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dimanche 23 septembre 2012

La «qibla» ou le vagin

Par  JOUMANA HADDAD écrivaine libanaise, Traduit de l’anglais par Edith Ochs., 22/9/2012



Il était musulman. Et il était marié. Ni l’un ni l’autre ne l’empêchait d’être un merveilleux amant. Tout au contraire. Il avait le sang chaud des Arabes auquel s’ajoutaient les frustrations torrides découlant des rapports conjugaux : un vrai cocktail explosif.

Cependant le type était bizarre. Et c’est peu dire. La première chose qu’il faisait après m’avoir déshabillée, chaque fois que nous allions dans un hôtel pour «consommer» notre union illégitime, était de chercher la flèche de la Ka’aba sur le plafond de la chambre : vous savez, ce signe qui situe La Mecque et indique aux braves croyants dans quelle direction ils doivent se tourner pour prier face à la Ville sainte.

Et comme il priait ! Quand le moment de la prière venait, il sortait prestement du lit de nos péchés, encore nu et laissant derrière lui de petites gouttes de sperme, et il faisait ses ablutions. Puis il recouvrait d’une serviette la région entre son nombril et ses genoux, se tournait vers la qibla, et se plongeait dans la Fatihah. Après quoi il revenait, avalait une gorgée de champagne et reprenait sa «tâche mortelle» avec un enthousiasme spirituel renouvelé.

Au début, j’étais déconcertée et trouvais la scène plutôt tordante, dans le genre bizarre, subversif. C’était un musulman marié, commettant l’adultère et buvant de l’alcool, et qui ne manquait aucune des prières quotidiennes que son Prophète lui avait recommandées afin d’assurer son entrée au Paradis. Cela dit, je passai bientôt de l’amusement à l’agacement et le quittai. Je ne l’ai jamais revu, mais je l’imagine encore parfois, à poil, se préparant à répéter son mantra «Allahu Akbar». A ses yeux, c’était un homme «chaste», aucun doute.

Combien y a-t-il de ces doubles personnalités au Liban et dans le monde arabe aujourd’hui ? La liste des cas est interminable : tel cet intellectuel «libéral» qui me reprochait d’être trop «coincée» dans ma façon de m’habiller et qui piqua une crise épouvantable au restaurant où nous dînions parce qu’il avait vu arriver sa sœur en minijupe. Ou ce célèbre romancier de gauche qui prétend défendre l’émancipation des femmes, mais ne rate pas une occasion de harceler celles qui croisent son chemin. En fait, le harcèlement sexuel a atteint un tel niveau épidémique dans le monde arabe qu’il peut faire figure de sport national, et il n’y a aucune loi pour protéger les femmes.

Dans notre culture, les notions de vertu et d’abstinence sont considérées comme synonymes, de même que celles de liberté et de dépravation, surtout quand il s’agit des femmes. C’est le syndrome de Casanova contre celui de la putain. Aussi incroyable que ce soit, dans un Liban qui se veut «moderne», beaucoup de femmes sont toujours censées arriver vierges au mariage. Si nous vivions dans un monde normal, on pourrait croire à une plaisanterie de mauvais goût. Mais ce n’est pas le cas. Pas dans une région où la notion d’honneur est liée à ce qui se trouve entre les jambes des femmes, et où le corps des femmes est censé être une acquisition masculine.

Où cela nous mène-t-il ? Entre autres choses, aux effroyables crimes d’honneur. Ceux-ci coûtent la vie à 20 000 femmes chaque année. Si une femme ose avoir des rapports hors mariage, qu’elle l’ait voulu ou que cela lui ait été infligé par la violence, elle risque d’être assassinée par un membre de sa famille. Manifestement, les crimes d’honneur s’appliquent aux femmes, pas aux hommes. A-t-on jamais entendu parler d’une femme arabe égorgeant son frère parce qu’il avait eu des rapports hors mariage ?
Un autre produit dérivé du tabou de la virginité est la reconstruction de l’hymen, une pratique prisée au Liban et dans d’autres pays arabes. Mais ce qui m’est le plus pénible dans tout cela, c’est la façon dont les femmes acceptent cette humiliation et se prêtent à des compromis sur leur droit à utiliser leur corps librement. Les mères prennent le parti de la famille dans les crimes d’honneur, ou observent un silence coupable, ou encore traînent leurs filles chez le gynécologue pour leur faire fabriquer un nouvel hymen : ce sont des femmes dont le cerveau a été lavé par des siècles de manipulation patriarcale et de déni, qui récitent en chœur les paroles que leur ont inculquées leurs mères, leurs pères, la société arabe et les milieux religieux et culturels arabes.

Le Liban a l’un des taux les plus faibles de participation des femmes à la vie politique, et un des plus élevés concernant l’avilissement de l’image des femmes. Affiches, publicités télévisées et vidéos musicales font preuve d’une forte charge érotique, et il n’y a pas de publicité pour un réfrigérateur sans une femme à moitié nue couchée dessus, censée vous faire succomber à la tentation (inutile de dire que vous ne verrez jamais un homme à moitié nu vous inciter à acheter une nouvelle banquette). Récemment, le ministère libanais du Tourisme a produit sans honte un petit film pour promouvoir le tourisme dans le pays en jouant sur le désir des touristes de voir le corps dénudé de jeunes Libanaises. Et cela dans un pays où modernité et liberté passent pour superficielles et où les femmes n’ont pratiquement aucun droit ! Nous avons même une loi grâce à laquelle un violeur agresseur peut échapper aux poursuites en épousant sa victime, lui rendant son «honneur». Voilà comment le criminel est «sauvé» alors que sa victime est «punie» à vie. Et ce n’est qu’un exemple des nombreuses lois discriminatoires dignes de l’âge de pierre dans ce qui fut «la Suisse du Proche-Orient».En effet, le pire de l’histoire, c’est que des femmes prétendent avoir «choisi» d’être traitées avec cette condescendance. Mais ce qu’elles appellent «choix» n’est qu’un déni ou un lavage de cerveau. Car comment parler de choix quand vous n’avez aucune autre solution ? Ou quand l’autre solution est d’être ostracisée, battue ou emprisonnée, voire tuée ?

Franchement, je ne sais pas comment une femme peut être une femme dans notre partie du monde sans être révoltée par les insultes et les sévices dont elle est victime, que ceux-ci visent à l’éliminer ou à l’exploiter. Quand la «bombe» des femmes arabes éclatera-t-elle ? Je veux parler de la bombe de leurs capacités, de leurs ambitions, de leur liberté, de leur force et de leur confiance en elles ; la bombe de leur colère contre la condition qu’on leur inflige, qu’elles acceptent souvent sans murmurer. Quand admettront-elles que leurs droits ne sont pas un luxe mais d’une importance majeure ? Quand, surtout, cesseront-elles de contribuer à renforcer le système patriarcal et ses valeurs d’un autre temps ?

Le «printemps arabe», dit-on ? Pour ce que j’en vois, c’est un autre hiver, ou plutôt un printemps «cosmétique». La solution ? Détruire. Et détruire. Et détruire encore. Et ensuite reconstruire. Hommes et femmes ensemble, main dans la main. C’est cela, la bataille qu’il nous faut. C’est cela, la vraie révolution que nous méritons.
 badiltawri.wordpress.com

Dernier ouvrage paru : «J’ai tué Schéhérazade. Confessions d’une femme arabe en colère», Actes Sud, 2010. A paraître en poche chez Babel début 2013.
Tous les vendredis jusqu’à fin septembre, Libération demande à des auteurs de témoigner sur le fait d’«être une femme» en Iran, en Turquie, au Liban ou au Maroc.
http://www.liberation.fr/http://www.liberation.fr/

samedi 5 novembre 2011

La place des femmes dans les mouvements sociaux du Maghreb au Proche-Orient

Par le CIIP, Maison des Associations à Grenoble, 4/11/2011

INVITATION À LA SOIRÉE DU 16 NOVEMBRE 2011
Dans le cadre des manifestations programmées pendant la Semaine de Solidarité Internationale ( SSI) à Grenoble, les deux associations Maroc Solidarités Citoyennes
et le Centre d'Informations Inter-Peuples (CIIP)
vous invitent à une rencontre
le mercredi 16 novembre 2011, à partir de 18 heures,
Maison des Habitants ( Centre Social Vieux Temple)
3, rue du Vieux Temple - Grenoble
Cette soirée a pour intention de mettre en lumière la place des femmes dans les mouvements sociaux qui se manifestent du Maghreb au Proche-Orient.
Deux militantes (l'une tunisienne et l'autre marocaine) présenteront des courts métrages sur les événements en cours dans leur pays .
Ensuite, après un petit buffet, les deux invitées feront le point sur la situation dans chacun de leur pays. Et, en replaçant éventuellement leur analyse dans un contexte plus vaste, elles pourront faire part des perspectives d'avenir.
 CIIP, Maison des Associations, 6bis rue Berthe de Boissieux, 38000 Grenoble
Tél /fax : 04 76 49 90 22 - courriel : marie.geney@numericable.fr
contact : 04 76 87 59 79

vendredi 10 juin 2011

COLLECTIF POUR UN MAGHREB DES DROITS DE L'HOMME


COLLOQUE ANNUEL
Les femmes du Maghreb dans leurs luttes pour la démocratie et l'égalité des droits

En cette année 2011, les pays du Maghreb et du Machrek entrent dans l’histoire.
Déjà les régimes dictatoriaux de Tunisie et d’Egypte sont tombés et des processus de transition démocratique sont en cours. En Algérie et au Maroc, les pouvoirs tentent d’endiguer le mouvement, en promettant des réformes qui s’avèrent d’ores et déjà en deçà des revendications populaires. D’autres pays arabes n’ont pas encore saisi la marche de l’histoire et répriment sauvagement les centaines de milliers d’hommes et de femmes qui manifestent pacifiquement leur refus de la tyrannie et de la corruption.
Ces mouvements populaires sont portés par des populations qui ont longuement souffert des privations multiples imposées par des dictatures ubuesques. Singularité notable : leur mixité ! Jeunes ou moins jeunes, les femmes prennent leur part, inscrivent toute leur part dans cette nouvelle page de leur histoire. Elles bousculent les représentations stéréotypées de ces pays, mais aussi les attitudes et les pratiques masculines, machistes, que légitimaient des traditions culturelles et/ou religieuses ouvertement inégalitaires. Plus encore que les hommes, elles doivent affronter un double défi :
contribuer au démantèlement des ordres politiques autoritaires ou dictatoriaux ; recouvrer leur dignité de citoyennes dans ces sociétés foncièrement inégalitaires.
Aussitôt les dictateurs déchus, en Tunisie - comme en Egypte - les femmes, qui ont participé en nombre aux actions et aux manifestations, refusent de "rejoindre leurs cuisines", comme beaucoup voudraient les y contraindre, au son du leitmotiv habituel : "il y a désormais d'autres priorités, d'autres urgences...".
Pour elles, l'Histoire ne doit plus être un "éternel recommencement". Elles ont tiré les enseignements de l'expérience algérienne sitôt l'indépendance conquise, qui fut, hélas, édifiante et instructive. Informées et instruites de tous les mouvements qui avaient précédé dans l’histoire, convaincues du fameux adage « later is never », déterminées à assumer leurs responsabilités de citoyennes dans des sociétés encore rétives à l’idée même de l’égalité des droits entre femmes et hommes, les femmes continuent à se mobiliser pour arracher leurs droits. Y compris aux démocraties établies depuis des siècles, elles veulent rappeler, qu’il n’y a pas de démocratie sans une égalité réelle et effective des
droits.
C’est dans un tel contexte que le « Collectif Pour un Maghreb des Droits de l’Homme » organise, le samedi 18 juin 2011,  de 10heures à 18heures, à l’Assemblée nationale son colloque annuel.
Le thème en avait été décidé fin 2010 : « Les droits des femmes du Maghreb ». Rien ne permettait d’imaginer alors que l’actualité allait fournir, aux questions que nous nous posions, des réponses, encore inimaginables hier. Aujourd’hui, ancrées dans la réalité, porteuses d’espoir pour le Maghreb-Machrek et au-delà.

Samedi 18 juin de 13h à 18h
Colloque
Salle Lamartine - Immeuble Jacques Chaban-Delmas
101 rue de l'Université 75007 Paris
Métro : Assemblée nationale
Inscription obligatoire : maghrebddh@yahoo.fr

PROGRAMME
13h : Accueil des participants
14h : Mot de bienvenue
14h15 : Introduction générale :
Ahmed Dahmani, Membre du Collectif Pour un Maghreb des Droits de l’Homme.
Modératrice
Rosa Moussaoui, journaliste
14h 30 - Femmes Tunisiennes : après la parité, l'égalité.
Nadia Chaabane, militante féministe
14h 50 - Maroc : Le rôle des femmes dans le mouvement du 20 février.
Amina Boughalbi, co-animatrice du mouvement du 20 février
15h10 - Les luttes du mouvement des femmes pour l'égalité, des luttes pour la démocratie en Algérie.
Feriel Fates, militante féministe
15h30 - Quel rôle pour la femme dans la révolution libyenne ?
Salha Ashtioui, militante du comité 17 février
15h50 - Maghrébines de France, l'incessante lutte pour l'égalité des droits.
Fouzia Maqsoud, militante de l'immigration
16h10 - Questions et débats
17h30 - Conclusions et synthèse.
Hayat Berrada-Bousta, ancienne exilée politique, conseil en communication interculturelle

samedi 9 avril 2011

Femmes maghrébines marginalisées


Par Saïd AFOULOUS, 1/4/2011

Actes du colloque «Femmes marginalisées»
Mères célibataires, femmes de ménage, femmes divorcées, veuves, détenues, femmes en célibat assumé…

 
«Femmes marginalisées et insertion sociale» est un ouvrage collectif, publié sous la coordination de Fatima Sadiqi, professeur chercheur président du Centre Isis. Il rassemble les actes du colloque organisé il y a une année à Fès sur les phénomènes d’exclusion de la femme du fait des mentalités et des normes sociales dans le monde arabo-musulman avec propositions. L’ouvrage vient d’être publié à l’occasion de la journée mondiale de la femme avec 17 articles en arabe, en français et en anglais. Les auteurs, souvent des universitaires, évoquent le phénomène dans plusieurs pays: Maroc, Algérie, Tunisie, Yemen, Congo etc. Sont traitées les différentes situations de marginalisation: mères célibataires, femmes divorcées, veuves, vieilles filles, femmes détenues, femmes de ménage etc.
D’après Fatima Sadiqi les études publiées, en abordant par exemple des situations spécifiques comme les mères célibataires et les femmes de ménage, visent à ouvrir un débat pour combler quelques lacunes juridiques non évoquées par la Moudawana qui a constitué un grand progrès au Maroc. «Nous avions organisé le colloque pour permettre, en partie, de débattre de certaines lacunes comme le fait que les mères célibataires et les femmes de ménage n’ont pas été intégrées pour leur donner un cadre légale».
D’autre part, ajoute Fatima Sadiqi, il s’agit de sensibiliser les étudiants sur l’intérêt du travail de terrain en rapport avec ces phénomènes d’exclusion pour stimuler l’intérêt pour des études académiques très poussées sur ces thèmes où souvent il y a absence de données et de statistiques officielles, si l’on écarte celles détenues par des ONG oeuvrant dans le social.
De ces textes publiés, on peut retenir que la marginalisation des femmes est de deux sortes grosso modo. D’abord celle liée à la pauvreté, la misère, les disparités sociales criantes, l’analphabétisme, ce qui engendre des situations de dépendance et d’exclusion. Ensuite celle d’exclusion même pour les femmes de niveau éducatif supérieur et jouissant d’un statut social relativement privilégié par rapport aux autres et qui n’en souffrent pas moins d’exclusion en cas de présence d’extrémisme religieux ou de phénomène d’opinion publique dominante et diminuante par exemple pour les femmes divorcée, célibataires ou vieille filles comme on peut le lire dans l’intéressante étude de Amel Garmi sur la prise de parole des femmes célibataires, une prise de parole grâce aux nouvelles technologies, Internet et blogs. Il s’agit des femmes qui ne se sont pas mariées et qui se sentent rejetées, opprimées par l’opinion dominante machiste.
Les études présentées insistent donc sur la question des normes sociales, de l’immobilisme des mentalités, des images discriminatoires de la femme dont l’image est dénigrée, mal vue dans l’éducation et chez les femmes elles-mêmes surtout analphabètes.
Les mères célibataires sont évoquées dans deux études, d’abord par Hakima Hatri de l’Université al-Qaraouiyyine de Fès qui fait le lien entre les enfants abandonnés et les femmes en situation difficile (divorcées, veuves), ensuite par Amina Magdoud de la Faculté de droit de Fès. Le phénomène est plutôt archiconnu surtout avec le travail de terrain d’ONG comme Solidarité féminine de Aicha Chenna à Casablanca. Celle-ci avait déjà fait le lien très étroit entre l’exploitation des petites bonnes et la prolifération des mères célibataires.
D’autres femmes marginalisées depuis toujours dans l’indifférence surtout qu’il n’y a pas de statistiques, ce sont les femmes de ménage. Zhor Houti de la faculté des lettres Saiss (Fès), fait le point sur les femmes de ménage et la grande précarité qui pousse une mère de famille à délaisser son propre foyer et ses enfants pour s’occuper du foyer des autres contre un salaire de misère allant de 30 Dh à 100 Dh la journée. La femme est exploitée doublement par les employeurs et les agents intermédiaires, les semssara. Sans compter des situations de harcèlement sexuel des femmes du Moaouqef. Les conséquences sont désastreuses sur les enfants de la femme de ménage qui représente une catégorie importante de travailleuses qui œuvrent laborieusement dans un total vide juridique. Jusqu’à présent, le législateur s’est intéressé surtout à la petite bonne et il n’y a aucune étude à ce jour sur les femmes de ménage.
«Les femmes de ménage demeureront marginalisées tant qu’une loi organisant le métier n’est pas promulguée pour les protéger», souligne Zhour Houti déplorant les lacunes flagrantes du code du travail du 11 septembre 2003.
Malika Akham de l’université de Blida, évoque dans une étude en arabe, la situation de la femme marginalisée en Algérie en axant son intervention sur la vulnérabilité de la femme qui a permis de nombreux viols durant la période de violence et d’extrémisme religieux des années 90. Comme souvent constaté, l’exclusion concerne les catégories de femmes divorcées, des orphelines, des personnes à besoins spécifiques, des malades du Sida, des enfants et femmes des rues, les victimes de chômage.
Si la femme a évolué dans la société algérienne avec 60% de femmes parmi la population estudiantine, 70% des avocats qui sont des femmes, 50% des fonctionnaires de l’éducation, 58% du personnel de la santé, 61% des diplômés, il n’y a pas eu cependant une évolution des mentalités vis-à-vis des femmes. Le passage de l’économie socialiste à l’économie de marché a provoqué une dégradation du niveau de vie des différentes catégories sociales, en particulier les femmes, ce qui a aggravé leur situation précaire du fait du recul du soutien de l’Etat. Le taux d’analphabétisme reste élevé parmi les femmes rurales, pauvres et âgées et touche le tiers des femmes. Seules 18% des femmes travaillent et 16,3% des celles qui se marient cessent de travailler.
L’auteur note la marginalisation des femmes divorcées en Algérie avec 40.500 femmes divorcées du fait de causes financières, de disparités culturelle et mentale, de mauvais traitements, de violences conjugales. Il est aissi question de l’indépendance de la femme qui refuse l’autoritarisme arbitraire de l’homme.
Pendant la période de terrorisme traversée par l’Algérie, la femme a eu à souffrir en priorité de violences diverses dont la migration et les viols. La femme est la part vulnérable de la société et, de ce fait, elle subit la première les dommages collatéraux les plus tragiques.
De son côté, Afraa Hariri du Centre d’Aide Sociale d’Aden (Yémen) dresse dans un texte en arabe la situation dramatique des femmes marginalisées au Yémen, prises entre le poids accablant des traditions et la pauvreté extrême. L’auteur évoque surtout la femme détenue au Yemen, des femmes qui se retrouvent derrière les barreaux à cause de situations sociales explosives où le crime devient un ultime recours désespéré, une façon tragique de prendre l’initiative pour s’exprimer dans un contexte social tribal très hiérarchisé et opprimant et où le crime dit d’honneur n’est même pas à ce jour sanctionné par la loi.
Viennent en premier pour les femmes marginalisées au Yemen, les divorcées et les veuves surtout celles qui ont des enfants à charge, ensuite les détenues, les femmes victimes de violences, les femmes dans les classes inférieures. Dans certaines sociétés où domine l’extrémisme religieux, sont marginalisées les femmes qui travaillent, les fonctionnaires, les diplômées de l’université.
La situation des femmes au Yemen ne diffère aucunement de celle qui prévaut dans les autres pays arabe, sauf qu’ici la situation est plus grave du fait de la régression du niveau de développement économique en particulier pour ce qui concerne la situation des femmes qui subissent la pression de la domination de l’héritage culturel tribal primant sur la loi, un taux d’analphabétisme élevé dans les rangs des femmes, la précarité dans un pays où 70% des habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté et où souvent les petites filles sont exposées au «mariage touristique» sur ordre du chef de famille.
Amel Grami de l’université Manouba (Tunis), aborde dans un intéressant texte en arabe, «la prise de parole des femmes célibataires», la marginalisation des femmes célibataires par l’exclusion, la discrimination et la stigmatisation par une opinion sociale dominante qui veut que toute femme qui n’est pas mariée est dépréciée, mise à l’écart. Ce qui entraîne une souffrance morale à l’instar de ce que vit toute minorité. Les femmes peuvent ne pas arriver à se marier par manque de moyens, donc sous la contrainte. Elles peuvent décider de ne pas se marier par choix ou parce qu’elles n’ont pas trouvé l’homme qui leur convient. Vis-à-vis de la société traditionnelle et des mentalités, ce célibat est stigmatisé. De nouvelles générations de femmes refusent de se laisser faire, de continuer à subir le stigmate et prennent la parole pour s’exprimer, parler en toute liberté de leur état de célibat, jusque-là un tabou, et d’une souffrance dans la solitude subie. Ce sont des blogueuses qui osent parler, discuter et débattre, ce qui constitue une grande libération contre l’oppression.
«Femmes Marginalisées et Insertion Sociale». Editions Imprimerie Imagerie Pub Neon

http://www.lopinion.ma/def.asp?codelangue=23&id_info=19621&date_ar=2011-4-2%2015:5:00