Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est enfants immigrés. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est enfants immigrés. Afficher tous les articles

mardi 31 mai 2011

Scolarité des enfants d'immigrés: Guéant a tout faux !

Par Lucie Delaporte, rédaction de Mediapart , 25/5/2011

« Les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés », la phrase de Claude Guéant lancée dimanche au micro d'Europe-1 a, sans surprise, provoqué l'indignation de la communauté éducative. « Ignoble », « fantaisiste »... Syndicats d'enseignants et associations de parents d'élèves ont immédiatement réagi aux propos du ministre en s'interrogeant sur l'origine d'une telle statistique. D'où le ministre de l'intérieur tient-il pareil chiffre? Contacté le lendemain, un porte-parole du ministère assurait que Guéant reprenait simplement les données du rapport du Haut Conseil à l'intégration intitulé «Les défis de l'intégration à l'école».

Pourtant, si le rapport pointe bien les difficultés scolaires des enfants issus de l'immigration, aucune trace d'une tel chiffre dans le rapport. « Il a sans doute été lu dans la presse par le ministre », estime une représentante du HCI… Rue de Grenelle, la gêne était tout aussi palpable: « Nous n'avons pas eu connaissance de ce chiffre », nous précise un porte-parole. Interrogé mardi par l'AFP, Claude Guéant a cette fois dit qu'il s'agissait de données de l'Insee et de l'OCDE… Sans plus de précision. Et pour cause.

Contrairement à ce qu'ont pu affirmer les associations de parents d'élèves, qui ont rappelé que les statistiques ethniques étaient interdites en France, les chiffres sur la scolarité des enfants d'immigrés existent bien, et depuis longtemps. Mais aucun n'aboutit à un tel résultat. Le rapport du HCI auquel s'est d'abord référé le ministère de l'intérieur met effectivement en évidence les difficultés scolaires des enfants d'immigrés : « Les enfants de famille immigrée sortent aussi presque deux fois plus souvent du système éducatif sans qualification (11% contre 6% pour les non-immigrés). » Le redoublement les touche plus souvent que les autres élèves : plus d'un sur quatre a redoublé à l'école élémentaire contre un sur cinq quand aucun ou un seul parent est immigré. En 2002, sept ans après leur entrée au collège, seul un enfant d'immigré sur quatre prépare un baccalauréat général (27% contre 40% des non-immigrés). Ils sont plus souvent dans les voies professionnelles (35% contre 25% des non-immigrés), et technologiques (20% contre 18% des non-immigrés) et ont moins recours à l'apprentissage (6% contre 9%).

Mais pour les chercheurs spécialistes de la question, pour accablants qu'ils paraissent, ces chiffres n'ont en réalité que peu de sens s'ils ne sont pas mis en perspective. Réalisé à la demande du premier ministre, le rapport du Haut Conseil à l'intégration a semble-t-il eu à cœur de coller à la demande, très politique, qui lui était faite. Il a ainsi mis en valeur les médiocres performances des élèves issus de l'immigration en omettant les spécificités sociologiques de cette population qui rendent l'opposition entre performances scolaires des enfants d'origine française ou immigrée totalement absurde.

« Affirmer qu'il y a sur-représentation des “enfants d'immigrés” qui – pour prendre un indicateur d'“échec” – sortent du système scolaire sans diplôme relève d'une confusion et d'un mauvais usage des statistiques puisque on ne peut pas raisonner en chiffres bruts sans prendre en compte, au moins, la dimension sociale. Or, l'échec scolaire est d'abord l'échec des enfants des milieux populaires, plus que celui des enfants d'immigrés », affirme ainsi Séverine Chauvel, sociologue et co-auteur d'Orientation scolaire et discrimination, qui vient de paraître à la Documentation française. Pour elle, « cette affirmation relève de l'idéologie : attribuer la cause de l'échec aux familles qui ont migré en France permet surtout de ne pas remettre en cause les politiques éducatives actuelles ».

Inégalité de traitement Tradition républicaine oblige, la recherche sur les performances scolaires en fonction de l'origine a longtemps été difficile. Pour obtenir des résultats sur le comportement scolaire des enfants d'immigrés, les chercheurs s'en sont souvent tenus à des pratiques de contournement: recherches à partir des patronymes, de la nationalité, etc. Or, le panel 1995, qui suit les parcours de tous les élèves entrés en sixième cette année-là, offre pour la première fois des statistiques sur la nationalité des parents. Il permet d'obtenir des données très précises sur la scolarité de cette population. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles ne vont pas du tout dans le sens du « chiffre » avancé par Claude Guéant.

« Leurs résultats sont globalement moins bons. Mais à classe sociale équivalente ce n’est plus vrai. A caractéristiques sociales comparables des parents, on observe au contraire un avantage des enfants d'immigrés essentiellement dû à l'investissement très forts des parents », explique Annick Kieffer, auteur avec Yaël Brinbaum de l'étude La scolarité des enfants d'immigrés de la sixième au baccalauréat (2009, lire sous l'onglet Prolonger). « C'est vrai à l'entrée en sixième et c'est vrai également au niveau du BEPC. »

Selon cette étude, parmi les élèves dont les parents sont ouvriers et employés, 46% ont le bac chez les enfants d'immigrés, contre 40% chez les Français d’origine. Ce chiffre monte à 88% chez les enfants d'immigrés cadres. Ils sont aussi plus nombreux à aller vers une seconde générale. « Le problème, c'est qu'on ne s'intéresse plus à l'origine sociale, déplore Annick Kieffer. On compare deux populations (enfants issus de l'immigration et français d'origine) dont les caractéristiques socioprofessionnelles n'ont absolument rien à voir. » Et de rappeler que dans le cas des enfants d'immigrés, les ségrégations urbaines et scolaires se superposent. Les élèves d’origines maghrébines, par exemple, sont cinq fois plus inscrits en ZEP que les autres.

A l'opposé du Haut Conseil à l'intégration, qui fait mine de pouvoir isoler le critère de l'origine en faisant fi des autres paramètres, la recherche sur la scolarité des enfants d'immigrés tente plutôt aujourd'hui d'ouvrir un champ jusque-là laissé en friche: celui d'une inégalité de traitement selon l'origine. « L'idée d'une légère sur-réussite des enfants d'immigrés, à niveau social égal, ne doit pas faire oublier le sentiment d'injustice criant et la souffrance de beaucoup de ces élèves », souligne ainsi Fabrice Dhume qui a coordonné l'ouvrage Orientation scolaire et discrimination (La Documentation française, 2011, en partenariat avec la Halde). Les élèves de parents immigrés ont-ils les mêmes chances que les autres dans l'école de la République? Sont-ils notés, orientés de la même façon? Le panel 95 révèle que 39% des élèves d’origine maghrébine se sont vu refuser leur vœu d'orientation contre 23% pour les élèves français d’origine. Pour ce chercheur de l'ISCRA, il est temps que les pouvoirs publics « sortent du déni sur ces questions ». Pas sûr que, dans le climat actuel, il soit entendu.

12FranceClaude Inégalité de traitement Tradition républicaine oblige, la recherche sur les performances scolaires en fonction de l'origine a longtemps été difficile. Pour obtenir des résultats sur le comportement scolaire des enfants d'immigrés, les chercheurs s'en sont souvent tenus à des pratiques de contournement: recherches à partir des patronymes, de la nationalité, etc. Or, le panel 1995, qui suit les parcours de tous les élèves entrés en sixième cette année-là, offre pour la première fois des statistiques sur la nationalité des parents. Il permet d'obtenir des données très précises sur la scolarité de cette population. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles ne vont pas du tout dans le sens du « chiffre » avancé par Claude Guéant.

« Leurs résultats sont globalement moins bons. Mais à classe sociale équivalente ce n’est plus vrai. A caractéristiques sociales comparables des parents, on observe au contraire un avantage des enfants d'immigrés essentiellement dû à l'investissement très forts des parents », explique Annick Kieffer, auteur avec Yaël Brinbaum de l'étude La scolarité des enfants d'immigrés de la sixième au baccalauréat (2009, lire sous l'onglet Prolonger). « C'est vrai à l'entrée en sixième et c'est vrai également au niveau du BEPC. »

Selon cette étude, parmi les élèves dont les parents sont ouvriers et employés, 46% ont le bac chez les enfants d'immigrés, contre 40% chez les Français d’origine. Ce chiffre monte à 88% chez les enfants d'immigrés cadres. Ils sont aussi plus nombreux à aller vers une seconde générale. « Le problème, c'est qu'on ne s'intéresse plus à l'origine sociale, déplore Annick Kieffer. On compare deux populations (enfants issus de l'immigration et français d'origine) dont les caractéristiques socioprofessionnelles n'ont absolument rien à voir. » Et de rappeler que dans le cas des enfants d'immigrés, les ségrégations urbaines et scolaires se superposent. Les élèves d’origines maghrébines, par exemple, sont cinq fois plus inscrits en ZEP que les autres.

A l'opposé du Haut Conseil à l'intégration, qui fait mine de pouvoir isoler le critère de l'origine en faisant fi des autres paramètres, la recherche sur la scolarité des enfants d'immigrés tente plutôt aujourd'hui d'ouvrir un champ jusque-là laissé en friche: celui d'une inégalité de traitement selon l'origine. « L'idée d'une légère sur-réussite des enfants d'immigrés, à niveau social égal, ne doit pas faire oublier le sentiment d'injustice criant et la souffrance de beaucoup de ces élèves », souligne ainsi Fabrice Dhume qui a coordonné l'ouvrage Orientation scolaire et discrimination (La Documentation française, 2011, en partenariat avec la Halde). Les élèves de parents immigrés ont-ils les mêmes chances que les autres dans l'école de la République? Sont-ils notés, orientés de la même façon? Le panel 95 révèle que 39% des élèves d’origine maghrébine se sont vu refuser leur vœu d'orientation contre 23% pour les élèves français d’origine. Pour ce chercheur de l'ISCRA, il est temps que les pouvoirs publics « sortent du déni sur ces questions ». Pas sûr que, dans le climat actuel, il soit entendu.

vendredi 6 août 2010

La Grèce doit cesser de traiter les migrants comme des délinquants

Par Amnesty International, 27/7/2010

Amnesty International rend public mardi 27 juillet un nouveau rapport dans lequel elle demande aux autorités grecques de revoir immédiatement leur politique d'incarcération des migrants en situation irrégulière et des demandeurs d'asile, parmi lesquels se trouvent de nombreux mineurs non accompagnés

Le document Greece: Irregular migrants and asylum-seekers routinely detained in substandard conditions décrit le traitement réservé à ces personnes, dont un grand nombre sont retenues dans des conditions déplorables dans des postes de frontière ou des centres de détention pour migrants, où l'assistance juridique, sociale et médicale est restreinte ou inexistante.
Sur les 30 000 personnes dont la demande d'asile a été examinée en 2009, seules 36 ont reçu le statut de réfugié.
« Les demandeurs d'asile et les migrants en situation irrégulière ne sont pas des criminels, a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale. Pourtant, les autorités grecques les traitent comme des délinquants et sans respecter les droits qui sont les leurs aux termes du droit international. Aujourd'hui en Grèce, les migrants sont systématiquement détenus sans que la nécessité d'une telle mesure ne soit évaluée. La détention des demandeurs d'asile et des migrants en raison de leur situation irrégulière doit rester une mesure de dernier recours. »
Il arrive que des migrants en situation irrégulière et des demandeurs d'asile soient détenus jusqu'à six mois en Grèce avant d'être expulsés. Aux termes du droit grec, le fait d'entrer irrégulièrement dans le pays ou d'en sortir de façon irrégulière constitue une infraction pénale.
Des dizaines de milliers de migrants en situation irrégulière et de demandeurs d'asile arrivent chaque année en Grèce. La grande majorité des demandeurs d'asile et des personnes fuyant des pays déchirés par la guerre arrivent par la frontière terrestre et la côte turco-grecques. Il s'agit pour la plupart d'Afghans, d'Érythréens, d'Irakiens, de Palestiniens et de Somaliens.
« À l'issue d'un voyage souvent périlleux, les migrants échouent dans des centres de détention sans pouvoir consulter d'avocats, ni se faire aider d'interprètes et de travailleurs sociaux. De ce fait, les circonstances de leur venue ne sont pas évaluées correctement et un grand nombre de ceux qui auraient eu besoin d'une protection internationale peuvent être renvoyés dans le lieu qu'ils ont fui, et d'autres ne pas recevoir les soins ou le soutien nécessaires », a ajouté Nicola Duckworth.
Ni les migrants en situation irrégulière, ni les demandeurs d'asile ne sont informés de la durée de leur détention et de ce qu'il va leur arriver. Ils peuvent être détenus pendant de longues périodes dans des installations surpeuplées où les mineurs ne sont pas séparés des adultes. L'aide médicale y est très restreinte ainsi que la mise à disposition de produits d'hygiène.
Très peu de demandeurs d'asile se voient accorder le statut de réfugié par les autorités grecques. Sur les plus de 30 000 personnes dont la demande d'asile a été examinée en 2009, seules 36 ont reçu le statut de réfugié et 128 se sont vu accorder une forme de protection subsidiaire.
Dans une grande majorité des lieux de détention qu'ont visités les délégués d'Amnesty International, les conditions allaient d'inadaptées à très mauvaises. Des personnes détenues ont fait état à Amnesty International de cas de mauvais traitements infligés par des garde-côtes et des policiers.
Des détenus ont fait état à Amnesty International de mauvais traitements infligés par des policiers.
En février 2010, Venna dans le nord-est de la Grèce a été le théâtre d'un mouvement de protestation de migrants en situation irrégulière et de demandeurs d'asile contre les conditions déplorables et la durée de leur détention. De même en avril 2010, des migrants en situation irrégulière ont entamé une grève de la faim sur l'île de Samos pour protester contre la durée de leur détention.
« La détention ne peut pas être utilisée comme un outil de contrôle de l'immigration, a déclaré Nicola Duckworth. Pour chaque cas, il incombe aux autorités de démontrer qu'une telle détention est nécessaire et proportionnelle à l'objectif recherché et que d'autres solutions ne seraient pas efficaces. »
Amnesty International a déclaré qu'elle considérait que les centres de filtrage que les autorités grecques prévoyaient de développer devraient intégrer d'autres solutions telles que des centres ouverts ou semi ouverts pour les personnes arrivant dans le pays.
Les autorités doivent veiller à ce que les migrants en situation irrégulière et les demandeurs d'asile arrivant dans ces centres bénéficient, gratuitement, d'une assistance médicale ainsi que d'une aide juridique et de services d'interprétariat dans une langue qu'ils comprennent.
http://fr.euromedrights.org/index.php/publications/member_publications/3931.htm