Les
personnes détenues peuvent demander à travailler pendant leur
incarcération. L’intention est louable : travailler leur apporte un
revenu et leur permettra peut-être de bénéficier d’une formation. Le
tout favorise leur réinsertion après leur libération, et réduit les
risques de récidive. La réalité est bien plus sombre : cette possibilité
n’est proposée qu’à une minorité de détenus. Et quand ceux-ci
travaillent, c’est en dehors du toute réglementation minimale avec des
salaires misérables pouvant descendre à moins d’1,50 euro de l’heure.
Enquête sur une zone de non-droit où l’exploitation rend difficile la
réinsertion.
« Vous voulez gagner en compétitivité et préserver vos marges. Courez vite à la prison, de nombreux atouts vous attendent ! ». « Problèmes de planning pendant les mois chargés ? Pas de panique ! La prison vous accueille toute l’année ».
Le ministère de la Justice ne lésine pas sur la manière de rendre
attractive ses prisons et la main d’œuvre très bon marché qui y est
incarcérée. Parmi ces atouts, des « charges patronales allégées (- 50%) » ou « une disponibilité totale », vantent encore les brochures du ministère.
Brochure de l’administration pénitentiaire sur les avantages du
travail en prison pour les entreprises (voir aussi en fin d’article) :
Les prix sont effectivement très « compétitifs ». Sur une fiche de
paie d’un prisonnier rendue public par l’Observatoire international des
prisons (OIP)
le 1er mai dernier, il est fait état d’une rémunération nette de 1,38
euros de l’heure pour 204 heures travaillées. Difficile de faire mieux
en Europe. Dans ces conditions, le travail en prison sert-il vraiment
les objectifs de réinsertion que ses promoteurs affichent ? Ou permet-il
à des employeurs de recourir à une véritable « zone de non droit »
sociale ? Le 15 septembre prochain, la législation en vigueur sera
questionnée par le Conseil constitutionnel.
