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dimanche 28 septembre 2014

Raymond Gurême, 89 ans agressé chez lui par des policiers

Né en 1925 dans une roulotte, Raymond Gurême est un ancien résistant qui a connu les camps allemands. (1)
Le 4 octobre 1940, alors qu’il n’a que 15 ans, des gendarmes viennent arrêter toute sa famille. Ils sont d’abord parqués dans une usine à Darnétal près de Rouen puis transférés à Sotteville les Rouen avant d’être conduits dans des wagons à bestiaux jusqu’à Brétigny en région parisienne. 
« Ça le mettait en colère mon père se voir prisonnier sur le sol Français, arrêté et gardé par des Français, lui qui avait fait la guerre de 1914 et avait même été gazé. Quand il disait aux gardien qu’il était Français, ils ne savaient pas quoi dire et se débinaient. »
Il s’évade la première fois alors qu’il n’a que 15 ans et se fait reprendre rapidement, dénoncé par le maire de la commune à qui il avait demandé de l’aide. Arrêté plusieurs fois, déporté en Allemagne, il participera finalement à la libération de Paris.

74 ans plus tard, le 23 septembre 2014, d'autres policiers font une descente sur le terrain dont il est propriétaire dans l’Essonne. Ils s’introduisent dans son domicile et lui demandent d’en sortir, ce qu’il refuse de faire. Voici le témoignage d’un membre de la famille :
"le commissariat d'Arpajon a décidé le 23.09.14 de se déplacer à notre domicile en opération coup de poing armé de gomme cogne, matraque télescopique 9mm, taser, bombe lacrymogène, se sont autorisés a rentrer et fouiller dans nos domiciles sans mandat de perquisition ».
Face à l’opposition du vieil homme et de sa famille, la réaction policière est immédiate. Un témoin raconte : « une femme portant son bébé dans les bras a été gazée, une femme enceinte frappée et gazée, une mineure de 16 ans et sa mère la défendant, le fils du propriétaire a été massacré par 4 de leurs hommes après s’être défendu, un autre de ses fils a été salement amoché et la maman de la mineure a été transférée a l’hôpital pour coup aggravé. »
Raymond Gurême s’est rendu chez un médecin pour faire constater les violences policières. Celui-ci constate des ecchymoses sur l’avant-bras et le thorax ainsi que des contusions à l’épaule et sur le crâne.  Il a déposé plainte contre les policiers.

Nous vivons dans un pays formidable où 3 présumés terroristes, fichés et recherchés peuvent franchir la douane d’un aéroport sans être inquiétés mais où un vieil homme de 89 ans, ancien résistant se fait frapper par la police parce qu’il refuse qu’on fouille sa maison sans raison.
Nous attendons avec impatience la version policière qui nous apprendra certainement que Monsieur Gurême du haut de ses 89 printemps s’est jeté sur les policiers, les a roué de coups avant de les plaquer au sol puis s’est fait repousser par d’autres vaillants représentants des forces de l’ordre sans qui leurs camarades auraient probablement succombé aux coups meurtriers du nonagénaire présumé terroriste.
Il serait bon que dans ce pays, à défaut d’apprendre à certains policiers les règles d’usage de leurs armes, on leur apprenne au moins l’histoire de France et celle des résistants à qui ils doivent aujourd’hui de vivre dans un pays libre. Vichy c'est fini. Apparemment, tous ne le savent pas.

Courage Monsieur Gurême. Si certains policiers salissent leur uniforme en ripostant de manière manifestement disproportionnée face à la menace considérable qu’un homme de 89 ans représente pour leur sécurité, nous n’oublions pas, nous, tout ce que nous vous devons.

(1) Raymond Gurême est l'auteur d'un livre "interdit aux nomades"
http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/260914/raymond-gureme-89-ans-agresse-chez-lui-par-des-policiers
 

lundi 19 août 2013

Les blessures enfouies d'un Tsigane français interné en 1940 en France


Publié le 04/04/2010
Raymond Gurême, 85 ans, dernier témoin survivant après avoir été arrêté et interné avec sa famille dans les camps pour
Raymond Gurême, 85 ans, dernier témoin survivant après avoir été arrêté et interné avec sa famille dans les camps pour "nomades" de Darnétal (Seine-Maritime) et Linas-Montléry (Essonne) lorsqu'il avait 15 ans, pose à Paris Bertrand Guay AFP/Archives
"Pendant 70 ans, nous avons gardé le silence sur ce que nous avions vécu dans les camps français pour +nomades+, par pudeur, pour ne pas étaler nos souffrances", raconte le Tsigane français Raymond Gurême, l'un des rares survivants d'une page occultée de l'histoire de France entre 1940 et 1946.
A 85 ans, M. Gurême a gardé la gouaille et l’œil malicieux de l'enfant "voyageur" qu'il était avant la Seconde guerre mondiale. Ses parents, ses huit frères et sœurs et lui amenaient alors "la civilisation dans les villages" grâce à leurs cirque et cinéma ambulants.
Mais cette enfance joyeuse s'achève brutalement à l'âge de 15 ans, le 4 octobre 1940 près de Rouen: "à 06H00, des gendarmes français sont venus nous réveiller et nous nous sommes retrouvés enfermés au camp de Darnétal, en Seine-Maritime: jamais nous ne pensions que d'autres Français nous traiteraient comme des moins que rien alors que mon père avait fait la guerre de 1914 -1918". Le père de Raymond Gurême écrit en vain au préfet pour demander une libération.
Le 27 novembre, la famille est dépouillée de tous ses effets personnels, caravanes et machines de cinéma compris et transférée par le train menottes aux poignets et chaînes aux pieds vers le camp de Linas-Montlhéry (Essonne).
"A Linas, ça a été terrible. Nous n'avions plus rien, ni pour manger, ni pour nous chauffer dans les baraques, les gosses tombaient malades, des bébés mouraient, les gens dépérissaient", témoigne-t-il, la voix nouée. Raymond Gurême perdra 20 kg en un an et demi dans ce camp dont les traces ont été effacées par l'actuel circuit automobile de Montlhéry.
"L'attitude des Français qui nous gardaient prisonniers nous mettaient très en colère, c'était des crapules", raconte-t-il. "Nous n'avons jamais vu un Allemand dans le camp, c'était les gardiens français qui nous tapaient dessus, nous insultaient".
Désespéré, l'adolescent s'évadera une première fois début 1942 avant d'être repris sur dénonciation du maire de sa commune de naissance, Meigneux (Seine-et-Marne). La seconde fois, alors qu'il est au mitard, M. Gurême parvient à ôter ses menottes et s'échappe après avoir passé une nuit caché dans un arbre du camp.
A 16 ans, il "navigue" seul dans une France en guerre, survivant en travaillant dans des fermes en Bretagne. Il ne retrouvera la trace des siens, qui le croyaient mort, qu'en 1952, en Belgique. "Ma famille avait tout perdu, personne n'a été indemnisé et mon père survivait avec un petit jeu de quille".
Dans la famille, le silence s'installe sur la période d'internement. "Mon père n'en parlait jamais et ma femme et moi on en a jamais parlé aux gosses non plus mais aujourd'hui, 70 ans après, je pense que c'est important de témoigner pour les jeunes générations et d'obtenir une reconnaissance officielle", dit ce patriarche, qui a 15 enfants et "une centaine" de petits-enfants et arrière-petits enfants.
Car regrette-t-il, "il y a des attitudes qui n'ont pas changé depuis la guerre: par exemple nos gosses ne sont pas bien accueillis dans les écoles et ça leur crée des difficultés pour toute la vie".
M. Gurême s'étonne aussi de n'avoir obtenu une carte d'"interné politique" qu'en 2009. "J'attends toujours la pension qui va avec", sourit-il, un rien désabusé.
Nomade dans l'âme, l'octogénaire garde sa caravane "prête à partir" à l'arrière de sa maison située... à 5 km de Montlhéry. "Je suis revenu où j'ai souffert", souligne-t-il. "Sans doute parce que la France n'a jamais reconnu ce qu'on a fait subir à des milliers de Français comme moi dans ces camps".
 | http://www.ladepeche.fr/article/2010/04/04/810550-blessures-enfouies-tsigane-francais-interne-1940-france.html