis par des aggios énormes.
De micro-crédit en micro-crédit pour payer le premier et ainsi de suite....Des micros-crédits attribués sans étude préalable concernant le projet, qui ont servi à acheter du mobilier, financer un mariage...Il y a même eu un micro-crédit accordé à une jeune mineure étudiante !
Pour se faire rembourser, les créanciers  menacent de prison et s'emparent de tout ce qui peut être de valeur auprès de ces femmes, les laissant dans une misère toujours plus grande et à la merci de la prostitution, du suicide et des conflits familiaux !
Micro-crédit et surendettement sont les mamelles des banques et des prêteurs marocains qui font signer des conventions à des personnes ne sachant ni lire ni écrire, profitant de leur crédulité pour s'engraisser honteusement.
Pour dire stop et alerter sur ces pratiques cette caravane internationale va durer 3 jours et visiter plusieurs villes du Maroc ;
Des chauffeurs de taxis ayant dû eux aussi avoir recours aux micros-crédits se mettent à leur disposition pour les véhiculer lors de leurs trois journées de caravane internationale.
Dans la ville de Rich  où elles avaient réservé l’hébergement en payant des arrhes, elles ont trouvé les hôtels fermés, des salles de réunion sur lesquelles elles comptaient, être au dernier moment indisponibles...
Courageusement, elles ont fait des sit-in pour hurler leur ras le bol et alerter sur cette impitoyable escroquerie.
ATTAC Maroc-CADTM était partie-prenante de l’organisation de ces 3 jours de manifestation ;
Voilà ce qui ressort de ce que ces femmes ont voulu nous faire savoir.
Souad a animé un débat fort intéressant en complément de son film sur l’aspect peu connu du microcrédit sensé sauver des populations de la misère !
La soirée s'est terminée par un maté et quelques petites douceurs bien agréables dans ce monde de brutes !!!
********************


Merci Marie-Hélène pour le compte rendu de la soirée organisée à Gap autour de la vidéo sur la caravane internationale de solidarité avec la lutte des femmes de la région de Ouarzazate contre le microcrédit .
Tes mots me touchent profondément, je garde avec le gout du maté, les moments de partage, d'échange et votre solidarité avec toutes ces femmes qui poursuivent une lutte inégale contre un système au-dessus des lois.
Je leur rendrai compte à mon retour de vos questions, vos réflexions et votre solidarité.
De Gap à Ouarzazate, restons uni-es et solidaires.

Souad

samedi 30 novembre 2013

Micro-crédit, macro-arnaque

  par Lucile Daumas, 22/11/2013
 
Du travail et de l’emploi pour les femmes. Pas des dettes.

Depuis le début de l’année 2011, des femmes principalement, organisées dans l’Association de Protection Populaire pour le Développement Social , et dont le nombre atteint aujourd’hui près de 4500, mènent une lutte à Ouarzazate et toute la vallée du Dadès, dans le Sud du Maroc, contre des institutions de micro-crédit pour abus de confiance et conditions de crédit insoutenables.
Profitant de la crise qui a particulièrement touché le secteur hôtelier de cette région touristique, les organismes de micro-crédits se sont implantées dans la région et ont distribué largement des crédits en ciblant tout particulièrement les femmes. Prévus à l’origine pour financer des micro-projets et des micro-entreprises, ils ont souvent été attribués sans réelles vérifications, à la fois parce que les courtiers sont payés en fonction du nombre de clients qu’ils obtiennent et aussi parce que les Institutions de la Micro finance (IMF) et les Associations de microcrédits (AMC) reçoivent des dons et des subventions (de l’USAID, l’ UE, des Fondations, du PNUD, etc.) en fonction de leur clientèle, dans un contexte de concurrence exacerbée entre les organismes. Et de fait, ces sommes ont été utilisées comme crédit à la consommation, (pour s’acheter une mobylette, assurer la rentrée scolaire des gosses, payer un frigo...) ou pour pallier des services publics devenus payants en ces temps de néolibéralisme et inaccessibles pour les couches les plus pauvres de la population (notamment pour des soins de santé). De surcroit, de nombreux crédits ont été contractés pour payer les précédents.
Or, même si l’argent prêté provient de dons, de subventions ou de prêts à taux réduits, les taux d’intérêts que doivent payer les « bénéficiaires » de ces prêts sont exorbitants. Officiellement entre 14 et 18% (soit disant pour financer des frais de gestion lourds en raison des petites sommes prêtées), mais dans la pratique, les femmes de Ouarzazate citent des taux pouvant aller jusqu’à 40%.
En outre, il n’y a pas de rééchelonnement des dettes. Aucun des évènements pouvant survenir dans la vie des personnes endettées n’est pris en compte. Pire encore, un système de prêts solidaires a été mis en place, un groupe de femmes servant de caution pour chacune d’entre elles et les recouvrements peuvent être violents, pressions, chantages, agressions sont monnaie courante.
Derrière le discours caritatif larmoyant de lutte contre la pauvreté et la précarité des femmes, se cache donc une extrême violence vis-à-vis des pauvres. On profite de leur analphabétisme pour leur faire signer des contrats qu’elles ne peuvent pas lire et ensuite, pas de pitié.

Quel intérêt pour les institutions financières de monter des opérations de micro-crédits ?
Les IMF fonctionnent avec du capital bon marché revendu au prix fort aux catégories les plus pauvres : c’est un grand business ! Tellement juteux que les associations de micro-crédits présentes à l’origine se transforment en Institution de Micro-finance, tandis que les plus grosses banques de la place s’intéressent de plus en plus au secteur. Les pauvres ont bien peu d’argent mais ils sont si nombreux...
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Source FNAM (Fédération nationale des associations de micro-crédit)
La même Fédération prévoit 3 millions de clients en 2020, annonce des taux de 15% à 24 % sur des sommes exonérées d’impôts et provenant de subventions, dons et fonds de la coopération étrangère et constate que les prêts sont globalement bien remboursés. Ainsi pour El Amana, l’une des IMF de la place, le taux de recouvrement avoisine les 99%. |1|
C’est donc déjà en soit une excellente opération.

Bancarisation de nouveaux secteurs
Mais de surcroît cela permet de bancariser de nouveaux secteurs de la population.
« Ce marché constitue un réservoir de croissance très important pour les banques et autres intermédiaires financiers qui souhaitent se diversifier et développer leurs parts de marché. »
« Ce segment de clientèle du secteur privé échappe encore largement aux circuits financiers traditionnels »
« Ces entreprises se trouvent souvent contraintes à se tourner vers des sources de financement informelles (amis, famille, tontines...), voire vers un autofinancement inadapté. » dit l’AFD (Agence Française de Développement) |2|
Ces micro-crédits constituent en outre une forme de « filets sociaux » évoqués dans les accords de partenariat euro-méditerranéen, face à la crainte que la marginalisation et la paupérisation de larges secteurs de la population, induites par la mise en place du libre-échange, n’accentuent la pression migratoire aux portes de l’Europe.
« De par leur structure et leur flexibilité, elles peuvent également être un élément déterminant d’absorption des crises économiques et financières. » (Ibid.)

Pourquoi les femmes sont-elles ciblées en priorité ?
« Fini le temps où le père ramenait la paie au logis et la remettait à la mère pour qu’elle élève ses enfants. La conséquence de l’ajustement structurel a été le chômage massif, la flexibilisation du travail, la précarisation de l’emploi. Face à ces politiques, le père est entré en crise et la femme est sortie dans la rue pour trouver de quoi survivre, donnant par là un nouveau visage à l’économie, à la ville et à la structure même et au sens de la famille. ... C’est toute cette énergie sociale que développent les femmes dans leur lutte pour la survie qui est instrumentalisée et utilisée par la Banque et le système de la micro-finance par le biais du microcrédit. » |3|
Ces propos de Maria Galindo, animatrice de l’association bolivienne Mujeres creando, donne des pistes de réflexion tout à fait intéressantes pour le Maroc. En effet, le néolibéralisme a massivement poussé les femmes à s’insérer dans le marché de l’emploi, notamment dans les secteurs tournés vers l’exportation (zones franches, textile, agriculture sous serre) profitant de leur absence de tradition sur le marché du travail, du manque d’acquis concernant leurs droits, de leur analphabétisme. La crise de la famille élargie et la crise de la famille tout court, exacerbée par un chômage structurel de masse, a transformé les femmes en chefs de foyer et en actrices de premier plan dans la lutte pour la survie.
Ce sont donc ces mêmes caractéristiques qu’exploitent aujourd’hui les IMF, proposant, dans le meilleur des cas des activités génératrices de revenus, ce degré zéro de l’emploi, ni travail, ni emploi, ni salaire, au nom d’un développement-bidon (ce n’est pas ainsi qu’un pays peut se développer) et provoquant des souffrances accrues pour les femmes. Les femmes de Ouarzazate parlent du stress qui est le leur, de leurs angoisses, des saisies, des procès. Aux problèmes de pauvreté vécus précédemment, que l’accès aux micro-crédits n’a pas résolus, s’ajoutent l’endettement et les pressions pour le remboursement qui détruisent les familles, amènent les femmes à la prostitution ou au suicide.
Ce que les femmes de Ouarzazate ont compris c’est que le micro-crédit n’est pas un outil de lutte contre la pauvreté mais un pillage supplémentaire des maigres revenus des familles pauvres. Elles ont aussi compris que l’endettement n’était pas un problème individuel, mais un problème social et collectif qui doit trouver des solutions sociales et collectives, en termes d’accès à des services publics gratuits et de qualité, en termes de création d’emplois, en termes de droit du travail et de droits économiques et sociaux.
Elles ont compris l’intérêt de s’auto-organiser et de lutter ensemble contre ces nouveaux vampires qui avancent masqués derrière un discours d’altruisme et de féminisme. Elles réclament l’annulation de dettes qu’elles ont déjà remboursées.
Amina Mourad y Benasser Ismaini, deux des animateurs du mouvement contre le micro-crédit, sont assignés devant le tribunal de Ouarzazate. Cinq organismes de micro-crédits avaient déposé une plainte contre eux. Quatre d’entre eux ont retiré leur plainte. Il en reste donc une. Mais le véritable procès, c’est celui qu’intentent par leur action, les femmes victimes de la rapacité des organismes de micro-crédits, faisant de la pauvreté un grand business.
Rabat, le 6 septembre 2013
En complément de cet article, voir le film réalisé par Souad Guennoun                            http://youtu.be/lO8EVO2BrjU

Notes

|1| Malgré le peu de risqué pris par les IMF, ells se prémunissent contre le non-remboursement de diverses manières, micro-assurance qui garantit le remboursement en cas d’invalidité ou de décès ; prêts solidaires par groupes ; banques de données commune pour éviter le multi-endettement ; mutualisation des recouvrements par voie judiciaire.
|2| Cf http://www.entreprendre-mediterrane...
|3| La pobreza, un gran negocio. Análisis crítico sobre oenegés, microfinancieras y banca, La paz, Mujeres creando, 201 ?

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