Pendant la deuxième semaine de février, deux gamins, en marge d’un événement
sportif, se chamaillent. Par surprise, celui de 12 ans baisse le pantalon de
celui de 14 ans, qui le prend mal et fait de même en retour.
Le plus jeune en parle à son père au téléphone, et évoque des attouchements.
Normalement, une telle affaire devrait se terminer par une sérieuse explication
avec les deux enfants.
Mais nous sommes au Maroc, à Agadir ; l’adolescent de 14 ans est algérien ;
le père du plus jeune est un ancien officier des forces royales marocaines.
Ce dernier a porté plainte pour agression sexuelle. Le jeune Algérien, Islam
K., a été arrêté le 11 février. Il a été jugé mardi dernier par un tribunal pour
enfants. Il a écopé d’un an de prison ferme. Vous avez bien lu : un an de
prison. Son père a fait appel.
Tous les ingrédients sont là pour réveiller les tensions entre les deux
nations.
« C’était uniquement pour rigoler »
L’adolescent algérien était parti à Agadir pour participer à un stage de
voile mettant en compétition les jeunes champions des deux pays. L’altercation
avec le jeune Marocain a eu lieu dans une chambre de l’hôtel Marhaba, à quelques
pas de la plage.
Voici comment le jeune prisonnier l’a racontée au quotidien tabloïd algérien Echorouk :
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Des bateaux sur une plage d’Agadir au Maroc,
(Picture Colour
L/SUPERSTOCK/SIPA |
« Ce jour-là, nous étions de retour de la mer après une baignade. Nous avions
pris un bain mes amis et moi… Lorsque je me mettais à lacer mes chaussures,
l’enfant marocain “F.” qui était entré dans notre chambre m’a baissé le
pantalon.
C’est ce qui m’a poussé de lui rendre pareil [sic]. Mon compatriote [de
12 ans, qui n’a pas été condamné, ndlr] et moi avons baissé son pantalon.
C’était uniquement pour rigoler, pas pour autre chose ».
Les médias algériens scandalisés
Si les autorités algériennes se taisent, analysent les journaux, c’est parce
qu’elles ne veulent pas aggraver les relations difficiles entre les deux pays,
alors qu’une délicate tentative de résolution du conflit sur le Sahara
occidental est en cours.
Victime collatérale de la situation au Sahel
Cette question empoisonne les relations entre les deux pays depuis des
décennies. La crise au Mali – et la situation au Sahel en général – rend la
recherche d’une solution plus urgente encore.
Le premier ministre marocain, Abdelilah Benkirane a récemment ulcéré
l’Algérie en accusant cette dernière d’être responsable de l’impasse actuelle
dans la région.
En 1984, le Maroc avait quitté l’Organisation de l’unité africaine (OUA) à la
suite de la reconnaissance, par l’organisation, de la République arabe sahraouie
démocratique (RASD). Il n’est jamais retourné dans l’organisation, et vit très
mal ce retrait. Il occupe 80% du territoire revendiqué par la RASD, et n’est
disposé qu’à accorder un statut d’autonomie à ce qu’il considère comme ses
« provinces du sud ».
L’ancien ambassadeur américain à Alger, Christopher Ross, est actuellement
chargé d’une médiation par le secrétaire général des Nations unies pour le
Sahara. Il estime que, compte tenu de la volatilité au Sahel, il est urgent de
régler cette vieille querelle. Il rendra son rapport le 8 avril et le Conseil de
sécurité des Nations unies se penchera sur la question le 22.
En attendant, mardi dernier, le jeune Islam, champion d’Afrique d’Optimist, a
fêté son quinzième anniversaire derrière les barreaux, dans le centre de
détention pour mineurs d’Agadir.