Commençons par une anecdote. Lors d’un mois de ramadan à Rabat, il y a
plusieurs années, je participais à un colloque de psychanalyse. Alors
que l’interdiction de boire, manger et fumer en public était de mise, un
collègue tunisien a allumé une cigarette. Après quelques secondes de
silence, les discussions ont repris spontanément. Les jours suivants,
lorsque notre ami a repris une cigarette, la scène est passée presque
inaperçue. Qu’est-il arrivé au juste ?
Certaines personnes présentes savaient que ce « déjeûneur » n’était
pas Marocain, tandis que d’autres l’ignoraient. Ceux qui l’observaient
de l’extérieur de notre salle de réunion, ne connaissaient pas non plus
sa nationalité. Pourtant personne ne l’avait inquiété, questionné, jugé
ou condamné. Précisons les choses. Un Marocain qui rompt le jeune en
public est passible de poursuites judiciaires. Ce n’est pas le cas d’un
Tunisien, libre dans son pays de ne pas jeûner sans que la justice s’en
mêle.
