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mercredi 14 octobre 2009

Maroc : La plaine de plastique




Par Marc Ollivier , Archipel, journal du FCE, 30/9/2009

La plaine du Souss fonctionne comme une espèce de plate-forme de prolétarisation des paysans marocains les plus appauvris. Leur niveau de vie se dégrade dans les montagnes, dans les plaines marginalisées du pays, ils viennent donc dans le Souss pour louer leur force de travail à des entreprises d’agro-industrie.*

Si l’on quitte Marrakech vers le Sud, on se heurte au Haut Atlas qui culmine à 4.000 mètres. Il faut le traverser par des cols. Quand on descend vers le Sud, on tombe dans cette plaine du Souss qui commence vers la ville de Taroudant et qui se termine à l’océan Atlantique, au grand port d’Agadir. Agadir est surtout connu des touristes pour ses très belles plages et les vols directs pour s'y rendre, mais le Souss est le centre le plus important de l’agro-industrie au Maroc.
Deux rivières irriguent cette plaine, l’oued Souss, qui a donné son nom à la plaine, et l’oued Massa, plus au Sud désormais retenu par un barrage. Il y a donc un périmètre irrigué par ce barrage, mais comme la région est assez sèche, le barrage se vide avant la fin de la saison et ne suffit pas pour les cultures intensives.

Avant de parler de l’agro-industrie moderne, traditionnellement comment était l’économie, la société dans cette vallée?

Tout le Maroc était rural. Il y avait dans les villes une élite intellectuelle et bourgeoise, mais assez restreinte par rapport à l’ensemble de la population. Dans le Souss, se développait toute une économie de petits paysans qui mettaient en valeur les terres grâce à une nappe phréatique située à une profondeur assez faible. Des puits de dix mètres suffisaient pour l’atteindre. C’était la polyculture-élevage. Mais le développement de l’agriculture intensive dans le Souss est en train de ruiner définitivement cette économie.
Le Souss est l’une des trois principales régions de la culture berbère. Les Soussis ont une identité régionale très forte. Dans l’histoire, ils ont constitué des entités relativement autonomes et ils ont toujours joué un rôle important. Au début de la colonisation par protectorat, certains colons français se sont installés dans cette plaine. Ils avaient commencé à créer une agriculture moderne, mais c’étaient surtout des plantations d’agrumes. Aujourd’hui on n’en plante plus parce que la production intensive de légumes rapporte beaucoup plus d'argent.

A quel moment a-t-on commencé à installer la production quasi industrielle de légumes?

Ce genre de production s’est développé à peu près à la même période dans beaucoup de pays. Avec le FCE, nous avons beaucoup travaillé sur la situation en Andalousie, en particulier autour d’Almería. On sait que ce secteur s’est épanoui dans les années 1980, et c’est pareil dans le Souss. C’est à ce moment-là que des capitaux étrangers ont réalisé des investissements lourds. Le secteur atteint aujourd’hui des dimensions énormes. Ces capitaux proviennent de plusieurs pays, de France d’abord et plus particulièrement des Bouches-du-Rhône, mais aussi d’Espagne et du Portugal.
J’y suis allé au printemps 2009, attiré par un conflit social dans une des entreprises. Les syndicalistes sur place estimaient à 70.000 les travailleurs agricoles pour cette plaine du Souss qui n’est pas la seule zone de production intensive de légumes au Maroc.

Avant d’aborder la question de la main-d’œuvre, je voudrais en savoir plus sur les entreprises. Il semble qu’elles ne soient pas comme celles de la célèbre mer de plastique à Almería qui sont petites, allant d’un demi-hectare à quatre ou cinq hectares. Au Souss les fermes sont bien plus grandes.
C’est une des différences. Les entreprises dans le Souss peuvent consister en plusieurs fermes qui ne sont pas juxtaposées l’une à côté de l’autre comme à Almería, car il y a de la place dans la plaine. Elles peuvent réunir 300 à 400 hectares, divisés en unités de 20 à 25 ha. entièrement couverts de serres en plastique d’un seul tenant. Ces serres sont ultramodernes, totalement hermétiques à l’atmosphère extérieure. Elles atteignent un niveau de technologie extrêmement élevé, sans doute supérieur à celui en Espagne.
Il faut donc imaginer un volume très grand, couvrant 20 hectares avec un toit plat à cinq mètres de haut et des parois qui s’enfoncent dans le sol d’une manière complètement étanche. Pour entrer dans ces espaces il faut franchir plusieurs sas afin d’éviter d’apporter des insectes ou des pollutions de l’extérieur.

Est-ce que c’est un système de culture hors-sol comme c’est souvent le cas à Almería?

On trouve aussi bien des unités qui fonctionnent sur substrat comme à Almería que d’autres où les légumes poussent dans le sol qui est quasiment du sable, donc facile à travailler. Elles disposent d’un réservoir d’eau, venant du barrage ou des nappes profondes. Cette eau est pompée dans une machine dans laquelle on dose les additifs et les engrais que l’agriculteur estime nécessaires et qu’il calcule très précisément en fonction de la période de l’année, des conditions climatiques, de l’état des plantes. Tout ça part dans des tuyaux et vient irriguer chaque pied de tomate qui a son propre tuyau. L’exploitation que j’ai visitée produisait des tomates cerises. Il s’agit de plantes qu’on sème en août, qui entrent en production en octobre et qui produisent sans interruption jusqu’en mai. Elles sont accrochées à des fils suspendus depuis le plafond de la serre et au fur et à mesure qu’elles poussent, les ouvriers cueillent les tomates et baissent le pied de tomate pour lui permettre de continuer à grandir vers le haut. A la fin de la saison, on trouve en bas des fils des fouillis de tiges de tomates, comme des nouilles qui s’accumulent mais qui continuent à faire vivre la plante et à produire des grappes de tomates cerises. C’est spectaculaire.
On y pratique une lutte intégrée avec des petits sacs de larves de prédateurs qui s’attaquent à la mouche de la tomate. On installe également des pièges à insectes pour attraper ceux qui pourraient entrer dans la serre. Et puis la serre que j’ai visitée avait atteint un degré de recyclage de ses déchets organiques végétaux très poussé au point que l’exploitant m’avait déclaré qu’il était autonome en terme d’apport organique.

Le marché, c’est majoritairement pour l’exportation?
La plaine du Souss est le cœur de la production de tomates au Maroc et la majorité est exportée vers l’Europe occidentale. En gros, on peut dire que 60% à 70% de la production de ces entreprises agro-industrielles sont exportés vers l’Europe, acheminés pour l’essentiel par des camions qui traversent le détroit de Gibraltar entre Tanger et Algesiras, mais une part croissante part en bateaux du port d’Agadir. Il s’agit surtout des livraisons pour la Grande-Bretagne.
Cela veut dire que 30 à 35% de la production sont destinés au marché intérieur, une concurrence importante pour les paysans qui ont toujours produit pour ce marché.

C'est un des aspects de la confrontation entre ce secteur agro-industriel et la paysannerie marocaine. Cette confrontation joue sur plusieurs niveaux. Le plus grave est celui des ressources en eau, parce que les paysans du Souss pouvaient accéder à des nappes phréatiques à une profondeur d’environ 10 mètres, mais l’expansion des serres a exigé de plus en plus d’eau. Pour trouver cette eau, ils ont pompé dans la nappe phréatique, provoquant le recul des nappes jusqu’à de grandes profondeurs. La ferme que j’ai visitée est obligée d’avoir un forage de 200 mètres de profondeur. Les paysans sont incapables d’accéder à ces nappes souterraines et donc ils ne peuvent plus irriguer leurs cultures.
Voilà un premier impact très négatif, la concurrence sur le marché intérieur en est bien sûr un autre. Cela prive les paysans marocains de leurs débouchés, parce que ces grandes fermes peuvent produire des masses de tomates à un coût bien inférieur à celui des paysans.

Venons-en maintenant aux conditions de travail, aux salaires des travailleurs dans les serres dans le Souss. De très nombreux Marocains partent à la recherche de travail en Europe et souvent se retrouvent avec le même genre d’emploi, à Almería ou ailleurs, où les salaires sont très bas, entre 20 et 35 euros par jour. Quelles sont les conditions dans ce grand bassin d’emploi au Maroc même?

Evidemment, les conditions de rémunération sont liées au niveau général des salaires au Maroc, c’est-à-dire très bas. Quand un ouvrier trouve du travail dans une serre en plastique à Almería il gagne entre 3 et 5 euros de l’heure. Dans le Souss, la norme dans toutes ces entreprises agro-industrielles est de 50 dirhams par jour, c’est-à-dire moins de 5 euros par jour.
Les 70.000 travailleurs agricoles viennent de toutes les régions marocaines. Il faut bien se rendre compte que le Maroc est un pays extrêmement déséquilibré. Certaines zones , connaissent un développement économique très dynamique, c’est toute la côte autour de Casablanca, Kenitra, Rabat, mais il y a des zones très marginales où l’Etat ne s’occupe pas du développement, où les investissements pour les infrastructures : écoles, électrification, etc. sont tout à fait insuffisants.
Il semble que la rémunération ne soit pas le problème vital pour ces travailleurs, puisque dans le conflit social qui m’y a attiré, les revendications posées ne concernaient pas les salaires. La première demande est le droit de créer un syndicat, deuxièmement d’avoir des fiches de paie, et troisièmement d’être enregistré dans le système de sécurité sociale, qui bien qu’extrêmement faible est quand même une garantie de reconnaissance dans le métier.
Beaucoup de femmes dans ce prolétariat agricole sont employées dans les stations de conditionnement ultramodernes, mais aussi sur les fermes; environ 20% de femmes sont employées aux opérations de cueillette, parce que leurs mains seraient plus délicates.
Tout le problème de la consommation et de la production des fruits et des légumes ne peut plus être abordé dans un contexte national ou local. Il concerne une zone géographique énorme qui s’étend d’Agadir jusqu’au nord du Maroc, où il y a aussi un secteur agro-industriel, puis en Andalousie, dans le sud de la France, en Italie… C’est comme une espèce de cercle qui entoure le Méditerranée où prospère ce système.

Il semble qu’il n’y ait que des ouvriers marocains dans le Souss. Est-ce que ça commence à être une alternative par rapport à la recherche de travail en Europe?
Non, on ne peut pas dire ça. D’abord, l’avenir de ce secteur agricole intensif est compromis, puisqu’il faut pomper l’eau à 200 mètres de profondeur. Tous les techniciens savent que les ressources en eau sont en train de s’épuiser. J’ai rencontré des dirigeants d’exploitations qui m’ont dit qu’ils ne savent pas où ils vont. Ils sont aussi alarmés par l’état des rapports avec la main-d’œuvre, mais ils disent qu’ils sont de bonne volonté. «On voudrait bien mieux traiter les ouvriers mais on est sous la pression de la compétitivité». Voilà, le grand mot est lâché, et effectivement c’est un secteur qui fonctionne avec des variables d’ajustement dont le salaire est le principal.
Il ne faut pas oublier que nous sommes à la veille de l’établissement d’une zone de libre échange entre l’Europe et l’ensemble des pays méditerranéens, dont le Maroc, et lorsque cette zone fonctionnera au Maroc ce sera en 2012, tous les observateurs sérieux savent que la situation de la paysannerie va encore s’aggraver parce que les produits agricoles à bas prix subventionnés par l’Europe vont arriver sur le marché marocain.
Cette zone de libre échange appauvrira donc la paysannerie. D’autre part, le secteur agro-industriel est en train de tirer ses dernières cartouches du point de vue des ressources en eau. Je ne vois pas que le Souss puisse devenir une alternative aux flux migratoires vers l’Europe.

Quand tu étais là-bas, est-ce que tu as entendu des commentaires sur la crise en Espagne, sur le fait que maintenant c’est moins facile d’y trouver du boulot?

Non, mais il faut avouer que c’est relativement récent, c’est depuis l’automne 2008 que ce phénomène se produit en Espagne et la pression migratoire à l’intérieur du Maroc reste toujours aussi forte. Les jeunes Marocains ont toujours l’impression qu’avec le système économique et social actuel dans le pays, ils n’ont pas d’avenir prometteur et donc ils ont toujours les yeux rivés sur l’autre côté de la Méditerranée.

Est-ce qu’on peut vivre avec cinq euros par jour? Est-ce qu’une famille peut survivre avec un tel salaire?
D’abord, il ne s’agit pas de familles, la plupart du temps. Ces travailleurs agricoles, que ce soient des hommes ou des femmes, sont des célibataires, des jeunes qui viennent d’autres régions rurales où se trouvent leur famille et leur village. Ils viennent dans le Souss pour faire des travaux saisonniers.
La situation sociale de cette main-d’œuvre est quand même assez alarmante. D’abord, le Souss est le centre le plus chaud de l’épidémie de Sida au Maroc. Autrement dit, avec toute cette masse de célibataires, ça provoque des conditions de vie extra-familiale qui favorisent le développement de cette épidémie. Deuxièmement, c’est plein de divorcés, parce que les familles éclatent naturellement avec ces conditions de vie et de travail loin de la famille et du village d’origine.
Les conditions de vie serrent le cœur quand on se promène dans cette plaine, avec ces agglomérations poussées ici et là à 30 ou 40 km d’Agadir. C’est là qu’habitent ces travailleurs agricoles. Une grande différence avec l’Andalousie, c’est qu’on est au Maroc et il n’y a pas de racisme anti-Marocain, mais les ouvriers habitent dans des quartiers très pauvres. Tous les matins, à cinq ou six heures, on assiste à un spectacle qui brise le cœur: les ouvriers sont chargés comme du bétail dans des camions où on entasse 120 personnes pour les amener aux serres à plusieurs km et c’est la même chose le soir quand ils rentrent.
Quand on connaît la vie habituelle des paysans marocains dans leur village, dans leurs montagnes, avec leurs animaux, avec tout leur environnement, on peut ressentir à quel point ces travailleurs agricoles sont dans une misère culturelle et déracinés.

Par rapport aux syndicalistes que tu as rencontrés, est-ce qu’il y a des possibilités de relations à créer, par exemple avec les forces qui existent, soit en Andalousie ou ailleurs, qui se battent pour des meilleures conditions ou contre ce modèle d’agriculture intensive?
Les syndicats au Maroc ne sont pas puissants, ils n’ont pas beaucoup de moyens. C’est déjà un point positif qu’il y ait des syndicats capables d’organiser ces travailleurs agricoles et de soutenir des luttes quand elles se développent. Mais ils sont loin de gagner à chaque conflit. Même créer une section syndicale dans une de ces entreprises agro-industrielles n’est pas du tout évident.
Mais si je suis allé dans le Souss le mois dernier et si j’ai rencontré ces syndicalistes, c’est parce qu’ils avaient pris l’initiative de diffuser sur Internet l’existence de ce conflit social et de dénoncer l’attitude du patronat qui refusait la création de sections syndicales. C’est une caractéristique générale au Maroc, chaque fois qu’un conflit éclate quelque part, qu’il soit syndical ou politique, on voit fonctionner une sorte d’écho international produit par les intéressés eux-mêmes, pas par les organisations politiques ou syndicales, qui suscite une solidarité internationale.

"Transcription d'un interview de Marc Ollivier réalisé par Nicholas Bell pour radio Zinzine"
En savoir plus :
Capitalisme agricole
La région a connu un afflux de capitaux pour plusieurs raisons. D’abord, il y a le potentiel de l’eau et des barrages. La qualité des sols est aussi favorable pour la culture maraîchère. Troisièmement, le secteur agricole est exonéré d’impôts. Le prix de la terre est dérisoire. Nombre de petits paysans n’ont pas pu suivre l’évolution des intrants et cèdent leurs terres à ces exploitants. En dernier lieu, la main-d’œuvre est abondante, et il y a les encouragements de l’Etat. Le code du travail promulgué en 2003 et mis en application en 2004 entre dans le cadre global de la politique de l’Etat favorisant la flexibilité du travail, pour encourager justement ces investissements.


Omar Aziki* secrétaire général adjoint de la Fédération du secteur agricole du Souss de l’Union Marocaine du Travail

Conditions de travail
Certains employeurs ont totalement abandonné les cultures qui nécessitent une main-d’œuvre importante. Avant l’introduction du code du travail ils faisaient du maraîchage, mais après les conflits en 2006 et 2007 ils se sont tournés vers l’arboriculture qui a besoin de beaucoup moins de main-d’œuvre. Quand on trouve des ouvriers sans droits et bon marché, on les utilise, on les exploite, mais quand ils revendiquent leurs droits, la couverture sociale et médicale, les conditions de travail, de transport et logement meilleures, on n’en veut plus.
On fait tout ce qu’on peut, des sit-in, des grèves, des manifestations, on interpelle les autorités, mais le patron finit par expulser tous les syndicalistes et tous les gens qui cherchent à défendre leurs droits. Après environ deux mois, on est dans l’impasse dans les négociations. L’employeur veut licencier 40 personnes qui ont manifesté et participé à une grève. Nous organisons un sit-in quotidien depuis le 2 mars, donc ça fait presque un mois. C’est une grande société qui emploie près de 5.000 ouvriers et qui dispose de 25 fermes de 6 à 20 hectares, et qui a une grande station de conditionnement.

On transporte les ouvriers par camion comme des sardines debout, et il y a des accidents, même des morts, parce qu’on les transporte comme des marchandises, sans sièges, sans ceintures, quand il fait froid ou très chaud.
Hocine Boulberj*secrétaire général, section agricole du Souss, UMT


Danger pour l'environnement
Avec la sécheresse, les eaux du barrage ont atteint un niveau très critique, ce qui a accru la pression sur la nappe phréatique. En plus, il y a une remontée de la salinité parce que la région est tout près de la mer. Les nappes moins profondes sont polluées par les engrais: il y a infiltration des nitrates. Les estimations le plus pessimistes disent qu'il n'y en a plus que pour huit ans parce que les nappes fossiles ne se renouvellent pas. Il y a encore l’aspect de l’épuisement des sols, d’ailleurs on assiste ici à l’arrivée de plusieurs Espagnols qui sont venus d’Almería où existe un problème d’érosion du sol à cause de l’utilisation de pesticides.




Créer des alternatives
On voit très bien qu’il faut aider à la consolidation de la solidarité internationale, justement pour dénoncer ce type d’agriculture. On est tous liés. Cette agriculture se base sur l’exportation à l’Union Européenne, c’est le citoyen européen qui consomme les ressources de notre pays. Donc ils doivent penser à faire des réseaux de solidarité, à faire des alternatives à cette agriculture intensive.
Omar Aziki







Ecole : plan d'urgence pas si brillant que ça !

Entretien avec Aâssou Aâkka, secrétaire provincial du Syndicat national de l'éducation

Publié par Info du bled, 13/10/2009

Libé: Est-ce que votre syndicat approuve la philosophie et l'approche que le Plan d'urgence prône pour sortir de l'ornière notre système éducatif ?
Aâssou Aâkka : Pas du tout. Au niveau de notre syndicat, nous sommes convaincus que le Plan d'urgence en question ne fera que retarder, encore plus, le lancement de la vraie réforme de notre système de l'enseignement. Toutefois, nous reconnaissons que ce plan est le premier du genre à se démarquer par rapport aux autres tentatives de réforme passées, par la dimension du budget alloué. D'immenses moyens financiers sont en effet mobilisés par ce programme afin de venir à bout des obstacles qui entravent l'avancée de l'enseignement. Mais, malheureusement, nous considérons qu'il ne faut pas s'attendre au miracle !

Pourquoi craignez-vous que ce plan échoue?

En premier lieu, parce que l'élaboration du projet a encore péché par l'attitude d’auto- suffisance et d'exclusion de la part de son initiateur à l'encontre des partenaires sociaux de l'école. Pourtant, à scruter les dispositions et recommandations du plan, il s'avère que le corps enseignant est tenu d’être l'un des maillons forts et le principal acteur dans la réussite de l'application de cette réforme .C'est donc à l'aune de l'engagement et d'adhésion des enseignants au projet qu'on peut évaluer les chances de son succès sur le terrain. Malheureusement, aujourd'hui, cette attitude du ministère du tutelle a engendré au contraire une grande démobilisation dans les rangs de ceux-ci vis-à-vis d'un projet qui est, comme je viens de dire, catapulté d'en haut, non concerté, et donc à vision unilatérale.


En deuxième lieu, en raison d'une gestion dénotant encore de dysfonctionnements d'antan (demi-mesures, improvisation…) à l'origine de l'échec des tentatives antérieures de la réforme du système. Cela est perceptible déjà au niveau de plusieurs volets du plan. Nous pouvons citer, à titre indicatif, le programme Tissir lancé depuis l'an dernier. Ce projet visant à maintenir les apprenants démunis à l'école, a déjà suscité beaucoup de remous et protestations auprès des parents d'élèves bénéficiaires à cause des cafouillis subis par l'opération de la part de l'administration provinciale chargée de son exécution.


Pourtant la délégation provinciale de l'Education se targue d'un programme qu'elle juge efficient quant à la lutte contre la déperdition scolaire, notamment au niveau des bourses, des cantines et transport scolaire, d'aides financières aux parents d'élèves pauvres pour lutter contre l'absentéisme, etc.

Concernant le transport scolaire, les chiffres avancés cachent l'ampleur du phénomène de l'abandon à cause de l'éloignement des structures scolaires des lieux de résidence des élèves. Il faut se demander combien d'élèves sont privés de ce service pour s'apercevoir du nombre insignifiant qui en bénéficie. Les bus mis à contribution en la matière ne dépassent pas quelques véhicules qu'on peut compter sur le bout des doigts. Il n'y a donc pas de quoi pavoiser ! Idem pour les bourses. La demande est très loin de l'offre. On prétend étendre l'assiette des bénéficiaires, mais cela n'a pas grand effet sur la rétention des élèves à l'école puisque les abandons se comptent encore par centaines, notamment dans le milieu rural où la pauvreté sévit et agit comme cause de l'arrêt de scolarité des apprenants. Quant aux cantines, outre leur insuffisance, on remarque la persistance des mêmes difficultés . D'abord, ce service n'est dispensé que tardivement au milieu de l’année scolaire, notamment dans certaines régions rurales où justement ce service est primordial.


En plus, le règlement des rémunérations relatives au personnel recruté pour les cuisines accuse des retards qui peuvent durer un an. D'autre part, les rétributions octroyées à ces cuisiniers notamment des milieux ruraux montagneux lointains (Tafraout, Aflla Ighir…) sont chichement dérisoires, à tel point qu'elles ne peuvent couvrir les dépenses liées au transport pour pouvoir les percevoir à la délégation. Cela a poussé nombre d'entre eux à ne plus se réengager. Et à de nombreuses cantines de cesser ainsi leurs services faute de cuisiniers. Pour le programme Tissir, celui-ci pâtit des mêmes problèmes dus encore à la mauvaise gestion. Des aides décidées l'année dernière, ne sont toujours pas octroyées aux parents d'élèves bénéficiaires dans certaines régions de la province. Ceux-ci ont protesté en brandissant la menace de retirer leurs progénitures de l'école !Est-ce ainsi que nous allons lutter contre l'abandon scolaire? L'instituteur qui constitue l'acteur central dans la réussite de cette opération, puisque c'est à lui qu’incombe le travail de suivi de la présence des élèves devant bénéficier du soutien pécuniaire, le programme d'urgence a-t-il pensé à le motiver pour accomplir correctement ce travail ? Pas du tout ! Au contraire, il se voit ainsi contraint à une corvée supplémentaire à son travail normal, car il est tenu, en plus, de veiller au contrôle des absences de cette catégorie d'élèves. Une opération soumise à une série de dispositions et formalités particulières. Mais sans contrepartie. Et en l'absence même d'une formation suffisante pour ce faire. Ainsi lors de l’année scolaire précédente, ce n'est que vers le milieu de l’année qu'une formation expéditive leur a été donnée. Ce qui a donné lieu à beaucoup d'improvisations dans la gestion de cette opération et s'en est suivi surtout un manque flagrant de contrôle rigoureux et régulier des absences par les enseignants qui en sont chargés, étant démotivés par un projet imposé et auquel ils n'adhèrent pas. Bref, il faut reconnaître qu'avec des méthodes pareilles, on ne doit pas s'attendre à pouvoir faire la “révolution” que les initiateurs du programme d'urgence laissent miroiter.

Qu’en est-il des ressources humaines?
La situation au niveau de la délégation de Tiznit affiche des déficits inquiétants d'enseignants disponibles. Le redéploiement de l'effectif devient ainsi un sacré problème. Car elle se retrouve à chaque opération entre l'enclume de cette problématique et le marteau des pressions dont certains syndicats influents usent pour placer leurs adhérents à des postes douillets dans les périmètres urbains, et ce même au détriment de l'intérêt des élèves des zones rurales, qui se voient du coup abandonnés dans des classes sans enseignant!


On doit savoir que la région de Tiznit s'avère être désormais un lieu de transit pour des enseignants. Beaucoup d'entre eux passent par cette région avant de se faire muter vers les destinations choisies. D'où le fait que ces ressources humaines quittent massivement la région à travers des mouvements de mutations nationales et régionales plus qu'elle n’en reçoit. Pour ainsi créer ce déficit récurrent. Je pense que c'est là l'origine du problème. Mais à dire que des syndicats usent de ce comportement que vous avez évoqué, nous considérons que c’est exagéré. L'opération de redéploiement, prend en considération certains cas sociaux, comme par exemple les enseignants souffrant de maladies chroniques pour les rapprocher lors de leur affectation des lieux de soins dans ou près des villes, ainsi que les institutrices mariées qui doivent travailler près de leurs conjoints. Mais à part ces cas, je ne pense pas que les syndicats transgressent les dispositions gérant l'opération.

Le Plan d'urgence, pour pallier ce problème, a opté pour le recrutement parmi les docteurs chômeurs. Que pensez-vous du niveau de la formation éclair qui leur est « ingurgitée »?
De notre côté, nous saluons quand même cette mesure qui va certainement soulager les rangs de nos chômeurs diplômés. Nous avons déjà vécu cette expérience; nous estimons même que le rendement de ces recrutés à l'école est meilleur et nous considérons que cela ne pose pas problème. Certes, une formation pédagogique est nécessaire et le ministère en est conscient. Il a pris toutes les dispositions qui s'imposent à cet effet. Cependant, je veux à l'occasion remettre sur le tapis un problème que tout le personnel de l'académie de SMD vit actuellement au niveau de la formation continue. Cette opération est centralisée à Agadir pour toute la région de Souss-Massa-Draâ. Par ailleurs, de grandes enveloppes sont allouées dans le budget de l'Académie régionale pour l'aménagement de l'enceinte du collège Zerktouni, qui abrite les locaux où sont dispensées les formations continues au personnel de l'enseignement, des structures d'accueil et de restauration. Mais à notre grande surprise, il s'est avéré que ce service n'est pas dispensé à tous. Dernièrement, des enseignants de Ouarzazate et Zagora, ont été invités à Agadir pour recevoir une formation dans le cadre du programme Tissir. Ceux-ci ont dû payer eux-mêmes les frais de nourriture et de logement à l'hôtel pendant leur séjour. On se demande alors qui s'est emparé des services de ces locaux. Nous avons beau signaler cela aux responsables, même au directeur de l'académie ; mais on a compris qu'il n'en a cure ! Nous demandons à ce que ces formations soient faites au niveau des délégations qui doivent être dotées de centres d'accueil ouverts à tout le personnel de l'enseignement sans discrimination aucune.



Quel regard portez-vous sur l’enseignement privé à Tiznit compte tenu de la réforme actuelle que connaît l'enseignement public ?

Le secteur de l'enseignement privé dans la région de Tiznit se renforce chaque année par l'ouverture des écoles au centre-ville et dans les nouveaux quartiers. On assiste à un véritable phénomène qui touche désormais certains espaces ruraux. Mais ce qui est regrettable, c’est que ce secteur exploite dans la région des bacheliers et licenciés, recrutés pour devenir des « enseignants », qui sont souvent contraints de percevoir un salaire dérisoire de 600 à 1000DH par mois. Ceci au moment où certains professeurs et instituteurs des écoles publiques dispensent des cours pour arrondir leur fin de mois au détriment de leurs classes qu'ils n'hésitent d’ailleurs pas à déserter. C'est dire que l’esprit mercantile continue toujours à animer certains promoteurs de ce secteur, loin des soucis pédagogiques et déontologiques requis. Le secteur a besoin d'un assainissement dans ce sens.



Source : libe.ma





















mardi 13 octobre 2009

Maroc a-t-il levé les réserves sur la CEDAW ? Les ambiguïtés d’un double discours

Communiqué de presse

Par l'Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM),13/10/2009

Depuis le message royal du 10 décembre 2008 à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui annonçait la levée par le Maroc, état partie à la CEDAW* depuis 1993, de ses réserves sur cette convention, nous n’avons pas cessé de recevoir des messages de félicitations de la part de personnalités et organisations nationales et internationales à propos de la nouvelle étape franchie par notre pays en matière de consécration du principe de l’égalité.

Mais à chaque fois que nous sommes sollicitées pour participer à une manifestation, parler de l’expérience marocaine ou pour répondre aux messages de félicitations, nous sommes confrontées à un dilemme. En effet, à ce jour, 10 mois après, aucune information officielle n’a filtré sur les mesures opérationnelles prises par le gouvernement marocain pour la mise en œuvre de cette déclaration.

Tous ceux et celles qui ont eu l’occasion d’écouter les discours des responsables marocains devant les instances internationales à Genève, à New-York ou ailleurs, sont rassurés quant à la volonté réelle du Maroc d’honorer les engagements pris et de répondre aux recommandations du comité CEDAW en matière de levée des réserves….. de toutes les réserves.

Quant à ceux qui suivent la situation de l’intérieur, les informations disponibles laissent croire que le Maroc s’est contenté en réalité de préparer les instruments d’une levée partielle sur les réserves, annoncée déjà en mars 2006 et à l’occasion de la candidature du Maroc au Conseil des droits de l’homme en 2007. Or, selon certaines sources autorisées, les réserves sur les dispositions qui ont directement trait au but et à l’objet de la CEDAW, à savoir les articles 2, 15 et 16 seront maintenues ou, au mieux, remplacées par des déclarations explicatives.

Ainsi, à l’occasion de la célébration de la journée des femmes marocaines qui coïncide cette année avec le 30ème anniversaire de la CEDAW et dans le cadre de la campagne nationale et régionale « Egalité sans réserve », nous sommes en droit de poser les questions suivantes afin d’être en mesure de répondre aux messages de félicitations:

- Faut-il prendre en considération le discours adressé à l’extérieur qui laisse supposer un engagement total de l’Etat marocain en matière de levée de toutes les réserves?
- Ou alors, faut-il plutôt croire au discours dirigé vers l’intérieur qui renvoie, selon toute vraisemblance, à une levée limitée et sans réelle portée de certaines réserves ?



* CEDAW :Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes






Association Démocratique des Femmes du Maroc

ADFM

Des nouvelles de Chakib Khayari


Chakib vous a envoyé un message.

Objet : Urgent

- Pouvez vous svp envoyer à vos groupes et contacts ? merci!

- sujet: Affaire Chakib Khayari -

Procès en Appel ce Jeudi 15 Octobre

Le temps est à la mobilisation!

Le procès en appel de Chakib Khayari, militant des droits de l'homme Marocain, a été reporté à ce Jeudi 15 octobre. Le tribunal a refusé la semaine dernière de lui accorder la liberté provisoire et Chakib reste en détention et ce depuis Février dernier. Veuillez vous mobiliser en solidarité avec Chakib Khayari en :

1. Rejoignant le groupe facebook:
http://www.facebook.com/group.php?gid=100645970754
2. En modifiant votre photo de profil en solidarité avec Chakib: http://www.facebook.com/l/c3e5d;www.flickr.com/photos/freechakib/4005981783/

Merci!

lundi 12 octobre 2009

Ben Barka : plainte d'un journaliste


AFP 12/10/2009

Un journaliste de France 3, spécialiste de l'affaire Ben Barka, a déposé plainte contre X aujourd'hui à Paris à la suite de la retranscription dans un journal marocain d'une conversation téléphonique avec un membre présumé du commando qui a enlevé l'opposant marocain en 1965, selon une source judiciaire.

Joseph Tual estime que la retranscription en novembre 2007 dans Maroc Hebdo de cet entretien avec Miloud Tounzi, alias Larbi Chtouki, provenait d'un enregistrement illégal effectué par M. Tounzi et constituait notamment une atteinte au secret des correspondances.La conversation s'était tenue le 19 octobre 2007, au lendemain de la signature par un juge d'instruction français de cinq mandats d'arrêt internationaux visant notamment Miloud Tounzi. Trois jours plus tard, France 3 révélait leur existence au premier jour d'une visite d'Etat de Nicolas Sarkozy au Maroc.Un mois plus tard, Maroc Hebdo publiait un article intitulé "Profession: fouille-merde" accompagné d'une retranscription de la conversation entre M. Tual et M. Tounzi.Pour le plaignant, la conversation, enregistrée à son insu, a été "tronquée" et les "propos dénaturés afin de manipuler l'opinion".Le journaliste avait déjà déposé plainte début 2008 mais le parquet avait classé son enquête sans suite.

Le frère du roi du Maroc hospitalisé à Paris dans un état sérieux

Par Pierre Haski Rue89 11/10/2009

Le prince Moulay Rachid, frère cadet du roi du Maroc Mohamed VI, a été hospitalisé d'urgence samedi à Paris et une bonne partie de la famille royale marocaine s'est rendue dans la capitale française pour se trouver à ses côtés.

Le roi du Maroc pourrait lui-même venir en personne si l'état de santé de son frère s'aggravait.
Agé de 39 ans, le fils cadet d'Hassan II a été pris d'un malaise dans l'avion qui le conduisait à Paris. Les premières informations officielles se sont voulues rassurantes, mais selon nos sources, le prince aurait été victime d'une attaque et son état est jugé suffisamment sérieux pour que de plusieurs membres de la famille royale fassent le voyage, y compris en provenance des Etats-Unis.
Moulay Rachid avait été au centre d'une polémique l'an dernier lorsqu'un blogueur marocain, Fouad Mourtada, avait été arrêté pour avoir ouvert un faux compte Facebook au nom du Prince. Condamné à trois ans de prison, il avait bénéficié d'un pardon royal.
Lors du couronnement de son frère, à la mort d'Hassan II, de nombreux Marocains estimaient que Moulay Rachid était mieux préparé au trône que son frère, devenu Mohamed VI. Depuis, Moulay Rachid occupe son rang de manière discrète. Il est le deuxième en ligne pour succéder à Mohammed VI en cas de disparition, après le propre fils du roi qui n'est encore qu'un enfant.


Sit-in contre la peine de mort

Invitation à un sit-in
A l'occasion de la journée mondiale contre la peine de mort la coalition Marocaine contre de la peine de mort, vous invite à participer au sit-in au qu'il organise le Mardi 13 Octobre2009 à 18h devant le siège du parlement à Rabat

Maroc : développement humain, beaucoup de bruit pour rien


Source / auteur : CADTM, Mimoun Rahmani, 12/10/2009

Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) vient d’éditer son rapport mondial sur le développement humain pour l’année 2009.
Ledit rapport classe le Maroc au 130ème rang, loin derrière la Turquie, le Liban, la Jordanie, la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte et la Syrie. Avec un IDH (Indicateur de Développement Humain) de 0,654, le Maroc présente un niveau de développement humain moyen, à cause en partie d’un taux d’alphabétisation de 55,61% et d’un taux de scolarisation de 61%.



Malgré la création de nombreuses institutions qui œuvrent dans le domaine social (Fonds Hassan II pour le développement économique et social, Fondation Mohamed V pour la solidarité, ADS, ANAPEC), et 4 ans après le lancement de l’INDH (Initiative Nationale pour le Développement Humain) le Maroc ne fait même pas autant que le Botswana (125è) ou la Namibie (128è).

Le Gabon, classé en 2005 au 123è rang juste avant le Maroc a fait un grand effort et occupe actuellement la 103ème place avec un taux d’alphabétisation de 60,1% et d’un taux de scolarisation de 86,2%. La Guinée Equatoriale, en guerre civile est au 118ème rang et la Palestine sous occupation sioniste arrive au 110è rang !




Le développement humain est un concept plus vaste qui ne se limite pas au lancement de projets « sociaux », déjà programmés : construction d’une école ou élargissement d’une autre, constructions de logements pour les « démunis », ou d’une mosquée… Ni à la distribution de cartables aux écoliers, de draps dans les hôpitaux ou de bols de soupe pendant le mois de Ramadan.
Le développement humain implique une politique sociale globale : une infrastructure de base (dans tous les domaines), lutte contre la pauvreté et les inégalités, lutte contre le chômage et la précarité, éradication des bidonvilles et de logements insalubres, lutte contre la corruption… Sans oublier les avancées en matière de démocratie, et l’évolution en matière de technologie.
Revenons un peu à la théorie pour voir comment le PNUD appréhende le développement humain d’un pays. Depuis 1990, l’indicateur de développement humain est calculé chaque année dans le but de déterminer les avancées générales des aspects fondamentaux du développement humain à l’aide d’un indicateur comprenant plusieurs éléments, et de procéder ainsi au classement des pays. L’IDH est un indicateur composite qui mesure l’évolution d’un pays selon trois critères de base du développement humain : santé et longévité (mesurées d’après l’espérance de vie à la naissance), savoir (mesuré par le taux d’alphabétisation des adultes et le taux brut de scolarisation combiné du primaire, du secondaire et du supérieur), et un niveau de vie décent (mesuré par le PIB par habitant en parité du pouvoir d’achat en dollar US). Après normalisation des différentes variables qui le compose, l’IDH s’échelonne entre 0 et 1. La valeur de l’IDH pour un pays montre le chemin que ce dernier a déjà parcouru vers le maximum théorique de 1 et permet également les comparaisons internationales.
A partir de 1995, le PNUD a introduit dans son rapport mondial deux nouveaux indicateurs composites qui ont, dès lors, permis de refléter les inégalités entre hommes et femmes en termes de développement humain. Il s’agit de l’ISDH (Indicateur Sexospécifique de Développement Humain) qui évalue les avancées du développement humain de base corrigées des inégalités entre hommes et femmes, et l’IPF (Indicateur de la Participation de la Femme) qui permet de mesurer les inégalités entre les hommes et les femmes sur le plan des opportunités économiques et politiques. En 1997, le rapport mondial sur le développement humain a lancé le concept de pauvreté humaine, et un nouvel indicateur voit le jour : l’IPH (Indicateur de la Pauvreté Humaine). Celui-ci se concentre sur les déficits et les manques dans les composantes élémentaires du développement humain.
Ces différents indicateurs sont des outils simples mais indispensables pour suivre l’évolution du développement humain, dans la mesure où ils apportent tous des informations élémentaires sur le développement humain d’un pays. Toujours est-il que le concept de développement humain est plus profond et plus riche que les indicateurs de croissance (PIB et PNB). Il faut désormais compter aussi sur le niveau de développement technologique d’un pays, et sur le degré d’accès de sa population aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.



C’est ainsi qu’on se pose les questions suivantes, entre autres :


* Combien de marocains vivent sous le seuil de la pauvreté ?


* Combien de diplômés sont au chômage, pour ne compter que ceux-ci ?


* Combien de filles à la campagne sont scolarisées ?


* Combien de familles marocaines disposent, chez elles, d’un ordinateur, connecté à Internet ?



Avec un enseignement « sinistré », une santé publique « malade », un taux de chômage élevé et de « qualité » (diplômés, docteurs…), une population à moitié analphabète… le Maroc ne peut jamais approcher de ce point mythique de maximum de développement humain. Ce n’est pas par des festivals ou des Moussems, ni des soirées de galas et de chants qu’on va développer les humains. Il faut plutôt penser à la redistribution juste et équitable de la richesse nationale, à refonder l’Etat, à démocratiser nos institution, etc.



L’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH),
lancé en 2005 avec l’appui de la Banque mondiale, est fondée théoriquement sur une approche participative. Elle comporte un volet de lutte contre la pauvreté en milieu rural, un volet de lutte contre l’exclusion sociale en milieu urbain et de lutte contre la précarité. Sa mise en œuvre pose énormément de problèmes. D’abord elle est coordonnée par le ministère de l’intérieur avec un souci purement sécuritaire, son rythme est très rapide par rapport aux compétences et aux capacités de suivi de ses acteurs : associations (d’ailleurs sélectionnées parmi les plus modérées et les plus proches du Makhzen), coopératives (quasiment absentes), collectivités locales, services extérieurs… Ces composantes, choisies dans le cadre de multiples commissions nationale, régionale, provinciale et locale, ne conçoivent même pas la philosophie de l’initiative et ne sont pas formées pour monter des projets, et l’université en tant qu’acteur fondamental du développement économique et social n’est pas impliquée ! Le ministère de l’intérieur, qui ne sait donc pas comment gérer les budgets importants qu’il reçoit, et en l’absence de propositions concrètes des différents acteurs, se contente de lancer des projets qui n’ont rien à voir avec le développement humain : construction de mosquées, de centres sportifs et de terrains de foot, des centres commerciaux ou touristiques, des pistes en milieu rural, … On gaspille de l’argent dans des festivités, des moussems et des soirées de galas de chant et de danse ! Voilà comment on entend développer les humains au Maroc, et ce n’est pas par hasard si, après quatre ans et demi de ladite initiative de développement humain, le PNUD classe le Maroc au 130ème rang, à cause surtout du taux élevé d’analphabétisme et au déficit en matière d’éducation et de santé.



Dans le cadre de l’INDH on a déjà dépensé 11,13 milliards de DH entre mai 2005 et juillet 2009, ce montant représente près de 28% du budget de l’éducation et 135% du budget de la santé en 2009. Si cet argent public avait été affecté à ces deux secteurs prioritaires que sont l’éducation et la santé, le Maroc aurait peut être gagné quelques points dans l’indice de développement humain !




Pour le moment, la façon par la quelle les autorités gèrent l’INDH consiste tout simplement à créer des pauvres tout en prétendant lutter contre la pauvreté.

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République


Par le FMVJ, 12/10/2009

Objet : Enquête sur l’affaire de la disparition de Mehdi Ben Barka.

Monsieur le Président,

Le Forum Marocain Vérité et Justice est une ONG marocaine initiée et dirigée par les victimes des graves violations de droits humains au cours de ce qui est communément appelé les années de plomb, et dédiée à l’établissement de la vérité sur les exactions caractéristiques de cette période, à la justice due aux victimes survivantes et à leurs ayant droit, à la poursuite des auteurs et commanditaires de telles violations et à la promotion de réformes institutionnelles de nature à prémunir les générations à venir contre elles.

C’est au nom de cette organisation que nous nous adressons respectueusement à vous en tant que premier responsable de l’Etat français pour exprimer notre profond désarroi devant le cafouillage juridico –politique qui semble caractériser le traitement de l’affaire de l’enlèvement en pleine rue parisienne du dirigeant politique Mehdi Ben Barka, il y a maintenant plus de 44 ans, et sa disparition depuis.

Après maintes péripéties, la justice française lance en 2007 un mandat d’arrêt contre des suspects marocains. Il y a quelques jours, ce mandat d’arrêt est communiqué à Interpol. 24 heures plus tard, la diffusion de ce mandat d’arrêt est suspendue. Les raisons invoquées de cette suspension restent très vagues et opaques. Vous admettrez sans peine que ces rebondissements successifs mettent à mal les nerfs de la famille du disparu et de la famille des droits humains. Ils introduisent et alimentent des doutes sérieux sur l’indépendance d’une telle justice et sa liberté d’accomplir sa mission au-delà de considérations d’ordre géostratégique concernant la politique étrangère de l’Etat français.

Monsieur le Président, la crédibilité de l’Etat français et de sa justice étant en jeu dans cette affaire, nous vous prions de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour
- Réaffirmer publiquement l’indépendance de votre système judiciaire par rapport aux autres organes de l’Etat français
- Décourager toutes les interférences que des responsables diplomatiques ou sécuritaires français ou marocains seraient tentés d’avoir avec un processus qui a duré suffisamment longtemps au détriment de la Justice.
- Exprimer votre adhésion sans réserve à la recherche de la vérité sur ce qui représente un point noir de l’histoire de l’Etat français et votre volonté d’empêcher toutes les entraves à une telle recherche.

Nous vous prions d’accepter, Monsieur le Président l’expression de nos salutations distinguées.

Le pavé de Sciences-po Paris dans la mare électorale du général Ben Ali


CACOPHONIE AU SOMMET DE L'ETAT

Par Khalid Ben M'BAREK, 12/10/2009


Quelques francs-tireurs tunisiens de l'Institut de Sciences politiques de Parie(IEP-Paris) ont plongé l'Etat tunisien dans un désarroi invraisemblable, qui aculminé avec le limogeage surprise et quasi sans précédent du ministre de lacommunication.


Tout a commencé mardi 7 octobre par une intervention de Borhène Bseyes, loubard arrogant de la nouvelle génération des arrivistes arrivés autour du vieillissant potentat de Tunis. Profitant d'un temps d'antenne intitulé « Spécial de Tunisie» (Khass min Tounis) sur la chaîne satellitaire libanaise ANB, il l'a consacré exclusivement à la journée Tunisie programmée à l'IEP ce samedi 10 octobre. On peut résumer ce propos comme suit :

«La Tunisie s'apprête à vivre une fête électorale où le peuple va jouir de sondroit à élire ceux qui le gouvernent. Certes, certains crient avec les crieurs qu'on avait invalidé leurs listes pour les législatives, mais ceux-là sonteux-mêmes convaincus que l'on n'a éliminé que les listes invalides au regard dela Constitution. D'ailleurs certains ont fait exprès de présenter des listes comportant des éléments ne jouissant pas de leurs droits civiques. C'était pour embarrasser l'Etat ..

Et l'on apprend que certains préparent une journée à l'IEP de Paris samedi,comme par hasard à la veille du coup d'envoi de la campagne électorale, avec juste l'intention de la parasiter.

Ceux qui participent à cette manifestation sont des gens qui appellent l'Etranger à leur rescousse, qui se renforcent par l'intervention extérieure.Pourquoi ne viennent-ils pas se réunir au pays ? Parce qu'il ont pris le parti de l'hostilité à leur pays. C'est un groupe de gens hétéroclite allant descommunistes tenant de la dictature du prolétariat aux gauchistes et aux tenants du terrorisme ayant trouvé refuge en occident. Ils sont à la solde de l'Etat français ou plus précisément de certains de ses tenants. Leur objectif est de parasiter l'événement électoral. Dans l'attente de vous retrouver demain, nous vous tiendrons au courant de ce qui va se passer samedi. Fin de l'intervention vers 22h43 »

Le lendemain, mercredi 8 octobre, il récidive sur le même créneau horaire. Cette fois, il entreprend de régler les comptes des opposants participant à la manifestation de l'IEP un à un. Et ce fut le tour de Dr Mostafa Ben Jaâfar,président du FDTL. Résumé :« Cette manifestation qui se prépare à Paris et à laquelle des partis politiques tunisiens - enfin. « parti » sous-entend qu'il y ait desmembres, des activités régulières, la présence dans la société. Or, il s'agit en l'occurrence le plus souvent d'un individu ou tout au plus d'une poignée d'individus - qui ont donc prêté le flanc à cette manœuvre. Certains sont même malheureusement officiellement

reconnus en Tunisie, dont le FDTL de Dr. Mustafa Ben Jaâfar, qui s'était éloigné de ces cercles suspects avant de s'en rapprocher à nouveau dernièrement.Or, l'Etat tunisien a agréé des candidatures présidentielles et en a rejeté d'autres, dont celle de M. Ben Jaâfar. Ce dernier crie à l'injustice et à la manipulation, mais à y regarder de près, le Conseil constitutionnel n'a fait qu'appliquer la loi : Celle-ci exige que le candidat soit élu président de sa formation, ce qui n'a jamais été le cas de M. Ben Jaâfar. En 1994, il a réuni des individus et a proclamé la création d'un FDTL dont il s'était autoproclamé président. Il n'a donc jamais été question d'élections.Nous assurerons le suivi de ces questions quotidiennement dans « Spécial deTunis » (Khass min Tounis) A demain !

Le lendemain, vendredi 9 octobre, à la même heure, curieusement, on assiste à une rediffusion de l'émission de la veille.

Samedi matin à l'IEP, on observe l'arrivée d'officiels, dont le Mustachar(sénateur de pacotille) Ridha Mellouli. Or, ce dernier s'éclipse sur le bout des doigts au bout d'une bonne demi-heure pendant laquelle on attendait l'arrivée du bien-nommé Hédi Mechri, comme autre représentant du pouvoir dans ces assises.

Mellouli ne reviendra jamais et Mechri ne donnera aucun signe de vie alors qu'ilse trouve bien à Paris selon des informations sûres. Aucun des deux ne se donnera la peine de prévenir des organisateurs soucieux d'assurer l'équilibre entre le pouvoir et ses opposants.

Dans les soutiens connus au gouvernement, ne subsiste donc que Mezri Haddad, qui fait un numéro digne de la pire barbouze, mais qui n'en semble pas moins gênépar des coups de fil répétés. Cet acolyte de Borhène Bseyes semble avoir refusé l'ordre de quitter les lieux. Et pour cause : il imprimera à la fin de la manifestation, qui s'est globalement bien déroulée, un air de pugilat en selevant et en se rapprochant de la tribune où se trouvaient les organisateurs, tout en accaparant le micro face à un Sélim Ben Hassen qui lui lançait flegmatiquement : « Ce n'est pas élégant. »

Le matin même, on apprend le limogeage de Rafaâ Dekhil, ministre de la communication, maître d'œuvre des opérations de relations publiques à l'étranger. Borhène Bsayes disparaît des écrans de l'ANB avec armes et bagages,samedi 10 octobre, au moment où il avait promis aux téléspectateurs d'être là pour les informer sur le complot parisien de l'IEP. Il ne réapparaîtra pas non plus dimanche soir au moment de la rédaction de ce compte rendu. Il est fort possible qu'on ne le reverra plus pavoiser sur l'ANB aux frais du contribuable tunisien.

Par suite, on peut estimer raisonnablement que le ministre et ses exécutants sont sinon en disgrâce, du moins rudement secoués pour leur gestion de l'affaire Sciences-Po, dont même les organisateurs ne pouvaient prévoir autant d'impact sur le gouvernement et sur la campagne électorale officielle qui s'annonçait. Le courant opposé à la participation gouvernementale, probablement mené par leministre des affaires étrangères Abdelwahab Abdallah, a fini par l'emporter. Car la présence éphémère des officiels et leur désertion en catimini montrent à l'évidence qu'il y a eu ordre et contrordre, âpre donc duel entre deux lignes,dont l'une semble avoir remporté une bataille et l'autre avoir gagné la guerre.

Les Tunisiens de l'IEP auront réussi - peut-être malgré eux - la gageure d'apporter un moment de suspens et d'originalité hors des sentiers battus, à cette campagne dont le déroulement et les résultats sont connus de tous à l'avance

Solidarité avec les 850 victimes de l'OCP : constitution d'un comité national

Par Ali Fkir,12/10/2009

Les personnes contactées pour la constitution d'un COMITÉ (ou COLLECTIF) national dont le but principal est de faire connaître ( à l'intérieur et à l'extérieur du Maroc) le dossier des 850 ouvriers licenciés abusivement par SMESI Régie, filiale de l'OCP, sont avisées que la première rencontre aura lieu le dimanche 18 octobre 2009 à 10h du matin au local de la section de l'AMDH, avenue Abdelkarim Al Khattabi, derb chabab, Mohammedia .

Toutes les personnes contactées ont approuvé l'initiative et sont:
- AvocatEs(3)
- Journalistes (3)
- Représentants des victimes de l'OCP: 3 résidants tous à Khouribga, dont 2 du bureau syndical des ouvriers de SMESI.
- Syndicalistes, militantEs des droits humains, alter-mondialistes (7)
Les 13 personnes , autres que les ouvriers de SMESI, résident dans l'une des villes suivantes: Rabat , Casablanca, Marrakech, Safi, Taourirte, Bouarfa, Chaouen, Mohammedia.

Ordre du jour proposé:
Fixer les objectifs et les moyens pour les réaliser

Ces personnes ont été "ciblées" sur la base de l'efficacité et de la compétence dans les domaines juridique, syndical, des droits humains et des relations extérieures.
La liste sera officiellement communiquée au public sur décision du COMITÉ ou COLLECTIF national de solidarité avec les 850 victimes de l'arbitraire.
Les militantEs qui ne pourront pas être présentEs sont invitéEs à envoyer par Email leurs suggestions.
Ali Fkir
tél 06 64 27 29 40
alifkir@yahoo.fr

dimanche 11 octobre 2009

« La guerre, c'est la paix »


« La guerre, c'est la paix. »
« La liberté, c'est l’esclavage. »
« L'ignorance, c'est la force. »


En décernant le Prix Nobel de la Paix à Barack Obama, Le Comité norvégien du prix Nobel de la Paix, composé de 5 respectables parlementaires (1 homme, qui est le président, et 4 femmes), semble avoir fait siens ces 3 slogans assénés par le Miniver , le Ministère de la Vérité, dans 1984,de George Orwell.


Tout le monde se demande ce que Obama a bien pu faire pour la paix, à part se rendre au Caire et déclarer : "Salam Aleikum", qui, bien sûr, veut dire :"Que la paix soit sur vous". C'est un peu léger, non ? Et dire que quelques heures avant d'apprendre qu'il avait été désigné pour le prestigieux prix, Obama avait présidé un ..conseil de guerre pour décider combien de soldats supplementaires envoyer en Afghanistan.


Lisez les réactions de divers auteurs:

par Raja Chemayel


Et sur l'Afghanistan, lisez
Quinze bonnes raisons de se tirer du Vietghanistan
par David SWANSON

par Juan Gelman

Affaire Ben Barka : les révélations de Georges Fleury

Par Laurent Valdiguié, le Journal du Dimanche, 10/10/2009


"Pour moi, Ben Barka a été incinéré dans l’Essonne"
Quarante-quatre ans après la disparition de l’opposant marocain en plein Paris, l’écrivain Georges Fleury, ancien des commandos de marine, confie au JDD un "dossier secret" des gendarmes. Extraits de son interview à paraître demain dans Le Journal du Dimanche.


Quand avez-vous été destinataire de ce nouveau "dossier Ben Barka"?

Il y a vingt-cinq ans, dans un Salon du livre. Je signais des ouvrages quand quelqu’un s’est approché de la table et a posé devant moi une chemise grise remplie de documents. L’inconnu a juste dit "c’est pour vous" avant de tourner les talons.


Qu’est-ce que vous avez fait?

Ce qui saute aux yeux, en l’ouvrant, ce sont tous ces tampons "secret" qui barrent les pages. On y découvre que les gendarmes, dès 1965 et 1966, ont collecté tout un tas de renseignements d’informateurs anonymes. Tout ce dossier montre que Pierre Messmer, le ministre de la Défense de l’époque, était informé en temps réel du travail des gendarmes sur le terrain.


Qu’est-ce qui a retenu votre attention?

On tombe tout de suite sur la première fiche de renseignements concernant les truands qui ont participé à l’affaire. Chacun y est décrit par ses tatouages. Par exemple, Georges Boucheseiche, dit "Gros Jo", chez qui Ben Barka a été séquestré dans l’Essonne: tatouage au bras gauche, une femme assise, un poignard, une inscription "Toto Robinson", une mosquée, puis une autre inscription, "souffre et rien dire" et "j’ai soif". Un autre truand, Palisse, a "une tête d’apache" sur l’avant-bras droit… Bref, à lire ces descriptions, on est tout de suite plongé dans le monde des voyous.


Y a-t-il des pistes sur la mort de Ben Barka?

Oui, il y a aussi cette piste étrange. Dans ce dossier on voit que les gendarmes ont un informateur qui leur livre des éléments précis sur deux personnes qui auraient incinéré le cadavre de Ben Barka. Les gendarmes ont leurs noms, leurs adresses, et même le montant de la somme qu’ils auraient touchée pour le faire, 5 millions de francs de l’époque, ce qui était une fortune. Et puis en deux phrases, dans un rapport postérieur, ils signalent à leur hiérarchie que les deux suspects ont été interrogés et "nient les faits". C’est tout. Un peu plus tard, les mêmes gendarmes vont fouiller une propriété à Villabé. Ils sont accompagnés de deux policiers "de la préfecture de police", "Legris et Lecoq". Et ils découvrent, sur un tas de cendres, "un bout de tissu et un morceau de cuir"… Il n’y avait pas d’enquête ADN à l’époque, et ces deux éléments matériels sont alors confiés à la brigade de Mennecy, dans l’Essonne…

Avez-vous revu votre source?

Oui, je l’ai revue quelque temps après avoir lu le dossier. En discutant avec elle, j’ai compris qu’elle était persuadée que Ben Barka avait été incinéré dans l’Essonne. Et que c’est peut-être la raison pour laquelle elle m’avait confié ce dossier. En tout cas, pour moi, c’est que ce qui s’est passé, je crois beaucoup à cette piste. A-t-elle été exploitée à l’époque? Est-ce vérifiable aujourd’hui? Je me pose la question.


Avez-vous parlé de cette hypothèse à Constantin Melnick, l’ancien patron des services secrets ?

Oui, et il m’a dit que tout cela était parfaitement plausible. Au moment de la disparition de Ben Barka, Melnick, ancien conseiller technique du Premier ministre Michel Debré pour "la sécurité et le renseignement", a été prévenu par Edouard Behr, qui était le journaliste de Newsweek en poste à Paris, réputé proche de la CIA. C’est Melnick qui a ensuite prévenu Michel Debré qui a prévenu Pompidou puis de Gaulle. A moins que ce dernier ne l’ait appris par Foccart [le controversé conseiller aux Affaires africaines de l’Elysée], que Melnick ne tenait pas en grande estime… Foccart, lui, a souvent travaillé avec des truands. Toujours est-il que de Gaulle, qui disait que du coté français l’affaire Ben Barka ne touchait "que du vulgaire et du subalterne", en a profité pour décapiter les services secrets, qu’il n’a jamais aimés… Il a même fait limoger le général Jacquier, un compagnon de la Libération.


Vous avez été proche de Pierre Messmer avant sa mort. Lui avez-vous parlé de l’affaire Ben Barka ?

Plusieurs fois, oui. Il était toujours très évasif, il disait que c’était du passé et qu’il ne servait à rien de le remuer. Une fois, à propos d’une autre affaire, sur laquelle je le questionnais, Pierre Messmer s’est fâché et m’a dit: "Fleury, je n’ai jamais eu besoin de faire appel à des truands. J’avais assez de volontaires à la Sécurité militaire."


Qu’avez-vous fait de ce dossier ?

Je l’ai rangé chez moi et je ne l’avais jamais rouvert. J’ai fait cinquante-quatre livres* depuis 1973, je n’ai jamais voulu m’attaquer à l’affaire Ben Barka, la plus glauque de toutes. Je suis passé à autre chose et je croyais que cet épisode était oublié depuis longtemps. Et puis j’ai vu qu’un juge d’instruction français avait toujours une enquête en cours. J’ai repensé à ce dossier et j’ai eu un mal fou à le retrouver dans mes archives. Mais il était là, intact. En le relisant, j’ai découvert que la justice, dès 1966, s’était intéressée aux Marocains à l’encontre desquels le juge d’aujourd’hui lance en vain des mandats d’arrêt internationaux. Je me suis dit en refermant cette chemise grise que je ne pouvais plus garder tout cela pour moi.


Vous allez le remettre à la justice?

Bien sûr, si elle me le demande. La famille Ben Barka mérite de pouvoir faire son deuil. Je comprends le fils de Ben Barka, quand il dit qu’il se battra bec et ongles pour connaître la vérité. Je me souviens que, quand je faisais la guerre d’Algérie, dans certains villages, les familles étaient très soucieuses de retrouver leurs morts. C’est capital pour pouvoir faire le travail de deuil. La France et le Maroc doivent leur ouvrir toutes leurs archives. Pour pouvoir tourner la page et faire avancer la démocratie des deux côtés de la Méditerranée.
Etes-vous toujours en contact avec votre source ?

"Long silence", comme aurait dit Foccart. Non, je l’ai perdue de vue.

* Derniers ouvrages parus : Roland Garros, un inconnu si célèbre, Ed. François Bourin ; De Gaulle, de l’enfance à l’appel du 18 juin, Flammarion.
Et aussi
Ben Barka: Le dossier secret de la gendarmerie
Ben Barka: Mandats suspendus

Tunisie: Non à la présidence à vie !



Dénonçons la mascarade électorale du 25 octobre

Le régime de Ben Ali organise des "élections" présidentielles et législatives ce 25 octobre. Une nouvelle mascarade électorale, dont les résultats sont connus d'avance, tout comme ses précédentes.
Le peuple tunisien est privé de libertés et de ses droits les plus élémentaires. Il ne jouit d'aucune liberté d'expression, de manifestation, d'organisation...
Les opposants et les militants du mouvement associatif autonome subissent des violences policières recrudescentes. Le mouvement social est réprimé et les animateurs du bassin minier, condamnés à de lourdes peines, croupissent en prison depuis juin 2008.

Le collectif pour le boycott des élections d'octobre 2009 en Tunisie vous invite à un rassemblement pour dénoncer cette mascarade électorale.

Rassemblement à Couronnes (M° Couronnes, ligne 2)
dimanche 11 octobre 2009 à 13h00

Avec le soutien de (premiers signataires): La voie démocratique (Maroc) - section France ; Le Parti d'Avant Garde Démocratique Socialiste (Maroc) - Fédéartion d'Europe ; Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) ; Comité culturel pour la démocratie au Bénin (CCDB) ; parti communiste français (PCF) ; parti communiste des ouvriers de France (PCOF) ; nouveau parti anticapitaliste (NPA) ; congrès pour la République (CPR) ; parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT

باريس: تجمع احتجاجي
لا للرئاسة مدى الحياة... لنفضح مهزلة 25 أكتوبر...

يعقد نظام بن علي "انتخابات" رئاسية وتشريعية في الخامس والعشرين من الشهر الجاري، لا تعدو أن تكون مجرّد مهزلة انتخابية معلومة النتائج مسبقا على غرار سابقاتها. فهي تجري في ظل أوضاع تتسم بحرمان الشعب التونسي من أبسط حقوقه ومن أيّ حرية، فهو لا يتمتع بحرية التعبير والتظاهر والتنظم... يتعرض المعارضون ونشطاء المجتمع المدني لشتى المضايقات والاعتداءات التي ما فتئت تتصاعد في الأيام الأخيرة، وتواجه الحركة الاجتماعية القمع والتنكيل فلا يزال مناضلو الحوض المنجمي يقبعون في السجون منذ جوان 2008 بعد أن صدرت في حقهم أحكام جائرة بالسجن تجاوزت 8 سنوات بالنسبة لبعضهم.
يدعو ائتلاف مقاطعة انتخابات أكتوبر 2009 إلى تجمّع احتجاجي يوم الأحد 11 أكتوبر 2009 على الساعة الواحدة بعد الزوال بكورون بالعاصمة الفرنسية باريس (مترو كورون – الخط رقم 2) للتنديد بهذه المهزلة الانتخابية
بمساندة: النهج الديمقراطي – فرع فرنسا ؛ حزب الطليعة الديمقراطي الاشتراكي – فيدرالية أوروبا ؛ جمعية العمال المغاربيين بفرنسا ؛ اللجنة الثقافية من أجل الديمقراطية بالبينين ؛ الحزب الشيوعي الفرنسي ؛ حزب العمال الشيوعي الفرنسي ؛ الحزب الجديد المناهض للرأسمالية ؛ المؤتمر من أجل الجمهورية ؛ حزب العمال الشيوعي التونسي.

Collectif pour le boycott des élections d'octobre 2009 en Tunisie
21 ter, rue Voltaire
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