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mardi 16 novembre 2010

France : La retraite : un choix de société et une proposition de référendum

ParAbrami Prawerman,  Attac France, Paris, le 16 novembre 2010
Du printemps à l'automne 2010, un mouvement social a gagné la France entière, avec une ampleur inégalée peut-être depuis plusieurs décennies. Malgré cela, le gouvernement a fait passer en force sa réforme des retraites devant le Parlement. Après s'être livré à un simulacre de concertation avec les organisations syndicales, il a méprisé l'expression populaire qui s'est manifestée de façon croissante. Sa réforme, profondément injuste, a pour but de restreindre les dépenses sociales et les dépenses publiques afin de satisfaire les exigences des marchés financiers. Il s'agit de faire payer la crise aux catégories modestes, tout en poursuivant l'entreprise de démolition du système par répartition pour faire la place à la capitalisation, aux assurances et à l'épargne privées.
Au fur et à mesure que les arguments du gouvernement, relayant ceux du Medef, étaient décortiqués et retournés par les salariés et les citoyens, la question des retraites a progressivement catalysé autour d'elle le rejet des politiques économiques et sociales qui se soldent depuis tant d'années par plus de chômage, plus de précarité et d'inégalités, et plus de cadeaux destinés aux plus riches, tandis que les étrangers étaient stigmatisés et réprimés. Le gouvernement avait parié sur le désintérêt, la passivité et l'incompréhension de la jeunesse. Mal lui en a pris, les jeunes sont entrés dans le mouvement, manifestant ainsi une maturité et un sens aigu des enjeux. La solidarité intergénérationnelle existe aussi dans la rue.
Que le gouvernement parvienne ou non à faire appliquer cette loi, la lutte aura marqué les esprits et les organisations, et nous devrons, dans les semaines et les mois à venir, participer à l'élaboration d'un projet de réforme des retraites réunissant les nombreuses propositions qui ont été mises en discussion, notamment au cours de la campagne unitaire « Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites ». Beaucoup d'entre elles font déjà l'objet d'un large consensus entre les associations, syndicats et partis qui se sont engagés résolument contre la loi Sarkozy-Woerth. Il s'agit maintenant de les mettre en cohérence et de les soumettre à la discussion la plus générale possible.

Nous pensons cette élaboration possible parce que des principes forts ont émergé et ont été imposés dans le débat public :
- la question des retraites est en premier lieu une question de répartition de la richesse produite et du temps de travail ; elle exige de remodeler radicalement la répartition des revenus entre travail et capital en faveur du premier ; l'augmentation des cotisations est parfaitement possible en soumettant à cotisations les profits financiers distribués ;
- l'âge légal de la retraite peut et doit être 60 ans à taux plein ;
- la durée de cotisation doit être compatible avec le partage du travail nécessaire ; des compensations sont indispensables pour travaux pénibles, carrières longues ou discontinues.
- la garantie d'un taux de remplacement fait partie du contrat social intergénérationnel ;
- des minimum et maximum de pension décents doivent être fixés pour réduire les inégalités ;
- les inégalités de pension entre les femmes et les hommes doivent être combattues par une politique pour l'égalité à la fois dans l'emploi, la retraite et la vie familiale ;
- la question des retraites a catalysé autour d'elle l'aspiration à un renouvellement complet des politiques publiques permettant de renforcer la cohésion sociale au lieu de la détruire ;
- la retraite constitue en effet un choix de société alternatif à celui imposé par la finance mondiale ; en particulier, le système de retraite par capitalisation doit être catégoriquement refusé et la diminution du temps de travail doit permettre de redéfinir la place du travail dans la société, de mieux vivre et de préserver les écosystèmes.
http://www.france.attac.org/spip.php?article11893
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L’appel initial pour un référendum sur la réforme des retraites à l’initiative de l’hebdomadaire Politis
Le 12 octobre, plus de trois millions et demi de nos concitoyens étaient dans la rue pour dire « non » à une réforme des retraites qui promet de frapper durement les salariés, et en premier lieu les femmes et les ouvriers. Cette réforme, injuste et cynique, n’a fait l’objet d’aucune négociation véritable avec les organisations syndicales. Elle est imposée par un homme seul, qui coûte que coûte, applique une commande du Medef, au mépris de la mobilisation populaire, au mépris de la représentation nationale, privée de tout débat digne de ce nom, et au mépris de son propre engagement électoral à ne pas toucher à l’âge de la retraite. À l’inverse, il veut revenir sur une réforme adoptée par le peuple à la faveur de la victoire de la gauche en 1981. C’est ainsi, sans la moindre considération pour les règles les plus élémentaires de la démocratie, que Nicolas Sarkozy veut imposer à notre pays une régression sociale sans précédent depuis la Libération.
Face à ce déni de justice et de démocratie, face à ce coup de force politique, et alors même que sept confédérations syndicales ont souligné le 9 septembre que « le vote de ce projet n’est plus d’actualité », les soussignés se prononcent en vertu de l’article 11 de la Constitution, pour l’arrêt immédiat de la procédure d’adoption de ce projet de loi et la convocation d’un référendum sur celui-ci. Ils entendent ainsi contraindre le président de la République à ouvrir un débat qu’il n’a cessé d’entraver, et favoriser son appropriation citoyenne en vue d’un choix de société éclairé et transparent. Ils en appellent, dans le même mouvement, à la poursuite de la mobilisation populaire, le 16 octobre et après.
L’appel pour un référendum en PDF
Je m'associe à l'exigence d'un référendum sur la réforme des retraites, je signe :
 cliquer sur : http://www.referendumretraites.org/

vendredi 5 novembre 2010

Avortement, retraites : un gouvernement en guerre contre les droits

Communiqué LDH

Par la Ligue des Droits de l'Homme, Paris, 5/11/2010
Le 6 novembre est un symbole.
Contrairement à ce que proclame le gouvernement, ce n'est pas le hasard du calendrier ou les dérives politiciennes qui l'ont fait. C'est la politique de mise en cause des droits sociaux qui en est en cause.
Retraites : si une réforme est nécessaire, ce ne peut être celle qui vient d'être adoptée. Elle ne changera en effet rien aux inégalités existantes, par exemple entre femmes et hommes, et à celles qui sont issues des places différentes sur le marché du travail. Elle condamne les salariés précaires à une fin de vie dans la pauvreté et ne tient aucunement compte des travaux les plus durs, effectués par les travailleurs les plus fragiles. Dire aujourd’hui que la baisse du montant des retraites est inévitable, c’est passer sous silence l’effrayante inégalité des revenus et des patrimoines. Et c’est surtout refuser de répartir différemment des richesses toujours aussi concentrées dans les mains d’une minorité de plus en plus étroite qui est l’objet de toutes les attentions des gouvernants actuels.
Avortement : c'est une liberté fondamentale pour les femmes. La liberté de disposer de son corps permet de faire ses propres choix de vie ; c’est un pas vers l’autonomie, c’est permettre aux femmes d’exister autrement qu’en tant que mères. Or, si de 1975 (loi Veil) à 2001 (loi Aubry) le droit à disposer de son corps n’a fait que progresser grâce aux luttes menées par les femmes, on doit constater que neuf ans plus tard rien n’est acquis ! La loi de 2001 n’a jamais été appliquée dans son intégralité, aujourd'hui la loi HPST s'attaque de fait à l’hôpital public et la loi de financement de la santé a mené à la fermeture de centres pratiquant les IVG.
Etre dans la rue pour manifester n'est pas « folklorique », contrairement aux déclarations des porte flingues attitrés du président Sarkozy. C'est l'exercice de la démocratie. Nous nous souvenons que des manifestations fortes et nombreuses ont montré l'opposition à la politique de santé du gouvernement. Nous savons que l'opposition contre la réforme des retraites reste forte, qu’une écrasante majorité de nos concitoyens refuse cette « contre-réforme » injuste et soutient le mouvement social qui s’y oppose.

Le gouvernement dit qu' « après le vote des parlementaires, tout est dit » et que « ce n'est pas la rue qui fait la démocratie ». « On ne peut pas changer la loi » disent-ils. Foutaise ! C'est une bêtise bien plus grave que les dérapages linguaux de Dati ou Hortefeux et Sarkozy n'est qu'un homme de petites histoires qui ignore la grande : 1936, 1944, 1958, 1968, 1995, 2006... Et ce sont les mêmes qui s'érigent en défenseur de la loi et du travail des parlementaires, qui transforment ces derniers en « godillots » manipulés par un pouvoir quasi régalien. Après avoir réduit à rien la négociation sociale, le gouvernement a montré son mépris du débat parlementaire en manipulant ordre du jour et effets de procédure, tel le vote de l'urgence. Et nous ne devons pas oublier que ce que la loi proclame, une autre loi peut le défaire. N'est-ce pas le même gouvernement qui, après chaque événement dramatique, avant même que la loi précédente ait trouvé de l'effet, en fait adopter une autre ? En deux ans, le code pénal a été modifié près de 80 fois !
Débat, manifestations, loi : où l'on voit que la démocratie est faite de droits civils et politiques et de droits économiques et sociaux. La LDH se reconnaît pleinement dans cette indivisibilité. Elle considère les droits sociaux comme des droits de l’Homme à part entière, soutient pleinement les manifestations du 6 novembre et y participe. Elle est avec les salariés et aux côtés de leurs organisations syndicales pour défendre un système de retraite solidaire et le système par répartition, seul à garantir les droits pour tous. Elle est partie prenante du mouvement des femmes et de ses organisations et agit pour le maintien du droit effectif à l'avortement et du droit aux soins de santé dont l'égalité d'accès n'est possible que dans le cadre du service public.

samedi 23 octobre 2010

France : Tenir bon ! Le mouvement ne s’arrêtera pas

Par Clémentine Autain, 23.10.2010
Tenir bon ! Le mouvement ne s’arrête pas. Ça en bouche un coin à tous les arrogants qui veulent gouverner contre le peuple ou s’en mettre plein les poches sur le dos des travailleurs… Les médias annonçaient depuis quelques jours la cassure de l’unité syndicale. Raté : deux nouvelles journées d’action unitaire sont lancées, jeudi prochain et le 6 novembre. La base pousse et elle a raison. Non seulement il est insupportable de voir un gouvernement rester aussi inflexible devant l’ampleur de la contestation mais l’exaspération dépasse la seule revendication sur les retraites. Si la mobilisation est aussi forte et qu’elle reçoit un soutien aussi massif des Français, c’est que la colère et l’exaspération sont profondes.
 L’une des questions fondamentales qui émerge avec force, c’est celle de l’inégale répartition des richesses. Tant de pauvreté et de difficultés à joindre les deux bouts face à tant de profits et à une oligarchie sûre d’elle-même, c’est insupportable. Et ça s’exprime. La crise du capitalisme sert d’alibi pour baisser le niveau de l’intervention publique par une politique de rigueur qui accroît les inégalités sociales. Le climat indique que cette voie n’apparaît pas juste au plus grand nombre. Demander au commun des mortels de faire des “efforts” quand flambent, malgré la crise, les dividendes des actionnaires, c’est too much… Hier, on apprenait dans Les Echos que les sociétés du CAC 40 disposaient de 146 milliards d’euros de trésorerie à la fin juin 2010. Une manne en hausse de 5% par rapport à juin 2009, ce qui va permettre de reverser quelques généreux dividendes aux actionnaires. Pendant ce temps-là, les salaires stagnent et l’on nous demande de travailler plus longtemps !
La réalité, c’est que l’augmentation de la durée de cotisation, singulièrement dans le cadre d’un chômage de masse, va conduire à une baisse des pensions. Les gains de productivité, bien réels et fruits du travail des salariés, ne seront pas mis au service d’une amélioration des conditions de vie et d’un rééquilibrage du rapport capital/travail. Qu’on arête donc de nous dire que c’est pour sauver le système par répartition que la contre-réforme sur les retraites est en marche ! C’est au contraire la porte ouverte à la capitalisation.
Enfin, et c’est extrêmement inquiétant, la droite au pouvoir a décidé d’assortir sa position de fermeture à une offensive contre les grévistes et manifestants. Elle prépare le terrain de la violence, se frotte les mains à l’idée de dérapages, de scènes d’affrontements que l’on pourrait voir en boucle sur les chaînes de télé en lieu et place des manifestations pacifiques gigantesques et des revendications censées exprimées posément. Les lycéens ont été visés. Non seulement par un amalgame verbal entre jeunes et casseurs mais aussi, concrètement, par de graves dérapages. Je pense au lycéen montreuillois blessé à l’oeil. A Meaux et ailleurs, même histoire. Les flashballs sont de sortie. Ce matin, les gendarmes s’en sont pris aux grévistes de la raffinerie de Grandpuits en Ile-de-France. Plusieurs salariés sont blessés. Où est la démocratie ? Ce n’est pas le mouvement qui porte en germe de la violence, c’est la contre-offensive des gouvernants.
Il faut tenir bon !
source :Pour une alternative citoyenne à gauche