LE MONDE IDEES Par Chloé Maurel (docteure en histoire, spécialiste des Nations Unies)22/1/2016
La tuerie de Nice le 14 juillet 2016 (83 morts), après celle du Bataclan le 15 novembre 2015 (130 morts) et celles de Charlie Hebdo et de l’hyper cacher de la porte de Vincennes en janvier 2015, confirment un peu plus, aux yeux de beaucoup de nos compatriotes, que nous sommes engagés dans une guerre. Effectivement, la France est clairement engagée militairement en Syrie et en Irak, et ce sur un mode croissant : depuis les débuts de l’opération « Chammal » en septembre 2014, la France a effectué plus de 4 000 sorties aériennes et a mené plus de 600 frappes, dont le bilan fourni par le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian le 21 janvier 2016 était de 1 000 djihadistes de l’organisation Etat islamique. Et le président Hollande a affirmé récemment vouloir encore intensifier ces frappes. Il a aussi annoncé vouloir intensifier l’opération « Barkhane » au Sahel, qui est en cours depuis plusieurs mois contre les groupes djihadistes dans le nord du Mali.
Plutôt que d’intensifier ces attaques aériennes qui ont fait des
dizaines de victimes civiles innocentes, notamment des femmes et des
enfants, il faut arrêter
ces frappes en Irak et en Syrie ! Sinon nous serons pris dans une
spirale infernale, celle d’une guerre qui frappera de plus en plus de
civils, en Syrie comme en France. Et cela pourrait bien entraîner
un éclatement de la société française, un repli des communautés sur
elles-mêmes, une xénophobie croissante, et même l’arrivée du fascisme au
pouvoir ! C’est justement ce que veulent aussi bien les islamistes que
l’extrême droite : scinder la société, exacerber les clivages, les haines entre musulmans et non-musulmans, entre Occidentaux et réfugiés…
