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mercredi 10 août 2011

Derniers mots de Hamid El Kanouni : « Ils m’ont méprisé. Mon gagne-pain est perdu »

Par  lakome.com, 9/8/2011

« C’est la hogra. Ils m’ont méprisé. Mon gagne-pain est perdu ». C’est la dernière phrase qu’a prononcée Hamid El Kanouni, le vendeur ambulant, qui s’est immolé dimanche soir dans la ville de Berkane. Ces propos ont été rapportés par un de ses amis l’ayant accompagné dans l’ambulance, lors de son dernier voyage à Casablanca.
« Hamid a perdu connaissance après qu’on lui ait administré un calmant dans l’ambulance. Quand on s’est approché de Casablanca, il a retrouvé ses esprits. Mais il a prononcé des mots inaudibles. Mais j’ai pu comprendre qu’il disait : « Ils m’ont méprisé », « je suis brûlé » « il est où Hicham» », nous informe son compagnon dans une déclaration à Lakome.com.

Par la suite, Hamid a perdu connaissance une deuxième fois, avant de succomber à ses brûlures le lendemain, mardi 9 août 2011, à 7 heures du matin.

Selon son ami, Hamid vendait du pain sur une carriole depuis le début du mois de ramadan, sur le boulevard Mohamed V à Berkane. Le dimanche 7 août, en fin de journée, il a été surpris par une voiture de police, arrivée à la demande de la propriétaire de la boulangerie située sur le même boulevard.

« La police a soutenu la boulangère, et un des policiers lui a saisi sa carriole. Il a aussi été giflé et insulté. Il s’est senti humilié, donc il est parti devant le commissariat de la ville, s’est aspergé d’essence et a mis le feu à son corps », raconte son ami d’une voix tremblante.

Mustapha El Kanouni, frère du défunt Hamid El Kanouni, a affirmé dans une déclaration à Lakome.com, que les autorités locales ont proposé à la famille d’enterrer le corps à Casablanca au lieu de le faire à Fès, où vit sa famille. « Les autorités veulent éviter toute forme de protestation lors des funérailles», ajoute Mustapha El Kanouni, depuis le Centre hospitalier Ibn Roshd de Casablanca, ce mardi 9 août 2011.

Des militants associatifs et politiques ont organisé une manifestation devant le siège régional de la Sûreté nationale pour exiger l’ouverture d’une enquête par le Procureur du roi. La ville a vu l’arrivée massive de forces de maintien de l’ordre en prévision de mouvements de protestation plus importants. " Dès l'annonce de la mort de ce jeune, le Mouvement du 20 février a appelé à une manifestation populaire à Berkane le soir du 9 août 2011", explique Abderrahim Seddiqi, président de la section locale de l’AMDH (Association marocaine des droits de l’Homme).

Contacté par Lakome.com, un autre militant des droits de l’Homme de Berkane a affirmé que le Procureur avait entamé un dialogue avec le groupe de militants qui organisait la manifestation. Il aurait promis d’ouvrir une enquête.

http://fr.lakome.com/politique/42-actualites-politique/635-dernier-mots-de-hamid-el-kanouni-l-ils-mont-meprise-mon-gagne-pain-est-perdu-r.html#comments

Détérioration de la situation des prisonniers politiques sahraouis dans la prison marocaine de Salé

par Sahara Press Service, 9/8/2011
Salé (Maroc), 08/09/2011 (SPS) .- Les 23 prisonniers politiques sahraouis se trouvent toujours soumis à des abus et violations constants de leurs droits par les autorités pénitentiaires de la prison de Salé (Maroc), a déclaré mardi une source des territoires occupés du Sahara occidental.
Selon la même source qui cite des prisonniers politiques sahraouis à Salé, le juge d’instruction accompagné d’un groupe de militaires et lors d’une visite aux prisonniers, le 5 août, a insulté gravement les détenus et proféra des injures et provocations diverses contre eux, les qualifiant de «traîtres et assassins», ce qui a provoqué la protestation énergique des prisonniers politiques sahraouis.
D’autre part, le prisonnier politique sahraoui Sidahmed Lemjeyid, a refusé de témoigner devant le juge du tribunal militaire chargé du dossier en l’absence de ses avocats.
Lors de son retour en prison, Lemjeyed a été soumis à une minutieuse fouille par un groupe d’officiers de la prison qui ont fait, avec les mêmes intentions, irruption dans la cellule qu’il partage avec les prisonniers politiques Lemgaimad Abdeljalil et Houssein Zaoui, occasionnant des dommages irréparables aux biens personnels

La France, puissance coloniale

Point de vue par Yvon Quiniou, philosophe, Le Monde, 10/8/2011

Avec la guerre en Libye dont la France a eu, pour l'essentiel, l'initiative, le masque tombe : nous restons une puissance coloniale dont la politique internationale n'a de sens que de servir ses intérêts, géopolitiques ou économiques et même, dans ce cas précis, un calcul électoral hasardeux de son président, Nicolas Sarkozy.

Il convient de le dire haut et fort : cette intervention guerrière telle qu'elle se prolonge n'est ni légale, ni légitime. Elle n'est pas légale car la résolution de l'ONU indiquait un objectif précis et modeste, éventuellement acceptable : protéger une population d'une possible (je dis bien possible) répression sanglante de la part de M. Kadhafi dans un conflit interne à la nation libyenne. Or, par des glissements successifs dont la grande majorité de la presse et de la classe politique s'est faite scandaleusement la complice, l'intervention a changé de nature et s'est donné pour objectif d'éliminer, politiquement, sinon physiquement (cela a été fait pour l'un de ses fils), le chef d'Etat libyen, contredisant radicalement le mandat juridique initial.

Les moyens ont alors changé : on ne s'est pas contenté de neutraliser l'espace aérien, on est intervenu directement ou indirectement au sol (ne soyons pas hypocrites !) et, sous prétexte d'éviter un possible massacre, on a soi-même perpétré un massacre bien réel contre la population soutenant M. Kadhafi : y aurait-il de bons morts et de mauvais morts ?

Par ailleurs, malgré l'accord initial de l'ONU, je n'aperçois aucune légitimité de fond dans ce qu'on croit justifier par un droit d'ingérence qui n'a pas de statut officiel et dont l'application, qui se prétend généreuse en invoquant le respect des "droits de l'homme", est curieusement à géométrie variable. Car jusqu'à preuve du contraire, les nations sont souveraines : intervenir comme on le fait ici (mais aussi en Afghanistan et hier en Irak), c'est violer ce principe essentiel qui nous interdit de décider à la place des peuples, même quand le régime politique qui les régit les dessaisît de leur souveraineté, faute de démocratie.

C'est aux peuples de forger leur destin national et l'Occident n'a pas à s'ériger en gendarme du monde, même si l'on doit souhaiter que son modèle politique (je ne dis pas économique) gagne progressivement la planète. Mais ce qui prouve bien l'hypocrisie de ce droit d'ingérence moralement invoqué, c'est la manière totalement partiale dont on l'applique : qu'attend-on pour intervenir en Syrie ou en Arabie saoudite, qui sont des dictatures féroces ? Et qu'attend B.-H. Lévy, si actif dans ce domaine, pour demander qu'on intervienne dans son pays ami, le Maroc, où il ne voit point les atteintes multiples aux libertés qui s'y perpétuent ?

On voit donc que derrière les grands principes invoqués, ce sont des intérêts économiques qui sont en jeu, comme l'accès au pétrole, ou géostratégiques comme la présence de la France et, plus largement, des puissances occidentales dans cette région du monde qui risque d'émerger comme sujet historique indépendant et d'échapper ainsi à la maîtrise néo-coloniale dont elle est l'objet sans que personne s'en indigne. Enfin, quelle autre immense hypocrisie il y a à découvrir brusquement les injustices terribles qui affectent la plupart des régimes arabes alors qu'il y a un an, avant les récents événements, non seulement on faisait semblant de ne pas les voir, mais on faisait l'apologie de ces régimes et on les soutenait honteusement de toutes sortes de manières.

C'est ici qu'apparaît le calcul politicien de Sarkozy, ce président qui fait et dit tout et son contraire, sur fond d'ambition personnelle exacerbée. Il avait déroulé un tapis magnifique à Kadhafi dans la cadre de sa politique panafricaine et en songeant lui aussi au pétrole. Et le voici qui le transforme en tyran sanguinaire surgi brusquement des eaux, pour se donner le droit de l'éliminer ! Au surplus, il se permet d'ignorer la complexité du conflit libyen, dont quelques observateurs, mais de plus en plus nombreux, commencent à s'apercevoir : la dimension clanique, voire tribale du conflit, le caractère minoritaire des rebelles, la présence parmi eux d'éléments dont les motivations ne sont pas clairement démocratiques – autant de facteurs qui commandent la prudence quand il s'agit de prendre parti sur un plan indissociablement moral et politique.

Ce qui reste évident, c'est que notre président entend faire oublier sa complicité récente avec le dirigeant libyen et tenter de redorer son image publique en vue de 2012. Son comportement d'ensemble correspond exactement à celui du "moraliste politique", tel que Kant le nommait, qui "se fabrique une morale à la convenance des intérêts de l'homme d’État". On aimerait bien que ceux qui le soutiennent aveuglément se rappellent que c'est l'inverse qui doit se produire : c'est à la morale, dans ses grands acquis universels, de commander à la politique et de condamner tout ce qui y contrevient – à commencer par le néo-colonialisme dans lequel la France s'enfonce.

Yvon Quiniou est aussi membre du conseil de rédaction de La Pensée, soutien du Front de gauche et l'auteur de L'ambition morale de la politique. Changer l'homme ? (L'Harmattan, 2010).