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mardi 19 avril 2016

Maroc – des activistes réclamant l’ouverture d'une enquête sur l'affaire des Panama Papers dispersés par la police

  • Boualem Alami
  • vendredi 15/4/2016

Maroc – des activistes réclamant l’ouverture d'une enquête sur l'affaire des Panama Papers dispersés par la police

Mounir Majidi secrétaire particulier du roi Mounir Majidi secrétaire particulier du roi 

La police marocaine a dispersé jeudi soir à Casablanca des manifestants qui ont demandé l'ouverture d'une enquête sur l'affaire des Panama Papers, qui a éclaboussé autant le monarque que des hommes d'affaires marocains.

Les manifestants s'étaient rassemblé jeudi soir, Place des Nations Unies, dans la capitale économique du royaume pour demander l'ouverture d'une enquête sur ce scandale, qui a touché notamment le secrétaire particulier du Roi. ''Une vingtaine d’activistes qui ont tenté de se rassembler pour manifester, ont été vite encerclés par la police qui a confisqué et détruit les affiches et les banderoles'', rapporte l'AFP. Les manifestants avaient lancé au lendemain de l'éclatement de l'affaire, une page Facebook, qui dénonce ''le silence du gouvernement face à la richesse du Maroc pillée'', et contre ''l'impunité dans les crimes financiers et économiques''. 
Jeudi soir, les initiateurs de cette manifestation organisée pour demander une enquête officielle sur les informations rapportées par la presse internationale relatives aux ''Panama Papers'' avaient été dispersés et empêchés de se rassembler par la police. Les documents ''fuités'' par un Consortium de journaux dans le monde, indiquent que le Roi du Maroc a sollicité les services de Mossack Fiosneca pour la constitution d'une société offshore.

Le roi impliqué
Selon le quotidien français, ''Le Monde'', le roi du Maroc a utilisé les services du cabinet panaméen Mossack Fonseca, au coeur de ce scandale financier, pour monter des opérations douteuses via des sociétés écrans. Dont la SMCD Ltd, une société domiciliée dans les Îles Vierges, chargée de l'acquisition d'un voilier de luxe de plus de 41 m, un hôtel particulier dans le 7e arrondissement à Paris et une société cotée à la bourse de Casablanca. ''Les trois structures offshore, qui masquent les ayants droit véritables, ont été montées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca. Les Panama papers consultés par Le Monde et ses partenaires, permettent d’affirmer que le roi était bel et bien le bénéficiaire des montages'', affirme le quotidien français. Mais, au Maroc, il n'y a pas que le monarque qui est éclaboussé par l'onde de choc des Panama Papers. Dans le lot, il y a aussi Abdelrrazzak Sitail, directeur de l'hebdomadaire ''Les Afriques», Miloud Chaâbi, le PDG d’Ynna Holding (BTP et Pétrochimie), Saâd Bendidi, directeur général délégué du groupe Saham (Immobilier, Santé, Offshoring, Assurances), Kacem Bennani Smires, PDG et héritier du groupe Delassus (exportations de produits agricoles).
Plus de 100 rédactions dans 76 pays ont participé sous la coordination du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) à l'analyse et le traitement de ce qu'on appelle les Panama Papers, une masse de plus 11 millions de fichiers du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste des domiciliations off-shore.

samedi 12 juillet 2014

Toujours d'actualité : Mohamed VI, le "roi des pauvres", dépense sans compter



Le budget alloué à la monarchie marocaine est régulièrement en hausse et dépasse de loin celui de plusieurs grands ministères. Une ligne de crédit pharaonique qui échappe à tout contrôle, s'indigne le site Demainonline.


La famille royale marocaine accueille le roi d'Espagne Juan-Carlos pour un dîner privé à Rabat le 15 juillet 2013/AFP/HO/MAP. 
 La famille royale marocaine accueille le roi d'Espagne Juan-Carlos pour un dîner privé à Rabat le 15 juillet 2013/AFP/HO/MAP. AFP
 
"Dignité pour tous !" fut la revendication maîtresse du Mouvement du 20 février [mouvement de contestation lancé le 20 février 2011]. Elle signifiait, et signifie encore, égalité de traitement pour les puissants comme pour les plus faibles. A bientôt trois ans du fameux soulèvement populaire, je réalise combien nous sommes encore éloignés de toute dignité. Ce qui était supposé rendre le Maroc meilleur s'est révélé pure escroquerie.

Pour s'en convaincre, il fallait se trouver le 11 novembre 2013 à la séance de la commission des finances du Parlement marocain. Il s'agissait d'examiner le projet de budget du palais royal. Une séance pour la forme. Clairsemée et expéditive, elle raconte l'histoire indigne de douze députés qui, en moins de dix minutes et sans coup férir, ont augmenté le budget d'un seul homme de 8 678 000 dirhams [774 455 euros], pour mettre à sa disposition 2 585 447 000 dirhams [230 734 295 euros], quand des départements ministériels aussi sensibles que la santé publique, l'éducation nationale, la jeunesse et les sports ou encore la culture doivent se glisser dans le chas de l'aiguille pour faire passer des budgets au demeurant dérisoires au vu de l'ampleur de la tâche qui leur incombe.

L'omerta et un halo de mystère
Si l'énormité du budget ou plutôt du butin en question met à rude épreuve le mythe du "roi des pauvres", soigneusement entretenu par un entourage royal véreux, la disproportion de traitement entre le palais et les autres départements explique en grande partie le train de vie surréaliste de la monarchie marocaine, l'enrichissement exponentiel du roi et de sa famille, et la place qui est celle de notre pays : à la traîne de tous les indices mondiaux du développement.
Et c'est précisément parce que le diable se cache dans les détails que l'opacité, l'omerta et un halo de mystère enveloppent un peu plus, d'une loi de finance à l'autre, les dépenses du palais comme son budget de fonctionnement, qui équivaut à celui de quatre ministères réunis : les Transports et l'Equipement, la Jeunesse et les Sports, la Culture, et enfin l'Habitat et l'Urbanisme.
D'autres détails trahissent encore le peu de scrupules que manifeste Mohammed VI à puiser sans compter dans les deniers publics, comme cette ligne pompeusement surnommée "Dotations de souveraineté". Rien de moins qu'une caisse noire mise à la disposition du roi, qui représentera cette année 517 164 000 dirhams [46 153 517 euros] que l'intéressé s'acharnera sans aucun doute à consommer, comme de coutume, en totalité, sans que personne ne vienne jamais s'enquérir de la façon dont les fonds ont été épuisés. 

La façade démocratique du régime marocain
Et que dire de ces frais de bouche qui engloutissent 2 % du budget de l'Etat, après avoir fait l'objet d'une brutale augmentation de plus de 55 %, en 2001? A croire que la disparition de Hassan II [en juillet 1999] et l'accession au trône de Mohammed VI auraient déclenché chez ce dernier une fringale soudaine, confinant à une boulimie pantagruélique.
Une fois n'est pas coutume, une voix bien timide, celle du député du PJD [Parti de la justice et du développement], Abdelaziz Aftati, s'est élevée, pour réclamer que des administrateurs viennent s'expliquer sur le montant de l'enveloppe pharaonique que le palais projetait de s'adjuger. Peine perdue, car comme ces vieux singes à qui l'on n'apprend plus à grimacer, nos parlementaires ont passé outre, ayant appris à discerner chez leurs pairs les gesticulations pour la galerie. De simples faire-valoir, qui constituent la façade démocratique du régime marocain.
Alors, de tous ces chiffres astronomiques, je préfère n'en retenir qu'un seul : 200. C'est le nombre de postes budgétaires que nos parlementaires d'un autre âge ont octroyé au palais royal pour l'année 2014, alors que la crise bat son plein et que tous les ministères en sont à contracter leurs effectifs et manquent cruellement de moyens. Deux cents postes et des millions de dirhams qui manqueront cruellement dans l'Atlas, où l'on continuera, sans doute, de mourir de froid, d'inanition, d'enclavement et de misère, lorsque l'hiver sera venu.
Deux cents raisons de conclure, enfin, que le régime politique marocain s'est structuré pour se mettre au service d'un seul homme, empruntant aux plus sinistres mafias leurs coups de main, leurs brutalités, leur collecte de fonds, leur loi du silence, au point qu'il n'a désormais plus rien à leur envier.